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12/03/2015

Baby-sitting, 6 ans après (fin ?)

baby sittingMoi, avec une timide voix d’enfant : - Mais… sortir avec un garçon… vous vous faites des bisous ?
Réponse de la fillette, classée dans mon top 10 des répliques 2015 :
- Ça va pas non ! On n’est pas des dégueulasses dans mon école !

Mais tu as totalement raison ! Si on lit « Tu mourras moins bête, tome 2, quoi de neuf docteur Moustache ? », à la question « pourquoi est-ce qu’on s’embrasse avec la bouche ? » on apprend qu’avec un baiser on échange 278 souches de bactéries ! C’est trop dégueu ! N’embrasse jamais un garçon si tu veux sauver ta peau ! Jamais tu entends, fuis ces créatures ! La B.D nous enseigne aussi qu’on choisit des gens dont le système immunitaire est éloigné du nôtre, que ça préserve des maladies etc… Mais c’est quand même dégueulasse ! Ne sors jamais un garçon !

Moi, soulagée : - Aaaaahhh… mais qu’est-ce que tu appelles sortir alors ?
Lola, comme si c’était évident - Ben, on sort ensemble dans la cour ! Puis on va ensemble à la cantine !
- Ah d’accord. Donc moi je sors avec la moitié de mes collègues.
- Mais c’est quoi sortir en fait ?
- Euh… eh bien on a regardé La boum l’autre jour (je la trouvais un peu jeune, mais la mère a voulu lui montrer son film préféré). Tu te souviens lorsque Sophie Marceau explique à son arrière-grand-mère Poupette « sortir avec un garçon, ça veut dire l’embrasser sur la bouche ! »
- oui, j’étais pas sûre… et c’est tout ?
- Hum… Mélinda attend notre avis sur cette question cruciale : doit-elle sortir avec Killian ?

baby sittingLola lui répond : - Non non non ! (répété en capitales sur trois lignes) il est tro tro moche ! (écrit 28 fois) 
Moi : - Mais arrête ! Elle le trouve peut-être très bien elle !
Mélinda : - Moi je le trouve tro bo
Lola : -  Alors oui oui oui (répété 42 fois sur 5 lignes)
Moi : - C’est pas le critère principal. Il est gentil, intelligent, ils ont des goûts en commun ?
- On s’en fiche, tant qu’il est beau !
Je m’empiffre de chips pour passer ma déception et ne pas répliquer. Le chat vient me sentir le museau.
Lola : - Le chat sort avec toi !
- Avec ton chat, c’est le grand amour. Il ronronne, met sa truffe contre mon nez, il frotte sa tête contre la mienne, me lèche les cheveux... et comme il est vraiment en confiance, il me montre son ventre. Mais si tu veux prouver ton affection, je te déconseille de faire pareil avec un mec…

Mélinda : - Je sais pas si je suis amoureuse !
Lola : - comment on le sait ?
Moi : - ouh là ! Eh bien par exemple, est-ce qu’elle pense à lui souvent ?

Deuxième réplique culte de l’année, réponse de Mélinda :
- Je sais pas, tous les trois ou quatre jours… (c’était les vacances scolaires)
Je pouffe en recrachant une bouchée de chips, et le chat s’empresse de tout nettoyer.
Lola : - alors oui oui oui (etc)
Moi : - Mais… 3 ou 4 jours, tu appelles ça souvent ?
- Ben oui ?
- Donc je suis amoureuse du facteur quand j’attends mon courrier, de la caissière de Franprix…  et de mon patron et de tous mes collègues évidemment.
Sinon, est-ce qu’elle se sent bizarre quand elle le voit ? Plus timide, émue, elle ne sait pas quoi lui dire ou au contraire elle parle beaucoup et dit des bêtises ?
Lola : - Mais de quoi tu parles ?
- Ouf, on n’en est pas à ce stade. Ça t’a fait quoi quand Damien t’a demandé de sortir avec lui ?
Lola : - J’étais gênée parce que toutes mes copines ont rigolé, mais après j’étais contente, parce qu’il est trop bo.
- Je pense que c’est l’homme de ta vie. Autant d’amour, de passion… »

Au final, Mélinda a conclu qu’elle était amoureuse de Killian. On a mangé le poulet, avec le chat sur mes épaules, qui m’a encore piqué ma viande pendant que j’allais chercher de l’eau. Le garçon a regardé le hobbit jusqu’à la fin, 22h20, et les enfants se sont couchés sans se laver les dents, parce qu’un tube de dentifrice, c’est dangereux.

 

11/03/2015

Baby-sitting, 6 ans après (épisode 3)

baby sitter.jpgJ’entends le « ponk » d’une conversation Internet. Je lis sur l’ordi :
« Mélinda2004 : - Ya Killian qui veut sortir avec moi… Mais je sais pas si je suis amoureuse… »
Curieuse comme un chat, je colle mon nez à l’écran : -OoOoOoOOhh ? C’est qui, c’est quoi ?
Je lis toute une conversation, à propos d’un papier anonyme qui a circulé en classe : « Mélinda je t’aime, est-ce que tu m’aimes aussi ? » Puis Maélys a révélé à Mélinda pendant la récré que c’était une déclaration de Killian, mais Mélinda ne savait pas si c’était vrai, mais après Killian a envoyé Léo pour lui demander si elle voulait bien sortir avec lui, etc…
NDLR : Votre aimable serviteur traduit le dialogue qui suit, car il était écrit en langage sms avec des fôttes d’auretaugrafe à tous les maux. Mes yeux saignaient.

Moi : - Mais dis-donc, c’est les feux de l’amour ! Attends je vais chercher le paquet de chips et m’installer comme au cinéma !
Je pars dans la cuisine, le chat aux trousses (si jamais je lui lâchais un bout de poulet). La viande n’est toujours pas cuite : on a le temps de peaufiner notre feuilleton à l’eau de rose. Je jette un coup d’œil dans le salon, le garçon est toujours scotché devant Le hobbit. Je retourne dans la chambre, la petite, Lola, a fermé la porte. Lola ! Je suis qu’un fantôme, quand tu vas où je suis pas ! Tu sais ma môme, que je suis Morgane de toi.

Moi : -Hé ! Je te signale que je suis ta baby-sitter et que je suis censée te surveiller hein…
Lola : - Oui mais c’est secret, si Mélinda savait que tu lis...
- T’inquiète pas, je dirai rien à personne (juste au monde entier sur Internet).
Bon, analysons sérieusement la situation. Déjà, c’est qui cette fille ? » Je pose le chat que je tenais dans mes bras pour pouvoir danser la chorégraphie de Clo-Clo, qu’on peut voir en lien : « elle a les yeux bleus, Bélinda ! Elle a le front blond Bélinda ! » (j'adore cette chanson)
Regard consterné de la fillette signifiant « ma baby-sitter a 5 ans et demi ». Regard étonné du chat : mais que fait-elle ? Elle veut jouer avec moi ?
Moi : - j’ai du mal à coordonner le lancer de jambe avec le bras à la fin du refrain, on ne dirait pas mais cette danse est difficile, ça fait des années que je la travaille… aaah mais qu’il est con ce chat, il me mord le pied! »
La petite corrige mentalement : « non, en fait ma baby-sitter est timbrée. »

Lola : - c’est Mélinda, elle est dans ma classe. Je sais pas quoi lui dire.
Le chat saute sur le clavier.
- kkljifjk ;xnlkqcnjknui           
Moi : - Le chat a envoyé la bonne réponse.
Mélinda2004 : -  J’ai pas compris. Je fais quoi ? Je sors avec lui ?

Moi : - mais… elle sort déjà avec un garçon ? A dix ans ?!
Lola : Ben oui, je sors bien avec Damien moi.
Hein ! Déjà ! Et dire que lorsque je l’ai connue, elle n’avait que 4 ans, elle jouait innocemment à peigner son petit poney ! et là, voilà, 10 ans, et c’est une fille perdue ! Mais ça, c’est la faute de Violetta ! A son âge, je jouais encore au loup, au fromage est battu, à la balle au prisonnier (j’étais super forte pour esquiver), enfin des trucs bien plus intéressants que les garçons! Lola, « attends un peu avant de te faire emmerder par ces petits machos qui pensent qu’à une chose, jouer au docteur non conventionné »…

Moi, avec une timide voix d’enfant : - Mais… sortir… vous vous faites des bisous ?
Réponse de la fillette, classée dans mon top 10 des répliques 2015 :
- Ça va pas non ! On n’est pas des dégueulasses dans mon école !

Suite et fin demain

 

10/03/2015

Baby-sitting, 6 ans après (épisode 2)

baby sitting.jpegPlus de six ans après, je garde toujours régulièrement ces enfants. Leur mère m’a dit « on ne veut que toi : les enfants t’adorent, je t’adore, même le chat t’adore… 
- Ah ben moi je vous déteste.
- ?
- Non je rigole ! (je cultive toujours un humour très fin et approprié aux situations n’est-ce pas).

A l’époque, en relisant ma note, je m’aperçois que j’étais une baby sitter modèle. Je jouais avec les enfants, je vérifiais si ils mangeaient convenablement, s’ils se lavaient bien les dents avant d’aller se coucher. Je culpabilisais parce qu’ils étaient au lit à 21h36 au lieu de 21h30, je leur lisais des histoires (j’ai mimé beaucoup de scènes de Harry Potter).

Aujourd’hui, Les petits adorables et obéissants sont devenus des pré-ados de 10 et 13 ans… ils ont un tantinet changé…
Ils rechignent à tout : faire leurs devoirs, se laver, se coucher, et partent au lit en emportant leur ipad en douce pour jouer jusqu’à minuit passé. Avant ils me montraient consciencieusement leurs dents pour prouver qu’elles étaient bien brossées. Désormais ils restent environ deux minutes 30 dans la salle de bain et évidemment je ne peux pas rentrer pour vérifier : « mais tu t’es bien douché ? Et les dents ? » Enfin, vu qu’un tube de dentifrice peut empaler ses utilisateurs, je comprends leur réticence.

baby sitting casquette.jpgJ’ai du mal à les décrocher de la télé :
- Encore devant l’écran ? Vous n’avez pas enlevé vos chaussures ! Et les pieds sur la table, c’est sale, et arrêtez de vous goinfrer de nutella, on va bientôt dîner, rah la tache sur le canapé !
- scronch.
- vous voulez pas jouer aux cartes plutôt ? Aux dames chinoises ? J’ai amené mon jeu…
- scronch.
- Vous regardez quoi ?
- Le Hobbit, on vient de commencer. Papa veut bien que j’aille voir le 3 en Imax, mais il faut que quelqu’un m’accompagne, tu viendras ?
- être payée pour aller au ciné ? Je me tâte ! Faut que je révise alors : ok, je veux bien qu’on regarde le film ce soir… il dure pas trop longtemps ?
- 3 heures.
- 3 heures ?! mais ça vous fait dormir trop tard, ah non…
- mais allez, on est samedi…
- que la moitié alors, vous verrez la suite demain (et moi pendant que vous serez couchés)
Première scène, première mort.
- Euh… c’est pas un peu violent pour ta petite sœur ? (je m’adresse à elle) tu veux pas qu’on joue à quelque chose ?

violetta.jpg- je vais regarder Violetta sur l’ordi !
- Qu’est-ce que tu lui trouves à cette pét… cette pou… enfin cette fille qui n’est pas du tout superficielle, obsédée par la gloire, les fringues, ment et manigance des coups foireux avec ses copines ? Puis elle est fille de millionnaire, a des domestiques… la vie simple du commun des mortels donc.
- Mais justement, elle fait rêver ! Puis elle est trop belle ! Trop bien habillée !
- Tu te vois sapée comme ça pour aller à l’école ? Tu serais ridicule. Et son sourire ultra bright avec ses dents parfaitement blanches et alignées… Elle fait fausse, pas naturelle.
(J’ai vérifié auprès de ma nièce de 9 ans, elle ne regarde pas cette série : « je ne comprends pas l’intérêt.» Ouf, l’honneur est sauf.)
La petite écoute Violetta et se met à beugler le générique : « ahora sabes que yo no entiendo lo que pasa… » Au moins elle apprend l’espagnol…

Je bats en retraite : « je vais préparer le dîner. Tu ne regardes qu’un épisode hein ? »
30 minutes après, je me débats toujours avec mon poulet, comme OSS 117 avec son croco : « ça cuit pas cette connerie là ? Mais pourquoi ça cuit pas ? » Le chat m’offre une aide précieuse, montant sur la gazinière et donnant des coups de patte dans la viande.
Le garçon vient dans la cuisine :
- On mange bientôt ? On mange quoi ?
- Du poulet avec des patates, mais c’est pas prêt ! « Moi je suis dans le poulet, et rien qu’au niveau du poulet, c’est un bordel… »
- ?
- Si t’as faim t’as qu’à essuyer tout le nutella que t’as étalé sur ton visage, comment t’as fait pour t’en mettre partout… « Simon, tu as un bout de pomme de terre sur la joue. »
- ?
- On peut manger la salade en attendant, tiens va mettre la table pendant que je prépare la sauce.
- oh non, j’aime pas la salade !
- je réchauffe les haricots alors ?
- j’aime pas !
- Mais il faut bien manger des légumes…
- J’aime pas les légumes !
Et il repart voir son film, en piochant dans un sachet de chips qui traînait, et sans prendre les assiettes au passage.

Je retourne voir où en est la petite, avec le chat dans les bras pour l’empêcher de bouffer le poulet (un jour alors que je me levais de table pour chercher de l’eau dans la cuisine, le chat en a profité pour me piquer mon steak entier dans mon assiette et l’a boulotté sous le fauteuil, comme les chats que l'on voit sur ces images.)
- Tout va bien, je pense qu’on peut manger dans 3 ou 4 heures. Tu fais quoi ?
La fille regarde un jeu internet, qui consiste à acheter des fringues virtuelles. Elle sélectionne des vêtements, habille un personnage, puis met les habits dans un panier, avec un prix exorbitant qui s’affiche. Comment devenir une parfaite pouf consommatrice décérébrée.
Moi : - M'enfin ?! Qu’est-ce que c’est que cette horreur ?!
- C’est trop bien ! Han ! Cette robe est trop belle !
- Ah, c’est une robe ce truc ras la tou… enfin c’est un peu court non ?
- Laquelle tu préfères ? J’adore le haut violet à paillettes, avec le pantalon léopard.
- Oui, des imprimés très coordonnés, puis discrets, simples, qu’on peut mettre en toutes circonstances… très distingués…

J’entends le « ponk » d’une conversation sur Internet. Je lis sur l’écran :

« Mélinda2004 : - Ya Killian qui veut sortir avec moi… Mais je sais pas si je suis amoureuse… »

Suite demain

 

08/03/2015

Baby-sitting, 6 ans après

Chucky poupée-de-sang.jpg

Souvenez-vous… C’était ma troisième note sur le blog, le 28 novembre 2008. Ma première garde d'enfants dans une famille :

"Samedi soir, je bosse. Enfin, mon boulot consiste à jouer à « croque carottes » avec des gosses de 4 et 7 ans. Éreintant.
La mère me dit : « Les enfants doivent être couchés à 21h30 au plus tard ». L'heure fatidique approchant, les petits refusent d’abandonner la partie de « stop ouistiti ». Je n’insiste pas trop : comme ça je m’occupe des mômes. Je ne suis pas grassement payée juste pour lire pendant qu’ils dorment. Et c’est samedi. Et puis les parents ne le sauront pas… Je cogite : "21h30, ils devraient être couchés…"  Ils vont aux toilettes, se lavent les dents. Le fils se dirige vers son lit, la fille repose son tube de dentifrice… C’est bon, tout s’est bien passé. Il est 21h35. C’est pas pour cinq minutes… Allez vite, au dodo.

Et là, innocente, la petite dit : « c’est quoi ça ? Sur le savon ? Du sang ? »
Je regarde brièvement, entraînant déjà la fillette vers sa chambre : « Je sais pas… Sûrement du rouge à lèvres. » Tout en me disant qu’effectivement, ça ressemble à du sang, mais bon, on va pas chipoter, j’ai des enfants à coucher, et il est déjà 21h36 ! »
Soudain, la petite hurle. « DU SANG ! DU SANG !! DU SANG PARTOUT !!!»
En effet, j’en vois sur son pyjama, sur l’évier, par terre…
La gamine devient hystérique : « J’SUIS COUPEE ! J’SUIS COUPEE DU DOIGT!! 
Et elle part en courant à travers la maison en semant des gouttes sur le sol.
Zen comme d’habitude, j’imagine juste que son doigt pendouille et que son frère l’a empalé en scandant « redrum ! redrum ! », que le sang va couler à flots, comme dans Shining.
Dans la réalité, la fille s’est simplement coupée avec... le bord du tube de dentifrice. Vous me direz, faut le faire. Spécialiste des bobos partout, j’ai déjà réussi cet exploit.

shining -sang-.jpgJe cherche un désinfectant, des pansements… rien. Je pense : « C’est impossible ! Sa mère est  docteur ! Y en a forcément sous ton nez ! » La gamine hurle de plus belle, son frère est à deux doigts de faire une syncope. On entend le moindre bruit dans ces vieux immeubles haussmanniens mal insonorisés, et je prévois les flics qui sonnent à la porte : "c'est ici le gamin qu'on étripe ?" Dix minutes plus tard, je me résous à appeler la mère. Comme elle est au milieu d’une fête, elle n’entend pas son portable. Je m’efforce de laisser un message calme. Je force un peu la dose. Je chantonne d’une voix guillerette : « C’est juste pour savoir où sont les pansements, parce que la petite s’est un petit peu coupée » comme si je disais « C’est juste pour dire que c’est trop kikou lol avec les enfants ! Big bisous baveux ! Youpi ! »

Finalement je fais un bandage avec les moyens du bord : un mouchoir en papier. La petite se calme d’un coup. Elle enchaîne comme si rien ne s’était passé : « ze veux que tu me lises l’histoire avec la princesse ». Je m’exécute (pan !) tout en regardant discrètement la blessure. Oui, j’imagine encore que la coupure va se rouvrir et que la fillette va se vider de son sang dans la nuit…

Puis je remonte la piste de sang que la petite Poucette a laissée par terre. Je nettoie les gouttes sur le sol, l’évier, le mur. Comme une meurtrière qui fait disparaître la scène de crime. J’imagine les parents qui rentrent et voient le tableau : moi à quatre pattes par terre, en train de nettoyer le sang avec mon éponge, le t shirt taché de rouge, et leur disant avec un grand sourire niais : « tout s’est bien passé ! Non, j’ai tué personne ! » (cliquez sur l'excellentissime pub "il ne faut pas se fier aux apparences")

Quand les parents reviennent, ils sont un peu inquiets : « ça a beaucoup saigné ? » Pour ne pas les alarmer, je réponds  « non, pas du tout ». Comme il reste encore des preuves sur le tapis, j’avoue que « si, un peu ». Heureusement la mère est cool : « Le doigt ça saigne beaucoup… j’ai rien chez moi pour soigner...pour un docteur...les cordonniers sont les plus mal chaussés… »

Soulagée qu’elle le prenne si bien, prise dans mon élan d’honnêteté, je me lâche. Je laisse éclater au grand jour mes talents scénaristiques et mon goût pour les films d’horreur. En fait, pour minimiser l’incident, je donne des détails avec l’humour et la légèreté qui me caractérisent (c’est ironique). La mère rigole, mais le père se sent mal : « Ah ! Non ! Raconte pas ! Je déteste le sang ! » Forcément, un parent ne ressent pas la situation de la même manière. Pour lui son enfant chérie avait échappé à la mort… Il n’aime pas le cinéma gore quoi.
Bref, pour une première garde dans cette famille que je ne connaissais pas, ça commence fort. Et bien sûr, les enfants qui devaient impérativement se coucher à 21h30, étaient au lit à 22 heures."

Plus de six ans après, je garde toujours ces enfants. A maintenant 10 et 13 ans, ils ont un tantinet changé...

Suite demain

 

03/02/2015

Lagaffe au boulot : laissez-moi danser chanter en liberté

gaston danse.jpgSuite du billet d’hier
Mon collègue me demande donc : « tu peux me faire découvrir des chansons françaises que tu aimes bien ?
- HERVE VILARD !!!
- Qui ?
- Non je rigole… Mais t’en connais quand même quelques-unes, tu aimes quoi ?
- Tu vas te moquer…
- Me moquer, moi, jamais ! Puis vu mon niveau…
- J’aime bien… attends je vais te faire écouter. » Et il embarque son ordi portable et m’entraîne vers la machine à café. (Ça ne faisait que 20 minutes qu’on l’avait quittée). « J’aime bien Alizée…
- Ah oui quand même… Je chante : « moi je m’appelle Lolita
Il me fait écouter le dernier album et là je comprends mieux ce qu’ont dû subir mes collègues avec Demis Roussos.
- T’as pas des chansons de ton pays plutôt ? (il est Américain)
- Si, ça, tu connais ? Et il me met Stayin’ alive !
Un peu que je connais les Bee Gees ! Je vous rappelle que j’ai tout de même dansé sur cette chanson au boulot le jour de la mort de Robin Gibbs. (voir article en lien). Je lui refais donc ma petite chorégraphie.
- Waouh, tu la connais par cœur !

gaston fantasio pas content.jpgEncouragée, je danse toute la choré.
Et au moment du dernier couplet, lorsque je mime la souffrance, une main contre le cœur et l'autre sur le front : « life going nowhere, somebody help me… » Je me tourne vers la porte. Et là je vois la big boss du service, super revêche, qui me regarde la bouche ouverte et les yeux écarquillés, l’air à la fois éberlué et irrité.
Somebody help me yeah…
Mon collègue replie immédiatement son ordinateur portable comme un gamin pris en faute, se lève précipitamment et retourne à son bureau.
Alors que moi je continue à faire semblant de rien… Ben quoi, c’est tout à fait normal…
Super revêche s’adresse à lui en m’ignorant totalement : - « Comme je vous le disais il y a dix minutes, j’attends les ouvrages demandés… »
Je continue à boire mon café…
Il lui donne les bouquins et Revêche se casse.

gaston indispensable.jpgEn même temps, on subissait une panne du logiciel informatique, et je ne pouvais rien faire depuis des heures. Je bossais justement en apportant exceptionnellement des dossiers manuellement à mon collègue, alors que les autres dans mon cas ne se déplaçaient pas… (ma chef m’avait d’ailleurs félicitée, mais je trouvais ça normal non ?) Puis la panne m’a servi à éclairer mon collègue de ma grande culture musicale. Et mon don exceptionnel pour la danse.

Pour lui faire oublier Revêche, une fois le chat parti, les souris dansent, je rallume son ordi :
- Tiens, tu ne voulais pas découvrir la chanson française ? Voilà :
« Moi, je vis, d’amour et de danse
Je vis, comme si j’étais en vacances
Laissez-moi danser, chanter en liberté !

Collègue : - Tu ferais sensation dans une boîte gay !
- M’enfin ?! Ça veut dire quoi, je danse comme un mec ?
- Non pas du tout, tu danses super bien, la prochaine fois je t’emmène en boîte gay parce qu’on adore danser sur Dalida ! (il est gay)
- oh mais je connais ! J’étais au Queen il y a un mois. Enfin j’y suis allée une seule fois, c’était pour le lancement du film Eden, mais il n’y avait pas que des acteurs, il y avait aussi des gays. A part cette sortie, mémé n’avait pas mis les pieds en boîte depuis 2001…
- J’insiste, je t’invite ! »

Le ridicule ne tue pas, sinon je serais morte depuis longtemps et je mourrais dix fois par jour…

A suivre, peut-être…

03/11/2014

Le Karambolage de l'estomac sur pattes

travail, comment supporter les collègues de bureau, je mange donc je suis, mon goûter, c'est sacré, papillotes en chocolat de noëlUne collègue Argentine est installée en France depuis quelque temps. Elle aime comme moi chercher les ressemblances et différences entre nos deux cultures, un peu comme l’excellente émission Karambolage le fait entre les Français et les Allemands.

Alors que je suis en train de manger ma banane et mon carré de chocolat pour le goûter (je ne peux malheureusement pas transporter mon cacao chéri et mes tartines au boulot, ça ferait désordre) elle s’exclame, avec son délicieux accent chantant :
« J’ai remarqué une chose chez vous les Français. Quand vous êtes petits, vous prenez un goûter à 4 heures. Mais vous ne perdez pas l’habitude quand vous êtes grands, c’est marrant »
Moi, croquant mon carré de chocolat : - Oui ! Les Français sont réputés pour leur goût de la bonne chère. Il est logique de prendre un goûter, scronch scronch, on mange à l’aube vers 8 heures le matin avant d’aller bosser. On déjeune à midi. Pourquoi devrait-on ne remanger qu’à 8 heures le soir ? On prend donc un goûter, comme ça on mange toutes les 4 heures, c’est équilibré, scronch scronch.

Autre collègue, yeux ronds : - Ben non, je ne prends pas de goûter moi…
Autre collègue : - Moi non plus…
Autre collègue, sur un ton blasé : - Nan mais laisse tomber, si tu veux étudier les Français, ne prend pas Papillote comme exemple ! Elle n’est pas un modèle de Français moyen. Les gens « normaux » arrêtent de prendre leur goûter quand ils deviennent grands.
Moi : - M’enfin ?! (scronch ?)

travail, comment supporter les collègues de bureau, je mange donc je suis, mon goûter, c'est sacré, papillotes en chocolat de noëlJe suis pourtant un exemple de maturité, un modèle à suivre ! Pour parodier Coluche, "le Français, je le suis très mieux que vous et je vous merde !"
Moi : - C’est très bien de prendre un repas toutes les 4 heures, en prenant un goûter, ça évite de trop manger le soir (et de stocker les graisses la nuit, tu devrais en prendre de la graine, toi Moby Dick qui es en surpoids)

Moby Dick : - Pourtant avec tout ce que tu manges à la cantine, c’est dingue que tu aies encore faim à 4 heures !
Je précise que je prends les plats classiques plus équilibrés et meilleurs je trouve, légumes viande ou poisson, alors que Moby Dick choisit systématiquement les frites et pizzas industrielles…

Je me suis donc déjà fait repérer comme l’estomac sur pattes.
Moby Dick, devant le regard réprobateur de l’ensemble des collègues, dit d’une voix triste : - Enfin, tu peux te permettre de manger autant…"
C’était donc ça, de la pure jalousie de baleine devant un corps de sirène
C’est bientôt l’heure des papillotes en chocolat de noël, que j’ai toujours en poche (cette année, ma dernière papillote a tenu jusqu’à Pâques). Devinez qui n’en aura pas…

Je vous laisse, c’est l’heure du repas.

 

 

31/10/2014

Gaston fête Halloween au travail

gaston deguisement.jpgAutour de la machine à café, des collègues moroses racontent leurs déboires avec des clients difficiles.
Moi : - "Pour Halloween, je peux venir déguiser, ça mettra l’ambiance !"
On rigole, mais le chef nous interrompt, solennel :
- "Papillote, nous on apprécie ton humour (ben normal ! Puis pour une fois que ça m’arrive au boulot. Euh… c’est ironique ?) mais pas sûr que les clients soient pareils…"

Voilà, je suis muselée, censurée ! C’est pour ça que je vous le dis, même si j’y risque ma vie !
Une grande carrière de comique tuée dans l’œuf !!

Je retente le coup pour noël.

Petit quiz On connaît la chanson

22/10/2014

Gaston reprend le travail

gaston gonflé.jpgAprès plus d’un an de chômage, j’ai donc fini par retrouver un boulot. En CDD naturellement. (Pour moi un CDI désigne la bibliothèque du lycée).
La première question qui s’est posée à moi est bien évidemment :
- Quand puis-je poser des congés ?
Mais je ne suis pas inconsciente, pour ne pas me faire repérer comme la Gastonne Lagaffe de service, je n’ai pas posé la question à mon chef dès le premier jour.
J’ai attendu le lendemain. Je sais bien me comporter en société quand même.

Puis j’ai profité qu’un collègue (en CDI depuis 14 ans et n’étant pas parti en vacances depuis 11 mois) en parle : « Pour la Toussaint, j’emmène ma mère se recueillir sur la tombe de mon père dans notre village natal. C’est pas loin, on ira en train…. »
Chacun prend la mine grave de contenance. Je souris malgré moi parce que la gouaille du gars me rappelle Jean Gabin. Je revois l’acteur dans Un singe en hiver, qui prend lui aussi le train chaque année pour visiter la tombe de son père, ses seules vacances (c’est d’un gai).

Moi (sur un ton innocent, voix plus aiguë et joviale) : «  - Ah ben justement, comment on fait si on veut poser des jours de congés ? (C’est juste sa phrase qui m’y fait penser, je ne cogite pas du tout là-dessus depuis que j’ai commencé le boulot, c’est-à dire exactement 7h23, que le temps passe lentement, plus que 1692 heures de travail à subir)
Regard consterné de l’assistance : comment ose-t-elle troubler ce moment grave, de recueillement !

gaston dort.jpgMoi (sentant trop tard que j’ai encore fait une bourde) – « Nan parce que… (Comment rattraper le coup ? Jouer sur l’émotion aussi ?) C’est vrai que c’est la Toussaint quoi…
Soudain intérêt du chef : - Ah bon ? Tu as aussi perdu des proches ?
Je pense : « évidemment ! Non j’ai encore mon arrière arrière grand-père qui était canut, il me racontait encore pas plus tard que la semaine dernière comment il a fracassé son métier à tisser sur la tête de son patron pendant la révolte de 1831, haha, sacré Jojo.»
Gênée, je n’ose pas utiliser cette corde sensible qui pourrait pourtant m’être utile. Je suis pudique moi, et l’humour est mon arme préférée comme je l’ai dit ici.
Je pense encore : « Bien sûr que j’ai perdu des proches ! Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs, whoh ooh, ce serait le bonheur… » Non, on va attendre de mieux connaître les collègues avant d’utiliser l’humour noir  (j’essaierai demain).

La vérité est que je ne sais même plus où sont les tombes, il y en a tellement. Puis les cimetières sont tellement grands, les stèles se ressemblent toutes. Peuvent pas en faire une rose fluo, suivie d’une jaune poussin, et les nôtres avec des enseignes clignotantes « vous êtes ici » (enfin, plutôt « ils sont ici », pas envie de les rejoindre six pieds sous terre). Ca permettrait de se repérer. Puis les couleurs, comme les immeubles de Notting Hill ou de Camdem Town, c’est quand même plus gai. (Ou sinon, on peut customiser les tombes ?)
Peuvent pas aussi tous se faire enterrer dans le même caveau, plutôt que « je veux être enterré là où je suis né » « là où j’ai vécu » « avec ma femme, l’amour de ma vie » (moi je veux être enterrée avec mon chat de ma photo de profil, dans le jardin sous le rhododendron). Nan, côté paternel, maternel, belle-doche, vlan, tous dans le même panier, c’est quand même plus pratique. Mais non.

gaston pas content.jpgDonc à la question, je réponds simplement, sans mentir :
- C’est juste que je rentre voir ma famille à chaque vacance scolaire.
Apparemment ce n’est pas une raison suffisante pour me donner des jours de congés. Le chef s’esclaffe :
« Les congés, tu peux rêver, t’en auras pas pendant un an, toute ta durée de travail. T’es vacataire, t’es là pour bosser quand les autres ne veulent pas le faire.
Moi : - mais j’en ai à Noël quand même ?! Les autres entreprises où j’ai bossé fermaient automatiquement  pendant une semaine voire 15 jours à cette période.
Il rigole de plus belle : - Ouais ! T’auras ton 25 décembre quoi ! Mais tu pointeras dès le 26.
Je ne peux plus retenir mes réflexions : « - Nan mais noël quoi ! Et le 24 surtout, c’est mon anniversaire ! C’est sacré ! »
Jamais, jamais, une papillote ne travaillera le jour de son anniversaire ! Ce serait renier toute son essence ! Puis faut que je décore le sapin, que j’emballe les cadeaux, que je mange ma bûche, que je fasse de la luge, j’ai du vrai boulot à faire moi !

J’ai donc pris le jour même mes billets de train pour noël. 6 jours.
Et pour la Toussaint aussi.
Je ne l’ai encore pas annoncé au chef. J’attends un peu (par exemple, la fin de ma période d’essai…)

gaston vacances.jpgLe travail, c'est la santé
Rien faire, c'est la conserver
Les prisonnier du boulot
Ne font pas de vieux os

Ils bossent 11 mois pour les vacances
Mais sont crevés quand elles commencent
Un mois plus tard ils sont costauds
Mais faut reprendre le boulot

Quiz On connaît la chanson, deux chansons à retrouver dans le texte. Qui en sont les auteurs ?

 

20/10/2014

L'humour, mon arme préférée

Gaston Lagaffe- au bureau je suis indispensable.jpgJe n'ai pas raconté mes incroyables aventures inexistantes depuis longtemps, surtout celles liées au travail. Forcément, j'étais au chômage. Il est possible que miss Gaston Lagaffe revienne bientôt vous narrer ses formidables histoires, car figurez-vous, j'ai retrouvé un emploi !
J'ai réussi à rester discrète quelques jours, puis ma nature a vite repris le dessus. Grâce à ma maladresse légendaire, quelqu'un s'est déjà fait voler ses affaires sous mon nez et j'ai déjà failli tuer un collègue. Les autres employés ont soudain appris mon existence, puisque depuis, des collègues jusqu'alors inconnus viennent me voir en me disant "C'est toi qui a failli tuer Truc ?" En attendant de trouver le temps de vous raconter cette incroyable aventure (je bosse maintenant !) voici un extrait de livre que je trouve pertinent :

"Toutes ces mésaventures firent que je m’enfermais de plus en plus dans ma chambre et que je me mis à écrire pour de bon. Attaqué par le réel sur tous les fronts, refoulé de toutes parts, me heurtant partout à mes limites, je pris l’habitude de me réfugier dans un monde imaginaire et à y vivre, à travers les personnages que j’inventais, une vie pleine de sens, de justice et de compassion.

Instinctivement, sans influence littéraire apparente, je découvris l’humour, cette façon habile et entièrement satisfaisante de désamorcer le réel au moment où il va vous tomber dessus. L’humour a été pour moi, tout le long du chemin, un fraternel compagnonnage; je lui dois mes seuls instants véritables de triomphe sur l’adversité. Personne n’est jamais parvenu à m’arracher cette arme, et je la retourne d’autant plus volontiers contre moi-même, qu’à travers le « je » et le « moi », c’est à notre condition profonde que j’en ai. L’humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l’homme sur ce qui lui arrive.

Certains de mes « amis », qui en sont totalement dépourvus, s’attristent à me voir, dans mes écrits, dans mes propos, tourner contre moi-même cette arme essentielle ; ils parlent, ces renseignés, de masochisme, de haine de soi-même, ou même, lorsque je mêle à ces jeux libérateurs ceux qui me sont proches, d’exhibitionnisme et de muflerie. Je les plains. La réalité est que « je » n’existe pas, que le « moi » n’est jamais visé, mais seulement franchi, lorsque je tourne contre lui mon arme préférée ; c’est à la situation humaine que je m’en prends, à travers toutes ses incarnations éphémères, c’est à une condition qui nous fut imposée de l’extérieur, à une loi qui nous fut dictée par des forces obscures comme une quelconque loi de Nuremberg.

Dans les rapports humains, ce malentendu fut pour moi une source constante de solitude, car, rien ne vous isole plus que de tendre la main fraternelle de l’humour à ceux qui, à cet égard, sont plus manchots que les pingouins. »

Romain Gary, La promesse de l’aube

Tout cela me rappelle quelqu'un...

P.S : La personne que j'ai soi-disant failli tuer manque cruellement d'humour. (Je ne comprends pas, j'ai trouvé ça très drôle moi...)

03/05/2014

Libre, seul et assoupi, de Romain Monnery

libre seul et assoupi,romain monnery,pôle emploi,chômage,travailJe vous parlais hier du film Libre et assoupi, pour lequel vous pouvez toujours gagner des places de cinéma. Voici maintenant ma propre expérience et des extraits du livre dont le film est adapté :

Avant, j’étais comme le personnage de Bruno, à accepter n’importe quel boulot, et je postulais à tout (cliquez sur ces quelques liens, pour ceux qui n'ont pas suivi mes péripéties de chômeuse) J’ai enchaîné les emplois merdiques, mal payés, avec les collègues aigris, bêtes et méchants. J’ai vu des choses qui m’ont rendues malades (un porc qui tripote les gamines dans une école mais personne ne le signale à part moi « parce qu’on ne veut pas créer d’histoires », une femme qui maltraite ses enfants, etc…) Plutôt que de crever au boulot, j’ai décidé d’arrêter. Sois feignant, tu vivras longtemps. Aujourd’hui, je profite de mon chômage pour chercher enfin un travail qui me corresponde mieux, même si je ne rêve pas trop, je ne trouverai pas de boulot en rapport avec ma formation (cinéma). Même si dans 3 mois, je n’ai plus droit aux allocations, et que faute d’argent, je serai obligée de reprendre la longue suite des petits boulots en intérim. Et puis si les bac+5 prennent les emplois qui ne nécessitent aucun diplôme, comment font ceux qui n’ont même pas le bac ? Le boulot, y en a pas beaucoup, faut le laisser à ceux qui aiment ça. Sois feignant, tu vivras content

J’ai non seulement été affectée à des postes sans intérêt pour moi (aucune créativité), mais souvent aussi, parfaitement inutiles. La plupart du temps, je jouais le rôle d’intermédiaire entre deux personnes qui auraient pu communiquer directement. Ou je recopiais sur ordinateur des textes techniques incompréhensibles, des suites de chiffres écrits à la main par des types qui avaient la flemme d’allumer leur PC ou d’apprendre à s’en servir. Ou j’accueillais des gens dans un lieu où personne ne se présentait, etc. Franchement, je me sens plus utile à écrire un blog, faire connaître des films, des documentaires, des pièces de théâtre et des livres ! Si on pouvait m’embaucher pour ça !

Avant d’être un film, Libre et assoupi était d’abord un livre, devenu un peu ma nouvelle Bible. Ecrit par un Lyonnais de naissance (comme moi) de mon âge et dont le personnage me ressemble beaucoup, comme vous pouvez le constater : 

livre,littérature,libre seul et assoupi,romain monnery,pôle emploi,chômage,travailLibre, seul et assoupi de Romain Monnery, édition Le diable Vauvert : 

« J’étais un enfant de la génération précaire et très vite, je compris que viser un emploi dès la sortir de ma scolarité revenait à sauter d’un avion sans parachute. C’était brûler les étapes. Jeune diplômé comme on en trouvait des milliers sur le marché, j’étais de ceux à qui les entreprises disaient « sois stage et tais-toi ».  Les années 2000 étaient fièrement installées sur leur piédestal mais l’esclavage semblait toujours prospérer. (...)  Je pouvais toujours prendre un job alimentaire, plier des pulls chez gap ou vendre des big mac, mais bon sang, j’avais fait des études. Je choisis alors de faire un stage en le prenant pour ce qu’il n’était pas : un tremplin vers l’embauche.

« Trois mois s’étaient écoulés depuis mon 1er rendez-vous RMI (RSA désormais). Comme on me l’avait annoncé, je fus convoqué pour un nouvel entretien censé déterminer si, oui ou non, mon contrat méritait d’être renouvelé. C’était la règle du jeu. Retour à la case départ, comme au Monopoly. Alors, qu’avais-je fait durant ce laps de temps ? La question méritait d’être posée.

Selon les brefs calculs que j’avais effectués :

  • j’avais dormi + de 1000 heures (siestes comprises)
  • j’avais vu 72 films (pas que des bons)
  • j’avais passé 500 heures devant la télé (clips, pubs, séries)
  • j’avais lu 34 livres (que des poches)
  • je m’étais demandé 272 fois ce que j’allais faire de ma vie.

En somme, je n’avais pas perdu mon temps. Restait à voir si l’emploi de celui-ci serait du goût de la conseillère censée me recevoir, mais, très vite, je compris que non. En arrivant au rendez-vous, une petite femme à l’air sévère vint à ma rencontre. 

- Alors c’est vous le plaisantin ? (...) Je vais vous lire un extrait de la lettre de motivation que j’ai découverte en ouvrant votre dossier : « je n’ai rien contre l’idée de travailler du moment qu’on ne m’y oblige pas ». Vous pouvez me dire ce que ça signifie ? (...) Le problème, c’est que vous avez pris le rmi pour ce qu’il n’est pas : des vacances. » Je protestai comme je pus, arguant du fait que j’avais été à la bibliothèque quasiment tous les jours et que je m’étais cultivé dans l’optique de mon prochain travail (…) « C’est pour votre bien que je dis ça. Vous m’avez l’air de quelqu’un de sympathique, mais il serait temps de grandir. Dans la vie, on ne fait pas ce qu’on veut. Tenez moi par exemple, je voulais devenir danseuse étoile. Mais je ne viens pas au travail en tutu, vous comprenez ? Vous croyez sincèrement que ça m’amuse d’être là ? »

libre seul et assoupi,romain monnery,pôle emploi,chômage,travail« Je regardais dehors et me demandais alors à quoi ressemblerait le film tiré de ma vie. S’agirait-il d’un drame ? D’une comédie ? De science-fiction ? (…) Peut-être faisais-je fausse route. Peut-être qu’une vie n’avait rien à voir avec le cinéma. »

«  L’idée d’un livre me vint alors. (…) Je voulus me convaincre que j’avais trouvé ma raison d’être. Je m’imaginais sur les plateaux télé, parlant de moi, ma vie, mon œuvre et j’anticipais les critiques criant au génie (...) Je rêvais d’un grand livre au goût de madeleine qui se vendrait comme des petits pains mais, en attendant, je ne faisais rien. Comme d’habitude, je préférais penser aux conséquences plutôt que de me consacrer à l’action. Le poil que j’avais dans la main m’empêchait de m’y mettre. Je passais mon temps dans mon lit, l’ordinateur sur les genoux, le regard dans le vague, Internet en toile de fond. Malédiction de la technologie, ma connexion anéantissait tous mes efforts de concentration. Toutes les séries que je pouvais télécharger en un clic me donnaient mal à la tête. J’avais tellement de raisons de ne rien faire ! Je me familiarisais avec l’univers carcéral dans Oz, je m’initiais à la vie de famille aux cotés des Sopranos, je me prenais pour un cow-boy devant Deadwood et je sauvais le monde dans la peau de Jack Bauer. Toutes ces histoires m’empêchaient peut-être d’écrire la mienne mais elles me donnaient l’illusion d’en vivre par procuration. J’aurais pu continuer de la sorte pendant des jours mais j’avais atteint un seuil d’inaction qui remettait en cause mon statut de mammifère. Je ne me levais plus. La forme de mon corps s’était incrustée dans le matelas. J’étais devenu un invertébré, je ne faisais rien, je ne pensais plus. Internet s’en chargeait pour moi. »

Alors, certains jeunes se retrouvent dans ces extraits ? Si vous en voulez d’autres, j’en ai copié encore deux pages…

En faisant des recherches pour cet article, j’ai appris que Romain Monnery a sorti un nouveau livre : Le saut du requin. Je suis pourtant abonnée à sa page facebook depuis son premier roman, mais je ne l’avais pas vu ! Facebook n’affiche plus toutes les actualités. J’ai donc raté les organisations d’interview et rencontres avec l’auteur, quel dommage… mais je m’empresse de lire le nouveau livre et je vous en parlerai… surtout que le personnage principal ressemble à Ignatus, le héros de La conjuration des imbéciles, mon roman préféré. Et que Romain Monnery revendique Philippe Jaenada comme référence.

J’ai lu ici une de ses interview qui conforte nos points communs :

- Que réponds-tu quand on te demande ce que tu fais dans la vie ? (Note de Papillote : mon principal problème dans les soirées) 

« Quand je réponds « je ne fais rien », ça met les gens mal à l’aise. Quand je dis que je suis journaliste, les gens te demandent où et là, tu réponds « nulle part », ça rend aussi les gens mal à l’aise. »

« Je ne me sentirai jamais légitime. C’est une question d’éducation et d’origine sociale. »

« Je suis mal à l’aise avec le côté solennel et sérieux. Du coup, ça me joue des tours à tous les niveaux, car je ne sais jamais comment me positionner par rapport aux gens. Je fais du second degré en permanence et beaucoup de personnes le prennent au premier. »

ça me rappelle quelqu'un... Sur ce, je vous laisse car je n'ai regardé qu'un seul film aujourd'hui (Panic sur Florida beach de Joe Dante) un seul épisode de série (Weeds saison 8) et j'ai encore un bouquin à finir (Demande à la poussière de John Fante) avant d'aller au théâtre (Riviera sur Maurice Chevalier).