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15/05/2022

Bilan culture d'avril 2022

cinéma, documentaires, arte, francetv4 SERIES :

Coup de coeur :
- Better call Saul
, Netflix
Le prequel, encore meilleur, de la série culte Breaking bad. La série originelle était plus sombre et violente, celle-ci est plus fine, axée sur la psychologie des personnages. On se penche sur le passé de Saul, l'avocat véreux mais terriblement attachant. Comment en est-il arrivé là ? Le héros illustre l'expression "l'enfer est pavé de bonnes intentions." Avec 6 feet under, la seule série que j'ai vue deux fois. Génial. 
Bien :
- Drôle
, de Fanny Herrero, Netflix
cinéma,documentaires,arte,francetvPar l'autrice de l'excellente série 10% sur des agents de comédiens. On reste dans le même univers, avec cette fois-ci des jeunes issus de milieux populaires, qui essaient de percer dans le stand-up. Malgré les éloges unanimes, Netflix vient d'annuler la 2e saison, pourtant à moitié écrite.
Bof :
- Infiniti, Canal +
La station ISS ne répond plus. Au même moment, le cadavre d'un astronaute, censé être à bord, est retrouvé au Kazakhstan.
Une série mi SF mi mystique, un peu bancale et prévisible. Sympa quand on aime le fantastique, mais vite oubliée. Pas indispensable.
- La chronique des Bridgerton, saison 2, Netflix
La première saison comportait déjà des défauts (on est loin de la finesse et de l'humour mordant de Jane Austen) mais restait plaisante à regarder (surtout le héros méga sexy). Cette saison, l'alchimie entre le nouveau couple ne fonctionne pas du tout. Heureusement il reste les personnages secondaires, surtout le plus sympathique, la soeur rebelle qui ne veut pas se marier. Le seul truc qui fait rêver : les somptueux costumes et décors.

4 FILMS :

Coups de coeur :
- The mist de Frank Darabont, 2007
cinéma,documentaires,arte,francetvUne brume étrange dans laquelle se cache des bestioles meurtrières envahit une petite ville. Des habitants qui faisaient leurs courses à ce moment-là se retrouvent enfermés ensemble, contraints de cohabiter, de prendre des décisions, s'entraider...
Bien plus qu'un simple film d'horreur, c'est un thriller psychologique d'une grande acuité. Le parallèle avec l'actualité fait froid dans le dos : en cas de crise, il faut s'unir, mais certains cèdent à l'individualisme et à la panique, et la peur et l'ignorance font croire et faire des actes répréhensibles... Génial. à voir absolument.
Adapté d'une nouvelle de Stephen King, par le réalisateur des Evadés et de La ligne verte. Ce film, son dernier, date de 2007 ! A quand le prochain ? 
Pas mal :
- Océans de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud, 2009
Relire mon hommage ici.
- Astérix, au service secret de sa majesté, de Laurent Tirard, 2012
Moins apprécié que Mission Cléopâtre, il reste néanmoins agréable, dans le même esprit déluré.
Bof :
- Alice et le maire de Nicolas Pariser, 2018
Le maire de Lyon (Fabrice Luchini) traverse une dépression. Une jeune philosophe (Anaïs Demoustier) est embauchée pour lui redonner des idées et du baume au coeur. Le seul intérêt que j'ai trouvé à ce film est qu'il se passe dans ma ville natale, que j'ai pu revoir et comparer avec l'action de Gérard Collomb, maire de Lyon pendant 20 ans. Mais quel ennui ! Beaucoup de blabla pédants, de longueurs, aucune action.

11 LIVRES :

Coups de coeur :
cinéma,documentaires,arte,francetv- Maus de Art Spiegelman
L'auteur de bd, qui entretient des relations conflictuelles avec son père, recueille les souvenirs de ce dernier, rescapé des camps de concentration. Culte.
- L'esprit critique de Isabelle Bauthian, 2021
- L'origine du monde de Liv Strömquist, 2014
- Zaï zaï zaï zaï de Fabcaro, 2015

Pas mal :
- Les enfants sont rois de Delphine de Vigan, 2021
- Le choix du chômage de Benoît Collombat, Damien Cuvillier, 2021
- La grande transformation : climat, inverserons-nous la courbe ?
- Poulet aux prunes de Marjane Satrapi, 2004
- Coloc of duty, génération Greta, de Jul, 2020
- Elise et les nouveaux partisans, de Tardi et Dominique Grange, 2021
- Le cerveau peut-il faire 2 choses à la fois de Fiamma Luzzati, 2015

23 DOCUMENTAIRES :

Portraits :
Coup de coeur :
 cinéma,documentaires,arte,francetv- Deneuve, la reine Catherine
, sur France.tv
- Marilyn, femme d'aujourd'hui sur France.tv jusqu'au 17/06
Bof :
- Anaïs Nin, vivre sans entraves
, aux arts etc, sur France.tv 

Société :
Coup de coeur :
- La brigade des empoisonnés volontaires

Cash investigation 
- Liberté, santé, inégalités, Cash investigation sur France.tv jusqu'au 21/10
- Ca se passe comme ça chez macdo ? Cash investigation sur France.tv jusqu'au 14/01/23

La fabrique du mensonge 
- Les nouveaux habits des antisémites, la fabrique du mensonge sur France.tv jusqu'au 02/06

42, la réponse à presque tout
 - Allons nous aimer les robots ? sur arte.tv jusqu'au 18/02/23
- La géoingénierie va-t-elle sauver le climat ? sur arte.tv jusqu'au 21/01/23
- L'arn messager nous sauvera-t-il du cancer ? sur arte.tv jusqu'au 04/02/23
- Pouvons-nous dormir moins ? sur arte.tv jusqu'au 04/03/23
Bof :
- Petit ami parfait sur arte.tv jusqu'au 02/06

Animaux / nature :

Coups de coeur :
Des fraises pour le renard sur France.tv
- A l'écoute de la nature, le langage secret des animaux, sur arte.tv jusqu'au 17/06
cinéma,documentaires,arte,francetvEpisode 1 le mystère du poisson invisible
Episode 2 le secret du fou volant

- Polynésie, la quête des profondeurs sur arte.tv
- Higlands, l'île de rum sur arte.tv jusqu'au 29/07

- Les 4 saisons de l'Alaska, sur France.tv
- L'invisible poésie de la nature sur arte.tv jusqu'au 25/06
- La panthère des neiges de l'Himalaya, sur France.tv jusqu'au 18/05

Ecoutez, c'est le printemps ! Les oiseaux dans tous leurs états :
- Des pics et des arbres, sur arte.tv jusqu'au 21/06
- Malin comme une pie sur arte.tv jusqu'au 26/06
- Le fabuleux destin des mésanges sur arte.tv jusqu'au 21/06

26/04/2022

Jacques Perrin

cinéma,cinéma français,documentairesJeudi, en triant mes papiers, je retombe sur le dossier de presse du documentaire Les saisons. J'interromps alors mon ménage de printemps pour me plonger dans ce souvenir si agréable. Quelques heures après, j'apprends que le réalisateur du film est décédé.
Je me rappelle de cette séance de ciné en 2016, dans un hôtel somptueux de la capitale, et surtout de la rencontre avec les membres de l'équipe. J'assistais à l'époque à beaucoup de projections et interview, encore plus lorsque j'étais journaliste ciné, et quand on les enchaîne toute la journée, que le film nous a déplu, que les débats s'éternisent, on a parfois hâte de rentrer chez soi. Ce soir-là, le Q&A avait été particulièrement long, plus d'une heure, mais j'aurais pu rester toute la nuit. Car un intervenant éclipsait les autres, rayonnait par sa présence, son charisme, son élocution, sa voix douce, son humilité, son humour, et ses propos si justes et passionnants. C'était Jacques Perrin.

Il était le réalisateur et producteur du film. Il nous a expliqué la prouesse de tourner des documentaires animaliers, la patience infinie que le genre requiert : des années de tournage, ici 5, pour un film de 2 heures. Comment font-ils pour suivre au plus près les bêtes sauvages, comme des lynx par exemple ? Jacques Perrin nous a révélé qu'ils filmaient les animaux dès leur naissance, pour les habituer à l’homme.
Et lorsqu'on voit des animaux en mauvaise posture, comme dans Les saisons, le hérisson tué par le hibou grand duc ? Perrin nous a répondu avec humour : « vous vous doutez bien qu’on n'allait pas sacrifier un animal que l’on connaît depuis sa naissance et qui nous prend pour ses parents » L'oiseau n’attrapait en fait qu’un leurre.

Grand défenseur de la nature et des animaux, Jacques Perrin était un pionnier dans le film documentaire de grande envergure, diffusé en salles et pas seulement à des heures indécentes sur des chaînes sans audimat. Voir pour la première fois un documentaire animalier sur grand écran, ses images et cette musique somptueuses, a été un grand choc pour moi. C'était Le peuple migrateur, en 2001. C'était la première fois que j'étais aussi émue devant un film, à la fois éblouie, mais aussi révoltée et triste (les oiseaux englués dans le pétrole, celui enfermé dans une cage qui voit ses copains s'envoler, celui qui parvient à s'enfuir, et ceux qui ont traversé des continents entiers pour se faire buter à leur arrivée par les premiers écologistes de France les chasseurs.)
Pendant des mois, j'ai écouté la musique magnifique de Bruno Coulais, dont "To be by your side" de Nick Cave♥. Aujourd'hui, je l'ai mise à nouveau en boucle en pensant à Jacques Perrin, en allant au parc voir si les oeufs de la cane qui couve depuis des jours ont enfin éclos. Mais la brave maman est toujours en place, immobile, à réchauffer ses petits. J'ai écouté toute la bo du peuple migrateur en guettant le retour de la fauvette. Ce petit oiseau de 20 grammes parcourt chaque année des milliers de km puis revient au printemps au même endroit. Un exploit qui m'éblouit.
cinéma,cinéma français,documentairesEvery mile and every year
For every one a little tear
I cannot explain this, dear
I will not even try

Jacques Perrin a également réalisé d'autres bijoux du documentaire animalier, comme Océans, et produit Microcosmos, le peuple de l'herbe. C'était un producteur opiniâtre et engagé, non seulement pour la cause animale, mais aussi pour les droits de l'homme. Il a ainsi produit d'autres films chocs de mon adolescence, Z de Costa Gavras, et La victoire en chantant de Jean-Jacques Annaud, tous deux oscar du meilleur film étranger. Jacques Perrin estimait que « l’exemplarité » était la chose la plus nécessaire : « Des gens qui nous permettent de croire. Comme un Jean Moulin dans la Résistance. On vit de sombres temps, disait Brecht. Mais la clarté, c’est une histoire d’ombre »

cinéma,cinéma français,documentairesVendredi, journée de la terre, il aurait été judicieux que les chaînes de télé programment en hommage à Jacques Perrin l'un de ses documentaires. Seul Mycanal en propose. A la place, seules France 5 a diffusé Le Crabe-Tambour de Pierre Schoendoerffer, et Arte Les demoiselles de Rochefort. Dans ces deux films, Jacques Perrin interprète un marin.

Un rôle qui lui sied bien, car ado, l'acteur a oeuvré comme mousse sur un chalutier. Les histoires de ses coéquipiers habitués des mers lointaines ont conforté son goût de l'aventure et de l'évasion. Enfant placé en pension, il passait ses nuits d'insomnie à s’imaginer « partir ailleurs », « respirer autrement ».
« Ce bien-être que nous cherchons, il nous est donné par la beauté du monde. L'observer, la contempler, c'est un principe de régénération comme l'oxygène. » (interview Le figaro, 2016)
Je partage entièrement son avis, moi qui me rends tous les jours au parc voir les petits canards pour oublier l'actualité et mieux dormir la nuit. 
Jacques Perrin m'a émue grâce à ses films en tant que réalisateur, mais aussi comme acteur, par exemple dans cette scène de cinéma paradiso, avec la musique d'Ennio Morricone. (voir mon hommage au compositeur en lien).
Je vous laisse, je vais chouiner devant Le peuple migrateur.

 
 

21/04/2022

Alerte rouge

alerte rouge.jpgMei est une ado de 13 ans d'origine chinoise, tiraillée entre respect des traditions familiales et  désir de modernité et d'émancipation. Selon les souhaits de ses parents et particulièrement de sa mère très protectrice, elle est une élève studieuse et obéissante. L'ado rêve d'aller au concert d'un boys band avec ses amies, mais sa mère refuse. La jeune fille découvre que lorsque ses émotions débordent, elle se transforme en panda roux, et que cette malédiction est partagée par les femmes de sa famille... Voir la bande annonce en lien.

Alerte rouge, (turning red en anglais) fait évidemment référence aux règles, puisque l'héroïne se métamorphose lorsque les anglais débarquent et que sa mère l'embarrasse en lui apportant un paquet de serviettes hygiéniques devant ses camarades.
De rares spectateurs ont déploré qu'ils ne pouvaient ainsi pas s'identifier au personnage, d'autant plus qu'elle est Chinoise et que sa religion est importante dans le film (ses parents possèdent un temple). J'ai peu de points communs avec Mei, pourtant j'ai apprécié Alerte rouge.
Dans la grande majorité des scénarios, le personnage principal est un homme. Enfant je m'identifiais ainsi aux héros des films du dimanche soir, donc à James Bond, Indiana Jones, Bebel ou même l'anti héros Pierre Richard, car les femmes dans ces films n'étaient pas des modèles, présentées soient comme des femmes fatales traîtresses responsables de la chute du héros, des femmes faciles et vénales, soit comme des femmes "pures et innocentes", mais cruches et dépendantes que le héros devait sauver. 

alerte groupe.jpgJe salue l'originalité (l'audace ?) de Pixar de choisir d'évoquer les règles et aussi les communautés ethniques et religieuses.  Je ne suis ni Chinoise ni croyante, pourtant le propos du film reste universel, car il traite avant tout d'adolescence, cette période de bouleversements physiques et émotionnels qui crée de fortes tensions, la nécessité de les contrôler ou de vivre avec. Alerte rouge parle du choix de rester ou non dans les valeurs familiales que traversent tous les jeunes : normalement, on est tous passé par une phase de crise d'ado rebelle, où on trouve nos parents ringards, peu compréhensifs et tyranniques. La relation entre Mei et sa mère est très réaliste, on sent le vécu (la réalisatrice et scénariste a convoqué des souvenirs). La relation progresse lorsque Mei se rend compte que sa mère vit les mêmes tourments avec sa propre mère. Mei s'imaginait que sa mère avait toujours été cette adulte inflexible et sûre d'elle, mais sa mère redevient une ado devant sa propre mère.
L'importance de l'identification à un groupe autre que la famille pour l'émancipation des ados est également bien traduite, à travers les liens forts qui unissent Mei à ses copines. L'importance de s'intégrer et de faire comme les autres aussi, avec les goûts vestimentaires et les boys band à la mode. 

je n'ai pas connu le groupe d'amies de l'héroïne (je préférais lire au cdi pendant la récré que me mêler à mes camarades), ni sa passion pour les 2be3, euh les 4town, même si les boys band ont émergé à mon époque. J'avais déjà des goûts de vieux (pas les mêmes que mes parents, aux goûts encore plus anciens !) en écoutant les Beatles et d'autres groupes pas de mon âge. Le film a pourtant réussi à me mettre dans la tête la chanson du groupe, nobody like U, à écouter en lien. Chanson typique pour ado : faire croire qu'ils sont différents alors que les paroles sont calibrées pour plaire au plus grand nombre. A cet âge, j'appréciais un air qui parlait de différence aussi, I'm not like everybody else des Kinks.

J'ai lu le complexe du homard de Dolto deux fois, mais je ne me retrouvais pas vraiment dans la description de l'ado typique, comme elle est décrite dans le film. Pourtant malgré toutes ces différences, j'ai pu quand même apprécier Alerte rouge, drôle, enlevé, pertinent. Un bon film, mais pas le meilleur Pixar, il n'atteint pas les niveaux des Toy story, Le monde de Nemo, Monstres et cie ou Les indestructibles. Je déplore qu'il ne soit pas sorti en salles, comme les précédents (Soul, très bien, et Luca, pas mal).

- Alerte rouge de Domee Shi, Pixar sur Disney+

07/04/2022

Bilan "je suis culturée" de mars

documentaires,arte,france tv,cinéma,littérature,bd8 FILMS : 

Coup de cœur :
- Alerte rouge de Domee Shi, Pixar sur Disney+
Bien :
- La boîte noire de Yann Gozlan, 2021, sur Mycanal
- Les 2 Alfred
de Bruno Podalydès, 2021, Mycanal
Pas mal :
- The Batman de Matt Reeves, 2022
- Kaamelott volet 1 d'Alexandre Astier, 2021, sur Mycanal
- Un espion ordinaire
de Dominic Cooke, 2021, sur Mycanal
- Fisherman's friends de Chris Foggin, 2020, sur Mycanal
- Les traducteurs de Régis Roinsard, 2020, sur Mycanal

4 SERIES :

Coup de cœur :
alerte rouge.jpg- Ovni(s) saison 2, de Martin Douaire et Clémence Dargent, 2021, sur Mycanal
Pas mal :
- Yellowjackets, 2021, sur Mycanal
- Why women kill, de Marc Cherry, 2020, M6
Bof :
- La femme qui habitait en face de la fille à la fenêtre, de Rachel Ramras, 2022, Netflix

9 LIVRES :

Coups de cœur :
algues.jpg- Algues vertes, l'histoire interdite d'Inès Léraud et Pierre Van Hove, 2021
- Grandeur et décadence de Liv Strömquist, 2017
- La rose la plus rouge s'épanouit, Strömquist, 2019
- I'm every woman de Liv Strömquist, 2018
- Il était une fois Idées noires, André Franquin

Pas mal :
- Meta maus de Art Spiegelman, 2011
- Insolente Veggie, une végétalienne très très méchante, de Rosa B, 2015
- Kiki de Montparnasse de José-Louis Bocquet, Catel Muller, 2007
- Les cerveaux de la ferme, au cœur des émotions et des perceptions animales, Sébastien Moro, Layla Benabid, 2021

28 DOCUMENTAIRES :

Portraits :

Coups de cœur :
grandeur.jpg- Jim Carrey : l'Amérique démasquée, sur Arte.tv jusqu'au 08/06
- Gisèle Halimi, la cause des femmes, La case du siècle sur France.tv jusqu'au 06/05
Bien :
- L'alpiniste de Peter Mortimer, 2021, sur Mycanal
- Poutine, l'espion devenu président, sur France.tv jusqu'en 2023
- Zelensky, l'homme de Kiev sur Arte.tv jusqu'en 2023
Pas mal :
- Marguerite Duras, l'écriture et la vie, aux arts et caetera, France.tv
- Pierre-Auguste Renoir, entre rococo et impressionnisme, sur Arte.tv jusqu'au 30/05

Société :

Coup de cœur :
Il était une fois l'amour à la française 
Bien :
- Buried, la mémoire enterrée sur Mycanal
- Quand les bourgeois font leur cinéma d'Alain Riou, sur Mycanal
- Hollywood interdit, l'heure du pré code (1929/1934) sur Mycanal
- People et politiques, petits services entre amis ? Complément d'enquête, Sur France.tv jusqu'en 2023
- Bad vegan sur Netflix

Animaux :

Coups de cœur :
fraises renard.jpg- Des fraises pour le renard sur France.tv jusqu'au 12/04
- Caméras espions au pays du froid
- Planète animale, les jeux de l'amour
sur France.tv jusqu'au 09/04
- L'Europe sauvage, faune et flore des Alpes
Pas mal :
- Les animaux sauvages d'Europe : le lynx, sur Arte.tv jusqu'au 01/06
- Le panda géant
sur Arte.tv jusqu'au 22/05
- Le fabuleux destin des mésanges
sur Arte.tv
- Au cœur des Carpates, le royaume de l'ours, sur Arte.tv jusqu'au 30/04

Nature / évasion :
- Les îles Féroé, beautés brutes en Atlantique sur Arte.tv jusqu'au 04/06
- Les parcs nationaux américains : great smoky mountains sur Arte.tv
- Les 4 saisons du Yorkshire

 Sciences :

carrey.jpg42, la réponse à presque tout : sur Arte.tv
- Pourquoi manger ce qu'on mange ?
- Pouvons-nous sauver les arbres ?
- Les algues vont-elles sauver la planète ?
- Et si la poussière n'existait pas ?

 

 

28/03/2022

Invisible man, la femme manipulée

invisible man.jpgLe film est classé par mycanal en horreur, mais c'est en réalité un thriller psychologique. Il revisite le mythe de l'homme invisible, mais du point de vue de sa femme. L'homme invisible est ici un scientifique réputé et millionnaire, mais est aussi (comme souvent chez les hommes assoiffés de pouvoir, comme le démontre Marie-France Hirigoyen dans son excellent livre Les Narcisse) un manipulateur pervers, un tyran domestique qui surveille les moindres faits et gestes de sa compagne. Cette dernière est interprétée par Elisabeth Moss, qui choisit toujours aussi bien ses rôles (Mad men, La servante écarlate...) La femme parvient à s'enfuir de la demeure où elle est maintenue captive, le compagnon délaissé se suicide. Pourtant, elle se sent toujours traquée, observée, les objets bougent autour d'elle... Elle est convaincue que le brillant opticien a réussi à développer une invention le permettant de devenir invisible, mais personne ne la croit.
Un film qui surfe habilement sur les thèmes actuels du harcèlement, de la manipulation perverse et des violences conjugales. Certains peuvent penser que l'héroïne exagère, est forcément coupable de quelque chose : "pourquoi elle ? elle a dû le chercher ! Puis elle n'est pas si malheureuse, elle vit dans une maison gigantesque, son mec est riche et peut lui offrir tout ce qu'elle désire !"

cinémaLa mise en scène, faite de plans larges, nous permet d'être aux aguets comme l'héroïne : on cherche en arrière-plan un objet qui bouge, qui trahirait la présence de l'homme invisible. La suggestion, ce qu'on ne voit pas, ce qu'on imagine, est toujours plus effrayante qu'une démonstration dans les films d'horreur, qu'une créature souvent grotesque mal modélisée (c'est ça leur monstre ? mais il est mal fait ! il bouge mal !)

Cette mise en scène crée un climat d'angoisse, mais ce qui m'a véritablement glacé le sang, c'est lorsque même l'entourage proche de la victime se désolidarise d'elle et la pense paranoïaque. Le pire, dans le film comme dans la réalité, ce ne sont pas les blessures physiques et morales. C'est de ne pas être crue, de passer pour folle et se retrouver isolée. C'est exactement ce qu'on entend après les féminicides et dans chaque Faites entrer l'accusé : "Je ne peux pas croire qu'il ait tué sa femme, c'était un collègue irréprochable, toujours serviable." "Mon fils, mon frère est doux et gentil avec moi, c'est impossible qu'il frappe sa femme !"

On ne sait jamais comment les gens se comportent réellement dans l'intimité de leur couple. Par exemple, Jonathan Daval était un collègue et un gendre idéal, un homme doux, effacé, serviable, tout petit, avec une voix aigue et tremblotante, une tête ronde de poupon. Tout le monde se souvient de son discours où il pleurait à chaudes larmes pour qu'on lui rende sa femme, soutenu par les parents de la victime, qui semblaient presque moins atteints que lui. Ces derniers le consolaient comme un petit enfant. Et pourtant, ce gendre qu'ils pensaient insoupçonnable a frappé, étranglé de longues minutes et brulé le corps de leur fille.
Dans la réalité, les victimes subissent souvent sans être crue et sans pouvoir agir. Dans le film, la femme parviendra-t-elle à se défendre contre un homme qui fait deux fois son poids, et en plus, invisible ? Un thriller original et efficace, à voir. 

- Invisible man de Leigh Whannell , 2020 sur Mycanal

- Les Narcisse, ils ont pris le pouvoir de Marie-France Hirigoyen

 

09/03/2022

Bilan "je suis culturée" semaines 7 et 8

cobra kai.jpg3 SERIES :

Coup de coeur :
- Cobra Kaï, Netflix
Des jeunes qui font du karaté ? A priori, rien qui me branche. Et pourtant si ! Presque 40 ans après la sortie de karaté kid (1984) les mêmes acteurs reprennent leurs rôles, à 60 ans ! Une série drôle et diablement efficace.
Pas mal :
- Why women kill, saison 2, M6
why women kill saison 2.jpgUn bon divertissement qui se suit avec plaisir, mais qui se révèle un peu trop poussif et caricatural. La saison 1, mêlant 3 femmes à 3 époques différentes, m'a semblé plus réussie, les différentes périodes permettant une meilleure compréhension de l'évolution des mœurs.
- Inventing Anna, Netflix
Après l'arnaqueur de Tinder, encore une histoire vraie de fraude, mais cette fois-ci, c'est une jeune femme qui mène une vie de luxe sans en avoir les moyens.
Intéressant, mais on retrouve la patte de Shonda Rhimes (Scandal), le côté girly superficiel qui m'agace. 

3 FILMS :

Culte :
- Incassable de M. Night Shyamalan, 2000 
incassable.jpgUn homme atteint de la maladie des os de verre (Samuel L. Jackson) et fan de comics est persuadé que son opposé existe : un super héros incassable. Il pense l'avoir trouvé dans l'unique rescapé d'un accident ferroviaire, un simple agent de sécurité fragilisé par une séparation, un homme à priori banal (oui mais c'est Bruce Willis alors on se doute que non !) Un film devenu culte.
Bien : 
- Invisible man de Leigh Whannell, 2020
Le film est classé par mycanal en horreur, mais c'est en réalité un thriller psychologique. Il revisite le mythe de l'homme invisible, mais du point de vue de sa femme, tyrannisée. Un film qui surfe habilement sur les thèmes actuels du harcèlement, de la manipulation perverse et des violences conjugales. 
Pas mal :
- Shazam ! de David F. Sandberg, 2019
Encore un film de super-héros malgré lui, mais à l'opposé du majestueux Incassable, il joue sur le registre de l'humour. Cette fois c'est un ado qui se découvre des super pouvoirs. Le sujet fait penser au très bon Chronicle, mais est beaucoup moins abouti : les effets spéciaux sont désastreux et on peine à croire que Shazam date de 2019 et ait bénéficié d'un budget de 100 millions de dollars !

2 LIVRES :

Pas mal :
- La page blanche de Boulet et Pénélope Bagieu, 2012
page blanche.jpgUne jeune femme oublie subitement qui elle est. Pourquoi ? Pas mal, mais assez anecdotique, le concept n'est pas poussé assez loin. Au scénario, Boulet nous a habitués à mieux, avec son goût pour l'introspection bien plus approfondi dans ses Notes par exemple.
- MetaMaus de Art Spiegelman, 2011
Un ouvrage qui revient sur la genèse de l'histoire culte de Maus, où l'auteur décrit le parcours de ses parents, survivants de déportation pendant la seconde guerre mondiale. J'avais beaucoup apprécié Maus, mais je l'ai lu il y a longtemps et j'en ai oublié une grande partie. Ainsi je ne saisis pas toujours les références de MetaMaus. Les 400 pages rentraient parfois trop dans le détail.

11 DOCUMENTAIRES :

Coup de cœur :
- Il était une fois l'amour à la française sur France.tv jusqu'au 17/03
J'ai appris des choses dingues grâce à cette série passionnante, j'en parlerai plus en détail.

Société :
- Wagner, l'armée de l'ombre de Poutine, Le monde en face, sur France.tv jusqu'au 21/04
- Fraude alimentaire : un crime organisé ? Le monde en face, sur France.tv jusqu'au 28/04
- La maison du futur au présent Réseau d'enquêtes, sur France.tv jusqu'au 02/03/23
Citizen bio de Trish Dolman, sur Mycanal
- Florence Nightingale, la 1ère des infirmières, sur arte.tv jusqu'au 19/04

Animaux :
- Abysses, la vie dans les profondeurs extrêmes sur France.tv jusqu'au 17/03
- Les orphelins grizzlis et moi 
- La première année des bébés animaux

 

 

 

27/01/2022

Don't look up, déni cosmique

dont look up persos.jpgDeux astronomes (Léo di Caprio et Jennifer Lawrence) découvrent qu'une comète va s'écraser sur Terre dans 6 mois. La nouvelle alarmante est occultée ou tournée en ridicule par les journaux, car le divertissement et les articles people sont plus rentables.
Le film évoque le traitement de la question climatique dans les médias. Par exemple, le dernier rapport du GIEC, révélant la catastrophe écologique imminente si aucun changement n'est fait, a été éclipsé par l'annonce de l'arrivée de Messi au PSG, annoncée le même jour. Lorsque Salomé Saqué parle du réchauffement climatique sur le plateau tv de 28 minutes, les autres intervenants minimisent, blaguent ou l'interrompent, la tournent en ridicule, comme Cate Blanchett face à Jennifer Lawrence. De même sur cette vidéo qui fait le parallèle entre le film et des journalistes dénigrant des scientifiques.

dont look up tv.jpgPour savoir comment traiter un sujet, les médias regardent les réactions de la population sur les réseaux sociaux puis s'adaptent aux prétendues attentes du public. On ne s'attache plus au fond mais à la forme. On n'écoute pas le discours du scientifique, on regarde son look. Ce n'est pas le discours du scientifique Léo di caprio qui est commenté sur twitter, mais sa beauté : les médias le relookeront pour qu'il attire plus de likes. Ce n'est pas le discours pourtant juste de Jennifer qui interpelle, mais sa manière trop passionnée de le dire : elle est qualifiée de folle et hystérique. 

dont look milliardaire.jpgLa destruction de la comète sauverait la terre, mais elle est composée de minerais précieux valant des milliards, utiles pour la fabrication des téléphones portables. Un riche entrepreneur convainc la présidente d'exploiter cette nouvelle ressource, maintenant que celles de la terre se tarissent. Le parallèle avec les multi milliardaires Steve Jobs, Jeff Bezos, Elon Musk est évident : ils ont largement participé à la pollution (relire ici l'article sur le docu amazon) mais plutôt qu'investir pour préserver l'environnement de la terre, ils préfèrent construire des fusées pour un jour conquérir de nouveaux mondes, comme s'ils admettaient que notre planète est déjà foutue. 

Ces milliardaires sont soutenus par le gouvernement américain, avec dans le film une Meryl Streep histrionique à sa tête, sorte de Sarah Palin ou Trump au féminin. La catastrophe est imminente, irréfutable, il suffit de regarder le ciel, mais la présidente la nie encore, en exhortant ses foules à ne pas lever le nez pour la voir (don't look up) comme Trump qui nie le réchauffement climatique.

dont look up meryl.jpgSatire des médias, du monde politique, de la cupidité des multinationales qui détruisent l'environnement pour s'enrichir... Un film très drôle, le meilleur du réalisateur selon moi. Ce dernier dénonçait déjà les problèmes de la société à travers The big short sur la crise des subprimes, puis Vice, portrait de Dick Cheney, vice-président de Bush. Même à travers une parodie hilarante des films d'action comme Very bad cops pointe une dénonciation de la corruption.

Je suis persuadée que le registre de l'humour est plus efficace pour passer un message qu'un discours sérieux et alarmiste. Les documentaires sur le réchauffement climatique ne sont vus que par les gens déjà intéressés par le sujet et ne prêchent que les convaincus. Cette comédie netflix grand public, avec plein de stars, a plus touché la population que le dernier rapport du GIEC. Malheureusement j'ai déjà lu des critiques comme "c'est un bon film, mais je l'aurais oublié dans un mois". Comme ceux qui se désolent en voyant les catastrophes au journal télévisé, puis passent vite à autre chose, sans réagir...

Un bémol cependant : on ne voit dans le film que la réaction des Américains ! Eux seuls construisent les fusées permettant la sauvegarde de la planète, mais ne devrait-elle pas être coordonnée mondialement ? Dans l'excellent Mars attacks par ex, le président incarné par Jack Nicholson, se concerte avec ses homologues allemand ou Français (on voit la Tour Eiffel à l'arrière-plan, forcément).

 

24/01/2022

Chaplin

charlie.jpgChaplin, le génie de la liberté sur France.tv jusqu'au 13/02

Pour vous signifier l'intérêt que je porte à cet artiste, un poster du Kid trônait dans ma chambre d'ado, et le tout premier livre que j'ai acheté avec mes premiers sous, à 16 ans, est l'autobiographie de Chaplin. Je l'ai prêté à quelqu'un qui s'en est inspiré pour un court métrage, il ne me l'a jamais rendu.

Je pensais tout connaître de Chaplin, et la durée de ce film (2h30 !) me rebutait. Mais ce documentaire est une vraie pépite, car il est constitué d'images d'archives rares. Aucune longueur ressentie tant la vie de l'artiste est passionnante. C'est Mathieu Amalric (je n'aime pas sa voix mais je suis vite passée outre) qui narre l'ascension de l'auteur. Il rappelle que l'histoire bouleversante du kid est en réalité celle de Chaplin. Charlie a reconstitué pour le film dans les moindres détails la chambre misérable qu'il habitait enfant avec sa mère. Comme le kid, il s'est ensuite retrouvé seul, à la rue, et c'est le théâtre qui l'a sauvé, jusqu'à devenir le cinéaste le plus célèbre et le plus riche de son époque. Il résultera de ses débuts dans la misère une volonté de faire rire de ses déboires pour les surmonter, et une tendresse pour les pauvres et délaissés. Charlot, le clochard rigolo, c'est lui, Charlie.

- Sydney, l'autre Chaplin sur Mycanal, Ciné classic

sydney.jpgFrère aîné de Charlie, comédien réputé et doué, c'est lui qui a lancé la carrière de son cadet, pour au final se retrouver distancé et oublié.
Pourtant pas de jalousie ni de rivalité entre les deux frères. Ils s'aident et travaillent ensemble, et Charlie n'aurait sans doute pas atteint de tels sommets sans Sydney à ses côtés.
Grâce à de nombreuses images d'archives, pour la plupart inédites (le making of du dictateur, filmé en couleur par Sydney) on peut comparer le style des deux frères

Sydney réalise un film, sans succès. Des années plus tard, Charlie en reprendra le scénario et des scènes quasiment identiques dans le dictateur. Ainsi, le barbier qui rase son client en écoutant la danse hongroise numéro 5 de Brahms : les gestes ne suivaient pas le rythme de la musique dans le film de Sydney, donc le gag tombait à plat, tandis que dans le film de Charlie, la parfaite coordination des mouvements du barbier avec la mélodie, tel un chef d'orchestre, en fait une scène d'anthologie (voir en lien).

Sydney est un excellent comédien, mais Charlie, lui, est un artiste. Charlie peaufine ses œuvres, s'attache à la qualité, tandis que Sydney privilégie l'aspect rentable. Ses films ne remportant pas le succès escompté, Sydney se lance dans d'autres affaires. C'est lui par exemple qui a instauré la première ligne de transport aérien.
S'il n'est pas resté à la postérité, sa vie rocambolesque n'avait rien à envier à celle de Charlie en matière d'aventures, de succès et de scandales retentissants. 

10/10/2021

Jean Rochefort, le grand duc est mort : 4 ans déjà

Jean Rochefort, un éléphant ça trompe énormément, cinéma, cinéma françaisTexte initialement publié en apprenant la nouvelle :
Le 10/10. Je reçois deux sms simultanément. De membres de la famille. Pour qu'ils me contactent, c'est qu'ils ont quelque chose d'important à révéler. Pour qu'ils soient deux, c'est grave. Je comprends tout de suite qu'il y a eu un décès.

Le message fatidique apparaît :
« - T'as vu qui est mort ? Le capitaine a pris la mer. »
Capitaine, mon capitaine ? Robin Williams est déjà mort (lire en lien mon hommage). Captain igloo ? Aussi. Qui a joué le rôle d'un capitaine ?
- « Vois-tu Marthe, quand le bateau de la vie est déjà loin sur la mer, le capitaine doit savoir faire le point dans la tempête. Et pour cela, il a parfois besoin de s'isoler, de prendre du recul avec l’équipage. Et quand les étoiles… »

Quoi ?! Ce capitaine là ? Celui du Crabe-tambour ? Celui de mon top dix des comédies cultes, celui d'Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis ? La plus belle moustache du cinéma français (oui, avant Patrick Dewaere) la plus belle voix de France ex-æquo avec Jean-Pierre Marielle ? Le grand duc ? Lui ?
Non, impossible, je refuse. C'est une erreur. Il est trop cool, trop jovial, un éternel adolescent, avec ses baskets et ses reprises des grands classiques à la sauce « jeune » avec les boloss des belles lettres. (voir en lien madame Bovary version 2000). Il est intemporel, traverse toutes les générations, immortel, rien ne peut l'abattre. Même à 87 ans.

Quand Claude Rich est mort récemment à 88 ans, puis Mireille d'Arc à 79 ans, j'y ai tout de suite pensé : « qui sera le prochain de cette génération ? » Belmondo (84 ans), inimaginable. (NDLR : HUM. 4 ans après : Bébel le magnifique s'en va aussi...) Jean-Pierre Marielle, (85 ans) n'en parlons pas (Re HUM. J'étais tellement sonnée que je n'ai même pas écrit d'hommage...) Rochefort ? Bien sûr que non. Don Quichotte restera là à se battre contre les moulins à vent. (regardez l'incroyable Lost in la mancha sur le tournage maudit de Terry Gilliam.)
Le couperet attendait depuis le décès de Philippe Noiret en 2006. Rochefort avait fait un vibrant hommage, à voir ici en lien.

Jean Rochefort, un éléphant ça trompe énormément, cinéma, cinéma français« Vous qui pénétrez dans mon cœur, ne faites pas attention au désordre. » Il faut se rendre à l'évidence. Jean Rochefort est mort. Nous irons tous au Paradis avec lui.

Comme pour tous les Français, Jean Rochefort était pour moi un monument, il faisait partie de ma vie. Enfant, j'écoutais sa belle voix grave me lire des contes sur 45 tours, et j'étais triste d'entendre la clochette pour tourner le disque ou annoncer sa fin : c'était trop court, je le remettais inlassablement. 30 ans après, je connais encore le conte par cœur, j'ai encore la voix de Rochefort dans les oreilles. Je le regardais aussi à la télé présenter les aventures de Winnie l'ourson.
Puis je l'ai vu dans les films populaires du dimanche soir sur TF1, même si enfant je ne comprenais pas tout (« mais pourquoi le monsieur il est au lit avec la dame ? Mais c'est pas sa femme ? » les enfants sont très puritains). Mais comme toute la famille riait, je riais moi aussi. Je l'adorais en fidèle lieutenant de Belmondo dans Cartouche ou Les tribulations d'un Chinois en Chine. Leur complicité transperçait l'écran.

Les deux acolytes se sont connus au conservatoire, avec Marielle, Bruno Cremer, Claude Rich, Philippe Noiret, Annie Girardot... Ils ont fait les 400 coups ensemble, faisant voler en éclat les certitudes de leurs vieux profs de théâtre bougons et ringards, anecdotes croustillantes qu'ils révèlent dans leurs autobiographies (par exemple dans celle de Belmondo ici). Une amitié indéfectible qui les unira jusqu'à ce que la mort les sépare.

Jean Rochefort, un éléphant ça trompe énormément, cinéma, cinéma françaisComme la plupart de ses compères cabotins, le jeune Rochefort faisait le désespoir de son père. Rêveur farfelu, il délaissait ses études. Son paternel le rêvait comptable et le comparait à son frère, brillant polytechnicien droit dans ses bottes, lui. Jean accepte à 16 ans un poste à la banque de France, mais s'y ennuie ferme. Il se rebelle enfin à 19 ans, se pointe devant le conservatoire, hésite encore à braver son père en attendant 4 heures avant de pousser la porte. Mais il s'est trompé : c'était le conservatoire de musique… Il prend enfin des cours de théâtre, où il rencontre ses potes fanfarons, piètres acteurs pour leurs professeurs, mais qui seront les modèles des générations futures. Rochefort rate cependant le concours d'entrée au conservatoire et songe au suicide. C'est son ami Marielle qui le convainc d'auditionner pour une compagnie, lui fait répéter son texte, l’accompagne à l’audition, où Rochefort est pris et entame sa longue carrière. Il traîne son flegme et son humour simultanément tendre et sarcastique dans plus de 120 films. "Quand on veut amuser les autres, on se doit d'être douloureux soi-même".

Le plus souvent abonné aux seconds rôles, Jean Rochefort a joué dans les comédies françaises les plus populaires, mais aussi des rôles tragiques comme L'horloger de Saint Paul de Tavernier. Avec ce dernier, il joue aussi dans Que la fête commence.
L'acteur reste fidèle aux mêmes réalisateurs. Tout particulièrement Yves Robert, pour lequel il tient un rôle dans Le grand blond avec une chaussure noire, Courage fuyons (voir extrait très drôle en lien), Le bal des casse pieds et bien sûr Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis. Vous pouvez relire ici les meilleures répliques.

Rochefort joue aussi dans de grands films de Patrice Leconte. Je l'apprécie particulièrement dans le très fin Ridicule qui rivalise de mots d'esprits et dans l'émouvant Tandem. Dans ce film, l'acteur interprète un présentateur de jeu radiophonique un peu ringard qui sillonne les villes de France, avec son ingénieur du son timide, pour lequel il apparaît comme un mentor. Son émission va être supprimée, ses certitudes et sa vision du monde volent en éclats. (Voir son coup de gueule contre les gens en jogging... ) L'émouvante chanson il mio rifugio a été composée exprès pour le film. Du duo Rochefort/ Leconte, Le mari de la coiffeuse m'avait touchée, par sa vision poétique et passionnée de la vie conjugale. J'ai adoré voir réuni le trio de choc Rochefort/Marielle/Noiret dans Les grands ducs.

Jean Rochefort collabore avec les réalisateurs les plus drôles : Pierre Salvadori dans le film à l'humour noir Cible émouvante (voir en lien), Bertrand Blier avec Calmos, Audiard (comment réussir quand on est con et pleurnichard) Philippe De Broca, Francis Veber (Le placard), mais aussi Etienne Chatiliez, Edouard Molinaro, Alain Chabat, Laurent Baffie, Antoine De Caunes, Edouard Baer…

Depuis hier, j'ai en tête la musique planante que Vladimir Cosma a composé pour Un éléphant ça trompe énormément. (à écouter en lien). Le bruit de la mer, des mouettes, qui incitent à la rêverie et à la nostalgie d'un paradis perdu... Tu nous manqueras Jean. 

 

09/09/2021

Bébel le magnifique

bebel.jpgLundi 6 septembre. Je me remets enfin à publier après un mois de pause (l'été, c'est congés). Je vais sur Twitter pour mettre mon article en lien, puis lire les mots en tendance, afin de connaître l'actualité et l'état d'esprit de mes concitoyens. Habitude qui me laisse le plus souvent désemparée, mais je ne peux m'empêcher d'ouvrir cette boîte de Pandore, cette chambre de Barbe-bleue cachant des horreurs. Soit les mots en tendance twitter rassemblent des polémiques plus ou moins (surtout +) stériles, soit ce sont des noms de personnes, et quand ces dernières sont âgées, les tweets annoncent le plus souvent une réalité inéluctable.

magnifique bebel.jpegJe lis "Belmondo". Mon cœur s'arrête comme le sien, puis je me raisonne : "non c'est impossible, on sait tous qu'il est immortel, surtout après son AVC qui devait le laisser paralysé et muet, mais qu'il a vaincu comme le super héros qu'il était. Non, c'est comme le "Elton John" de la semaine dernière, où j'avais protesté : "Je vais le voir en concert dans un mois, déjà que ça devait être en 2020 et reporté à cause du covid, il ne va pas clamser maintenant, comme le batteur des Rolling stones juste avant la tournée ! Qu'il attende au moins la fin du concert pour mourir sur scène comme Molière !" (je plaisante hein). En réalité le "Elton John" en tendance twitter présentait simplement un nouveau single promo. 

Belmondo en top tweet annonce peut-être une récompense pour sa carrière, ses 80 films… J'hésite à cliquer, car j'ai peur de la réponse. Mais je ne peux pas faire l'autruche, si un drame s'est produit, tôt ou tard, je l'apprendrais. Je retiens mon souffle, puis je me lance.
Immédiatement je tombe sur une photo accompagnée de ces mots : "Belmondo est décédé" Je ne lis pas la suite, par réflexe je me bouche les oreilles (plutôt que les yeux : je lisais pourtant, je n'entendais rien !) Je m'exclame : "NOOOON !" La fenêtre est ouverte (il fait 30 degrés) tout le quartier entend mon désespoir. Tout twitter (mes 12 millions de fans) peut le lire ensuite, car je ne peux le contenir, il faut que je partage ma peine. Chagrin qui se noie sous une vague déferlante d'hommages. Comme le décès de Bacri, la mort de Bebel est un choc et je me souviendrais toujours du moment où j'ai appris la nouvelle (lire en lien). Les deux acteurs incarnaient deux facettes opposées, mais pourtant emblématiques des Français : le râleur et le charmeur.

D'autres noms apparaissent ensuite en tendance twitter : Gérard Depardieu, Alain Delon... Depardieu a fait un coma éthylique en apprenant la nouvelle ? Delon n'a pas supporté la mort de celui auquel on l'associait depuis 60 ans, et est parti avec lui, comme les vieux couples où l'un ne survit pas au décès de l'autre ? Il n'a pas supporté que Belmondo aie le haut de l'affiche, l'inverse de la rivalité de Borsalino ?
Non, c'est juste un loto macabre : "à qui le tour ?" Qui sera le dernier des mohicans ? Je pense à Pierre Richard, 87 ans, Trintignant, 90, Michel Bouquet, 95 ans, que j'ai vu tremblant sur scène en 2013 dans Le roi se meurt, mais qui résiste toujours...
Je ne supporte plus ses pensées morbides (mais pas prophétiques ! non !) et je pars m'aérer dans le parc voir les petits canards. Pour reprendre un tweet devenu célèbre et souvent parodié depuis, écrit par un internaute en apprenant la destruction de Notre dame : "Je suis dehors. Je me suis enfuie de table (j'ai appris la nouvelle à 16h30, donc l'heure du goûter). Je peux pas gérer. .J'y arrive pas. Je suis seule à pleurer dehors parce que putain c'est Belmondo et j'ai l'impression de crever."

J'exagère évidemment. J'ai réussi à ne pas chouiner, même quand le JT de france2 s'est terminé par un sadique défilé d'images de l'acteur, sur la musique tristissime du professionnel ou de royal canin, qui a traumatisé toute une génération d'enfants.
Bebel m'a accompagnée toute ma vie. Petite, la déprime de la fin du weekend était atténuée par ciné dimanche, les films populaires de TF1, et donc, le plus souvent, des films avec Belmondo. Le générique de l'émission, puis celui de Gaumont, ( à revoir en lien) créaient l'attente des aventures de l'acteur : des histoires rocambolesques qui permettaient d'oublier qu'on avait école le lendemain. En cliquant sur les génériques en lien, j'éprouve à nouveau les frissons qui me parcouraient enfant. Aujourd'hui, je ne regarde quasiment plus les films populaires de TF1 et j'admets ne pas avoir revu la plupart des Bébel depuis, surtout les "toc toc badaboum" aux scénarios parfois grossiers, qu'il était de bon ton de décrier à la fac de ciné.

magnique écrivain.jpgMais Le magnifique reste l'une de mes comédies préférées, et j'ai hésité à mettre en bannière du blog, à la place de Dewaere dans Coup de tête, son personnage François Merlin auquel je m'identifie.
Bébel et son éternel sourire, son cabotinage enfantin, m'ont permis d'espérer que même dans les situations les plus dramatiques, on pouvait s'en sortir. Même son personnage le plus abattu par la vie qu'était François Merlin dans le magnifique surmonte les obstacles en créant Bob saint-Clar. Il illustre l'idée de Boris Cyrulnik : l'acte d'écrire permet la résilience (à lire en lien).

La vie n'est pas un film, mais la vie incroyable de Belmondo l'était. Lui et ses compagnons (Rochefort, De Broca etc.) ont survécu aux horreurs de la guerre et ont décidé ensuite de rire de tout et de profiter à fond. Comme il l'explique dans son autobiographie au titre judicieux, 1000 vies valent mieux qu'une :
"Pour des raisons communes, (avec Philippe de Broca) nous avions choisi de rester des enfants qui jouent, qui transgressent, qui se comportent de façon inconséquente.
Derrière nous, il y avait eu la guerre de 1939, et surtout, l'Algérie. (...) Après avoir assisté à toutes les horreurs commises là-bas par des adultes, il n'a plus jamais voulu en être un. Ce qui m'arrangeait considérablement." 

magnifique jet ski.jpgSuivant le modèle du toujours optimiste Bébel, qui même promis à la paralysie par ses médecins, a réussi à redresser la pente, très vite, j'associe la triste nouvelle de sa mort à la vie joyeuse qu'il a vécue. Je me rappelle les souvenirs loufoques qu'il raconte dans son autobiographie.
Bébel était si positif, si solaire, qu'il n'aurait pas voulu que l'annonce de sa mort assombrisse nos vies. En m'inspirant de son état d'esprit, j'essaie même de voir la nouvelle du bon côté : pour lui d'abord, il était très affaibli dernièrement, il n'aurait pas voulu continuer ainsi, mieux vaut s'endormir paisiblement que de finir souffrant et paralysé. Je ne veux pas garder de lui la vision d'un vieillard à l'élocution et démarche hésitantes. Pour moi, il est à jamais l'éternel jeune homme parfaitement musclé et bronzé, tenant nonchalamment son jet ski d'une seule main, un téléphone dans l'autre, comme dans Le magnifique.
Belmondo avait vu partir ses amis les uns après les autres, Rochefort, Marielle (je n'ai même pas eu le courage de rendre hommage à la plus belle voix du monde) Claude Rich et les autres. Et que serait Bébel sans sa fameuse bande de "copains du dimanche" (le nom prophétique de son premier film) avec laquelle il a fait les 400 coups ? Ou plutôt, pour continuer la comparaison avec son œuvre, avec qui il a fait "le guignolo", "l'incorrigible", le "tendre voyou", "le magnifique", "l'as des as"...

Bébel était tout cela à la fois. Autre point positif que l'on peut tirer de son décès largement médiatisé : les nouvelles générations vont découvrir l'itinéraire de cet enfant gâté, à travers les nombreux hommages rendus à la télé et même sur Netflix. Certains jeunes comme mes neveux fans de OSS 117 vont connaître celui qui a inspiré Jean Dujardin, le magnifique Bob Saint Clar. Pour moi, mon modèle reste son créateur, François Merlin, l'enchanteur qui sublime sa vie morose à travers son œuvre, comme Belmondo a enchanté nos vies par ses films.
à suivre...