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05/03/2021

La chronique des Bridgerton

chronique bridgertown.jpgÀ Londres, pendant la Régence, les jeunes filles de la haute société se préparent à chercher des maris, mais la concurrence est rude...
Parfois entre deux films d'horreur, malgré mon aversion pour le shopping et la mode censés être des "trucs de filles" j'apprécie les histoires romanesques et en costumes, si elles ne sont pas trop niaises, si elles restent subtiles, littéraires, réalistes, sarcastiques et sans glorification de la femme cruche et soumise (j'ai été consternée par 50 nuances de Grey, Outlander, mais j'ai apprécié malgré (grâce ?)  ses nombreux défauts Emily in paris).

J'adore donc les Jane Austen comme Orgueil et préjugés. Dès les premières images de cette nouvelle série, la voix off laisse présager qu'elle s'en inspire, commentant avec malice les travers de ses contemporains, tout en les montrant dans des décors somptueux. Chouette.
Puis là dans la rue, j'aperçois furtivement un homme noir au bras d'une blanche. Tiens, c'est bizarre, un anachronisme, parce qu'à cette époque le pauvre gars s'il avait approché à moins d'un mètre une femme de la haute, on l'aurait lynché, émasculé et pendu. (comme on le voit dans les terribles mais excellents docs d'Arte sur le KKK, même si le parti ségrégationniste a été créé 30 ans après l'époque de la série, et en Amérique). Je poursuis la chronique, puis je découvre que la reine est Noire et le héros aussi, et que les couples mixtes ne posent aucun problème, en 1810. Le monde rêvé des Bisounours quoi.

Je ne sais pas trop quoi en penser. La série est fidèle à l'Histoire, reproduit les moeurs, coutumes, décors et costumes de l'époque, et s'inspire de personnes ayant existées (le boxeur). Alors pourquoi cet ajout totalement irréaliste d'un métissage qui aurait été accepté à l'époque ?  Pourquoi réécrire l'Histoire ? Ce procédé peut laisser supposer à des ignorants que cet ordre des choses a toujours existé, que l'esclavagisme et le racisme n'ont jamais eu lieu, et qu'il n'y aurait donc aucune raison de se plaindre d'une ségrégation, qui serait imaginaire.
Après vérification, je tombe sur des articles affirmant que la reine Charlotte aurait réellement eu des ancêtres Africains. L'Histoire étant écrite par les blancs, je n'étais pas au courant.
France info : "le but du créateur n’était pas de refléter la réalité, mais d’imaginer un monde dans lequel la reine serait bel et bien métissée et aurait transformé la société anglaise." La série ne dénonce pas le racisme, elle fait comme s'il n'existait pas. 

chronique reine.jpgOn peut dire que cette question reste secondaire : le plus important, c'est le scénario. Il est issu d'un métissage lui aussi : Chris van Dusen et Shonda Rhimes. Je tique : aïe, la créatrice de Scandal ? Où une femme carriériste insupportable, ignoble avec ses équipiers, tombe amoureuse comme une midinette de celui qui représente le pouvoir suprême : le président des Etats-Unis. Tout le propos de la série, sur la femme forte et indépendante qui peut mener une équipe et une carrière, s'effondre avec cette idée de fantasmer sur un homme juste parce qu'il incarne le pouvoir. J'avais trouvé l'actrice horripilante et les scènes romantiques ridicules. Ces deux problèmes se répètent dans cette nouvelle série.

L'héroïne de chronique est toujours à minauder et écarquiller les yeux et la bouche comme une demeurée. Elle est molle, a une tête de chien battu. Elle tombe amoureuse d'un homme absolument magnifique, contrairement à son nom (Regé-Jean Page). Tout le début de la saison, les deux se tournent autour. Je pensais que le mariage serait le final comme dans tout conte de fées, mais non, il arrive bien plus tôt, et la suite est laborieuse, un épisode entier de scènes de sexe aussi kitschs et peu excitantes qu'un téléfilm de M6 du dimanche soir, que celles de Outlander, ou de 50 nuances de grey (les scènes de ce dernier sont si froides que je m'étais ENDORMIE devant. ENDORMIE.) Peut-être qu'avec une meilleure actrice, ça aurait fonctionné, mais les gros plans sur les yeux de grenouille et la bouche en cul de poule de l'héroïne quand elle se fait dépuceler, c'est d'un niais, d'un ridicule.... Mais qu'elle joue mal... comme la plupart des acteurs d'ailleurs, beaucoup trop caricaturaux et peu charismatiques.

Une femme sort du lot, l'apprentie détective énergique qui refuse de rentrer dans le rang, de se marier, veut être indépendante et travailler. La série se veut progressiste, mais le seul objectif de l'héroïne et de ses copines, c'est d'avoir un mari et des enfants !

On est plus proche d'un Harlequin ou d'un Barbara Cartland, que de la subtilité de Jane Austen, et la chronique se résume plutôt à des potins à la gossip girl qu'une réelle satire subversive. L'objectif principal est de deviner qui est l'auteur des potins de la cour (j'ai vite trouvé). 
Une série agréable à regarder pendant les premiers épisodes, lourde sur les derniers. Pour la subtilité, revoyez plutôt les adaptations de Jane austen, Downton abbey ou le film de Scorsese Le temps de l'innocence.

 

03/03/2021

Designated survivor

série, 24h chronoOn m'a conseillé la série, sur un homme qui travaille au gouvernement américain et se retrouve propulsé président après qu'un attentat terroriste a tué tous ses confrères. Il est "designated survivor", ce qui signifie que si les gens au sommet de l'état meurt, c'est le prochain sur la pyramide qui lui succède. Voilà comment le onzième sur la liste, un simple conseiller au logement, se retrouve président malgré lui. "Il porte un sweat à capuches, il n'est pas préparé à ça". J'imaginais donc un geek rigolo un peu à la masse, une série un peu comique avec des bras cassés comme Parks and recreation, Spin city ou Veep. Qu'elle n'est pas ma surprise lorsque je découvre que le balourd que je supposais n'est autre que Jack Bauer, le sauveur de l'humanité invincible de 24h chrono ! Le héros qui prend les plus gros risques dans un temps imparti, sans dormir ni manger. J'avais adoré cette série, révolutionnaire pour son époque (déjà 20 ans !)

Je ne doutais donc pas une seule seconde que Jack Bauer allait faire un bon président pour cette nouvelle série. Effectivement, devenu chef de la plus grande puissance mondiale en 2 minutes, sans préparation, alors qu'il mangeait tranquillement devant son écran, il maîtrise ses nerfs et son rôle à merveille, prend les décisions les plus justes et sensées.
Il est présenté comme un naïf idéaliste, car il n'est pas corrompu et ne s'intéresse pas au pouvoir, il veut simplement améliorer les choses (avant, pour le logement, maintenant, pour ses compatriotes). Il n'est pas opportuniste, ne retourne pas sa veste toujours du bon côté. La série ménage habilement les sensibilités politiques de ses spectateurs : on comprend le nouveau président progressiste (il s'alarme que dans un état du Sud, les musulmans soient pris à parti car considérés comme responsables de l'attentat) les républicains sont souvent agressifs et source de conflits, mais le président n'est pas non plus ouvertement démocrate, il est officiellement sans parti.
J'ai adoré les rouages de la politique, des magouilles diplomatiques ("si vous m'aidez là dessus, je vous libère un otage" etc...) des manoeuvres des journalistes pour obtenir des scoops, et du gouvernement pour ne pas révéler les infos sensibles tout en ayant l'air de répondre aux journalistes (bref, la langue de bois). 

série,24h chronoJ'ai même plus apprécié cette partie politique que la partie enquête policière, plus convenue. On se doute que si les islamistes sont désignés coupables d'office, les vrais responsables de l'attentat ne sont pas eux mais des adversaires politiques (un peu comme le "tiens, on va dire que l'Irak a des armes de destruction massive pour lui déclarer la guerre" ) Le suspense fonctionne bien, mais 20 épisodes, c'est  trop long : 10 auraient suffi.
On s'attache aux personnages bien campés, mais la fliquette incorruptible et courageuse ressemble à un mannequin, de même que les collaborateurs du président, c'est un peu too much. Ce qui m'a le plus dérangé, c'est le côté "travail famille patrie", la glorification de l'américanisme, les "god bless america, on est les plus forts, on se relève toujours."
Le sens du sacrifice et la dignité du président exemplaire m'ont fait sourire aussi, car on est est loin de la réalité d'un Trump ou de la corruption française, où on apprend chaque jour qu'un politique est mis en examen ou mêlé à des affaires...
Le nouveau président dort 2 heures par nuit. Moi quand ça m'arrive, je suis décalquée pendant une semaine et je ne sais plus comment je m'appelle, alors à sa place je ferais tout sauter sans faire gaffe "oups, trompée de bouton, j'ai envoyé une ogive nucléaire ! j'ai cru que c'était l'interrupteur !"
Une bonne série, mais je n'ai pas poursuivi la 2ème saison. 
Designated survivor, saison 1, sur Netflix

20/02/2021

Lupin

Lupin-affiche.jpgC'est le plus grand des voleurs
Oui mais c'est un gentleman
Assane Diop (Omar Sy) est orphelin depuis que son père, chauffeur pour une riche famille industrielle, a été accusé à tort d'un vol de bijou et s'est suicidé. 25 ans après, le collier dérobé refait surface, et Assane, devenu gentleman cambrioleur comme son héros Arsène Lupin, tient là sa revanche...
Je savais juste que la série évoquait le héros de Maurice Leblanc, sans en connaître les détails, à part les polémiques stériles : Omar Sy ne joue pas Arsène Lupin, il s'inspire du personnage et le modernise ! 

Les histoires de Maurice Leblanc se déroulaient à la belle époque, 1900, où la police commençait à s'associer aux nouvelles technologies scientifiques pour résoudre les crimes, grâce notamment à  Alphonse Bertillon et au préfet Lépine : découverte des empreintes digitales, réalisation des fiches anthropométriques des délinquants, puis utilisation du téléphone pour joindre les commissariats, des bicyclettes pour les déplacements des policiers... Tout ceci est démontré dans la nouvelle série canal+ Paris police 1900, puis dans le génial musée de la préfecture de police et l'excellente série documentaire qu'il a inspiré, Des crimes presque parfaits.

La série Lupin développe deux bonnes idées : la première, le mythe du gentleman cambrioleur qui utilisait les moyens de son époque pour flouer la police est transposé à notre époque moderne. Cela permet un déluge de gadgets dernier cri fort plaisant que ne renierait pas James Bond. Deuxième bonne idée, Arsène Lupin est insaisissable car il est doué pour se cacher de la police. Pour son disciple, cette invisibilité est renforcée par le fait qu'il est issu des minorités, déjà peu regardées par la société.  

lupin vol.jpgLa série fait un parallèle avec les minorités qui sont souvent exploitées pour des travaux ingrats, chauffeur comme le père du héros, ou agent de ménage comme les employés du Louvre dans le premier épisode, livreur en vélo... Ces personnes sont si peu considérées qu'on ne fait pas attention à elles, et l'apprenti Lupin en profite pour accomplir ses forfaits sous les yeux des passants :  "vous m'avez vu, mais vous ne m'avez pas regardé".
Très bonne idée, mais le choix d'Omar Sy pour incarner un personnage censé passer inaperçu me semble étrange : sa carrure est immense, il est aussi large que grand, une armoire à glace ! 
Quand les policiers regardent les 4 portraits robots du voleur, ils s'étonnent : "ce sont 4 personnes différentes !" J'ai éclaté de rire : Euh, non justement, pas du tout, on reconnaît clairement Omar Sy ! On dirait une parodie de De Funès devant le portrait robot de Fantômas !  L'acteur a beau se maquiller, se rajouter des moustaches, il ne peut masquer qu'il fait 1m90 et 100 kilos ! Les flics sont de gros baltringues, ils ne soupçonnent pas l'évidence, qu'Assane est le voleur. 

La série comporte ainsi de nombreuses incohérences et facilités
Par exemple, comment la journaliste a-t-elle découvert l'adresse d'Assane alors qu'elle est top secrète et qu'il fait tout pour se cacher, que toute sa technique repose sur son invisibilité ? L'adepte d'Arsène Lupin devrait s'alarmer d'être suivi et repéré si facilement, mais quand il demande à la journaliste comment elle a eu son adresse, elle se contente de répondre "une bonne journaliste ne dévoile jamais ses sources" et il ne pousse pas l'investigation plus loin. Comme c'est pratique.

Il est aussi invraisemblable que tout se déroule comme il l'avait prévu, qu'il prévoit la réaction des gens et les événements au millimètre et à la minute près (pour le vol du bijou et quand il est en prison par ex) mais on se laisse aller aux facilités scénaristiques, elles participent au merveilleux, au magique, au côté jouissif  : "haha, vous le prenez pour un con, mais il vous a bien eu !" Un peu comme les braquages des films des Ocean 's 11.

La seule faiblesse d'Oussane reste sa famille, avec le personnage de son ex compagne Ludivine Sagnier, pas assez développé selon moi. Les personnages secondaires le sont un peu trop justement, et trop caricaturaux (le méchant est très méchant, les flics sont très cons, la femme fatale très belle et raffinée).
Malgré tout, la série se regarde vraiment avec plaisir. J'apprécie qu'elle ait relancé le goût de la lecture des Arsène lupin, fait enfin reconnaître le talent de Cascadeur avec sa chanson Meaning de Cascadeur utilisée dans le film (déjà dans Le sens de la fête). Lupin rencontre du succès chez les ricains, pour une fois qu'une série française s'exporte bien, cocorico. J'espère juste que ça ne va pas leur donner l'idée d'appeler leur gamin Raoul comme dans la série !

19/02/2021

Ovni(s)

ovnis.jpg1978. Didier Mathure (Melvil Poupaud♥) brillant ingénieur spatial, voit son rêve partir en fumée lorsque sa fusée explose au décollage. Sa femme et collègue (Géraldine Pailhas) le quitte, il ne  comprend pas ses enfants. Alors qu'il pensait avoir touché le fond, il est muté à la tête d'un bureau d'enquête spécialisé sur les ovnis, le GEPAN, géré par une équipe qui donne effectivement l'impression de vivre sur une autre planète : Véra Clouzeau, "comme l'actrice mais ça s'écrit pas pareil" lunaire, un geek persuadé de l'existence des extra terrestres, et un ancien des RG un peu parano (Michel Vuillermoz).
La mission du nouveau directeur : trouver des explications scientifiques aux apparitions de soucoupes volantes qui défraient la chronique, notamment dans les émissions de Jean-Claude Bourret. Un véritable enfer pour ce cartésien invétéré qui n'a plus qu'une idée en tête : se tirer de là au plus vite. Mais un événement extraordinaire va bouleverser ses certitudes, et lui ouvrir les portes d'un monde où plus rien n'est impossible...

J'ai adoré cette série, car elle a tout pour me plaire : humour absurde et poétique, nombreuses références cinéphiles, nostalgie des années 70. Surtout, elle joue sur l'émerveillement, et ceux qui ont gardé leur âme d'enfant comme moi qui ai toujours 10 ans, ("je sais que c'est pas vrai mais j'ai 10 ans"), ne peuvent qu'apprécier ! Comme le dit Véra, mon personnage préféré : "ça s'appelle la poésie, et c'est un besoin qui relie toute l'humanité". 

série,série mycanalLa série est en apparence légère en maniant l'humour absurde, mais elle se base sur des faits réels : le GEIPAN existe vraiment et Ovnis s'inspire de faits réellement observés. Elle mêle poésie, science et enquête avec brio. Moi qui m'ennuie vite et devine souvent la fin, j'ai été happée et j'ai hâte de connaître la suite ! Le rythme reste haletant, dès le générique.

Ovnis utilise de nombreuses références à Spielberg, Tati, et même à Gaston Lagaffe, avec les dossiers qui s'entassent dans le bureau et tombent des placards. 
Le soin apporté à la reconstitution des années 70, aux décors, aux vêtements, aux tapisseries, m'a rappelé le plaisir que j'ai eu à retrouver des objets de mon enfance dans Stranger things

L’excellente bo est aussi soignée que les décors et reprend des musiques de films de l'époque  : Une série qui utilise dès les premières minutes le sifflement de Coup de tête (la musique à la fois joyeuse et mélancolique que j'ai en tête constamment) puis la mélodie hongroise de Schubert qu'on entend à la fin de Préparez vos mouchoirs, deux comédies avec Dewaere, ne peut être qu'excellente ! Le thème du carillon d'Ennio Morricone dans Et Pour quelques dollars de plus revient souvent. La musique électro planante de Thylacine correspond bien à l'univers rétro et cool de la série, comme ici en lien.  Le compositeur modernise des morceaux de Jean-Michel Jarre que j'écoute régulièrement depuis. 

ovnis boule.jpgLes personnages sont tous excellents et bien interprétés. Certains esprits chagrins ont critiqué des caricatures, mais le propre des comédies est d'exagérer des défauts pour en rire ! La majorité des ressorts comiques reposent sur ce principe : un héros en apparence "normal", entouré de bras cassés, comme Jim dans The office par exemple.
Je trouve les personnages d'ovnis pas si fous que ça. (voir les teasers en lien) Je ne pense pas qu'ils soient présentés pour qu'on se moque d'eux, au contraire, ils sont très sympathiques grâce à leur poésie et sincérité. Rémy le geek qui croit aux ovnis est un génie de l'informatique. Véra a l'air perchée, mais c'est elle qui résout la plupart des enquêtes. Elle rayonne, sa fraicheur, sa spontanéité, sa vivacité me la rendent très attachante. Une bouffée d'air frais que je voudrais avoir pour amie ! J'aime sa façon de voir les choses : "moi je trouve ça bien, un peu de mystère. " "Souvent quand il y a un événement qu'on ne comprend pas, on se dit que le mieux ce serait de faire comme si rien ne s'était passé. alors que moi je pense qu'il faut faire tout le contraire !" Le monde se porterait mieux avec plus de gens comme elle.

Au final, le plus fou est peut-être celui qui se croit le plus normal, le directeur, car il accumule les erreurs de jugement. Il est incarné par Melvil Poupaud♥ mon grand amour d'adolescente dans Conte d'été. La relation qu'il entretient avec sa famille est jouissive : quand il est convoqué à l'école parce que le petit a voulu faire décoller une fusée avec des pétards, au lieu de le gronder comme l'espère la directrice, il lui explique quel explosif il aurait dû utiliser pour pouvoir réussir son expérience scientifique. Il n'hésite pas à dire à ses enfants qu'ils ne sont pas des priorités, quand il s'absente du spectacle de fin d'année du petit dernier pour une enquête par exemple :  " il y a plus important que toi dans la vie, là je dois régler tel problème" ou quand il apprend l'âge de sa fille qui veut rejoindre les hippies du Larzac : "t'as 17 ans ?" La plus équilibrée au final (et la moins drôle du coup) c'est sa femme, incarnée par la trop rare Géraldine Pailhas, toujours aussi belle. 
Ovni(s) à voir sur Mycanal pour une bouffée d'air frais nostalgique !

10/12/2020

Emily in Paris et les Français romantiques

emily, le vieux bourge et le mec normal.jpgRelire le début ici et .
On reproche également à la série ses personnages, peu représentatifs des Français, mais plutôt d'un microcosme favorisé.
Emily habite les beaux quartiers, elle n'y voit et fréquente que des gens fortunés. Sa nouvelle amie possède une décapotable, une galerie d'art, les parents de cette dernière un château et des vignobles en Champagne... comme le commun des mortels donc. L'autre copine d'Emily est aussi riche : son père lui a coupé les vivres, mais elle parvient à s'acheter des vêtements de luxe avec un simple salaire de nounou.

emily gros degueus.jpgQuant aux hommes qui draguent Emily... Deux mecs dans la cinquantaine, alors qu'elle a moitié moins que leur âge. Ils se ressemblent beaucoup (qui a fait le casting ?) les cheveux mi-longs, le foulard en soie autour du cou ou dans la poche du costard, le teint buriné par les uv. bref, des vieux beaux. Qu'une grand-mère bourgeoise fan de bridge fantasme sur ces barbons, je peux comprendre, mais une jeune fille de 25 ans ?  L'un est un de ses clients, l'amant de sa patronne, et lui offre sans aucune gêne des sous-vêtements ! L'autre est un riche héritier qui enchaîne les conquêtes et fait la une des magazines à scandale. En quoi ça donne envie d'être un gibier de plus ? Il veut l'emmener en week-end "à saint trop'' et en attendant, l'embarque sur son bateau faire une balade sur la Seine, en lui expliquant "quand je ne vais pas bien, je pars naviguer". moi dans ces cas-là, je fais avec les moyens du bord : je prends mes baskets et je vais faire le tour du parc voir les petits canards, mais tout le monde n'est pas ultra riche comme dans la série... 

emily vieux crado.pngHeureusement Emily ne cède pas aux avances de ces vieux dégueulasses, mais d'un homme de son âge, qualifié de snob par les amis d'Emily. Des gens qui portent des fringues de luxe et déjeunent tous les midis au café de flore se pensent modestes, je trouve ça... fort de café. Le mec est jugé snob car il étale sa culture comme de la confiture. Il refuse une invitation au palais garnier pour le lac des cygnes, qu'il estime piège à touristes, en expliquant que le boléro de Ravel vaut mieux. Euh ? mais les deux sont pourtant aussi populaires ? Le pire est qu'après une nuit avec Emily, il refuse de se laver le matin "pour garder son odeur". Cette réplique me fait plutôt penser à celle de Roselyne dans la vie est un long fleuve tranquille, donc plutôt à la famille Groseille prolo que les Le Quesnoy bourgeois ! En tout cas, elle confirme pour les Américains le cliché des Français sales et portés sur la chose.

Effectivement, le stéréotype est confirmé par le client qui lui offre des sous-vêtements, lui dit que son parfum "sent le sexe cher" et entretient une maîtresse avec l'accord de sa femme. Lorsqu'Emily débarque au bureau avec une charte de travail américaine refusant les relations entre collègues, elle provoque un tollé. Aux Etats-Unis, le directeur de mcdo a dû démissionner car il avait entrepris une liaison avec un membre du personnel... En France, la plupart des couples (mais aussi des adultères) se forment au sein de l'entreprise, et selon cet article, 62 % des salariés auraient déjà eu une relation sur leur lieu de travail

Les Français sont aussi vus paradoxalement comme des romantiques. Beaucoup d'hommes de la série pratiquent le baise-mains, acte ridicule non observé depuis 1930, à part un ringard déconnecté qui me l'a fait une fois. Le seul homme potable de la série est le voisin d'Emily, trop parfait pour être réel, qui correspond à tous les clichés romantiques : beau gosse, prévenant, spirituel, toujours présent comme par hasard quand elle a besoin d'aide, quand elle reçoit un colis lourd, que sa douche tombe en panne... Et habillé simplement lui. Le parfait cliché qui n'arrive jamais dans la vraie vie.

Moi hier mon voisin qui m'assomme avec sa guitare depuis le confinement a inondé ma cuisine avec une fuite d'eau, scène à peu près similaire à celle d'Emily qui lui demande de l'aide pour sa douche. Le voisin d'Emily l'accueille (torse poil !) avec un grand sourire, lui propose de se laver chez lui (hum) lui appelle un plombier... Moi j'ai dû insister pour que mon voisin daigne ouvrir sa porte, et clairement je le dérangeais avec mes plafonds et mur inondés. J'ai pourtant montrer la preuve du massacre : mon poster de Paulo trempé et foutu, et il ne s'est ni extasié sur mes goûts musicaux, ni excusé d'avoir bousillé mon Macca adoré et encore moins a proposé de le remplacer... Au contraire, il était si bourru que c'est moi qui ai eu le réflexe de lui dire "désolé pour le dérangement." Hâte de retourner le voir ce soir pour lui expliquer que si en fait, c'est pas "rien" comme il disait, il faut déclarer un sinistre.

En résumé, Emily in Paris est certes caricaturale, mais c'est une série légère, pas un documentaire. Je propose une suite,  "Papillote in Texas" où je me retrouverais entourée de Qanon obèses, un mcdo dans une main, un flingue dans l'autre, une croix autour du cou !

 

 

 

 

02/12/2020

Il me manquait quelque chose pour descendre les poubelles

emily vert.jpgRelire le début ici.
Si Emily est traitée de "plouc" et "ringarde", c'est pour son look, opposé au chic des tenues parisiennes.
Sa boss comme les Françaises qu'elle côtoie sont habillées de noir, sobres et élégantes, tandis qu'Emily et sa copine portent des tenues voyantes et mal assorties. Des vêtements rose vif, vert pomme, des imprimés improbables (fruits, chaussures, tour Eiffel...) un imperméable en plastique transparent, des mini-jupes et des micro shorts à paillettes avec des talons de 12 cm, des bottes de cow-boy à franges ou des spartiates à lanières jusqu'aux mollets... Bref, des accoutrements qui ne dépareraient pas dans un cirque ou une caravane du bois de boulogne.

emily pouffe.jpgJe suppose que ces tenues insolites sont moquées. Comme l'étaient celles de Carrie Bradshaw dans Sex in the city, quand elle parade en tutu dans le générique et se fait asperger par un bus, ou lorsqu'elle est fière de porter de ridicules chaussures à plumes rose qui coûtent un smic et que sa copine perd les eaux dessus. Pourtant je reste encore naïve : depuis le lancement d'Emily in Paris, les magazines féminins expliquent où acheter ces tenues aberrantes et hors de prix et les ventes des vêtements qu'elle porte ont explosé, comme les bérets ou les sacs chanel.
Je découvre que les deux séries sont l'oeuvre du même scénariste. Je comprends mieux comment Emily, qui gagne correctement sa vie sans être millionnaire, peut enchaîner les tenues onéreuses, comme Carrie collectionnait les chaussures à 1500 euros malgré un salaire de pigiste...

emily tour eiffel.jpgJ'exècre ce qui est trop voyant, les sacs de luxe, les bijoux en or : ce qu'on appelle "le bling bling". Comme beaucoup de Parisiennes, comme dans la série, je m'habille de tenues discrètes et foncées. Comme les collègues d'Emily ou le créateur de mode parisien, je la juge "plouc" et "ringarde".
Donc oui, Emily in Paris n'est pas si cliché. Sa cheffe regarde sa tenue de haut en bas avec un air effaré. Elle lui reproche de n'avoir "aucune culture", d'être "trop souriante", "trop optimiste" et son collègue lui demande pourquoi "elle crie". Je lui fais les mêmes reproches. Je la trouve tête à claques. J'ai beaucoup de mal avec les gens incultes, qui se font remarquer, parlent fort, sourient tout le temps comme des imbéciles heureux, ou rient comme des hystériques. A force de vivre ici, je suis devenue une Parisienne ronchonne et méprisante moi aussi ! 

Le créateur de mode l'estime "ringarde" car elle arbore une breloque de tour Eiffel. Mais tous les gens que j'ai invités à Paris ont eux aussi acheté une effigie de la grande dame de fer Margaret Thatcher. Je trouvais ce geste ringard, mais lorsque je vais à la montagne, j'achète bien mon génépi et ma carte postale de marmotte. Quand je vais en bretagne, je ramène bien mon bol breton et du kouign amann. Emily s'empresse d'aller dans une boulangerie pour découvrir les pains au chocolat, de visiter les quartiers chics, mais c'est normal de vouloir connaître ce qui est beau et emblématique d'un lieu que l'on visite.

On a reproché à la série de ne montrer que les quartiers huppés et la population bourgeoise. Mais évidemment qu'un touriste à Paris ne va pas se rendre à Barbès !  Emily ne prend jamais l'ignoble métro parisien, sale bondé et puant. Comme son entreprise lui paie un logement, je suppose qu'elle lui rembourse aussi les taxis, alors pourquoi s'en priverait-elle... La série veut envoyer du rêve et du romantisme, vanter les mérites de Paris. Elle ne va pas filmer la ligne 13 en heure de pointe ou les sdf.
D'ailleurs un dialogue prédisait ces reproches. Les collègues estiment que les films américains offrent des fins heureuses où tout est simple :
Emily : "vous n'allez pas au cinéma pour vous évader et rêver ? 
Collègues : - non justement, les Américains, vous voulez échapper à votre réalité ! "

Que la série soit si moquée, ça confirme justement les clichés du parisien : condescendant et râleur, comme il est montré dans la série !
Le Français a aussi la réputation chez les Américains d'être un séducteur, et la série s'empare de ce cliché...
à suivre

28/11/2020

Les pires collègues

emily travail.jpgSuite de la comparaison entre Emily in Paris et Papillote in Paris:
J'ai eu le malheur de quitter ce job génial (relire ici) pour tenter ma chance à Paris. Je me suis retrouvée à bosser pour un magazine féminin, avec des filles aussi hautaines et peu sympas que la cheffe d'Emily. Dans la série, l'héroïne propose à ses collègues de déjeuner ensemble. Chacun prétexte une excuse pour décliner, mais ils se rendent tous ensemble sans elle au restaurant.

Pour moi, c'était pareil. L'été, j'allais manger seule mon sandwich dans le parc comme Emily, l'hiver, je réchauffais mon tupperware au micro-ondes dans la petite salle de pause, pendant que mes collègues se rendaient chaque midi au restaurant et revenaient en gloussant. Mon seul réconfort est venu d'un correcteur, qui a ma énième blague non comprise par les pouffes sans référence, s'est retourné vers moi pour me dire, je me souviens mot pour mot : "mais qu'est ce que tu fais ici, au milieu de ces pintades décérébrées ! T'as un cerveau toi ! t'es intelligente,  drôle, fine ! pourquoi tu ne postules pas pour un vrai journal ?"

comment supporter ses collègues, travail, pôle emploi, série, emily in parisComme Emily, les pintades aussi me trouvaient plouc, parce que les premiers jours de travail, on m'a demandé de couvrir un nouveau produit que lançait l'auréole parce que je ne le vaux pas. La promotion se déroulait dans un palace de l'avenue Montaigne, et j'ai demandé innocemment où c'était. Les pouffes ont pouffé, chose qu'elles savaient le mieux faire, et j'ai entendu ensuite les décolorées reparler de ce dialogue en me traitant de "plouc". Oui, je ne connaissais pas encore l'avenue Montaigne, la plus cotée de Paris, avec ses boutiques de luxe, ses palaces donnant sur la tour Eiffel (vue qui m'impressionne peu, je préfère un beau paysage de nature.) Je débarquais de Lyon, donc de la province, donc de la cambrousse pour eux. (Je suis née et j'ai vécu à Lyon hein, 2ème ville de France, même pas en banlieue ou une ville à côté ! Mais tout ce qui n'est pas parisien est "plouc".)

Le pire du mépris, je l'ai rencontré pendant ma longue période de chômage. Inscrite en intérim, je me suis ironiquement retrouvée à bosser pour l'une des marques qui, quand j'étais journaliste, me cirait les bottes, m'invitait à des réceptions chics, me couvrait de cadeaux pour obtenir un article, une pub. Là, je ne faisais qu'un travail de subalterne, de la mise sous pli. C'est tout ce que j'avais trouvé, après 6 mois de chômage non payé suite à un bug informatique de pôle emploi. Pour ce travail, les collègues n'ont pas jugé utile de me céder un bureau. Ni même une chaise. J'ai travaillé assise par terre, à leurs pieds, comme un chien. Ils m'enjambaient en pestant pour pouvoir passer, comme certains évitent un clodo devant l'entrée du monop'.

Les collègues parlaient à côté de moi, sans jamais m'inclure dans leurs conversations, comme si je n'étais pas là. Pourtant, ils évoquaient souvent des films et séries qu'ils avaient vu la veille, et dans les temps anciens, j'étais journaliste ciné, étudiante en cinéma bac +5 et major de promo, mais pour eux, comme désormais, je ne faisais que de la mise sous pli, ma parole ne valait rien. Tous les midis, ils débattaient longuement pour savoir dans quel resto ils allaient manger cette fois-ci "sushi ? ah non on en a déjà fait un mardi!" Quand j'ai demandé naïvement le premier jour si je pouvais les accompagner, on m'a rétorqué qu'il y avait "des distributeurs de sandwichs dans la salle de pause". 
Parce qu'ils représentaient des marques de luxe, ils se croyaient au-dessus des autres, comme si leur produit déteignait sur eux. Comme les collègues de la série.
Donc non, Emily in Paris n'est pas si cliché, j'ai connu pire !

à suivre...

 

26/11/2020

Emily in Paris et les Français glandeurs

emily collegues.jpgLire le début ici.
Emily débarque dans une agence de marketing de luxe. Les employés sont hautains, la traitent de plouc, commencent à bosser à 10 heures 30 et prennent 3 heures de pause déjeuner à midi. Quand elle essaie de leur imposer une charte de travail américaine, avec des horaires de travail stricts, son collègue lui rétorque "qu'en France, on ne vit pas pour travailler comme les Américains, mais on travaille pour vivre."

J'ai bossé avec des journalistes, des gens de la com et du marketing, et certains ressemblaient à ceux de la série : méprisants, superficiels et glandeurs. Par exemple, dans mon journal, on arrivait à 10 heures. Je lisais l'édition du jour, vérifiant au passage si mes articles avaient été tronqués. Après ma lecture, chacun se rendait à un déjeuner de presse, tout simplement une marque qui offrait un repas somptueux aux journalistes en échange d'un article sur leur produit : c'est à dire une pub. Les déjeuners se déroulaient dans les meilleurs restos de la ville, les plus réputés, les plus chers, aux mets les plus savoureux, et se prolongeaient pendant 3 heures, copieusement arrosés. Je rentrais à la rédaction éméchée vers 16h. J'écrivais mes publi reportages mes articles d'investigation en attendant les prochaines sorties, invitations à des cocktails de promotion le soir, où l'on me couvrait à nouveau d'alcool, de foie gras et de cadeaux.

J'étais épatée par tant de luxe et de chance, mais comble de l'indécence : les journalistes se plaignaient qu'en échange de leur annonce publicitaire, "avant, on leur offrait des vacances d'une semaine". Ils se remémoraient leurs meilleurs souvenirs : "tu te rappelles le séjour en Afrique au club med ?" "et les 15 jours avec les miss France à Tahiti ?" tout se perd, maintenant on a juste le droit à un pauvre déjeuner..."
J'étais estomaquée et quand je protestais qu'on était déjà bien privilégiés, ils riaient de mon innocence (je débutais dans le métier).

Ensuite, j'ai eu le malheur de quitter ce job génial pour tenter ma chance à Paris. Je me suis retrouvée à bosser dans un magazine féminin, avec des filles aussi hautaines et peu sympas que la cheffe dans la série Emily in Paris...

à suivre...

24/11/2020

Emily in Paris, une série pleine de clichés ?

emily appart.jpgUne jeune Américaine remplace au pied levé sa collègue pour un job inattendu : partir à Paris aider une agence de marketing française en difficulté à retrouver du succès. Emily est ravie de cette opportunité de découvrir la ville romantique tant vantée. Mais elle ne parle pas un mot de notre langue, et ses méthodes américaines et son style vestimentaire se heurtent à la mentalité de ses nouveaux collègues. Emily aura bien du mal à apprivoiser les Français, dont son joli voisin...

Un tel pitch rend inévitable les clichés. La foudre des Parisiens s'est abattue sur la série. Avec cette héroïne tête à claques au possible, ses gloussements hystériques devant chaque monument, ses photos en bouche de canard wc sur son instagram affichant ses moindres faits et gestes, (elle se prend en photo avec sa boulangère !) ses tenues improbables voyantes et vulgaires, j'ai pensé qu'effectivement, j'allais détester cette série. Je ne voulais donc pas la regarder, mais ce week-end, après une nuit d'insomnie, je ne pouvais rien faire d'autre que glander devant un truc pas compliqué. Est-ce la fatigue qui m'a lavé le cerveau, ou de m'attendre à un scénario nul ? En tout cas, je n'ai pas trouvé Emily in Paris si catastrophique, ni si cliché. La série est agréable à regarder et ne mérite pas autant de moqueries. 

emily appart visite.pngCritique qui revient le plus souvent, Emily habite une chambre de bonne beaucoup trop grande, avec une jolie vue sur une place. Un logement qu'elle trouve immédiatement alors que normalement il lui faudrait 2 garants gagnants 3 fois le loyer, après avoir poireauté 3 heures dans le hall pour visiter l'appart avec 30 autres étudiants.

L'héroïne obtient le logement rapidement, sans souci pour le payer, puisqu'il me semble que c'est un logement de fonction. Sinon, oui, cette chambre de bonne paraît bien vaste. Un collègue nouveau venu à Paris en habitait une sous les toits : 12 mètres carrés, une étuve en été et un loyer bien trop élevé (650 euros). Mais dans un immeuble aussi chic que dans la série, sur les quais de l'île de la cité, avec une vue imprenable sur la Seine, donc encore plus belle que celle d'Emily in Paris. Car comme l'explique l'agent immobilier qui fait visiter l'appartement à l'héroïne, les pièces sous les toits logeaient les domestiques servant leurs maîtres des étages du dessous (le premier étage étant réservé aux commerçants). Donc qui dit chambre de bonne, dit aussi vieil immeuble bourgeois en centre-ville bien situé.

L'immeuble est vieux, donc vétuste, avec la plomberie et l'électricité défaillantes. Emily fait sauter les plombs en branchant son vibromasseur. L'eau est coupée en pleine douche (ce qui lui donne l'occasion d'aller en prendre une chez son voisin super sexy, mais quel heureux hasard !) Le monologue du plombier sent le vécu "il manque une pièce qui n'est plus compatible et plus fabriquée, va falloir attendre des jours".
Ses faits moqués dans Emily in Paris ne sont pas si exagérés : j'ai vécu pire.
J'habite moi aussi un vieil immeuble haussmannien, aux tuyaux usagés, et les fuites d'eau sont monnaie courante. Le plafond de ma cuisine s'est effondré (je n'étais pas là) sous le poids d'une énième inondation. Lorsqu'on ouvre un robinet d'eau chaude, les tuyaux sonnent comme des cornes de brume (toujours sympa d'être réveillée en sursaut à 4 h du matin quand le voisin se lève pour aller au WC). Lorsque mon cumulus a rendu l'âme en plein hiver, j'ai attendu un mois entier que le plombier daigne se déplacer, en  me contentant de casseroles d'eau réchauffées  (je n'ai pas de baignoire, ma salle de bains/wc fait 1 mètre de large pour 2 mètres de long).
Un hiver particulièrement virulent, j'ai eu l'audace d'oser allumer les deux radiateurs de l'appartement : l'électricité a sauté immédiatement. Les jours de grand froid, l'électricité saute systématiquement dans toute la rue, car trop de monde augmente le chauffage simultanément. Pour éviter ces désagréments, je fais des économies : je porte en ce moment un sous-pull, un pull, plus un peignoir et je me couvre d'un plaid. Alors pour moi, les désagréments que rencontre Emily dans son appartement parisien sont crédibles.

Autres clichés reprochés à la série :
Dans l'agence marketing de luxe, les employés sont hautains, prennent Emily pour une plouc, commencent à bosser à 10 heures 30 et prennent 3 heures de pause déjeuner à midi. Quand elle essaie de leur imposer une charte de travail américaine, avec des horaires stricts, son collègue lui rétorque qu'en "France, on ne vit pas pour travailler comme les Américains, mais on travaille pour vivre. "
J'ai bossé avec des journalistes, des gens de la com et du marketing, et certains beaucoup ressemblaient à ceux de la série : méprisants, superficiels et glandeurs. Par exemple, dans mon journal...

à suivre...

27/10/2020

Sharp objects et l'apologie de l'alcool dans les séries

sharps objects vodka.jpgChaque épisode de Sharp objects se termine par un panneau étrange : "si vous ou quelqu'un de votre entourage êtes concernés par l'auto-mutilation ou la consommation de drogues, vous trouverez de l'aide en contactant..." Au premier épisode, je n'ai pas compris, car les scarifications de l'héroïne étaient à peine effleurées (si on peut dire) et comme je parle anglais comme une vache espagnole, je ne savais pas ce que signifiait "sharps". Je ne demande pas d'agir comme les Québécois qui traduisent les titres ("fiction pulpeuse" "ferrovipathes", ), mais pourquoi ne pas garder la traduction du roman sinon, "sur ma peau ?"

sharp-objects-patricia-clarkson-verre.jpgSurtout, la prévention anti mutilation est louable, mais dans ce cas donnez également le numéro des alcooliques anonymes (même si l'on peut supposer que "drogues" englobe non seulement les pilules d'ectasy que  les personnages avalent comme des bonbons, mais aussi les litres d'alcool.) Car bien plus que la scarification dans Sharp objects, qui est secondaire et ne concerne que l'héroïne de la série, tous les personnages picolent. Dans TOUTES les scènes. Ils ont un verre à la main, se trouvent dans un bar, ou encore mieux, conduisent bourrés. Dès le matin, la journaliste part acheter sa bouteille de vodka. Elle en remplit sa gourde, se met au volant, puis le soir, se rend dans le bistrot du coin. Trop ivre, elle s'endort en conduisant, ou sur un parking. Même le flic boit et conduit dans cet état. (photo ci-dessous : policier picolant sur les scènes de crimes).

sharps flic picole.jpgQuand la journaliste appelle son patron pour raconter ses derniers dé-boires, il lui conseille "de prendre un verre pour se remettre."
Mais là, aucun message de fin de générique pour aider les personnes alcooliques ? Pourtant ce problème est plus répandu que la scarification, et bien plus dangereux, pour les autres (en conduisant ivre) et pour soi (responsable de 200 maladies environ, selon le documentaire "intoxication globale" ).

sharp objects comptoir.jpgDe plus, dans Sharp objects, la scarification est montrée sous un jour peu glorieux : la peau détruite, les séjours en hôpital psychiatrique... Alors que, trop souvent dans les films et séries, l'alcool est présenté positivement.
Comme un bon exutoire
d'abord: après une journée harassante ou une nouvelle éprouvante, le personnage boit un verre et réfléchit à son existence... L'alcoolique est montré comme un être sensible et supérieur, qui lui a compris que le monde était pourri et noie en silence son malheur dans l'alcool... Un introverti peu bavard, qui embête personne avec ses histoires, qui serre les dents. Comme si boire pour oublier, être dans le déni, se taire et endurer semblait une démarche à suivre. Au contraire, c'est affronter ses problèmes et oser en parler qui est courageux. L'alcoolique est présenté comme un dur, alors qu'à l'inverse, il est dépendant de son addiction. Quand ce taiseux parle enfin dans les films, il assène une répartie cinglante, accoudé au comptoir... Puisqu'en contrepartie, l'alcool désinhibe.

sharp objects champagne.jpgL'esprit embrumé par la boisson, les personnages font des choses folles, ou vomissent, mais tout cela est présenté comme festif et transgressif sur les écrans (Project x etc.) Comme si boire à outrance rendait rebelle et impertinent, alors que ça rend tout simplement con. Celui qui est capable d'ingurgiter des tonneaux de bière est admiré, tandis que celui qui est pompette après un verre de cidre est ridiculisé, montré comme fragile, et celui qui s'abstient comme ennuyeux. Alors qu'au contraire, c'est celui qui boit peu, qui sait resister à la tentation, qui devrait être vu comme fort !

séries, canal+Je ne prône pas non plus de tomber dans l'excès inverse, comme la prévention anti-tabac avec l'affiche de Mon oncle de Jacques Tati reprise par la RATP, où la pipe a été remplacée par une girouette (on se promène souvent à vélo avec une girouette dans la bouche, c'est bien connu) mais j'aimerais simplement qu'on ne sublime pas autant l'alcoolisme... On pourrait répondre que les personnages tordus de Sharps objects ne donnent pas l'exemple, mais de les voir constamment boire incite le spectateur à se servir aussi : "après tout, elle boit bien plus !"

Et quitte à faire de la prévention à la fin des épisodes de Sharp objects, autre problème de santé à aborder : dans la série, on a le droit à deux scènes de "passion" où les personnages se jettent pour la première fois l'un sur l'autre et font l'amour fougueusement, et où la même personne couche avec deux différentes à peu de jours d'intervalle. Sans jamais se protéger. Ca prend 2 secondes de sortir un préservatif et faire une ellipse (car forcément on ne va pas tout nous montrer, on n'est pas non plus dans le cours de svt de 3ème ou dans un porno). Pourquoi ne pas banaliser à l’écran ce geste qui peut sauver des vies, pourquoi ne pas donner le bon exemple, puisque le cinéma comme la publicité influence les mentalités ? A cause de comportements irresponsables, on voit le retour en plein Paris de maladies qui avaient pratiquement disparu depuis un siècle, comme la syphilis dont est mort Maupassant en 1893...

C'est sûr qu'avec les capotes dans les séries, on aurait pas droit à l'autre ressort scénaristique récurrent : l'héroïne qui tombe enceinte sans le vouloir. On n'aurait pas vu naître (haha) une excellente série comique comme Catastrophe, qui relate une grossesse non désirée mais maintenue et les aléas qu'elle provoque. 
Sharps objects nous épargne toutefois le rebondissement éculé d'une grossesse. L'alcool la drogue et la scarification, c'était suffisant !
Je propose de rajouter cet avertissement à la fin des épisodes :
1 ou 2 verres ça va pour écrire une chanson
Mais pour faire des dégâts, faut bien 2 ou 3 litrons
Roulez bourrés, roulez bourrés !