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06/12/2019

Merci patron, quel plaisir de travailler pour vous

merci patron film.jpgOn est heureux comme des fous !
Une chanson d'actualité en ces temps de révolution grève générale.
Vous savez que je suis atteinte d'une maladie incurable, la chansonnite aiguë. Elle fait des ravages sur mon lieu de travail.
Chaque jour sans exception, les locaux gris de l'entreprise, cette immense étendue de cases de béton, ces bureaux gris qui se succèdent, me rappellent les images du ministère de l'information du film Brazil. Le héros travaille dans un environnement semblable au mien : froid, immense, gris, bétonné et sans lumière. Alors chaque jour au travail, comme lui, je m'échappe de mon quotidien terne en fredonnant Brazil; comme lui, je m'imagine réparer les injustices en luttant contre le système bureaucratique.
Comme les gueux de Métropolis ou du Roi et l'oiseau, je suis reléguée dans les bas-fonds, les sous-sols sans fenêtres. Parfois je parviens à m'échapper dans les étages. Officiellement pour pouvoir bénéficier du soleil et ne pas me transformer en Nosferatu le vampire. Officieusement, pour pouvoir être tranquille. Et ne plus être obligée de fredonner ou siffloter entre mes dents pour ne pas déranger les autres, et pouvoir enfin danser chanter en liberté, aller jusqu'au bout du rêve.

brazil bureau.jpgMalheureusement, souvent, je suis contrainte de devoir côtoyer des gens, les collègues et les clients. (et je fais des rimes en "an"). Mais moi je vis d'amour et de danse, je vis comme si j'étais en vacances. Alors je continue de siffloter Brazil, car moi, je vis d'amour et de risque, quand ça ne va pas, je tourne le disque.
Jusqu'au jour où un collègue m'a demandé :
"Mais c'est quoi ce truc que tu siffles ?" (Depuis 5 ans tout de même, il était temps de s'en rendre compte. Ou alors il restait très patient.)
- Ben la musique de Brazil, tu ne trouves pas qu'on se croirait dans le film là ?
- Connais pas.
- Dans ce film de Terry Gilliam, le héros travaille dans des locaux aussi moches que les nôtres et...
Collègue, impatient, m’interrompt en ronchonnant : - Ouais en tout cas c'est chiant que tu chantes tout le temps."

brazil collegues.jpgMoi, je vis d'amour et de rire, je vis comme si y avait rien à dire. Un jour j'aurai la chance d'être entourée de collègues un minimum sympas et culturés, avec lesquels je pourrais échanger plus de 2 phrases, je ne désespère pas. 
Et encore, il ne m'a pas reproché de faire de la batterie. Car lorsque je m'efforce de ne pas chanter, la mélodie reste en tête, et je la tape avec les index sur le bureau.
Il tape sur les bambous et c'est numéro un
Dans son île on est fou quand on est musicien
Tu le verras toujours bien dans sa peau quand il prend ce tempo.

Les collègues ne sont pas les seuls rabat-joie, les clients aussi :
"- Ça fait plus d'une heure que j'attends ! Appelez-moi le directeur !
Celui-ci est justement là. Je lui présente le problème (le client).
Dirlo, sérieux, note scrupuleusement, longuement, avec calme, les réclamations du client qui le houspille :
- Très bien je vais faire remonter l'information. Votre nom, c'est Jérôme, c'est ça ?
- OUI, JÉRÔME C'EST MOI, non je n'ai pas changé... "

Evidemment, ce n'est pas le client mécontent qui a répondu, c'est moi. Admettez que j'étais obligée, ça sortait tout seul, même sans être atteint de chansonnite aiguë incurable.
Vu l'air consterné du dirlo et du client, j'en conclus qu'eux non plus n'apprécient pas mes talents de chanteuse.

C'était un message de Papillote, actuellement en pleine reconversion, à la recherche d'un emploi (à radio nostalgie, ce serait bien). 
A suivre : quiz On connaît la chanson

Brazil, tomorrow was another day
The morning found us miles away
With still a million things to say

 

11/07/2019

Parasite, qui est l'intrus ?

parasite pere.jpgENFIN !!! Enfin Bong Joon-Ho est récompensé, et par la palme d'or ! Enfin il est reconnu du grand public : un million d'entrées ! + de 15 ans, depuis l'énorme claque de son chef-d'oeuvre Memories of murder, 15 ans que je dis qu'il est un génie ! Mais la plupart du temps, on me répond : "qui c'est ?"

Quand je bossais au service culture d'un journal, à la réunion de travail, la rédactrice en chef m'avait sommé :
- Toi aujourd'hui, tu vas interviewer Machin (réalisateur français tombé dans l'oubli)
- Ah non, ya le festival du cinéma asiatique, j'y vais chaque année, avec Bong Joon-Ho qui vient présenter son dernier film, je ne rate pas ça !
- Le cinéma asiatique ? Quel intérêt ? (sic !)
- C'est juste le meilleur cinéma actuel, c'est tout.
- Jamais entendu parler. (sic bis) Tu iras interviewer le réalisateur français insignifiant."
(Pourquoi mettre à la tête d'un service culture, quelqu’un qui en manque cruellement...)

Evidemment j'ai désobéi. Je me souviens encore de la tête éberluée de la rédac chef quand elle s'en est aperçue.

parasite mere.jpgParasite m'a rappelé l'époque où je donnais moi aussi des cours particuliers à "mlle de", une aristocrate. Une vraie peste qui croyait que tout lui était dû et ne voyait donc pas l’intérêt d'étudier, puisque de toute façon, elle réussirait grâce à son nom connu et son réseau (aujourd'hui, elle bosse pour une start-up). Sa sœur en revanche estimait que les gens médiocres à l'école finiraient "poubelleurs".

Comme la demeure de Parasite, celle de Mlle de était immense. Le salon recouvert de marbre et de mobilier Louis Philippe acheté aux enchères était plus grand que l'appartement HLM où on avait vécu à 6, et j'en veux pour preuve que les petites y jouaient au badminton et à la trottinette... Le père fumait des gros cigares en lisant "yacht magazine" et la mère menaçait de s'installer en Suisse "car en France on paie trop d’impôts".
La leçon sur la révolution française et les classes sociales m'a marquée par cet échange :
"C'est quoi être riche pour toi ?
- Ben vivre dans un château.
- Mais alors tu es de quel niveau toi ?
- Bah normale" (dire que moi aussi la gueuse, je me considérais de la classe moyenne...)

La mère m'avait ensuite confié ses problèmes financiers, relativisant selon elle le fait qu'elle me payait au lance pierres : la famille venait d'acheter, en plus de leur logement principal dans le quartier le plus huppé de la ville, un chalet à Courchevel : "on a hésité, mais on a pensé que les enfants seraient plus à l'aise avec chacun leur espace, donc on a choisi finalement un chalet plus grand avec une 4ème chambre, et du coup on a dû l'acheter à crédit. Sinon avec juste 3 chambres, on le payait comptant évidemment."
Evidemment.

parasite fils.pngComme la mère de Parasite qui estime que les gribouillis de son morveux sont dignes d'un génie (il est juste incompris) la mère de Mlle de expliquait le désintérêt de sa progéniture pour les études par le fait que la gamine était "surdouée" donc qu'elle "s'ennuyait" avec des gosses qui n'étaient pas de son niveau intellectuel. La petite peinait pourtant à soutenir un raisonnement cohérent, ses rédactions et son orthographe restaient déplorables. Mais la mère a quand même réussi à faire admettre sa fille dans "le meilleur collège privé de la ville" ("je connais bien le directeur, c'est un ami de la famille, il me doit bien ça".) 

Avec ses propos de connivence comme si je les approuvais automatiquement, comme si on faisait partie du même milieu, je ne sais pas si la mère était si repliée sur son monde qu'elle ne se rendait pas compte que je n'en faisais pas partie, ou si elle estimait que mon avis de gueuse ne primait pas et tentait de me rabaisser, en me jetant à la face ses privilèges. En tout cas, l'histoire ne s'est pas terminée comme dans le film, mais comme pour Parasite, je me demande encore : "qui est l'intrus ?"

 

15/02/2019

Tout ce que vous aimeriez écrire à un recruteur sans oser poster la lettre

maier candidature.jpgCorinne Maier est l'auteur du désormais culte "Bonjour paresse : de l'art et de la nécessité d'en faire le moins possible en entreprise". Elle y décrit le monde du travail d'aujourd'hui : les - compétents, les + lèche bottes qui atteignent le sommet, l'absence de solidarité... Son employeur de l'époque, EDF, n'a pas apprécié le pamphlet. Il l'a sanctionnée et deux mois après la sortie du livre en 2005, l'auteure découvre une offre d'emploi dans le journal, correspondant à sa fiche de poste. Elle apprend ainsi qu'elle va être remplacée et virée. Elle a alors ce trait de génie : elle et ses amis rédigent de fausses lettres de candidatures et inondent les RH de EDF. Puis elle publie le résultat dans un recueil, Ceci n'est pas une lettre de candidature. Les traits d'esprit sont hilarants et je vous invite grandement à les lire. En aperçu, un extrait de l'introduction, à propos du "potentiel" :

"Taillables et malléables à merci, nous devons « gérer » des relations à court terme, tout en « migrant » sans cesse d’une tâche à l’autre. La fixité, la solidité, la permanence, pouacre ! Toujours plus mobiles, c’est ce que la société attend que nous soyons (...) Aussi les personnes les mieux adaptées sont celles qui ne croient absolument en rien, car ce serait préjudiciable à leur intérêt et à leur carrière. L’idéal est d’être totalement cynique, mais tout le monde n’y parvient pas si facilement. + On est creux, + on va haut, c’est le principe du dirigeable.

Il ne suffit pas d’un diplôme pour travailler, tout le monde en a, et la machine économique tourne avec un nombre assez réduit de personnes instruites et talentueuses - elle n’a pas besoin de toi. Donc, ce qui compte pour trouver un emploi, c’est le « potentiel », pas ce que tu sais faire, parce que tes compétences seront de toute manière périmées dans quelques années. Le potentiel, c’est ta capacité à zapper sans t’investir. C’est ton aptitude à circuler, à faire circuler les autres.

Le « potentiel », marque de fabrique en creux du salarié sans qualité, c’est l’inverse du désir.
Le désir, c’est poursuivre inlassablement un rêve singulier, et ce rêve tisse le fil rouge d’une existence, c’est ce qui lui donne son sens et son poids. Ce n’est pas aspirer à une niche dans un organigramme, à un bureau chauffé avec une fontaine à eau pas trop loin, à une maisonnette en banlieue avec une foultitude de gadgets dedans. Ce n’est pas aspirer à être heureux, car le bonheur est la trahison du désir. Les gens qui tirent des conséquences de leur désir sont soient des barjots (car ils suivent des chemins qu’ils sont seuls à voir) soit des héros (parce qu’ils vont jusqu’au bout) parfois les deux. Les poètes, les résistants font partie de ce club, qui rassemble la véritable aristocratie de ce monde sans espoir.
Toi aussi lecteur, tu peux y entrer, à condition de savoir ce que tu veux, et d’y aller le cœur vaillant, ce qui signifie renoncer à rechercher les recettes du bien-être dans Psychologie magazine. Le désir est la seule force capable de mettre en échec le « potentiel » : que la force soit avec toi."

A suivre : extraits de Bonjour paresse et No kid du même auteure.

 

24/01/2019

Le misanthrope au travail, suite

travail, littérature, livre, étude de texte du misanthropeJe répète souvent cette réflexion du misanthrope :
"C'est n'estimer rien, qu'estimer tout le monde."

Ces affables donneurs d'embrassades frivoles,
Ces obligeants diseurs d'inutiles paroles,
Qui de civilités, avec tous, font combat,
Et traitent du même air, l'honnête homme, et le fat.
Quel avantage a-t-on qu'un homme vous caresse,
Vous jure amitié, foi, zèle, estime, tendresse,
Et fasse de vous, un éloge éclatant,
Lorsque au premier faquin, il court en faire autant?

Au boulot, un collègue a hérité du caractère irascible et brut de décoffrage d'Alceste encore plus que moi. A son âge proche de la retraite, il ne s'imagine plus améliorer les conditions de travail, alors comme le misanthrope "il lui prend des mouvements soudains, de fuir, dans un désert, l'approche des humains." Son désert est en réalité un refuge dans l'imaginaire, des séries et des livres qu'il engloutit en moins de deux, comme son travail, ce qui lui laisse le temps de bouquiner. Il limite les contacts le plus possible avec ses pairs, grognant un bonjour bourru si certains se risquent à lui adresser la parole. Il s'emporte facilement contre ceux qui font mal leur job, et même contre les clients, ce qui fait qu'il a la chance d'être relégué dans un poste sans contact avec autrui (contrairement à moi) car selon la direction : "on a peur qu'il s'en prenne à quelqu'un". En effet il ne s'est pas gêné pour traiter de "connasse" une collègue méprisante.
Les chefs ménagent cet Alceste qui n'a pas la langue dans sa poche, les collègues le fuient de peur d'être victimes de son courroux.

Mais moi, je l'apprécie, et il me le rend bien. Comme lui, je déteste les amabilités exagérées. Je ne fais pas la bise et ne me force pas à demander à de vagues collègues dont je ne connais même pas le nom tellement je m'en fous comme de l'an 40 : "Vous allez bien ?" Quand je pose la question, c'est parce que la réponse m’intéresse. Quelle formule de politesse ridicule, qui s'attendrait à ce que son patron réponde : "non, ça ne va pas, j'ai surpris ma femme sur un site de rencontres sous le pseudo "Germaine la sans gêne" et j'ai des problèmes gastriques depuis hier, peut-être à cause du cassoulet de la cantine..."

Je ne donne pas mon amitié à n'importe qui. C'est donc un privilège que je parle avec mon collègue, et un privilège que ce misanthrope me parle en retour.
Évidemment, à notre façon bourrue. Pour se dire bonjour, on ne va pas reproduire cette manie saugrenue de plaquer sa joue contre celle de l'autre pour se refiler des virus (mais qui a inventé "la bise" ?). On se salue de cette façon :
Lui : "Alors, toujours en train de glander /bouffer ? (ça dépend du contexte : si je mange mes papillotes ou si je bouquine) (ou les deux)
Moi : - Alors pépé, toujours en train de râler ?"

Ensuite on parle de ces trois choses essentielles : culture,  bouffe et chats. Les animaux sont les êtres qu'il apprécie le plus, comme souvent chez les gens déçus par les humains. Ce n'est pas une exclusivité féminine : c'est un pépère à chats. Pour noël il a aligné plus de 3 phrases volontairement (un exploit) pour me décrire les cadeaux et le festin qu'il leur offrait (des jouets et crevettes). Il passe les fêtes seul avec ces minous, il faut bien qu'il les gâte. Parfois il me donne les livres qu'il a finis, ou des gâteaux qu'il pique à la cantine : "j'en achète une part puis hop j'en glisse une autre dans ma poche". En retour, je lui fais parfois le café et je lui donne le cadeau privilège extrême : des papillotes. Il chourre aussi du pain pour le donner aux pigeons de la terrasse, il leur à même attribué des prénoms.
A part les animaux, il ne fait pas d'effort pour aller vers les autres, et ils le lui rendent bien. Mais moi j'ai toujours apprécié ces gens en retrait, difficiles d'accès : j'ai envie de savoir pourquoi ils se cachent, et souvent ils ont une grande profondeur. Je n'ai pas encore percé tous les mystères du vieil ours.

Oronte : "Souffrez qu'à cœur ouvert, Monsieur, je vous embrasse,
Et qu'en votre amitié, je vous demande place.
Touchez là, s'il vous plaît, vous me la promettez
Votre amitié ? Quoi ! vous y résistez ?
Alceste : -  Monsieur, c'est trop d'honneur que vous me voulez faire
Mais l'amitié demande un peu plus de mystère,
Et c'est, assurément, en profaner le nom,
Que de vouloir le mettre à toute occasion."

 

 

22/01/2019

Le misanthrope au travail

Misanthrope.jpgComme Alceste, les hypocrites comme Philinte m'horripilent. Ce dernier pourrait représenter le juste milieu entre Célimène, la profiteuse populaire, et Alceste, l'excessif asocial, mais pour moi Philinte n'est qu'un faux-jeton complaisant. Il ne se mouille jamais, il ne fait donc pas bouger les choses et ne sert à rien. Il s'exclame par exemple :
"Et c'est une folie, à nulle autre seconde
De vouloir se mêler de corriger le monde.
J'observe, comme vous, cent choses, tous les jours
Qui pourraient mieux aller, prenant un autre cours
Mais quoi qu’à chaque pas, je puisse voir paraître
En courroux, comme vous, on ne me voit point être
Je prends, tout doucement, les hommes comme ils sont
J'accoutume mon âme à souffrir ce qu'ils font."

Dans un ancien boulot, j'avais dénoncé tout haut ce que tout le monde blâmait tout bas (de gros problèmes de consignes contradictoires et de harcèlement), et un collègue m'avait sorti : "il en faut des gens comme toi, car ils font bouger les choses. Le problème, c'est que c'est toi qui prends tout après, car personne ne te soutiendra par peur, alors que tu as raison."

Philinte prétend être ami avec un homme, mais s'en moque quand ce dernier a le dos tourné. Alceste est horrifié. Cette scène ressemble à celle que j'ai surprise avec une ancienne connaissance : elle croise un collègue, lui fait un large sourire en lui disant bonjour et d'autres amabilités. Tant d'insistance et de gentillesse ne pouvaient sembler que sincères, mais pourtant dès que l'homme passe la porte, la fille s'exclame :  "quel connard celui-là !" Cette situation s'est reproduite à l'identique devant d'autres témoins, aussi choqués que moi par une telle hypocrisie. La fille, imperturbable, nous répondait : "ça s'appelle de l'intelligence sociale". 
Ce que Philinte exprime ainsi en 1666 :
"Mais quand on est du monde, il faut bien que l'on rende
Quelques dehors civils, que l'usage demande"

Alceste se défend mieux que moi :

"Non, vous dis-je, on devrait châtier, sans pitié
Ce commerce honteux de semblants d'amitié :
Je veux que l'on soit homme, et qu'en toute rencontre
Le fond de notre cœur, dans nos discours, se montre
Que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments
Ne se masquent jamais, sous de vains compliments."

Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.

J'ai vu une scène similaire au travail. Une femme un peu empotée arrive pour la première fois en robe. Les collègues s'extasient devant sa tenue :
"Han comme elle te va bien !"
La fille rosit, elle n'a pas l'habitude d'être au centre de l'attention : - "C'est vrai ?
- Oui, ces fleurs ! Et ces couleurs !"
La fille se confond en remerciements balbutiants. Dès qu'elle repart, les deux compères éclatent de rire : 
"Nan mais t'as vu comme ça la boudine !
- Et ce motif ! Elle a piqué la robe de sa grand-mère ?"

J'étais outrée. Je ne prétends pas qu'il faut dire à la Alceste : "écoute, tu ferais mieux d'éviter, tu ressembles à l'hippopotame en tutu dans Fantasia (bon, Alceste s'exprimerait mieux et en vers, mais on n'est plus en 1666  et vous avez saisi le sens), mais de là à mentir à ce point ! Surtout que la fille ne leur avait pas demandé leur avis ! 
Si elle l'avait fait, je n'aurais pas pu mentir ("ma chéwie ! tou é magnifique !"), mais j'aurais adouci mes propos. On me reproche parfois ma franchise, mais pourquoi me demander mon opinion si c'est pour ne pas l'accepter ?

Oronte : "Mais ne puis-je savoir ce que dans mon sonnet...
Alceste : - Franchement, il est bon à mettre au cabinet."

Suite demain

 

 

20/01/2019

Le misanthrope

misanthrope.jpgDéçue par mes dernières lectures, je décide de relire mes classiques. En premier, celui qui reste mon préféré depuis que je l'ai découvert l'été de mes 13 ans. Je m'en souviens comme si c'était hier, un choc, une révélation : il reflétait exactement mes pensées, mettait les mots sur ce que je ressentais. Je passais des journées entières à recopier des pages et des pages de ces monologues formidables, dans l'idée de les retenir pour les ressortir à mes détracteurs.

Les goûts changent en grandissant (Les Fantômette, Club des 5 et Super picsou géant ne trônent plus dans ma bibliothèque aujourd'hui, étonnant non ?) Ado, j'avais pris une claque avec le K de Dino Buzzati, La chute de Camus, Les mots de Sartre ou La conjuration des imbéciles, mais ils m'ont bien moins impressionnée à la relecture. Seul un livre traverse toutes les époques, un livre qui a 350 ans et reste d'actualité. Sauf pour le langage. Imaginez la tête des gens si je leur rétorquais, lorsque je constate une énième injustice et malveillance :
"J'entre en une humeur noire, en un chagrin profond
Quand je vois vivre entre eux, les hommes comme ils font
Je ne trouve, partout, que lâche flatterie
Qu'injustice, intérêt, trahison, fourberie"

Ces propos sont pourtant toujours opportuns. Au travail, je m'indigne quand des gens hautement toxiques, bêtes, méchants et glandeurs sabordent le travail et l'ambiance par leurs médisances, mais accusent les autres à leur place. Je m'insurge quand ces grandes gueules s'attribuent le travail des humbles et timides, mais on me répond, pas plus tard que ce vendredi : "on sait, mais tu comprends, on ne peut rien lui dire, elle est intouchable et elle attaquerait dix fois plus fort. Il vaut mieux se la mettre dans la poche et faire semblant de l'apprécier".

Nommez-le fourbe, infâme, et scélérat maudit
Tout le monde en convient, et nul n'y contredit.
Cependant, sa grimace est, partout, bienvenue
On l'accueille, on lui rit; partout, il s'insinue
Et s'il est, par la brigue, un rang à disputer
Sur le plus honnête homme, on le voit l'emporter.
Têtebleu, ce me sont de mortelles blessures
De voir qu'avec le vice on garde des mesures
Et, parfois, il me prend des mouvements soudains
De fuir, dans un désert, l'approche des humains.

Si tout le monde supporte des actes intolérables, si personne n'agit, comment peut-on améliorer les choses ? J'ai parfois envie de répondre comme Alceste :  
"Je hais tous les hommes : les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants
Et les autres, pour être aux méchants, complaisants."

Vous l'avez compris, j'évoque Le misanthrope de Molière, pièce écrite en 1666 et toujours aussi d'actualité. Elle est d'ailleurs régulièrement jouée et actuellement à Paris avec Lambert Wilson. J'estime cependant le titre peu approprié : pour moi, Alceste n'est pas vraiment misanthrope. Il est simplement profondément honnête, sincère et passionné. Il se révolte contre le mensonge et l'injustice. Il ne déteste pas tous les humains, puisqu'il meurt d'amour pour Célimène. Elle est pourtant une pétasse superficielle, à l’opposé du caractère d'Alceste, entier et profond.

Célimène fait preuve de la popularité et de l'aisance en société qui font défaut à Alceste. Elle flatte et est entourée de flatteurs. Elle me faisait penser quand j'étais au collège aux pouffes populaires, moqueuses, manipulatrices et futiles : les filles qui pavanaient avec leur dernière tenue à la mode, qui flirtaient avec les garçons et les manipulaient pour obtenir des faveurs et être traitées en princesse. Elles prétendaient également être amies avec des camarades mal dans leur peau, qui leur servaient en fait d'aide aux devoirs et de faire-valoir ("regardez, à côté de ce boutonneux renfermé, je parais très belle et charismatique"). La majorité riait de leurs moqueries, pour ne pas devenir le prochain souffre-douleur de ces tyrans.  
J'ai lu un article expliquant que ces personnes populaires à l'école, peu habituées à l'effort et aux contraintes, puisque tout le monde va dans leur sens et devance leurs besoins, réussissent moins bien leur vie ensuite. Elles peinent à continuer leurs études, obtenir des diplômes et un bon travail. Alors qu'au contraire, certains anciens mis au rebut réussissent mieux, par souci de reconnaissance et de revanche. Justice, enfin !
Suite demain

 

23/09/2016

La philo selon Papillote

bac 2016,cinéma français,chansonEt non pas selon Philippe, sitcom de AB productions, déjà coupable de Premiers baisers et Hélène et les garçons.
Mémé et son train de retard n'avait pas encore publié son traditionnel article sur les sujets de philo du bac. Maintenant que la rentrée est passée et qu'une nouvelle année scolaire commence, c'est donc le moment :

Série Littéraire :
- Nos convictions morales sont-elles fondées sur l’expérience ?
- Le désir est-il par nature illimité ?

Série Économique :
- Savons-nous toujours ce que nous désirons ?
- Pourquoi avons-nous intérêt à étudier l’histoire ?

Série Scientifique :
- Travailler moins, est-ce vivre mieux ?
- Faut-il démontrer pour savoir ?

Séries Technologique :
- Pour être juste, suffit-il d’obéir aux lois ?
- Pouvons-nous toujours justifier nos croyances ?

Évidemment, j’aurai choisi le sujet sur le travail, ma grande passion.
Travailler moins, est-ce vivre mieux ?
Mon prof de philo m’a appris qu’il fallait rédiger sa dissertation en suivant un schéma précis : un premier paragraphe d’introduction, reformulant et blablatant autour de la question pour bien montrer qu’on l’a comprise (travailler ? Quel est ce mot ? Jamais entendu  parler). On doit ensuite exposer son plan, avec le classique : thèse-antithèse-synthèse, c’est-à-dire : oui, c’est bien - non, pas bien - en conclusion : c’est bien et c’est pas bien aussi. (prendre la voix des moutons qui bêlent ensemble dans Le pari des Inconnus, en regardant des photos de cigarettes ou autres « bien » « pas bien » «  bien, mais à consommer avec modération » -voir extrait en lien-) Bref, il faut nuancer son discours dans la synthèse : je suis ni pour ni contre, bien au contraire.

Alors avec moi, ça va être plus direct : pas besoin d’antithèse, je peux répondre tout de suite : « travailler moins, est-ce vivre mieux ? » : oui ! La question ne se pose même pas, m’enfin !

Mon prof m’a aussi expliqué qu’il fallait citer des phrases de Platon, Nietzsche, Kant, Schopenhauer et BHL (trouver l’intrus dans cette liste).

Ainsi pour illustrer mon propos,  je donne de grands philosophes en exemple :

En premier, les conseils à un nourrisson :

bac 2016,cinéma français,chanson« A toi, l’enfant qui vient de naître
Je dois te dire pour être honnête
Que ce n’est pas en travaillant
Qu’on trouve le bonheur sur Terre
J’en veux l’exemple que mon père
Qui vit le jour de son enterrement
Qu’il était le plus riche du cimetière

Sois feignant, sois feignant, tu vivras content !
Sois feignant, sois feignant, tu vivras longtemps. »

Mais encore :

« Travailler, c’est trop dur, et voler, c’est pas beau
Demander  la charité, c’est quelque chose que je ne sais pas faire
Chaque jour que je vis, on me demande de quoi je vis
Je dis que je vis d’amour, et j’espère vivre vieux ! »

Sans oublier :

« Le travail c’est la santé
Rien faire, c’est la conserver
Les prisonniers du boulot
Ne font pas de vieux os

Ces gens qui courent au grand galop
En auto, métro ou vélo
Vont-ils voir un film rigolo ?
Mais non, ils vont à leur boulot

bac 2016,cinéma français,chansonIls bossent onze mois pour les vacances
Et sont crevés quand elles commencent
Un mois plus tard, ils sont costauds
Mais faut reprendre le boulot

Dire qu'il y a des gens en pagaille
Qui courent sans cesse après le travail
Moi le travail me court après
Il n'est pas près de me rattraper

Maintenant dans le plus petit village
Les gens travaillent comme des sauvages
Pour se payer tout le confort
Quand ils l'ont, eh bien, ils sont morts

Hommes d'affaires et meneurs de foule
Travaillent à en perdre la boule
Et meurent d'une maladie de cœur
C'est très rare chez les pétanqueurs ! »

Et pour résumer, je citerais Philippe Noiret qui décide d’arrêter de travailler dans le film Alexandre le bienheureux : « il faut prendre le temps de prendre son temps » (voir extrait en lien)

En second choix, j’aurais sélectionné un sujet sur le désir, marronnier qui refleurit chaque année.

Le désir est-il par nature illimité ?

« Mon premier c'est désir
Mon deuxième du plaisir
Mon troisième c'est souffrir ouh ouh
Et mon tout fait des souvenirs »

Savons-nous toujours ce que nous désirons ?

« Besoin de rien, envie de toi »

Voilà. En conclusion, je souhaite préciser qu’en terminale j’ai eu 18 de moyenne en philo toute l’année, mais que j’ai eu 8 au bac, coefficient 7, vlam bam, pouf dans ta gueule va au rattrapage. Je ne comprends pas, mes références sont pourtant excellentes non ?

Quiz On connaît la chanson : 5 chansons et leurs auteurs sont à retrouver dans le texte.

D’autres grands philosophes sortent de sublimes maximes, j’ai nommé nos lycéens et le cru des perles du bac 2016...
Suite demain

 

09/05/2015

Gaston passe un oral, épisode 6 (fin !)

travailLe jury me soumet des questions de mise en situation. Je vous dévoile les réponses idéales…
Jury : - Un collègue arrive au travail dans un état alcoolisé. Que faites-vous ?
Moi : - Je trinque ? Je lui demande si c'est de la bonne et lui propose qu’on partage ? Après on déambule bras-dessus bras-dessous dans les couloirs, en chantant comme Gabin et Belmondo dans Un singe en hiver « Nuit de Chine, nuit câline, nuit d’amour, nuit d’ivresse, nuit de tendresse… » (voir scène en lien)

- Etes-vous pour le travail le soir et le dimanche ?
- Justement travailler en soirée c’est compliqué, parce que vous comprenez je sors beaucoup. Les avant-premières commencent souvent dès 19h, si j’arrive trop tard, je n’ai plus rien à boire. Si je veux une bonne place à un concert, faut pas que je débarque au dernier moment non plus. Pour Calexico j’ai cru qu’on ne trouverait plus de places assises, mémé avait mal au dos d’avance. Puis travailler le dimanche ? Ça va pas non, c’est le jour du Seigneur, faut que j’aille à la messe !

- Si vous êtes sélectionnée, vous ne serez pas dans le même service, peut-être même dans une autre ville. Où voudriez-vous aller ?
- Hé ho (on rentre du boulot) j’ai postulé parce que j’habite à 5 minutes à pied de mon taf, vous croyez quand même pas que je vais me remettre à prendre le métro qui pue aux heures de pointe, avec les gens qui vous collent et font la gueule et les types qui massacrent « aux champs élysées » à l’accordéon et la boîte à rythmes ? Plus jamais ! Je peux rester dans le même bâtiment ? Alors pas au service des renseignements avec Langue de pute! Mettez-moi plutôt avec Germaine de la compta, elle est fan de Claude François et je pourrai lui faire ma choré de Bélinda.

travail- Votre supérieur hiérarchique vous parle mal. Que faites-vous ?
- Je lui pète les dents ?

- Votre supérieur vous demande de faire quelque chose que vous n’avez pas envie de faire, que faites-vous ?
- Ça dépend de ce que c’est, légal ou pas ? Faire un feu de joie avec les dossiers, ce serait rigolo… Voler du matériel informatique, je m’en fous, je suis mémé nulle en nouvelles technologies !
- Non, il vous demande de faire une chose inscrite dans le règlement, un travail tout à fait normal, mais vous n’en voyez pas l’utilité, ou vous pensez que ce n’est pas votre rôle
- C’est un grand classique ! Souvent plus les mecs montent en grade plus ils glandent et sont incompétents, parce qu’ils délèguent ! On bosse à leur place, et du coup ils ne connaissent pas la réalité du travail et demandent des choses illogiques. Nan, je lui dis de me laisser faire mon boulot correctement, à ma manière.

Quand j’étais secrétaire, c’est à peu près ce que j’ai fait comprendre au directeur « qui avait peur de moi et n’osait plus rien me demander » selon mes collègues…
Lors de mon premier stage en journalisme, j’étais présente depuis le matin seulement et on m'a permis d’assister à la réunion de rédaction, qui décide des articles à traiter de la semaine. J’ai proposé des sujets et suggéré d’en modifier un autre qui n’était pas conforme à l’actualité ni aux attentes des lecteurs selon moi. N’empêche, la rédac chef était étonnée, mais elle a accepté que je développe une de mes idées. (Je n’ai compris qu’ensuite en voyant la tête des journalistes qu’on m’avait simplement « fait l’honneur » d’assister à la réunion, mais que normalement j’aurais dû me taire, ou éventuellement prendre l’initiative de… faire le café).

Le fonctionnaire est soumis à « l’obligation d’obéissance hiérarchique ». On fait ce qu’on nous dit sans poser de questions épicétout. Un peu comme Eichmann. Le jury a dû s’apercevoir avec mes réponses qu’au contraire, j’ai un esprit critique très développé, je pense par moi-même, je n’aime pas qu’on me donne des ordres et je suis assez indépendante…

- Si vous n’êtes pas retenue pour le poste, que faites-vous ?
- Comme José Garcia dans Le couperet de Costa-Gavras, j’élimine la concurrence, je dégomme les autres candidats. On est 2500 ? Que voulez-vous, ça vaut le coup(eret) !
Je menace de me petit-suissider à la cantine quand tous les employés sont présents ?
Je chante chaque matin tout mon répertoire de chansons d’amours déçues devant le bureau du dirlo jusqu’à ce qu’il cède ? D’ailleurs je commence aujourd’hui :

« Je voudrais que tu te ramènes devant, que tu sois là de temps en temps, et je voudrais que tu te rappelles notre amour est éternel et pas artificiel »

« This happened once before, When I came to your door, no reply… »

« I wanna know what it’s like, on the inside of job
I’m standing at the gates, I see the beauty above
I can’t find my way in, I try again and again »

Je sais, c’est étonnant, mais malgré mes réponses et ma personnalité adéquates, je n’ai pas été retenue pour être fonctionnaire dans ce job idéal. Mais je l’aurai un jour, je l’aurai !

Petit quiz On connaît la chanson en fin de texte...

 

08/05/2015

Gaston passe un oral, épisode 5

cercle des poètes disparus.jpgJe dois faire une énième formation, gestion des conflits : je la proposerai au formateur qui ne veut plus me parler…
Hier Chéri 25 diffusait Le cercle des poètes disparus : « Tout ça avait pour but d'illustrer le péril du conformisme, et la difficulté de préserver vos convictions, quoi qu'en pense les autres. Nous avons tous besoin d'être accepté, mais soyez persuadé que vos convictions sont uniques, même si on les trouve anormales ou impopulaires, même si le troupeau dit « C'est maaal ». Robert Frost a dit : « Deux routes s'offraient à moi, j'ai suivi celle où on n'allait pas, et j'ai compris toute la différence. »

Arrive enfin le grand jour de l’oral.
Je rentre dans la salle, découvre les 5 membres du jury. Sélectionnés dans toute la France, parmi des dizaines de milliers d’employés. Et je vois que j’en connais un. La femme qui m’a surprise en train de danser Stayin‘alive : Super revêche, souvenez-vous
Ça commence bien.

Super revêche : « comme on se connaît (tu veux dire, comme on a le plaisir de se connaître ?) je ne vous poserai pas de questions. »
Elle ne prononcera pas un mot pendant trente minutes, mais elle fronce ou hausse les sourcils à chacune de mes phrases, ce qui me décontenance car j’essaie d’interpréter ses pensées. J’apprends ensuite qu’on appelle ça «l’élément perturbateur». Un peu comme dans les films policiers quand ils interrogent un suspect : l’un joue le rôle du méchant flic et l’autre du gentil pour faire parler et piéger le coupable. (voir l'extrait de Very bad cops).

cercle poètes.jpgJe me présente (je m’appelle Henri…) Je n’ai pas de souvenir de ma prestation, j’ai oublié ce moment désagréable (comme toujours, je ne pourrai pas retenir une leçon de mes erreurs).
Je finis enfin, ouf, je n’attends plus que les questions. Ces dernières doivent porter sur l’organigramme de la société, les différents services, les sigles employés à toutes les sauces, les détails du métier etc. Facile, j’ai tout appris par cœur. Effort surhumain pour moi. J’ai arrêté de retenir bêtement au collège en 6ème, âge de la rébellion, avec ma première antisèche qui portait sur la morphologie du lapin. (Je deviendrais ensuite experte en pompes, que j’oublierai le jour du bac d’enlever de ma trousse. le surveillant en sortira une dizaine que je jetterai précipitamment « c’est rien ! » Ça aurait été ballot d’être interdite d’examen pendant 5 ans pour des vieilles pompes d’espagnol et d’italien alors que je passais l’épreuve de philo).

Mais le jour de l’oral, toutes ces heures où je me suis transformée malgré moi en chien savant, toute la préparation au concours stressante avec le formateur, tout ça n’aura servi à rien. Je n’ai pas eu une seule question sur ces sujets. Pas une. Tous mes collègues en ont eu, pas moi. A croire que Super revêche m’a vu réviser et s’est dit que ce ne serait pas là-dessus qu’on pourrait me coincer.

robin williams hahaha.jpgJe m’attendais aussi à des réflexions sur mon parcours, car il est atypique : 20 emplois différents à cause de l’intérim -j’en ai cité 5- alors que mes collègues n’en ont exercé qu’un ou deux pour la plupart, et dans le même domaine de travail. Je n’ai aucune expérience dans le genre, à part mon stage d’une semaine en 3ème
J’ai bien insisté sur le fait que tous ces emplois divers montraient que je suis polyvalente et apprends vite. Pourtant le jury me pose comme toute première question :
- Mais qu’est-ce que vous faites ici ?
- Hein ? Euh, c’est-à-dire ?
- Pourquoi vous ne postulez pas directement pour être chef avec tous vos diplômes ! Bac+5, major de promo en plus ! Vous postulez pour le plus petit grade !
- C’est parce que c’est celui que j’exerce actuellement et je trouve qu’il est important de découvrir chaque facette du métier. Mais ensuite quand l’occasion s’en présentera bien sûr, je me présenterai pour un poste plus élevé. »

Moi aussi je peux sortir des phrases bateau à la con ! Pourquoi je ne postule pas pour être chef ? Parce que je n’ai aucune envie de l’être pardi ! Je suis très bien à mon poste où je peux mener ma petite vie tranquille. Le souci, c’est que je découvre ensuite qu’il existait justement des concours catégorie A qui se déroulaient en même temps que le mien : le jury a dû penser que je les avais passés…
J’apprends encore de la bouche du formateur (quand il daigne enfin me parler) : « ils avaient pour consigne d’éliminer d’office les bac+5, car au dernier concours, les diplômés ont trouvé mieux et démissionné au bout de 6 mois, il a fallu les remplacer et on était bien embêté ».
Il n’aurait pas pu me le dire lors de ma préparation et avant que j’envoie mon C.V !

Justement, la deuxième remarque du jury sera :
- «Mais vous allez vous ennuyer ici au bout de six mois !
- Je suis là depuis six mois et je ne m’ennuie pas !»
Je leur parle du travail varié etc. Je ne pouvais pas donner la meilleure raison : je ne m’ennuie pas car je n’ai pas grand-chose à faire, donc du temps pour vaquer à mes occupations : lire, surfer sur le net et même écouter Radio nostalgie…

Le formateur ne m'avait pas préparé à la suite : des questions de « mise en situation ».

Suite et fin (enfin !) demain

 

07/05/2015

Gaston fait une formation, épisode 4

travail,entretien d'embauche,gaston lagaffe est mon modèle de vieA la télé ce soir, après Le tombeau des lucioles hier, fort potentiel chouinerie pour le début de Là-haut, toute une vie de couple en photos, sur M6.
Suite au billet d'hier, certains m'ont demandé quelle chanson j'ai fait écouter à mon collègue ce matin. Alors, pas de Demis Roussos ni de Polnareff, mais un air qui me trotte dans la tête depuis que j'ai vu dans le métro l'affiche du groupe en concert. Je ne me souvenais plus de ce qu'il avait joué, j'ai cherché dans Google, et je n'ai pas pu m'empêcher de fredonner l'air dans le wagon "I say la, la la, la la..." J'ai fait part de ma redécouverte le lendemain à mon collègue:

"Dont' you forget about me..."
- Ne t'inquiète pas, ça ne risque pas d'arriver !"

La présentation de mon parcours est suivie de questions sur le métier et la hiérarchie de l’entreprise. Je vous rappelle que je n’ai toujours pas compris qui est qui, qui fait quoi, qui est chef. J’ai reçu en janvier un mail de bonne année :
Moi : « Ya un type qui m’écrit pour me souhaiter ses meilleurs vœux. Mais je le connais pas, De Mesmaeker !
Collègue : - Han ! Malheureuse, ne dis jamais ça ! C’est notre président !
- Ah bon ? Ça n’empêche pas que je l’ai jamais vu et que je m’en fous comme de l’an 40. »

Dans ma grande perspicacité, je me doutais qu’il fallait que j’évite ce genre de réflexion le jour de l’entretien. Mais lors de la préparation… Je modifie les questions et surtout mes réponses, mais j’en ai sorti certaines, devinez lesquelles :

Formateur : - On va commencer facile (vu mon niveau) qui est la sous-directrice du service des renseignements ?
Moi : - Hein, ça existe ici, on est le MI-5 ?
- Vous savez combien il existe de services au moins ?
- Ben, le service à la cantine n’est pas trop mal, l’autre jour on m’a donné une part de tarte banane-chocolat en rab… Il existe sûrement des services secrets entre Josette et Paulo, à mon avis ya anguille sous roche, hihihi. Le service des renseignements, ce ne serait pas Langue de pute au bureau 404 ? Elle est sous-directrice cette neuneu ?
- Qu’est-ce que le HVKHWXPKMVX ?
- Vous m’avez dit de pas dire Hardy ! qu’il ne fallait pas parler par acronyme ! J’ai signalé que j’avais travaillé à la RATP, tout le monde connaît et personne ne développe le sigle
- Il signifie quoi d’ailleurs, RATP ?
- Euh, Rentre Avec Tes Pieds ? »
Etc.

Ensuite, le formateur et mes collègues remplissent la feuille aux 40 critères et parlent de ma performance (je répète : « on n’est pas là pour vous juger »)
Formateur : - Vous avez tergiversé en répondant à mes questions par d’autres questions !
Moi : - Vous avez dit que je pouvais en poser, ça montre mon intérêt !
Collègue : - Elle a fait rouler sa chaise de gauche à droite et elle se balançait !
Ça montre mon dynamisme !
- Elle tapotait sur la table avec ses doigts !
travail,entretien d'embauche,gaston lagaffe est mon modèle de vie- C’est parce que j’avais en tête la chanson « antisocial tu perds ton sang-froid, repense à toutes ces années de service » et je tapais le rythme.
- Elle faisait plein de mimiques, on aurait dit un dessin animé !
- Et toi t’as vu ta gueule ? On dirait que t’as pris le train ! T’as pris le train dans la gueule !
- Elle employait un langage familier ! Elle a dit « boulot » et même « taf » et « job » !
- Travail, du latin « tripalium » qui désigne un instrument de torture. En ancien français le terme "travailler" s’applique jusqu’au 13e siècle aux suppliciés et aux femmes en proie aux douleurs de l’enfantement. L’idée de transformation d’une matière première ne prend le pas sur l’idée de souffrance qu’à partir du 16e siècle, moment où…
- Elle a dit…
- Je crois que je ne t’aime plus, elle m’a dit ça hier, ça a claqué dans l’air, comme un coup de revolver
- Elle a dit aussi que…
- Et toi on t’a jamais dit que c’était pas beau de rapporter ? Ouh le fayot ! Jacques a dit : « arrêtez de m’emmerder ! »

A la fin de ma magnifique prestation, les collègues viennent me voir :
- On s’ennuyait, puis alors là, t’es arrivée, et miracle…
- Merci. La meilleure présentation que j’ai jamais entendue de ma vie. »

Depuis, bizarrement, le formateur ne me cause plus. Parce que j’ai oublié de vous préciser : le chat noir ne le savait pas, mais il est l’un de mes chefs. Je ne l’avais jamais vu auparavant, mais depuis, il est toujours à rôder à côté de mon bureau, et quand je lui lance un bonjour jovial, il ne répond pas…
Je crois que j’ai toutes mes chances pour obtenir le job.
Évidemment j’ai exagéré, je n’ai pas été (trop) impertinente, mais j’ai osé l’humour (on ne se refait pas) et quelques remises en questions (j’ai l’esprit critique !)

Demain, suite et fin avec l’entretien final. Et oui, j’ai fait des blagues, je ne voulais pas pourtant je vous jure, mais c’est plus fort que moi. Le jury a ri, mais l’humour n’était apparemment pas un critère d’embauche… Mais un jour, je l’aurai ce job !

Vaille que vaille le travail
Me fait très très envie oui
Pour une grimace, j’ai perdu ma place
De cireur de patins à glace !
Je veux le job job job