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25/11/2019

Kidding : Jim Carrey, le clown triste

kidding clown.jpgAtteint par une profonde dépression, Jim Carrey souhaitait interrompre sa carrière. Michel Gondry, qui l'a auparavant dirigé dans le magnifique Eternal sunshine of a spotless mind, l'a convaincu de revenir devant les écrans, en sublimant son mal-être. En effet, dans Kidding, l'acteur incarne un créateur d’émission pour enfants qui ne parvient plus à animer joyeusement ses marionnettes depuis la mort accidentelle de son fils et la séparation avec sa femme que cette épreuve a engendrée.
Kidding permet à Jim Carrey de dépasser son état dépressif et d'exprimer l'étendue de son talent et de sa sensibilité : il chante, joue de la guitare, fait rire les autres pour oublier sa peine, comme il l'a toujours fait, par exemple dans Yes man. C'est un grand acteur, un performer que j'estime beaucoup. Le revoir si dévasté dans Kidding, les rides marqués, les yeux embués, m'a beaucoup émue.
La créativité  et la sensibilité de Jim Carrey s'accordent à merveille avec celles de Gondry, qui nous épate toujours autant avec ses univers enfantins. Les décors de l'émission sont empreints d'une poésie revigorante et rappellent ceux de La science des rêves où Gael Garcia Bernal♥ fuyait la réalité en créant lui aussi une émission.
Jim Carrey est entouré d'acteurs à sa démesure : Catherine Keener, déjà frappadingue dans le délirant Dans la peau de John Malkovich de Spike Jonze. Frank Langella, aussi paternaliste que dans The americans, Judy Greer, qui rejette aussi son mari dans Jeff who lives at home... A voir.
Jim Carrey, ce clown triste, exprime parfaitement les propos de Boris Cyrulnik♥ sur la résilience et la création, ici dans son livre Les vilains petits canards :

kidding.jpg"Le talent suprême consiste à exposer son malheur avec humour.  Il y a dans l’humour une intention thérapeutique qui ressemble un peu à la fonction du déni : faire croire, pour se faire croire que ce n’est pas si grave. Ce leurre est une falsification créatrice qui met la douleur à distance. Si je parviens à mettre en scène la tragédie qui me torture, si je vous arrache un sourire, je cesserai de jouer le rôle navrant du pauvre petit et de donner l’image de la victime. En vous invitant à participer à un sourire, nous nous lierons comme nous lient les émotions partagées.
Le sujet sait bien que le traumatisme est grave mais en le disant sur un ton léger, au moins il peut le dire et renouer avec ses proches : « je ne les embête pas avec mon tracas, au contraire, je les amuse et les intéresse, ce qui me revalorise puisque je deviens celui qui égaye et intrigue. En vous faisant sourire, j’agis sur ma souffrance et je transforme mon destin en histoire. Voilà, ça m’est arrivé, j’ai été blessé, mais je ne veux pas faire ma vie avec ça, me soumettre au passé. En en faisant une représentation belle, intéressante et gaie, c’est moi qui maintenant gouverne l’effet que je vous fais. En modifiant l’image que vous avez de moi, je modifie le sentiment que j’éprouve en moi. »

Créer signifie « faire naître du néant ». Face au néant, quels sont nos choix ? Ou bien on se laisse fasciner, happer par le vertige du vide jusqu’à en éprouver l’angoisse de la mort, ou bien on se débat et on travaille à remplir ce vide. (…) C’est l’énergie de l’espoir qui nous stimule et nous contraint à la création. (...)
Freud, Joyce, Pascal, Proust, Hugo n’ont osé devenir créatifs qu’après la mort de leur père, le douanier Rousseau après celle de sa femme ; et Montaigne après celle de son ami la Boétie. L’orphelinage et les séparations précoces ont fourni une énorme population de créateurs : Balzac, de Nerval, Rimbaud, Zola, Baudelaire, Dumas, Stendhal, Maupassant, Loti, Sand, Dante, Tolstoï, Voltaire, Dostoïevski, Kipling… Et même la maladie physique contraint à la créativité quand le sentiment d’être diminué provoque la rage de vaincre. Alfred Adler avait bien compris ça au cours de sa propre enfance quand faible et rachitique, il avait décidé de devenir médecin pour lutter contre la mort. Adulte, il en a fait une théorie générale : toute faiblesse peut être compensée et un enfant difficile, mal socialisé, peut transformer cette négativité quand son milieu lui propose un but social."
Et faire rire les autres en devenant comédien comme Jim Carrey !

 

23/11/2019

Les séries décevantes

Mouche.jpg- Mouche, saison 1

Regardé pour la présence de Camille Cottin, alias Connasse princesse des cœurs. Dans ce rôle en caméra cachée, l'actrice incarne une sans-gêne qui pense que tout lui est dû. On s'amuse de la voir remise à sa place, mais aussi bousculer les convenances et l'ordre établi (pourquoi n’épouserait-elle pas le prince Harry ?) Dans cette nouvelle série, Camille Cottin reprend son personnage exécrable de connasse, sauf que cette fois-ci, ce n'est pas drôle. Elle n'incarne pas simplement une pimbêche, mais une dépressive en souffrance, et c'est difficile de rire de ses déboires. J'ai tenu un seul épisode tellement c'est glauquissime.
"Le portrait original, engagé et subtil d’une femme moderne." "Parisienne effrontée et sans filtre" Non : portrait d'une dépressive bordeline, nuance. Elle est antipathique au possible : malhonnête, menteuse, désinvolte, ne sait pas gérer sa vie, ses économies (vole sa sœur et a des goûts de luxe sans en avoir les moyens). En pleine nuit, soûle, elle va taper à la porte de ses parents qui bien gentiment la laisse crever dehors, puis à moitié à poil sur le trottoir, elle propose à un vieil inconnu hideux de coucher avec. Elle accepte qu'un plan cul l'appelle à 2h30 du matin pour la réveiller et débarquer chez elle juste pour la sauter, et elle se lève, s'épile, se fait belle et l'accueille avec son string en dentelle. Tain mais avec une carabine oui, 12 plombs dans l'arrière-train ça va vite le calmer le chaud lapin. On n’éprouve aucune sympathie pour l'héroïne. La série est censée être drôle, elle est déprimante. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle ne fait pas mouche (contrairement à moi avec mon jeu de mots) ("Jean Bloguin, humoriste").

- Missions, saison 2

séries, séries canal +Une mission spatiale se dirige vers Mars. Autant la saison 1 était une bonne surprise, montrant que la France peut enfin se lancer dans la science-fiction, même avec peu de moyens, autant la deuxième saison est inintéressante au possible. Plutôt que de montrer Mars et le vaisseau spatial comme dans la première saison, la majeure partie de cette suite se déroule dans... une forêt sur Terre ! Avec des hommes qui parlent de mysticisme plutôt que conquête spatiale et aliens.. Missions 2 se vautre dans les travers français : manque d'action, dialogues plats, comédiens qui surjouent. Quel dommage, c'était pourtant bien parti. (pas comme la fusée qui...) (jean Bloguin, humoriste, le retour)

21/11/2019

Les suites de séries décevantes : La servante écarlate

handmaid.jpgDéception, j'écris ton nom :
- La servante écarlate saison 3

Dans un futur proche, à cause de la pollution, le taux de fertilité est très bas et le renouvellement de la population menacé. La religion a pris le pouvoir et les femmes sont asservies : les fertiles deviennent les servantes fécondées de force par les hommes au pouvoir, les stériles deviennent domestiques. La musique, la lecture, internet et l'accès à l'information leur sont interdits.
Autant les deux premières saisons étaient excellentes, autant celle-ci traîne en longueur. On sent que les auteurs veulent exploiter le filon. Déjà, la fin de la saison 2 est incompréhensible, même s'ils prennent un épisode entier par la suite pour tenter vainement de l'expliquer : (attention spoiler) alors que June peut s'échapper enfin de cet enfer sur Terre, l'héroïne décide de rester au tout dernier moment, juste avant de monter dans le camion de la délivrance: "bof non, partez sans moi, c'est sympa d'être une esclave finalement". L'excuse de "je reste ici tant que je n'ai pas récupéré ma fille" ne tient pas la route : June n'a aucune possibilité de la joindre, elle tente mollement de le faire dans un épisode, on parle finalement très peu du sujet.
Que cette troisième saison est longue : un épisode entier où elle ne fait que veiller sa victime mourante ? C'est un supplice pour elle de devoir rester à genoux pendant un mois, mais c'est pareil pour nous de la voir pendant une heure. Et ces sempiternels gros plans sur son visage "je fais la moue pour montrer que je suis pas contente, que je suis une rebelle, que je souffre". Et pourquoi le personnage d'Emily, qui retrouve enfin sa compagne et son fils, n'est-il pas plus développé ? Et celui de Nick a quasiment disparu, pourtant on aimait suivre la relation ambiguë qu'il entretenait avec June. Décevant.

- Top of the lake saison 2

séries, servante écarlateJe n'avais pas subi assez de gros plans sur la tête de grenouille d'Elisabeth Moss (ses yeux trop écartés et sa bouche démesurée) (je sais c'est pas gentil de se moquer du physique, mais elle est actrice, on voit ça en priorité !), j'ai décidé de me la coltiner encore dans la deuxième saison de Top of the lake. Pas mauvais mais archi prévisible. Plutôt qu'une série policière, c'est un drame familial et psychologique. On peine à croire qu'une mignonne adolescente tombe amoureuse d'un vieux clodo crado. Et pourquoi Nicole Kidman s'est transformée en sorcière avec une serpillière en guise de cheveux sur la tête ? J'ai apprécié de revoir Brienne de Game of thrones, qui joue sensiblement le même rôle d'équipière dévouée mais maladroite et moquée pour sa grande taille (1m91!) Le seul personnage qui n'est pas complètement timbré dans cette série, c'est le père. Pour une série qui se prétend féministe, faire passer toutes les nanas pour des hystériques incontrôlables, chapeau.

à suivre : les séries françaises.

 

 

17/11/2019

Dark, un Stranger things pour intellos

years and years,black mirror,dark,série sf,science fiction,sériesDans une petite ville où tout le monde se connaît, un enfant disparaît dans des circonstances étranges. La question n'est pas de savoir où il est, mais quand : il a voyagé dans le temps.
J'avais trouvé la série trop longue à démarrer. Et que je te fais des ralentis sous la pluie, des survols de la forêt... C'est beau mais c'est longuet. Car on devine vite qu'on est dans un Retour vers le futur version drame. J'avais abandonné après trois épisodes, mais une amie m'avait convaincue de poursuivre. Bien m'en a pris. La série est fascinante par sa complexité, les mystères et questions philosophiques qu'elle soulève (peut-on changer le cours des choses, du temps, les gens ?)
Un an plus tard, je retrouve la saison 2, et fatalement, mémé Alzheimer avait oublié les personnages. Les deux premiers épisodes, J'ai dû mettre pause à chaque apparition pour vérifier sur internet les arbres généalogiques et qui était qui. Difficile de suivre : plusieurs familles, des grands-parents aux petits-enfants, voyagent dans le temps, et l'on suit les mêmes personnages jeunes dans le passé, vieux dans le futur, à 5 époques différentes !
Dark fait penser à un Stranger things pour intellos car la narration est bien plus complexe (pour les premiers épisodes, j'avais fait un schéma et noter mes théories). Pour ces multiples mystères, Dark rappelle Lost. Pour ne rien gâcher, GoodbyeLa musique du générique  à écouter en lien, est à l'image de la série : belle et mélancolique.

Fold out your hands, Give me a sign
Hold down your lies, Lay down next to me
Don't listen when I scream
Bury your doubts and fall asleep
For Neither ever, nor never
Goodbye

14/11/2019

Stranger things saison 3 : une série pop corn

Stranger-Things-3.jpgJ'avais apprécié la saison 1, relire ici ma critique. Elle apportait un vent de nostalgie revigorant, avec ses références aux années 80 à retrouver, l’humour bon enfant malgré le sujet de film d'horreur type Alien. La saison 2 était surtout une redite de la première, et la troisième ne déroge pas à cette règle.
Au final, je me fichais un peu de l'univers SF. Le plus important, ce sont les relations entre les personnages. Les enfants geeks deviennent ados et leurs premiers émois mettent à mal leur amitié : certains délaissent Donjons et dragons pour les filles. Nancy est confrontée aux désillusions du monde du travail : oui quand tu es stagiaire journaliste, et en plus fille, les collègues hommes ne te prennent pas au sérieux et te laissent les tâches et articles subalternes, au pire, te draguent. Moi aussi à sa place je me rebellais et faisais ce qui me semblait primordial (elle, sauver le monde, moi, rencontrer Laurent Voulzy, chacun ses priorités.) (il est très gentil) (j'ai réussi à lui dire 2 mots sans bredouiller) (après 3 verres dans le nez). 
stranger mireille.jpgDustin reste mon héros préféré, avec la scène d'anthologie où il chante Neverending story... Pourtant certains personnages me semblent superflus : je ne différencie toujours pas les deux gamins à la coupe de Mireille Matthieu... Hé les scénaristes, vous pouvez en sacrifier un, la ville est assaillie par les Russes et les aliens, mais aucun gosse n'est encore mort ? Grosse déception également que le personnage du flic, qui se transforme en macho bourru : il ne veut pas que sa fille s'émancipe et fréquente des garçons, il traque et harcèle la femme qu'il convoite (se moque des hommes qu'elle côtoie et lui tend un traquenard "une rencontre juste pour discuter" qui est en fait un rendez-vous galant), et plutôt que de parler, il cogne (ça fait viril sans doute !)

Strangers things est une série qui se déguste comme du pop corn (ou plutôt de la glace comme en vendent Steve et Robin -la fille de Uma Thurman et Ethan Hawke-). Ça se mange sans faim, c'est très sympa, mais au final, sans grande valeur nutritionnelle. Elle comporte plein de rebondissements faciles ou d'incohérences, par exemple Robin qui apprend le russe et décrypte un message codé en une journée. (je ne sais toujours pas dire "je m'appelle papillote" après 5 ans d'italien) (j'ai choisi la filière L comme langues parce que j'avais 3 h de cours en moins par semaine et pouvais planquer les pompes de conjugaison dans ma trousse).

La série a plutôt une visée commerciale. Pour se remettre d'une déception amoureuse, où court l'héroïne ? A la galerie marchande s'acheter des fringues, évidemment ! Let's go to the mall comme chante une autre Robin dans How I met your mother. (Dans son cas je cours à la biblio lire des manuels de survie comme "fuck l'amour" "fuck le développement personnel" "fuck la sérénité.") Ici, pas vraiment de critique de la société de consommation à la Romero et ses zombies de Dawn of the dead. Je me moque des tenues kitsch et parodiques des personnages, mais certains ados influençables pour lesquels la série est principalement destinée prennent au pied de la lettre ces modèles : partout dans la rue, j'en croise avec des vêtements vues dans la série... Je n'ai pas encore aperçu le costume de marin, mais ça ne saurait tarder !

09/11/2019

Bilan "je suis culturée" d'octobre : les séries et documentaires

years.jpg11 séries :
Coup de cœur :
-
Years and years
saison 1
Pas mal :
- Kidding avec Jim Carrey♥
- Mindhunter saison 2
- Stranger things saison 3
- Dark saison 2
- Twilight zone saison 1
- Tunnel saison 3

propagande.jpegDéception, j'écris ton nom :
- La servante écarlate saison 3
- Top of the lake saison 2
- Mouche
- Missions saison 2

19 Documentaires :

4 Economie / société :
A voir absolument :
-
Dopamine ! 8 épisodes de 5 min en lien (facebook, twitter, tinder, instagram...)
- Propagande : l'art de vendre des mensonges. Dispo sur Arte replay en lien.
- La fabrique du consentement 
- La vérité sur le mensonge

2 Santé :
- Microbiote, les fabuleux pouvoirs du ventre, en lien sur Arte replay
- Le ventre, notre 2ème cerveau, en lien sur Arte

3 Histoire :
- Enquête sur la peste noire
- Famine à Jamestown, les premiers colons du Nouveau Monde dispo jusqu'au 11/11 en lien
- C'est un complot ! Les illuminati

4 cinéma :
- Robin Williams, Come inside my mind
- Il était une fois Sergio Leone
- Philippe de Broca, poète de la dérision
- Les couples mythiques du cinéma : Steve McQueen et Ali MacGraw

3 Affaires criminelles :
- Manson, les archives secrètes
- Faites entrer l'accusé : l'étrange disparition de Nadine Chabert
et d'innombrables podcasts (Hondelatte raconte, Affaires sensibles...)

3 Animaliers :
- La planète bleue
- Un nouveau jour sur Terre
- Secrets de chats

12/11/2018

The haunting of hill house

the haunting.jpgCe serait bien de traduire les titres, quand je prononce celui-ci on a l'impression d'entendre un chien qui aboie la gueule pleine.
Eté 1992, les Crain et leurs 5 enfants s'installent dans un vieux manoir à retaper. Ils ne tiendront pas la saison : des phénomènes étranges les contraignent à quitter précipitamment la maison en pleine nuit. 25 ans après, ils doivent faire face à ce qu'il s'est passé à cette époque...

Alors c'est simple, avec moi ils n'auraient même pas tenu les deux mois et 10 épisodes, la série se terminait dès les premières minutes :
Parents : "Les enfants ! on a trouvé une nouvelle maison !
Enfants : - Chouette ! Elle est super grande !
Moi : Hé oh ça va pas ? Nan mais vous avez vu la gueule de la baraque ? J'ai regardé La maison du diable quand j'étais petite hein ! Puis j'ai visité le manoir hanté de Disneyland, c'est les mêmes ! Cassons-nous au plus vite, pas moyen que je rentre là-dedans !" 

Emballé c'est plié, générique de fin, durée du film : 40 secondes. (photo ci-dessous du manoir qui s'allume tout seul la nuit quand la famille approche, mais ils rentrent quand même. Peut-être qu'ils entendent Florent Pagny "tu seras bienvenue chez moi")

haunting la maison.jpgJe n'ai lu aucun article sur le sujet mais pour moi The hauting of ouaf ouaf fait évidemment référence au film culte de Robert Wise, La maison du diable, qui m'avait terrifiée quand j'étais petite. Dans ce film de 1963, une équipe de scientifiques se réunit dans un vieux manoir réputé hanté pour l'étudier. Portes qui claquent, bruits inquiétants, tout est suggéré, et pour quelqu'un à l'imagination débordante et un tantinet flippette comme moi, cette technique fonctionne du feu de Dieu. L'histoire avait subi un remake en 2000 avec Liam Neeson, aussi bourrin que dans les Taken. Le réalisateur n'avait absolument pas compris l'essence de l'angoisse du film en explicitant tout, avec des fantômes en images de synthèse ridicules. 
Le même manoir gothique, le même escalier de bibliothèque en colimaçon, la même poignée de porte à tête de lion, les mêmes ombres que l'on voit bouger la nuit sous les portes... The hauting of ouaf crée la même terreur que La maison du diable.
The ouaf me rappelle aussi de nombreux films et livres de maison hantée, comme le magnifique Les innocents, inspiré du Tour d'écrou de Henry James, ou Amityville et l'univers de Stephen King.

haunting famille.jpgCependant, la série ne relate pas seulement une histoire de fantômes qui errent dans les recoins sombres, elle traite surtout des fantômes du passé qui hantent les esprits de cette famille. The ouaf parle avant tout de deuil et de relation familiale. Avec ses querelles mesquines entre la fratrie et la mort omniprésente qu'ils doivent affronter, la série me rappelle une autre aussi subtile et dramatique, l'excellente Six feet under (que j'ai regardé dès sa sortie en 2000, qui m'a accompagnée pendant cinq longues années au rythme des lentes diffusions télé à 1h du matin sur France 2, et dont l'épisode final m'a fait porter le deuil pendant deux ans).

La question du paranormal dans The ouaf est traitée de manière très délicate, sous l'angle de la psychologie et de l'inconscient familial. L'une des filles est d'ailleurs devenue psy spécialisée dans les troubles de l'enfance, pour aider les jeunes en souffrance comme elle l'a été, l'autre défie la mort en travaillant comme thanatopracteur, un fils a expurgé ses angoisses en les racontant dans un livre devenu best seller, l'autre les oublie dans la drogue : autant de moyens de faire face à la mort.

henry thomas.jpgLes personnages sont très bien interprétés, et le père jeune me disait quelque chose, ce sourire, ses yeux... C'est tout simplement... Eliott ! Le jeune héros de E.T, qui a désormais 47 ans !

J'ai adoré cette série si subtile aux multiples couches d'interprétation. J'ai pu ressentir avec les personnages toute la gamme des émotions qui les traversent : peur, colère, déni, tristesse, rejet, abandon... Je regrette de ne pas les retrouver lors d'une deuxième saison, mais j'imagine mal comment créer une suite :
Les enfants ! J'ai trouvé une nouvelle maison !
- C'est bon tu nous as déjà fait le coup !"

Après écriture de mon billet, je vérifie sur internet :  la série s'inspire effectivement du même livre qui a été adapté à travers La maison du diable... Ce roman de Shirley Jackson est considéré par le maître Stephen King comme l'un des meilleurs romans horrifiques du 20ème siècle.

 

29/10/2018

Soupçons, the staircase : l'incroyable série documentaire criminel qui a lancé le genre

soupcons.jpgJe m'en souviens comme si c'était hier, et pourtant, l'histoire remonte 15 ans en arrière… La découverte de cette série sur Canal +  m'avait laissée sous le choc. Elle était restée jusqu'à présent comme ma référence absolue en documentaire criminel. Soupçons est réalisé par le Français Jean-Xavier Lestrade, oscarisé pour Un coupable idéal

soupcons famille.jpgCette année, la suite est enfin sortie, sur Canal +, et désormais sur Netflix. Dès les premières notes de la sublime musique du générique (à écouter ici) mes poils se sont hérissés, je me suis immédiatement sentie replongée 15 ans dans le passé. J'étais très émue, surtout de revoir tous les protagonistes longtemps après, comme des membres de ma famille perdus de vue : les filles adolescentes devenues mères de famille, l'accusé transformé en vieillard par le poids de tout ce qu'il a vécu…

soupcons couple.jpgSoupçons suit le procès de l'écrivain Michael Peterson suspecté d'avoir tué sa femme. Après une soirée arrosée, il la trouve agonisante en bas des escaliers. Il appelle paniqué les secours, en pleurant, les suppliant de venir le plus vite possible (on entend à de nombreuses reprises l'appel, on voit les réactions des proches en l'écoutant, c'est très émouvant). Trop tard, la femme décède. Sûrement un simple accident, elle avait trop bu, consommé des somnifères, l’escalier est étroit et en colimaçon. Son époux n'a aucun mobile pour le meurtre et tout le monde peut témoigner que le couple s'adorait.

soupçons avocat.jpgLe réalisateur filme l'accusé, sa famille et son avocat, pendant deux ans, dès les prémices de l'affaire, et on peut voir que personne ne croit que l'histoire ira jusque devant les tribunaux, puisqu'elle ne tient pas la route. L'homme plein d'esprit et d'auto dérision ne cesse de prendre l'affaire à la légère, elle est si risible. Mais il oublie qu'il habite l'Amérique profonde, en Caroline du sud. C'est sans compter sur l'acharnement des policiers de la ville de Durham.
Peterson, rare progressiste dans cette commune, avait osé dénoncer dans le journal local la corruption de la police et les injustices qu'elle commettait. Ah on est injustes ? Eh bien il va en avoir pour son argent ! Eh oui, l'écrivain aisé, jalousé, se retrouve ruiné par un procès coûteux et fortement médiatisé. Il perd ses amis et toute vie sociale. Sa vie et celle de ses proches sont disséquées et détruites. Ses filles ne perdent pas seulement leur mère, mais risquent de perdre leur père que l'on veut emprisonner jusqu'à sa mort. Cet homme est jeté en pâture aux médias américains, vampires avides de sang.

Soupçons enchaîne les rebondissements qui paraîtraient grossiers dans un film. Mais comme toujours, la réalité dépasse la fiction, c'est pour cela que je préfère les documentaires et les biographies aux romans. Les policiers exhument des détails sordides : par exemple, en fouillant dans son ordinateur, ils découvrent que l'homme avait des penchants bisexuels. Sa femme et son entourage étaient parfaitement au courant, mais Oh mon dieu, quelle horreur pour cette Amérique puritaine ! C’est forcément le mobile du crime : la brave épouse a découvert le pot aux roses, et menacé de divorcer, c'est sûr !

soupcons peterson.jpgJe vous passe les autres péripéties, incroyables, pour maintenir le suspense. Soupçons n'est pas seulement une enquête, l'enjeu n'est pas simplement de savoir si l'accusé est coupable ou innocent.
Le documentaire montre les coulisses fascinantes d'un procès, comment on choisit les témoins, comment on présente les indices pour tourner les choses en sa faveur. Les manipulations et plaidoyers des avocats des deux parties sont des joutes verbales absolument passionnantes, comme dans le film La vérité de Clouzot (qui s’inspirait également d’une réelle affaire, celle de Pauline Dubuisson, décrite par Philippe Jaenada dans La petite femelle, devenu depuis mon livre de chevet.)
Soupçons ne retrace pas seulement une simple affaire criminelle et ses conséquences sur les proches de la victime et de l'accusé, c'est l'état de l'Amérique toute entière qui est décrit, où des populations fort dissemblables se côtoient sans se connaître et comprendre.
Je pourrais résumer grossièrement l'effet que me donne cette affaire comme : les gentils intelligents cultivés mesurés contre les méchantes brutes incultes hystériques : la tête du procureur et de son adjointe vociférants, le regard plein de haine, le sourire sadique, se délectant de la souffrance d'autrui en énumérant avec délice les soi-disant sévices subis par l'épouse, et le prétendu horrible pervers qu'est le sensible accusé, ce n'est pas possible, faites les taire, qu'ils fassent un autre métier où ils ne pourront plus nuire, je sais pas, trier des endives dans une pièce obscure sans contact avec personne, ce serait bien par exemple ?

L'affaire est davantage filmée du point de vue de l'écrivain. Même si le réalisateur se défend de tout commentaire et donne également la parole à l'accusation, on sent évidemment son empathie pour l'écrivain et ses proches. D'ailleurs, pour prouver cette compassion, sa monteuse a fini en couple avec l'accusé !
L'affaire l'a tellement marquée que depuis, Jean-Xavier de Lestrade ne souhaite plus réaliser de documentaires. Décision navrante, mais il a ouvert une porte : grâce au succès de Soupçons, les fabuleux The keepers et Making a murderer ont pu exister. Je vous en parle prochainement…

 

29/05/2018

Black mirror, le classement des meilleurs épisodes

séries, black mirrorJe finis (enfin !) ma série d'articles sur la meilleure série du moment en tentant un classement des épisodes (cliquez sur les liens roses pour voir mes billets) :

A voir absolument :
- Blanc comme neige (saison 2, épisode 4)
- Retour sur image (saison 1, épisode 3)
- Bientôt de retour (saison 2 épisode 1)
- San Junipero (saison 4, épisode 4)

séries, black mirror- Tais-toi et danse (saison 3 épisode 3)
- Playtest (saison 3 épisode 2)
- Black museum (saison 4, épisode 6)
- Hang the D.J (saison 4, épisode 4)
- Chute libre (saison 3, épisode 1)
- USS Callister (saison 4, épisode 1)

Pourquoi pas :
- 15 millions de mérites (saison 1, épisode 2)
- L'hymne national (saison 1, épisode 1)
- Archange (saison 4, épisode 2)
séries, black mirror- Le show de Waldo (saison 2, épisode 3)
- Tuer sans état d'âme (saison 3, épisode 5)
- La chasse (saison 2, épisode 2)

Dispensable :
- Crocodile (saison 4, épisode 3)
- Haine virtuelle (saison 3, épisode 6)
- Tête de métal (saison 4, épisode 5)

Aperçu des épisodes non encore chroniqués :

Le Show de Waldo 
séries, black mirrorUn comédien prête sa voix à un ours en peluche qu'il a crée, Waldo. Il anime une émission de télé en se moquant des invités, avec des blagues plus ou moins subtiles. Lorsque Waldo ridiculise un homme politique, l'ours devient si populaire que les responsables du média décide de le présenter aux élections. Forcément médiatisé et jeté en pâture aux journalistes, le comédien ne peut plus rester derrière l'anonymat de son personnage, et accepte difficilement la tournure politique que prend Waldo. 
Un bouffon populaire est-il légitime, peut-il être élu, en disant tout haut ce que le peuple pense tout bas ? On pense en positif à Coluche, et en négatif, à l'élection de Donald Trump… Un épisode intéressant malgré une conclusion poussive.

Haine virtuelle  
Sur les réseaux sociaux, la haine se propage vite. Un musicien s'est moqué d'un jeune fan peu talentueux ? Une femme se permet une blague d'un goût douteux ? Ces personnes sont immédiatement décriées sur le net, puis ces victimes de bad buzz meurent dans d'atroces souffrances. 
Derrière un ordinateur, anonymes, les gens peuvent plus facilement déverser leur haine. Un sujet très actuel et réaliste, car chaque jour voit passer une nouvelle tête de Turc. Toutefois le scénario se traîne tellement en longueur, l'histoire tournée sous forme de polar scandinave est si classique, que je me suis ennuyée.

Crocodile 
Une enquêtrice pour les assurances peut se connecter à la mémoire des témoins d'un accident, afin de reconstituer les circonstances du drame, définir qui est responsable et si l'assurance doit payer. La femme a donc le pouvoir de regarder les souvenirs plus ou moins honteux des personnes qu'elle interroge, mais doit le passer sous silence, comme le ferait un confesseur. Sauf si la personne interrogée à commis quelque chose de répréhensible, comme celle que l'enquêtrice découvre… 
Cet épisode glacial ne fonctionne pas. La violence y est gratuite, le propos sur les nouvelles technologies peu renouvelé. Si l'épisode avait été tourné à la Fargo, une succession tragi-comique de décisions ridicules prises par un personnage pathétique mais attachant, au moins on aurait ri. Mais là l'héroïne est aussi froide que le décor, qui reste le seul point à retenir de cet épisode : les magnifiques paysages islandais.

Tête de Métal
Le scénario me paraît ultra mince : une femme est poursuivie par un robot chien. C'est tout. Et pourquoi ce noir et blanc ? Pour faire plus artistique, plus beau ? Il dessert totalement le propos selon moi. La force de la série, c'est sa comparaison avec l'actualité, son réalisme. Le noir et blanc crée dès la première image une distance : on se croit dans un film des années 30. Un épisode dispensable. Regardez plutôt les premiers parmi la liste ci-dessus.

 

22/05/2018

Black mirror : Tuer sans état d’âme

black mirror tuer.jpgDes militaires protègent la population des « cafards », humains transformés en zombies. Ils sont persuadés des bienfaits de leur mission, humaniste pour eux. Un jeune soldat est attaqué par un ennemi, et depuis sa vision se trouve modifiée et il met en doute la réalité qu’on lui propose.

Comment on persuade quelqu’un de tuer son prochain : un épisode d'actualité en ces temps de propagande guerrière. Il m'évoque également le génocide des Tutsis, rebaptisés eux aussi "cafards" par leurs adversaires. Les Hutus subissaient une telle propagande à travers les médias, comme la radio 1000 collines, qu’ils ont trouvé normal de prendre une machette et de découper leurs voisins qu’ils saluaient chaque jour auparavant : "Chers auditeurs, bonjour. Soyez enragés". "C'est à nous de nous débarrasser de cette sale race." "Réjouissons-nous, les cafards sont exterminés. » Voici la conclusion d'un participant au massacre : "je n'ai pas eu le temps de penser à désobéir".
J’ai interviewée une survivante quand je travaillais pour un journal, c’était glaçant (triple combo gagnant : violée, tombe enceinte et chope le sida). Vous pouvez voir ici un article sur le sujet.

Malgré son propos fort, cet épisode de Black mirror peine à convaincre, car le sujet est mal traité. On le regarde justement sans état d’âme, en s’ennuyant un peu. Dommage.