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08/01/2019

Border, aux frontières de l'étrange

border.jpgTina est une douanière au physique aussi particulier que son talent. Les passagers défilent devant son poste, et elle sent ceux qu'elle doit arrêter, qui transportent de la contrebande ou de l'alcool. Elle sent, justement, littéralement. Avec son curieux nez qui ressemble plus à un groin, elle flaire les individus et sent leur culpabilité et leur honte. Un jour, elle voit arriver un homme au physique aussi étrange que le sien, qui va perturber son univers et ses certitudes...Voir la bande annonce en lien. 

Border a fait sensation au dernier festival de Cannes, où il a remporté le prix Un certain regard et a été encensé par la critique. J'ai vu le film il y a plus d'un mois, et je m'en souviens encore, moi mémé Alzheimer qui oublie ce qu'elle a vu la veille ("c'était sympa. Ça parlait de quoi déjà ?") Surtout, j'y repense encore souvent, tant Border est un ovni qui ne ressemble à aucun autre film et laisse une impression bizarre.

border persos.jpgIl est tiré d'un roman de John Ajvide Lindqvist, qui a déjà été adapté au cinéma à travers le film Morse, que j'avais adoré. Vous pouvez relire ma critique ici, je l'avais à l'époque classé deuxième meilleur film de l'année 2009.
On retrouve dans Border la même atmosphère étrange. Comme dans Morse, le réalisme bascule peu à peu dans le fantastique. Comme dans Morse, deux exclus vont s'assembler. Dans Morse, un collégien souffre-douleur se lie d'amitié avec une nouvelle élève, qui se révèle être un vampire. Dans Border, Tina est rejetée en raison de son physique, elle ne bronche pas pour se faire accepter. Elle vit en couple avec un homme qui profite simplement de sa gentillesse pour être nourri et logé gratuitement. Mais l'arrivée de Vore, cet être qui lui ressemble, va la faire changer. Lui n'hésite pas à affirmer ses différences et à s'opposer aux hommes qui le rejettent. Il va inciter Tina à vivre comme elle le souhaite et à ne plus refréner ses instincts.

border bois.jpgBorder, c'est la frontière entre normalité et étrangeté, réalisme et fantastique, entre animalité et humanité. Qu'est-ce qui définit être humain ? Agir avec bonté ? Alors pourquoi certains hommes sont "des animaux sans cœur", ne respectant rien, ni les humains, ni la nature ?
J'ai beaucoup aimé ce dernier point sur l'écologie. La grande sensibilité de Tina lui permet d'être proche de la nature et des animaux. Elle se ressource à leur contact, en marchant pieds nus dans la mousse, les renards et les cerfs viennent la voir spontanément... Lorsqu'elle emmène aux urgences sa voisine sur le point d'accoucher, elle s'arrête car elle a senti qu'une famille de chevreuils allait traverser la route. Comme j'aimerais être comme elle ! Enfin, avoir ce don, mais avec le physique de Blanche-neige qui gambade avec les animaux de la forêt en chantant "un jour mon prince viendra", pas avec la tête de Tina qui attire un monstre comme Vore !

Pour son rôle, l'actrice Eva Melander (vue dans les séries The bridge et Real humans) n'a pas hésité à subir 4 heures de maquillage par jour et à prendre 20 kilos (moi qui crise dès que j'en prends deux...) Elle est excellente, comme son acolyte.
Border est un film qui ne laisse pas indifférent, si l'on ne reste pas sur le port et se laisse embarquer dans cette histoire bizarre, qui prend des virages imprévus. Le film est parfois à la frontière du grand guignol, comme lorsque les deux héros aux physiques grotesques courent nus dans les bois et se laissent aller à leurs élans les plus bestiaux. On est sans cesse étonné, choqué, amusé, et parfois si désorienté qu'on peut décrocher. J'ai trouvé que le film aurait mérité d'être plus court et j'ai préféré Morse, plus délicat. Mais les amateurs de film de genre comme moi ou ceux qui veulent de l'originalité seront comblés !

Border, un film de Ali Abbasi, en salles demain.

 

07/01/2019

Les animaux fantastiques 2

cinéma, harry potter, les animaux fantastiquesEmprisonné à la fin de l'épisode 1, Grindelwald s'évade dans ce second volet. Il veut combattre les moldus, les non sorciers, et pour cela veut utiliser Croyance et ses pouvoirs particuliers. Les héros partent à leur recherche...
Mémé Alzheimer ayant subi un sortilège d'oubliette, j'ai pris soin de revoir l'épisode 1 avant de découvrir la suite. Bien m'en a pris, j'aurais été complètement larguée sans ça. Je n'ai pas trouvé l'histoire si complexe, mais les difficultés viennent du fait que l'on suivent beaucoup de personnages et leurs parcours dans des lieux différents, et que l'on alterne les scènes de l'un à l'autre : on est au ministère de la magie qui cherche Grindelwald, puis on se retrouve à Paris avec Grindelwald qui cherche Croyance, puis dans un cirque avec Croyance qui cherche sa mère, puis à Londres avec Dumbledore qui demande à Norbert de chercher Grindelwald et Croyance, puis Norbert va à Paris pour chercher Grindelwald, Croyance mais aussi sa copine Tina (qui cherche Croyance), puis Queenie cherche sa soeur Tina, puis Jacob cherche sa fiancée Tina, qui s'est perdue. Un peu comme le spectateur : mais où on est ? Qui suis-je où vais-je dans état gère ? qui c'est celui-là déjà ? Mais ils sont tous frères ?
On se perd car les personnages sont nombreux et tous liés : Leta Lestrange était la fiancée de Norbert mais va se marier avec le frère de celui-ci, Thésée (mais pourquoi changer de fiancé ?! rien n'est expliqué). Croyance est peut-être le frère de Truc, et Truc la demi-sœur de Bidule, mais peut-être plutôt de Machin en fait...

Cet imbroglio est le reflet des luttes fratricides entre sorciers, et on arrive à l'aspect le plus intéressant du film : le parallèle sombre entre la politique de 1930 et notre époque. Ce second volet montre comment l'on peut arriver à la guerre en se laissant berner par une propagande démagogue. Grindelwald séduit ses troupes en leur expliquant que le ministère de la magie est trop liberticide, que ses lois sont trop contraignantes : pourquoi les sorciers ne peuvent pas épouser qui ils veulent, pourquoi doivent-ils se cacher, et surtout pourquoi protéger les moldus, alors que ces hommes pratiquaient la chasse aux sorciers et vont provoquer la seconde guerre mondiale ? 

cinéma,harry potter,les animaux fantastiquesLes personnages sont déchirés et doivent prendre parti, pour ou contre Grindelwald, pour ou contre la guerre contre les moldus et le ministère. Le grand méchant est incarné par un Johnny Depp albinos plutôt convaincant. Son alter ego, Dumbledore, est représenté par Jude Law, assez étonnant dans ce rôle (j'imaginais le grand sorcier vieux depuis toujours, avec son immense barbe blanche et son peignoir débraillé, et pas en hipster  à veston).
Les plus intéressants selon moi sont le couple formé par la belle et naïve Queenie et le pataud sympatoche Jacob, seul moldu de la série et qui symbolise le spectateur découvrant l'univers des sorciers. Le héros, Norbert Dragonneau, refuse au début de s'engager comme Auror au service du ministère (son épouvantard -ce qui lui fait le plus peur- est de travailler dans un bureau, comme je comprends ce Gaston Lagaffe).
Il est à l'opposé de la fille dont il s'amourache, Tina, aussi rigide et stricte que les lois qu'elle fait respecter. Mais vraiment, que lui trouve t-il a cette porte de prison austère qui ne sourit jamais et qui se tient droite comme un i avec son balai dans le cul? Leur histoire d'amour ne fait pas rêver. L'ex de Norbert est beaucoup plus intéressante, la très belle Leta Lestrange (Zoé Kravitz, fille de), rejetée pour sa singularité, comme Norbert l'était. Dans ce volet celui-ci apparaît d'ailleurs franchement autiste, avec son refus de s'engager (une guerre ? je m'en fiche, laissez-moi avec mes animaux) ses regards de biais et son obsession pour les animaux ("tu es trop belle, tu as les yeux d'une salamandre")

Les animaux justement. Où sont-ils ? Ils devraient former le principal sujet, puisque la saga porte leur nom. Dans le premier film, les bestioles avaient leur importance, avec une intrigue qui tournait autour d'eux. Le héros cherchait (déjà) des animaux évadés et des scènes entières leur étaient consacrées (la magnifique séquence où Norbert présente à Jacob son zoo havre de paix pour les espèces menacées. Dans ce deuxième film, les animaux sont très secondaires : Norbert ne les cherche plus, il cherche Grindelwald et Croyance. Les bébêtes n'ont même plus d'utilité, à part crocheter une serrure qui pourrait s'ouvrir facilement avec un sortilège allohomora. Pourquoi Norbert ne se sert-il pas par exemple de la puissance du dragon qu'il a libéré pour neutraliser Grindelwald ?

En résumé un film plus sombre et complexe que le premier, qui m'a plu, avec de magnifiques décors et un Paris des années 30 très bien rendu. Mais un film à voir uniquement si l'on a vu récemment le premier volet et si l'on est familier de l'univers de Harry Potter. Moldus, passez votre chemin, apprentis sorciers, courez en salle !

 

18/10/2018

A la télé ce soir : Deadpool et Lone ranger

lone ranger.jpgSoirée super héros sur M6, avec tout d'abord le réjouissant Deadpool, qui est plutôt un anti-héros, affreux sale et méchant, mais terriblement drôle. Les répliques délirantes fusent, avec de la parodie et des références pour geeks « de grands pouvoirs impliquent de grandes irresponsabilités ! » 

Après Deadpool, la chaîne diffuse Lone ranger. Au 19ème siècle, à l’époque du Far West et du début du chemin de fer, le terrible Buth Cavendish s’évade. Le shérif et ses Texas rangers partent à ses trousses, sont pris en embuscade et massacrés. Le frère du shérif, l'avocat idéaliste John Reid, décide de se faire passer pour mort pour mieux venger anonymement son frangin. Avec l’aide de l’indien loufoque Tonto (Johnny Depp) et son fidèle destrier Silver, il devient le Lone ranger
On retrouve l’équipe de Pirates des Caraïbes, avec les mêmes scénaristes, le même réalisateur (Gore Verbinski) et le même acteur grimé de manière similaire, Johnny Depp. Celui-ci incarne encore un personnage décalé, et les deux films associent de la même manière aventure et humour.

cinéma, sorties cinéma, lone ranger, johnny deppPourtant ce film a fait un bide monumental aux États-Unis. Je trouve ce sort injuste.
Pourquoi un tel flop ? Peut-être que les Américains ces lourdauds n’ont pas saisi la parodie, ni les références. Comme pour Mars Attacks de Tim Burton, un film que j’adore, auquel ils ces neuneus ont préféré le très premier degré Independence day de ce tâcheron Roland Emmerich (2012, Godzilla) sorti à la même période.
Lone ranger lance des clins d’œil à plusieurs westerns, comme La prisonnière du désert ou Little big man. La scène d’arrivée en gare avec les bandits qui attendent fait référence à Il était une fois dans l’ouest, comme la musique de Hans Zimmer qui en reprend même certaines notes.

Peut-être que le public américain a été déconcerté par le mélange des genres, humour décalé ou enfantin (production Disney) associé à des passages violents, très sombres. Dans Lone Ranger, l’attaque contre les Indiens est un prétexte pour la spoliation de leurs terres, sur lesquelles se trouvent des mines d’argent. Les Américains n’ont peut-être pas accepté cette réflexion critique (récemment encore, 2000 Indiens du Dakota du Nord étaient expulsés à cause de la construction d'un oléoduc, qui menace en plus de polluer le Missouri.) J'apprécie que Lone Ranger ne soit pas un pur film d'action décérébré, comme j'apprécie l'humour déjanté de Deadpool. Bonne soirée télé en perspective.


15/10/2018

A la télé ce soir : 12 hommes en colère, divergente, X-men

télé, cinéma, x men, divergente, à la télé ce soir, programme téléSoirée rebel rebel au programme :
W9 programme Divergente de Neil Burger (déjà auteur du sympathique L'illusionniste avec Edward Norton). Dans un monde post apocalyptique, la société est divisée en 5 castes, avec l'idée de « maintenir la paix ». Chacun son métier et les vaches seront bien gardées, personne ne fait de vagues, comme dans le meilleur des mondes de Huxley. Il existe ainsi les catégories des altruistes, des érudits, des sincères, des audacieux et des fraternels, « les plus gentils qui cultivent la terre », terme délicat pour désigner en fait les plus simplets. « Écoutez Thérèse, je n'aime pas dire du mal des gens, mais effectivement, elle est gentille. » A sa majorité, chaque citoyen passe un test de personnalité afin de savoir quel clan il devra intégrer. Chose incroyable, l'héroïne du film (Shailene Woodley) appartiendrait à plusieurs catégories, elle serait donc divergente !
Ah parce qu'on peut tous être fourrés dans des cases ? Je le savais, je suis une héroïne, je suis une divergente ! C'est pas pour rien que je me reconnais dans la chanson des Kinks I'm not like everybody else ! J'adore faire des tests psychologiques, et je suis toujours à égalité entre plusieurs profils, voilà, je savais que les QCM des magazines pour gonzesses relevaient de la science exacte ! Dans le film, je me reconnais à la limite parmi les érudits et les sincères (j'aurais directement baptisé les fraternels les neuneus) mais je ne correspond certainement pas aux audacieux. Mémé qui saute des précipices pour sauver le monde ? Ça va pas bien non, je vais plutôt me reprendre une tisane et convaincre un brave gars d'y aller à ma place. Divergente part d'une bonne idée mais il n'évite pas les simplismes du divertissement hollywoodien, dommage.

Encore des héros qui ne ressemblent à personne, les X men sur C8, autre divertissement de bonne facture. Avec le fameux wolwerine, misanthrope et colérique, pas du tout comme moi donc.

télé, cinéma, x men, divergente, à la télé ce soir, programme téléUne personne de plus qui ne pense pas comme les autres, avec le grand classique 12 hommes en colère de Sidney Lumet, sur France 5, avec Henry Fonda. Dans les années 50, un adolescent comparaît pour parricide. Il risque la peine de mort. Les jurés ont hâte de délibérer, pour rentrer chez eux et passer à autre chose. Le verdict doit être rendu à l'unanimité. Pourtant, sur les 12 hommes, un seul doute. Il met en avant les failles de l’enquête et s'emploie à convaincre les autres jurés un par un.
Le film se passe en huis clos dans la salle de délibération, où les jurés s’affrontent assis autour d’une table. Ce dispositif pourrait être rébarbatif, il ne l’est nullement grâce à l’éloquence du personnage principal. Son discours et ses arguments brillants permettent de dévoiler les préjugés et caractères de chacun. C’est un régal de suivre son raisonnement.
J’ai vu ce film pour la première fois en 3ème, notre professeure de français nous l’avait montré, certainement pour illustrer l’art de la rhétorique et l’importance de l'esprit critique. 12 hommes en colère m’avait fasciné, mais mes camarades demeurés étaient restés hermétiques : un film en noir et blanc, où les personnages ne bougent pas pendant 1h30, c’est ronflant ! Pourtant le suspense est aussi fort que dans un film d’action où le héros zigzague entre les explosions pour sauver sa peau. Ici aussi, la mort est à ses trousses. Jugez par vous-mêmes ce soir.

 

14/10/2018

A la télé ce soir : Les fils de l'homme, The handmaid's tale, Le sens de la fête...

télé, les fils de l'homme, science fiction, cinéma, the handmaid's tale, black mirror, sériesLe grand retour de cette rubrique après... 4 années d'absence. Pourquoi tant ? Car à cette époque, j'ai découvert « canal à la demande ». La révolution. (Si Canal + veut m'offrir mon abonnement après 20 ans de bons et loyaux services et de pubs gratuites face à mes 12 millions de lecteurs...)

Cette fonction à la demande n'impose plus de programmes télé, de se presser pour être devant le poste à 20h50 afin de ne pas rater le début du film (« Arrête-moi si tu peux commence dans 20 minutes et je suis bloquée dans le métro, quelle infâme ironie ! ») Avant Canal à la demande, impossible de se lever pendant le film, de peur de rater un moment crucial (« l'estomac sur pattes va chercher son 8ème dessert, et ça y est Léo est marié et avocat ! Il était pas médecin célibataire ya deux minutes ? »)
Avant, obligation de faire des calculs digne d'un astro physicien : « ce soir Canal+ family  diffuse Le sens de la fête mais en même temps il y a Toute première fois sur W9... Alors quand le film avec Bacri repasse-t-il ? Dans 3 jours, mais ce soir-là Van Gogh sur Arte m'intéresse et c'est son unique diffusion. Il faut donc que je fasse un tableau excel des films à voir en priorités selon des critères spécifiques et une dissertation en trois parties : « Le succès d'un film doit-il imposer sa vision même si le sujet nous déplaît ? »  « Succès critique et public vont-ils de pair ? » « Doit-on privilégier l'apprentissage culturel ou le divertissement ? »

Grâce à Canal à la demande, les films sont disponibles quand on veut, on peut mettre pause à tout moment, et le programme télé devient inutile. J'ai donc résilié mon abonnement à la bible, Télérama, qui de toute façon me spoilait la fin des films, donc que je ne lisais plus. Lorsque ma télé a implosé au milieu de la nuit (souvenez-vous, j'en ai parlé ici) je ne l'ai pas remplacée : je peux voir Canal + sur mon ordi. Puis on m'a offert un abonnement Netflix. Mais parfois, je regarde encore des programmes en direct, notamment sur Arte, comme ce formidable documentaire sur Alice Cooper, monstrueusement rock vendredi soir, et celui-ci hier hyperconnectés, le cerveau en surcharge.

télé, les fils de l'homme, science fiction, cinéma, the handmaid's tale, black mirror, sériesA la télé ce soir, Sur ocs city, Les fils de l'homme d'Alfonso Cuarón. Un film d'anticipation que j'avais adoré à sa sortie en 2006, passé inaperçu et qui commence enfin à être reconnu à sa juste valeur, puisqu'il est plausible : dans le futur, plus aucune naissance n'est survenue depuis des années, la population en perpétuelle guerre se divise entre pauvreté extrême, migrants parqués, et riches isolés. Jusqu'au jour où « le miracle » arrive... Quand on voit l'actualité et qu'on sait que les hommes ont perdu 50 % de leur fertilité en 30 ans à cause des produits chimiques et des pesticides, ce film pose une question intéressante...

La même réflexion est lancée avec l'excellente série à ne pas rater, The handmaid's tale sur TF1 séries. Le nouveau pouvoir en place trouve un moyen radical de relancer la population : les rares femmes fertiles sont engrossées de force par la caste des dirigeants. Une dystopie éprouvante, car à l'aide de flash-back sur  le présent, elle montre qu'il serait possible d'en arriver à de telles extrémités, à force de ne pas vouloir voir les problèmes, les intolérances et les disparités qui se creusent (montée des extrémismes religieux, régression des droits sociaux et des femmes...) La meilleure série du moment avec Black mirror, j'en ai longuement parlé ici ou .

télé, les fils de l'homme, science fiction, cinéma, the handmaid's tale, black mirror, sériesEncore un régime totalitaire mais cette fois-ci comique et irréaliste, avec The dictator (voir mon article en lien) sur Plug RTL (je découvre des chaînes en écrivant ce billet...)
Ambiance aussi légère sur W9, avec Toute première fois sur W9, j'en ai parlé ici.
Autre comédie réjouissante, Sur canal + family, Le très drôle Le sens de la fête, par les réalisateurs de Intouchables, Nos jours heureux et Tellement proches. Le film narre l'organisation d'un mariage qui tourne à la catastrophe, avec une galeries de personnages bien croqués : le marié hautain et insupportable, le serveur dépressif et romantique (Vincent Macaigne) et le retour de la mère bourgeoise coincée de La vie est un long fleuve tranquille, Hélène Vincent. Sans compter les inénarrables Bacri♥, toujours irascible, et Jean Paul Rouve♥, toujours à l'ouest.

Demain, suite des films à voir cette semaine

 

06/04/2018

Takahata a rejoint le tombeau des lucioles

tombeau lucioles.jpgMais il restera une lumière allumée dans la nuit, car les étoiles ne meurent pas !

Jeudi 5 avril, 23 heures, je rentre de dîner, guillerette. J'allume l'ordi pour regarder la série Mindhunter (sur l'invention du profilage des serialkiller) et je tombe sur l'actualité qui plombe ma soirée : le réalisateur de film d'animation Isao Takahata est décédé, à l'âge de 82 ans.
Pour ne pas m'achever, je n'ai pas le courage de regarder Le tombeau des lucioles. J'envoie à la place le traditionnel sms à mon frère :
"Devine qui est mort ? Un cinéaste. Tu n'as peut-être pas retenu son nom mais tu n'as pas pu oublier son oeuvre, même 30 ans après sa sortie, le film d'animation le plus triste au monde.
Réponse immédiate : -  le tombeau des lucioles !!"

Dans ce film, deux orphelins tentent de survivre dans le Japon d'après guerre en ruine. Un temps recueillis par leur tante, les enfants sont vus comme des bouches de trop à nourrir. Rejetés, ils décident de vivre seuls dans la nature, éclairés la nuit par les lucioles. Mais la petite fille souffre de malnutrition et son grand frère fait tout pour la guérir.
Si vous voulez reconnaître un sociopathe, pas la peine de lui soumettre toute une batterie de tests psy : si le gars ne chiale pas devant Le tombeau des lucioles, fuyez, appelez les flics, vous avez trouvé le nouveau Charles Manson. Je ne connais pas une seule personne qui n'ait pas été émue par ce film. Et le pire qui finit de nous traumatiser : il est inspiré d'une histoire vraie. 

kaguya.jpgL'autre film aussi triste et magnifique de Takahata, c'est le sublime Conte de la princesse Kaguya. Il est l’adaptation d’un conte japonais du Xe siècle. Un modeste paysan trouve une enfant et un trésor dans un bambou. Il se persuade que le bébé est une princesse qu’il faut élever comme telle. La famille quitte alors la montagne et les amis avec lesquels la petite a grandi, pour rejoindre la ville et les codes très rigides de l’éducation d’une princesse. Mais Kaguya reste nostalgique de son enfance, de la nature, de la simplicité de son ancien mode de vie et de son amour perdu… (voir la bande annonce en lien)
le sujet touche à l’universel : est-ce la peine de sacrifier ses rêves et désirs profonds pour se conformer à ce que les autres et la société attendent de nous ? Peut-on passer à côté de sa vie ?
Le dessin est d’une beauté époustouflante. Il varie d’une scène à l’autre, rappelle les estampes japonaises, l’aquarelle, le pastel… L’histoire qui frôle avec le fantastique est magique, belle et terriblement émouvante. J’ai vu le film pendant un match de la France au mondial. On était qu’une vingtaine dans la salle, majoritairement des femmes (et quelques rares hommes qui les accompagnaient). On est TOUS restés jusqu’à la fin du générique, complètement sonnés. J’entendais renifler et j’ai vu plusieurs personnes les larmes aux yeux.

pompoko.jpgMais Takahata ne proposait pas que des films tristes. Son style était très changeant, de dessins et d’histoires, passant du mélo au film d'aventures (Horus prince du soleil), de l'aquarelle sophistiquée au griffonné. Il a aussi réalisé des comédies loufoques, comme Mes voisins les Yamada, Kié la petite peste, ou bien encore Pompoko. J'ai un faible pour celui-ci, grâce à son message écolo et positif : les animaux se révoltent contre l'accroissement urbain qui détruit leur forêt.
L'ode à la beauté de la nature se retrouve dans toute l'œuvre de Takahata, comme celle de son acolyte Miyazaki. Ce dernier qui avait annoncé sa retraite, reprendrait du service pour un dernier film en...2022. Il aura alors 81 ans. Espérons qu'il ne fasse pas comme les vieux couples inséparables : ne pas survivre à son compagnon...

 

03/04/2018

Ready player one

ready player one.png2047, la société va mal. La population vit dans des bidonvilles. Pour oublier leur condition, les hommes se réfugient dans un monde virtuel, l'oasis, où ils peuvent être enfin ce qu'ils souhaitent grâce à leur avatar : beaux, forts, courageux, et riches.
Ce dernier rêve pourrait se réaliser dans la vraie vie : à sa mort, le créateur du jeu, Halliday, a caché dans l'oasis un easter egg, un œuf de pâques. Celui qui le trouvera héritera de toute sa fortune, 500 milliards de dollars. Tous les joueurs du monde se lance à la poursuite du butin. Parmi eux, James et son ami Aech, qui ne se connaissent pas dans le monde réel, et Artémis, une rebelle motarde qui veut à tout prix empêcher une multinationale de contrôler le monde virtuel, et ainsi, les humains qui le peuplent.

Halliday qui nous fait une farce en organisant une chasse au trésor pour trouver son héritage : sacré Johnny, c'est donc pour ça que Laura et David n'ont rien eu, ils n'ont pas su décoder tes indices ! Chercher les œufs de pâques, ça tombe bien, c'est ma spécialité comme dirait Yves de Koh lanta. Ma mère sadique les planque toujours sous les plantes qui piquent du jardin, les chardons ou les rosiers, et même si mémé Alzheimer oublie chaque année où elle les a mis (« mais, il manque un poisson ? Et une poule ? ») on finit toujours par les trouver. À minuit sous la pluie à la lampe torche, ou six mois après, moisi et détrempé, par hasard en bêchant le jardin (en jardinant, on déterre aussi des hérissons et des crapauds accoucheurs).

game and watch.jpgUn truc qui est moins ma spécialité, c'est les jeux vidéos. Mémé pétait les scores à la Game and watch de Donkey kong, le comptage n'allait que jusqu'à 999 et je retournais à 0 jusqu'à 4 fois tellement j'étais forte. Mais cette console date des années 80 et je n'ai plus touché à un jeu vidéo depuis, pas le droit d'en avoir, et après, j'étais trop vieille pour m'y remettre. J'ai réessayé hier avec Heroes of the storm, je n’arrivais même pas à repérer qui était mon personnage, il s'est pris une flèche en moins de 10 secondes, j'ai pas su d'où elle venait.

Les jeux vidéos ne semblent pas non plus être la spécialité de pépé Spielberg, 71 ans. Il fait surtout référence à des jeux des années 80, et pour les jeux actuels, se contente de montrer les personnages célèbres sans exploiter leurs capacités. Enfin c'est ce qu'on m'a dit, car bien sûr mémé n'a pas reconnu les jeux vidéos cités.
En revanche, j'ai bien saisi les références cinématographiques. Le rubik's cube de Zemeckis qui permet de remonter dans le temps, la Delorean de Retour vers le futur...
Pépé Spielberg est aussi beaucoup plus à l'aise avec les références cinéphiles. La meilleure scène du film est celle de l'indice caché dans Shining. On s'y croirait, tout y est, reproduit à la perfection : l'escalier principal, l'ascenseur et son flot de sang, le labyrinthe, la room 237…
Si le réalisateur avait choisi d'envoyer ses personnages dans des films plutôt que des jeux vidéos, Ready player one aurait été parfait, et je rêve d'une suite exploitant cette idée. Je me retrouverais projeter dans l'univers des Miyazaki, je rencontrerais le dieu cerf dans la forêt de princesse Mononoké, je me baladerais dans le château ambulant ou dans le ciel, ou en prenant le chatbus...

Dès les premières images de Ready player one, où le héros traverse la tour de Babel improbable de son bidonville, j'ai été subjuguée par la prouesse hallucinante de la mise en scène virevoltante, et j'ai regretté de ne pas avoir choisi la version 3 D. L'immersion dans ce monde étrange est totale. Autre scène à couper le souffle, celle de la course de voitures pour récupérer le premier indice. Mémé nulle en nouvelles technologies a déjà du mal à jouer à Mario kart, je fonce dans le mur ou le cratère du volcan dès le premier virage, je suis incapable de saisir les objets ou d'éviter les peaux de banane, alors affronter Godzilla et King Kong qui détruisent la route, vous imaginez le carnage.

On peut apprécier Ready player one sans être adepte des jeux vidéos (mes voisins de ciné étaient septuagénaires). Le film plaira surtout si on a gardé son âme d'enfant, ou si l'on a vécu les années 80, décidément à la mode ces temps-ci après Stranger things. J'ai aimé entendre les musiques de l'époque comme le Blue monday de New order, Bruce SpringsteenTears for tears... J'ai adoré tenter de résoudre les énigmes comme une apprentie détective, et je ne soupçonnais pas les réponses, qui m'ont épatée.

Mais Ready player one reste assez convenu. Les personnages sont caricaturaux : Le héros est un jeune orphelin (classique), un peu réservé, accompagné de son meilleur ami rigolo et culotté (rôle traditionnellement donné aux Noirs dans les films américains). Le jeune homme tombe immanquablement amoureux de la fille, farouche, belle et intrépide. Ils se font aider dans leur quête par deux asiatiques gentils et serviables : les éternels clichés et la famille Benetton déjà à l’œuvre dans le dernier Star wars sont là. Les méchants sont très méchants, égoïstes et ne pensent qu'au pouvoir et à amasser de l'argent (un peu comme les joueurs de l'oasis en fait...) L'inévitable bataille finale m'a semblé longue et classique (tous ensemble contre les méchants) la fin et l'histoire d'amour sont encore plus convenues.

ready bidonville.jpgJe regrette surtout les imprécisions sur la société de 2047. Pourquoi le monde s'est t-il transformé en bidonville ? Guerre, crise financière, désastre écologique ? Tout le monde semble jouer, partout, en permanence, dans les rues, chez soi : plus personne ne travaille ? Il aurait été pertinent de développer le monde réel également. Dans une suite peut-être ?

Le message du film est simpliste : le monde virtuel, c'est bien, mais la réalité, c'est encore mieux, alors parlez-vous dans la vraie vie plutôt, aidez-vous et aimez-vous les uns les autres au lieu de vous renfermer sur vous-mêmes. Le film ne remet pas en cause le monde virtuel et ne propose pas vraiment de changer la société dans le monde réel. Non, il propose juste une pause : deux jours de relâche où le jeu vidéo n'est plus accessible.

olivia-cooke.jpgrose byrne.jpgJ'ai grandement apprécié de retrouver Simon Pegg, auteur et acteur de l'une de mes comédies cultes, Shaun of the dead. Je trouve que Olivia Cooke, la jeune actrice qui joue Artemis est le sosie de Rose Byrne en plus jeune. Je rêvais que son avatar dont le héros est amoureux soit en réalité un mec de 80 balais, mais bien sûr, on est dans un film : la vraie fille est encore plus jolie que son personnage. Seule une anodine tache de naissance sur la joue la complexe, et elle demande à James lorsqu'elle le rencontre : « ça ne te dérange pas ? » Euh, et elle, ça ne l'ennuie pas que la gueule du mec ressemble à une patate et qu'il soit dix fois plus laid que son avatar ? (Tye Sheridan, qui a plus le physique d'un boxeur écrasé par les coups que d'un jeune premier aux traits délicats). La fille doit être jolie, mais l'homme, c'est secondaire…

Malgré ses clichés, Ready player one est un très bon divertissement que je vous conseille.

 

28/03/2018

La forme de l'eau : une version édulcorée et hollywoodienne du labyrinthe de Pan

forme eau.jpgAux États-Unis durant les années 50, pendant la guerre froide, Elisa est femme de ménage dans un laboratoire gouvernemental secret. La discrétion est de mise dans son travail. Elle doit faire oublier sa présence, afin de ne pas perturber les scientifiques dans leurs recherches et réflexions. Elle ne doit pas être curieuse, ne regarder que son balai qui brosse le sol, et si jamais elle osait lever le nez, ne pas divulguer ce qu'elle pourrait éventuellement voir ou entendre. Ça tombe bien, elle est muette.

L'héroïne ne peut pourtant pas s'empêcher d'être intriguée par une nouvelle expérience des scientifiques. Ceux-ci ont trouvé une mystérieuse créature aquatique, mi-homme, mi-poisson, qui ne parle pas. Pour le terrible colonel qui s'en occupe, l'amphibien est un animal : il ne peut s'exprimer, il est donc stupide. Mais Elisa réussit à rentrer en contact avec l'amphibien et à le comprendre… (Voir bande annonce en lien.)

Elisa est isolée par sa particularité et n'a pas d'amis, à part sa collègue Zelda, une femme noire très bavarde qui trouve enfin en Elisa une oreille, puisque sa compère ne peut pas répondre. Zelda se plaint des hommes qui les déconsidèrent : leurs employeurs ou son mari, qui ne les voient que comme des outils, juste bons à nettoyer leurs toilettes ou faire les repas. Elisa côtoie aussi son vieux voisin homosexuel, un artiste solitaire qui regrette sa jeunesse passée. Ce dernier est rejeté lui aussi : par son patron qui refuse ses affiches publicitaires, par le jeune homme qu'il convoite.
Entre personnes dédaignées par la norme, les trois complices se comprennent et décident d'aider la créature, encore plus démunie qu'eux.

Le rejet des personnes différentes, le mépris des animaux (s'ils ne parlent pas, c'est qu'ils sont inférieurs, stupides et sans émotion) le dédain pour les femmes, les noirs, les homosexuels, pour les pauvres (si elles sont femmes de ménage, c'est qu'elle sont trop idiotes pour faire des études, pas parce qu'elles n'ont pas eu les moyens d'y avoir accès). Le film voit éclore la revanche des laissés-pour-compte.

labyrinthe de pan.jpgLa forme de l'eau reprend les thématiques du labyrinthe de Pan, du même réalisateur, l'un de mes films préférés. Dans Le labyrinthe de Pan, c'est une jeune orpheline qui se retrouve isolée, avec son nouveau beau-père tyran, un capitaine tortionnaire franquiste pendant la guerre d’Espagne. La petite se réfugie dans ses rêves où elle est enfin comprise par un faune, une créature qui ressemble étrangement à celle de La forme de l'eau (et surtout à la créature du lagon noir, le classique de Jack Arnold).
Mais si le labyrinthe de Pan reste profondément ancré dans l'époque qu'il dénonce (les atrocités de Franco) si le film est amer, La forme de l'eau en est pour moi une version édulcorée, hollywoodienne. Ce dernier film me semble fait pour plaire au public américain et gagner l'oscar (ce qu'il a réussi).

En effet, La forme de l'eau se déroule dans les années 50, époque chérie par les Américains, car celle de la prospérité et de la surconsommation : le général est ravi d'acheter une fameuse Cadillac emblématique de cette période (qui se retrouve détruite par nos héros rebelles dès le premier jour). Autre époque adorée des Américains, celle des comédies musicales. Hazanavicius avait joué à fond sur la nostalgie et l'hommage au cinéma hollywoodien avec The artist, qui a remporté l'oscar du meilleur film. Guillermo del toro a donc fait pareil, avec le moment où l’héroïne s'imagine danser dans une comédie musicale en noir et blanc. Scène totalement superflue, juste présente pour le clin d’œil grossier : « allez-y, vous aimez les comédies musicales, donnez-moi l'oscar ! » Et ça a fonctionné.

Si la musique du labyrinthe de Pan est sublime (une berceuse triste comme celle de Rosemarys' baby, à écouter en lien) La forme de l'eau exploite une musique d'accordéon vieillotte et peu originale, qui m'a dérangée dès le générique de début. Notre compatriote Alexandre Desplat a encore gagné l'oscar de la meilleure bande originale, mais je trouve qu'il a fait mieux avec The ghost writer par exemple (à écouter en lien).

Le film est aussi manichéen que Le labyrinthe de Pan, le colonel américain est aussi méchant que le franquiste, et les gentils exploités le sont autant que les républicains rebelles, mais le trait est plus lourd. Le contexte politique et social est moins dénoncé, car cela pourrait faire tiquer. Guillermo del Toro a préféré accentuer l'argument lisse et consensuel qui plaît au plus grand nombre : chacun est différent mais on est tous égaux, aimons-nous les uns les autres etc.
Surtout, La forme de l'eau se traîne en longueur. Lorsque l'histoire principale est résolue, je pensais que la fin du film était arrivée, mais on en était qu'à la moitié.

forme eau 2.jpgLes acteurs sont excellents : Sally Hawkins, qui trouve enfin la consécration après des rôles discrets mais déjà rebelles (Be happy, We want sex equality) nommée à l'oscar de la meilleure actrice. Sa camarade Octavia Spencer jouait aussi une femme de ménage dans La couleur des sentiments, qui lui a valu un oscar. Elle a encore été nominée cette fois-ci (jamais deux sans 3, un prochain rôle de femme de ménage à lui donner ?) Richard Jenkins, le père cool de Six feet under, a été également sélectionné comme meilleur second rôle. Le toujours inquiétant Michael Shannon (Bug, Take shelter, Midnight special…) en méritait tout autant, mais on ne pouvait pas non plus récompenser tout le casting.
Le film a obtenu 9 nominations et 4 prix, dont les plus convoités : meilleur film et meilleur réalisateur.

La forme de l'eau reste donc néanmoins un bon film, en priorité par son hommage au cinéma des années 50 et son esthétique baroque très travaillée (le film a obtenu l'oscar des meilleurs décors). Mais comme j'ai remarqué dès la bande annonce la ressemblance flagrante avec Le labyrinthe de pan, mon film fétiche, j'ai été déçue de n'en retrouver qu'une version assagie. Je n'ai pas retrouvé la profonde émotion et le profond choc que m'avait donné le labyrinthe de Pan. Je suis le parcours de Guillermo del Toro depuis ses débuts (Cronos (1993), Mimic, L’échine du diable, Blade 2, Hellboy). Pour moi il a atteint son apogée en 2006 avec le labyrinthe de pan et a décliné ensuite, son dernier film Crimson peak était vraiment décevant et superflu. Espérons qu'avec le crédit que lui apporte l'oscar, il se permettra de revenir à des sujets plus osés.

 

21/01/2018

Mémé a vu Star wars, les derniers jedi

star wars,cinémaJ'ai dû vérifier sur internet le titre, car mémé ne le connaissait même pas.

Je résume le film, enfin ce que j'en ai compris :
- Luke fait son caca boudin :
« NAN, laissez-moi tout seul dans mon coin. Je suis le dernier survivant Jedi et le seul qui peut vous sauver, rien à foutre, vous pouvez tous crever, vous êtes tous des cons. Na. Oui je sais, je ne propage pas la philosophie cool des Jedi, que je me suis emmerdé pendant des années à apprendre et à protéger, et puis là je fais tout cramer. Fuck ze system. »

Vivre 30 ans tout seul sur une île, on devient vite zinzin-ronchon. Tatie Danielle change enfin d'avis, au dernier moment. On ne s'en doutait pas du tout :
Rey : « - Bonjour, j'ai traversé toute la galaxie et bravé tous les dangers pour vous trouver. Je viens vous demander votre aide pour sauver les gentils car on va tous y passer
Luke : - Rien à battre
- D'accord, au revoir, bonne pêche ! »
Durée du film : 3 minutes (générique qui explique les 123 épisodes précédents compris).

Ça ne pouvait pas se passer comme ça, alors après 2h de film où Luke fait son chieur (« J'ai dit non ! Na ! ») il estime enfin : « des jours que que je me fais prier, c'est bon, ils ont compris, je peux venir comme un prince. Puis là le film commence à devenir vachement longuet, il est temps que ça se termine et que je répare le foutoir. Ouais moi je débarque devant tous les ennemis, ils me bombardent, je bouge pas d'un cil. Je vais tous les massacrer d'un regard, je vais leur montrer qui c'est le meilleur. »

star wars,cinémaJ'ai bien rigolé sur les incohérences du film, comme par exemple les méchants qui se télé transportent à la vitesse de la lumière là où se cachent les résistants. Mais au lieu de se placer juste devant la porte et les attaquer par surprise, l'armée se met à 3 km et avance sur des espèces d'éléphants avec de minuscules pattes pas du tout pratiques qui mettent 4 heures pour faire 2 mètres, comme ça les gars ont bien le temps de les voir arriver et de se préparer (à fuir).

Ou bien encore le méchant suprême, Snoke (interprété par Andy Serkis, qui joue aussi Gollum dans Le seigneur des anneaux et King Kong : le mec est abonné aux rôles de monstres ?) Snoke se vante de voir dans l'esprit des autres, mais ne devine pas ce que les spectateurs avaient senti venir : Kylo Ren allait lui piquer son sabre laser. La mort du grand méchant est un peu ridicule : on s'attendait à un combat épique et intense, et puis là, paf, en 2 secondes il se fait découper en deux comme une miche de pain.

Le plus gros reste tout de même toute la partie : « on va trouver le meilleur crypto machin de tout l'univers pour qu'il bousille le vaisseau des méchants ». Quand l'équipe de la résistance le trouve enfin, je suis ravie de voir que ce fameux personnage est incarné par Justin Théroux, le héros de l’excellente série Leftovers et le réalisateur harcelé/ débordé qu'on voit dans Mullholland drive. Mais non, l'acteur n'a même pas une ligne de dialogue et est remplacé par Benicio del toro, dont la mentalité du personnage est à l'image de sa tête de taureau répugnante.
star wars,cinémaTout le film reposait sur sa réussite à désactiver le traceur du vaisseau des méchants, et … il échoue. Donc à quoi on servi les 45 minutes sur le sujet ? Juste à nous montrer une nouvelle planète, avec de nouvelles créatures à acheter en peluches en produits dérivés : une espèce de cheval de course qui a la tête du dragon de l'histoire sans fin. En nouveaux zanimaux tout mignons, je préfère les porgs, les créatures pingouins qui font les yeux suppliants du chat potté lorsque Chewbacca mange l'un des leurs (la propagande végan est partout) et le vulptex, le renard de cristal majestueux.

Autre problème du scénario : la vice amirale Laura Dern qui se sacrifie : « faut que quelqu'un reste dans le vaisseau. » (bah pourquoi tu ne demandes pas à un subalterne inutile ?) En voyant la flotte résistante se faire massacrer, elle a l'idée d'envoyer son vaisseau s'écraser sur celui des stormtroopers. Mais pourquoi ne pas le faire à chaque fois alors ? S'il suffit d'un gros vaisseau kamikaze pour éliminer toute la flotte ennemie, inutile d'envoyer au casse pipe tous les braves mecs de la résistance.

star wars,cinémaLa première scène m'a fait peur, avec le méchant roux qui joue extrêmement mal, aussi expressif et charismatique qu'une huître.
Dans le précédent film, quand Kylo Ren ôte solennellement son masque et révèle enfin son visage, tout le monde s'était foutu de sa gueule de mérou. Les scénaristes ont alors pensé que dans cet épisode, il allait enlever le reste et montrer son torse musclé, pour enfin plaire et susciter l'admiration. Peine perdue, la salle a encore éclaté de rire devant cette scène totalement incongrue et ses pectoraux qui ont l'air gonflé artificiellement. Pourvu que dans le prochain épisode, il n'enlève pas le bas.
Quand le mérou parle à Rey de ses parents, j'ai encore cru qu'il allait lui révéler qu'ils étaient frères et sœurs, vu que c'est une marotte de star wars. Je ne crois pas trop au fait que les vieux de l'héroïne soient de vulgaires soûlards qui l'ont vendue, à mon avis c'est la fille de Luke ou une autre histoire de consanguinité, ils sont tous de la même famille ces gens-là.

J'ai bien rigolé à la fin du film quand l’impératrice conclut : « tout va bien, on a tout ce qu'il nous faut ». Il ne reste plus que 12 éclopés traumatisés parmi la résistance, face à des milliers de stormtroopers qui terrorisent la galaxie, mais pas de problème, à 12, on va gérer.

star wars,cinémaAutre passage bien kitsch, lorsque Léia se retrouve congelée dans l'espace, puis tout à coup se rend compte à 75 ans, il était temps, qu'elle a la force jedi en elle, et revient dans le vaisseau avec la grâce d'une baleine traînée par une corde. Ce problème d'effet spécial se remarque avec Yoda aussi, aussi mal articulé qu'une marionnette de ventriloque.

Les scénaristes ont aussi pensé : « On ne peut pas garder tous les héros de la première trilogie star wars. C'est pas crédible, des milliers de personnages meurent, faut en sacrifier un. Ok, Han Solo. Ah merde, c'était le plus populaire. Bon, il en faut un autre dans le deuxième film, on va tuer Luke. On en garde qu'un, Léia. »
Manque de bol, c'est la seule qui meurt pour de vrai, vous allez bien galérer les gars maintenant pour la mettre dans le prochain film alors que l'actrice n'existe plus : « et si on disait qu'on s'est trompé et que Han solo n'est pas mort ? Ça peut fonctionner, après tout Ripley revient bien dans Alien alors qu'elle a sauté dans le feu ! »

Star wars n'a pas été racheté par Disney mais par Benetton, united colors : « On a déjà mis un Noir, un sud américain.. Maintenant, on va mettre une Asiatique. Dans le prochain épisode, qu'est ce qu'il nous manque ? Ah oui, on a qu'à placer un Indien ! »

Le film est atrocement long, une des potes qui m'accompagnaient s'est même endormie. J'étais persuadée qu'il allait se terminer enfin avec la mort du gros méchant Snoke, mais non, on subit encore 30 minutes…
Comme les derniers films, je ne le reverrai pas sur mon petit écran, c'est un film à voir au ciné pour la beauté des images (l’île, les créatures dans le palace, mais la longue bataille du début, je m'en tapais complet). J'apprécie beaucoup plus les scènes sur la philosophie jedi et la dualité bien/mal ; transmission/rébellion que les batailles interminables. A voir, au ciné.

 

16/01/2018

Mémé est allée voir Star wars

star wars jedi.jpgMémé essaie de se maintenir dans le coup et d'avoir des conversations avec ses potes geeks :
Fière : « J'ai vu Star wars !
- Lequel ?
- Bah je sais pas, le dernier
- Qui est passé hier à la télé ?
- Non au ciné
- Il est sorti il y a longtemps !
- C'est encore une version remasterisée d'un ancien épisode ?
- Il est en salles depuis plus d'un mois, je l'ai vu le matin même de la sortie moi, j'avais réservé ma place ! »

Mémé ne s'avoue pas vaincue et tente de maintenir le dialogue avec les jeunes du boulot :
Mémé : « J'ai revu le premier épisode aussi
Geek : - La menace fantôme.
- Je connais pas les titres, mais j'ai vu le premier oui
- J'aime bien la scène avec Dark Maul qui...
- Je connais pas les noms des personnages non plus. J'ai juste repéré Han Solo parce que c'est mon préféré, puis Luke et la reine là, celle qui est morte l'année dernière
- Mais c'est pas dans cet épisode là qu'elle meurt ! C'est dans le 3 !
- Ah bon ? Elle est morte ? Tain j'ai encore dû m'endormir, j'ai loupé une étape. Je te parle de l’actrice qui est morte pour de vrai !
- Mais elle est pas morte Natalie Portman !
- Ben non ?
- ?
Mémé : - Je te parle des premiers épisodes 
Geek : - Mais les premiers épisodes sont avec Natalie Portman !
- M'enfin ! Les premiers épisodes dans l'ordre chronologique !
- Ils sont avec Natalie Portman !!
- Ecoute, je sais bien que t'es un petit jeune et que pour toi les films sortis en 2000 sont les premiers que tu as vus, mais je te parle des premiers épisodes sortis dans les années 70 ! Dans l'ordre chronologique donc !
- Mais non ! L'ordre chronologique de l'histoire !! »

star wars 1.jpgMoi qui me voyais en maître Yoda apprenant la vie (enfin, au moins, le boulot) aux stagiaires, Je crois qu'ils ne sont pas encore convaincus de mon infinie sagesse. Pour l'instant !

Je ne connais pas les titres des films, les noms des personnages, je suis perdue dans la numérotation et la chronologie des épisodes, puis dans les différentes trilogies. J'en blaguais dans mon billet d'hier (relire ici) mais Disney exploite bien le filon jusqu'au bout en sortant une 4ème trilogie et plusieurs films dérivés. 

Donc quand je me suis rendue au cinéma, je ne savais pas quel film et quelle suite j'allais voir, car je suis perdue entre les derniers qui sont en fait les premiers (on dirait un passage de la Bible) (ou une chanson de Céline Dion):
Moi : « C'est la suite de celui de l'année dernière je suppose, c'est logique.
Geek : - Non, c'est la suite de celui d'il y a deux ans.
- Ben c'est quand qu'il y aura une suite à celui de l'année dernière alors ?
- Jamais, c'est un film dérivé.
- Ah bon ? De toute façon je me souviens même plus de ce qu'il se passait alors... Il tuait pas mon chouchou Han Solo, l'autre con avec sa gueule de mérou ?
- Non, ça c'est dans celui d'il y a deux ans, justement, c'est la suite là
- Ah ok ! J'espère que Solo n'est pas mort en fait
- Ah si, Harrison Ford ne va pas revenir...
- Mais c’est tout pourri ! Et on va revoir son bâtard de fils ? »

star wars 2.jpgLe film commence, on voit l'héroïne :
« - Bah ! C'est la fille de l'année dernière ! Tu m'as dit que c'était pas la suite !
- Mais non ! c'est pas la même ! t'as besoin de lunettes !
- Mais si ! Mêmes cheveux, mêmes yeux, même teint, même sourire, même menton ! C'est la même actrice ! Tiens, on va vérifier sur Internet ! Ah, tu vois, elles ont la même gueule, c'est la même !
- Elles n'ont pas le même nom... »

Je ne suis pas encore totalement sénile, avouez qu'il y a un air de ressemblance...

Je résume le film, enfin ce que mémé en a compris :

suite demain