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26/04/2021

Strike, une série envoûtante

strike.jpgSuivant le conseil judicieux de Moviefreak, j'ai lancé la série sans rien en connaître. Inutile  : l'esprit de Strike est habilement délivré dès le générique. On comprend qu'on est tombé sur une série policière, un peu dans le style des polars des années 50 : les couleurs surannées, le héros tourmenté et mystérieux déambulant dans la ville, la nuit, le col relevé, le regard par en-dessous semblant épier, la cigarette négligemment fumée, ou bien sirotant sa bière, pensif. On le voit marcher au côté d'une femme magnifique. La musique colle parfaitement aux images "I walk beside you" et résume aussi bien la série : mélancolique, aux paroles simples, mais terriblement envoûtante, comme la voix de son interprète Beth Rowley. (à écouter en lien)

En général les histoires trop classiques me désolent, mais je considère Strike comme un retour aux racines du polar.
En vérifiant le nom de son auteur Robert Galbraith, je découvre que c'est en fait le pseudonyme de Jk Rowling. J'ai adoré Harry potter, mais aussi la série adaptée de son roman Une place à prendre.
Encore un point fort, c'est une série anglaise. Elle ne se déroule pas dans les villes imposantes, impersonnelles aux hideux gratte-ciel américaines, mais dans la magnifique Londres et la charmante campagne anglaise.
Pour moi, une série anglaise a plus de chance d'être subtile qu'une série américaine, comme Orgueil et préjugés est beaucoup plus fine que la chronique des Bridgerton. Ici, pas de personnages hystériques et hypocrites qui hurlent "hiiii ! oh my gooood love youuu" dès qu'ils se croisent en se prenant dans les bras, mais des gens normaux qui se disent bonjour d'un signe de tête et petite boutade pour exprimer leur sympathie. Bref de l'humour anglais, pudique et subtil. (retrouvez la suite dans mon livre "les clichés anglais vs américains").

La relation des deux personnages principaux, le détective et la collègue qu'il vient d'embaucher, œuvre beaucoup au charme de la série. Ils sont tous deux pudiques, et vont apprendre à se faire confiance et s'épauler. Au début, j'étais ravie que la série ne cède pas aux ficelles de l'intrigue amoureuse ("roh non pitié c'est trop cliché"), et se concentre sur les enquêtes ("on est là pour se creuser les méninges !")
Pourtant très vite, j'ai fini par les supplier "mais allez-y ! Faites-vous un bisou ! " et les enquêtes sont passées pour moi au second plan. Mais on n'est pas dans un scénario américain, où l'amoureux déclare sa flamme devant tout le monde en prenant un micro (exception anglaise : love actually). Le summum de la tension sexuelle, c'est quand Strike pose sa main sur l'épaule de sa partenaire.
Il faut dire que non seulement sa collègue est intelligente et forte, à traverser avec courage des épreuves difficiles, mais elle est aussi magnifique, j'ai été subjuguée par la beauté de l'actrice, Holliday Grainger. Son partenaire, bourru, ours et estropié (un peu la belle et la bête donc) est joué par Tom Burke, qui a incarné Orson Welles dans Mank de David Fincher.

La relation entre les deux héros est le fil conducteur de la série. En 2 saisons et 11 épisodes, on voit 5 enquêtes policières. J'ai été surprise de voir la première histoire se terminer en 3 épisodes, m'attendant à ce qu'elle remplisse la saison entière. J'ai eu du mal à rebondir directement dans une nouvelle intrigue, mais la concision permet aussi d'aller droit au but (pas comme Undoing par ex).

j'étais tellement envoûtée que je rêvais la nuit de Strike, me voyant déambuler moi aussi dans les rues de Londres. J'ai laissé passer une semaine avant de lancer une nouvelle série. J'attends donc avec impatience la suite ! (et le bisou !)

Strike saison 1 et 2 adapté de J.K Rowling sur OCS et Mycanal

05/03/2021

La chronique des Bridgerton

chronique bridgertown.jpgÀ Londres, pendant la Régence, les jeunes filles de la haute société se préparent à chercher des maris, mais la concurrence est rude...
Parfois entre deux films d'horreur, malgré mon aversion pour le shopping et la mode censés être des "trucs de filles" j'apprécie les histoires romanesques et en costumes, si elles ne sont pas trop niaises, si elles restent subtiles, littéraires, réalistes, sarcastiques et sans glorification de la femme cruche et soumise (j'ai été consternée par 50 nuances de Grey, Outlander, mais j'ai apprécié malgré (grâce ?)  ses nombreux défauts Emily in paris).

J'adore donc les Jane Austen comme Orgueil et préjugés. Dès les premières images de cette nouvelle série, la voix off laisse présager qu'elle s'en inspire, commentant avec malice les travers de ses contemporains, tout en les montrant dans des décors somptueux. Chouette.
Puis là dans la rue, j'aperçois furtivement un homme noir au bras d'une blanche. Tiens, c'est bizarre, un anachronisme, parce qu'à cette époque le pauvre gars s'il avait approché à moins d'un mètre une femme de la haute, on l'aurait lynché, émasculé et pendu. (comme on le voit dans les terribles mais excellents docs d'Arte sur le KKK, même si le parti ségrégationniste a été créé 30 ans après l'époque de la série, et en Amérique). Je poursuis la chronique, puis je découvre que la reine est Noire et le héros aussi, et que les couples mixtes ne posent aucun problème, en 1810. Le monde rêvé des Bisounours quoi.

Je ne sais pas trop quoi en penser. La série est fidèle à l'Histoire, reproduit les moeurs, coutumes, décors et costumes de l'époque, et s'inspire de personnes ayant existées (le boxeur). Alors pourquoi cet ajout totalement irréaliste d'un métissage qui aurait été accepté à l'époque ?  Pourquoi réécrire l'Histoire ? Ce procédé peut laisser supposer à des ignorants que cet ordre des choses a toujours existé, que l'esclavagisme et le racisme n'ont jamais eu lieu, et qu'il n'y aurait donc aucune raison de se plaindre d'une ségrégation, qui serait imaginaire.
Après vérification, je tombe sur des articles affirmant que la reine Charlotte aurait réellement eu des ancêtres Africains. L'Histoire étant écrite par les blancs, je n'étais pas au courant.
France info : "le but du créateur n’était pas de refléter la réalité, mais d’imaginer un monde dans lequel la reine serait bel et bien métissée et aurait transformé la société anglaise." La série ne dénonce pas le racisme, elle fait comme s'il n'existait pas. 

chronique reine.jpgOn peut dire que cette question reste secondaire : le plus important, c'est le scénario. Il est issu d'un métissage lui aussi : Chris van Dusen et Shonda Rhimes. Je tique : aïe, la créatrice de Scandal ? Où une femme carriériste insupportable, ignoble avec ses équipiers, tombe amoureuse comme une midinette de celui qui représente le pouvoir suprême : le président des Etats-Unis. Tout le propos de la série, sur la femme forte et indépendante qui peut mener une équipe et une carrière, s'effondre avec cette idée de fantasmer sur un homme juste parce qu'il incarne le pouvoir. J'avais trouvé l'actrice horripilante et les scènes romantiques ridicules. Ces deux problèmes se répètent dans cette nouvelle série.

L'héroïne de chronique est toujours à minauder et écarquiller les yeux et la bouche comme une demeurée. Elle est molle, a une tête de chien battu. Elle tombe amoureuse d'un homme absolument magnifique, contrairement à son nom (Regé-Jean Page). Tout le début de la saison, les deux se tournent autour. Je pensais que le mariage serait le final comme dans tout conte de fées, mais non, il arrive bien plus tôt, et la suite est laborieuse, un épisode entier de scènes de sexe aussi kitschs et peu excitantes qu'un téléfilm de M6 du dimanche soir, que celles de Outlander, ou de 50 nuances de grey (les scènes de ce dernier sont si froides que je m'étais ENDORMIE devant. ENDORMIE.) Peut-être qu'avec une meilleure actrice, ça aurait fonctionné, mais les gros plans sur les yeux de grenouille et la bouche en cul de poule de l'héroïne quand elle se fait dépuceler, c'est d'un niais, d'un ridicule.... Mais qu'elle joue mal... comme la plupart des acteurs d'ailleurs, beaucoup trop caricaturaux et peu charismatiques.

Une femme sort du lot, l'apprentie détective énergique qui refuse de rentrer dans le rang, de se marier, veut être indépendante et travailler. La série se veut progressiste, mais le seul objectif de l'héroïne et de ses copines, c'est d'avoir un mari et des enfants !

On est plus proche d'un Harlequin ou d'un Barbara Cartland, que de la subtilité de Jane Austen, et la chronique se résume plutôt à des potins à la gossip girl qu'une réelle satire subversive. L'objectif principal est de deviner qui est l'auteur des potins de la cour (j'ai vite trouvé). 
Une série agréable à regarder pendant les premiers épisodes, lourde sur les derniers. Pour la subtilité, revoyez plutôt les adaptations de Jane austen, Downton abbey ou le film de Scorsese Le temps de l'innocence.

 

03/03/2021

Designated survivor

série, 24h chronoOn m'a conseillé la série, sur un homme qui travaille au gouvernement américain et se retrouve propulsé président après qu'un attentat terroriste a tué tous ses confrères. Il est "designated survivor", ce qui signifie que si les gens au sommet de l'état meurt, c'est le prochain sur la pyramide qui lui succède. Voilà comment le onzième sur la liste, un simple conseiller au logement, se retrouve président malgré lui. "Il porte un sweat à capuches, il n'est pas préparé à ça". J'imaginais donc un geek rigolo un peu à la masse, une série un peu comique avec des bras cassés comme Parks and recreation, Spin city ou Veep. Qu'elle n'est pas ma surprise lorsque je découvre que le balourd que je supposais n'est autre que Jack Bauer, le sauveur de l'humanité invincible de 24h chrono ! Le héros qui prend les plus gros risques dans un temps imparti, sans dormir ni manger. J'avais adoré cette série, révolutionnaire pour son époque (déjà 20 ans !)

Je ne doutais donc pas une seule seconde que Jack Bauer allait faire un bon président pour cette nouvelle série. Effectivement, devenu chef de la plus grande puissance mondiale en 2 minutes, sans préparation, alors qu'il mangeait tranquillement devant son écran, il maîtrise ses nerfs et son rôle à merveille, prend les décisions les plus justes et sensées.
Il est présenté comme un naïf idéaliste, car il n'est pas corrompu et ne s'intéresse pas au pouvoir, il veut simplement améliorer les choses (avant, pour le logement, maintenant, pour ses compatriotes). Il n'est pas opportuniste, ne retourne pas sa veste toujours du bon côté. La série ménage habilement les sensibilités politiques de ses spectateurs : on comprend le nouveau président progressiste (il s'alarme que dans un état du Sud, les musulmans soient pris à parti car considérés comme responsables de l'attentat) les républicains sont souvent agressifs et source de conflits, mais le président n'est pas non plus ouvertement démocrate, il est officiellement sans parti.
J'ai adoré les rouages de la politique, des magouilles diplomatiques ("si vous m'aidez là dessus, je vous libère un otage" etc...) des manoeuvres des journalistes pour obtenir des scoops, et du gouvernement pour ne pas révéler les infos sensibles tout en ayant l'air de répondre aux journalistes (bref, la langue de bois). 

série,24h chronoJ'ai même plus apprécié cette partie politique que la partie enquête policière, plus convenue. On se doute que si les islamistes sont désignés coupables d'office, les vrais responsables de l'attentat ne sont pas eux mais des adversaires politiques (un peu comme le "tiens, on va dire que l'Irak a des armes de destruction massive pour lui déclarer la guerre" ) Le suspense fonctionne bien, mais 20 épisodes, c'est  trop long : 10 auraient suffi.
On s'attache aux personnages bien campés, mais la fliquette incorruptible et courageuse ressemble à un mannequin, de même que les collaborateurs du président, c'est un peu too much. Ce qui m'a le plus dérangé, c'est le côté "travail famille patrie", la glorification de l'américanisme, les "god bless america, on est les plus forts, on se relève toujours."
Le sens du sacrifice et la dignité du président exemplaire m'ont fait sourire aussi, car on est est loin de la réalité d'un Trump ou de la corruption française, où on apprend chaque jour qu'un politique est mis en examen ou mêlé à des affaires...
Le nouveau président dort 2 heures par nuit. Moi quand ça m'arrive, je suis décalquée pendant une semaine et je ne sais plus comment je m'appelle, alors à sa place je ferais tout sauter sans faire gaffe "oups, trompée de bouton, j'ai envoyé une ogive nucléaire ! j'ai cru que c'était l'interrupteur !"
Une bonne série, mais je n'ai pas poursuivi la 2ème saison. 
Designated survivor, saison 1, sur Netflix

20/02/2021

Lupin

Lupin-affiche.jpgC'est le plus grand des voleurs
Oui mais c'est un gentleman
Assane Diop (Omar Sy) est orphelin depuis que son père, chauffeur pour une riche famille industrielle, a été accusé à tort d'un vol de bijou et s'est suicidé. 25 ans après, le collier dérobé refait surface, et Assane, devenu gentleman cambrioleur comme son héros Arsène Lupin, tient là sa revanche...
Je savais juste que la série évoquait le héros de Maurice Leblanc, sans en connaître les détails, à part les polémiques stériles : Omar Sy ne joue pas Arsène Lupin, il s'inspire du personnage et le modernise ! 

Les histoires de Maurice Leblanc se déroulaient à la belle époque, 1900, où la police commençait à s'associer aux nouvelles technologies scientifiques pour résoudre les crimes, grâce notamment à  Alphonse Bertillon et au préfet Lépine : découverte des empreintes digitales, réalisation des fiches anthropométriques des délinquants, puis utilisation du téléphone pour joindre les commissariats, des bicyclettes pour les déplacements des policiers... Tout ceci est démontré dans la nouvelle série canal+ Paris police 1900, puis dans le génial musée de la préfecture de police et l'excellente série documentaire qu'il a inspiré, Des crimes presque parfaits.

La série Lupin développe deux bonnes idées : la première, le mythe du gentleman cambrioleur qui utilisait les moyens de son époque pour flouer la police est transposé à notre époque moderne. Cela permet un déluge de gadgets dernier cri fort plaisant que ne renierait pas James Bond. Deuxième bonne idée, Arsène Lupin est insaisissable car il est doué pour se cacher de la police. Pour son disciple, cette invisibilité est renforcée par le fait qu'il est issu des minorités, déjà peu regardées par la société.  

lupin vol.jpgLa série fait un parallèle avec les minorités qui sont souvent exploitées pour des travaux ingrats, chauffeur comme le père du héros, ou agent de ménage comme les employés du Louvre dans le premier épisode, livreur en vélo... Ces personnes sont si peu considérées qu'on ne fait pas attention à elles, et l'apprenti Lupin en profite pour accomplir ses forfaits sous les yeux des passants :  "vous m'avez vu, mais vous ne m'avez pas regardé".
Très bonne idée, mais le choix d'Omar Sy pour incarner un personnage censé passer inaperçu me semble étrange : sa carrure est immense, il est aussi large que grand, une armoire à glace ! 
Quand les policiers regardent les 4 portraits robots du voleur, ils s'étonnent : "ce sont 4 personnes différentes !" J'ai éclaté de rire : Euh, non justement, pas du tout, on reconnaît clairement Omar Sy ! On dirait une parodie de De Funès devant le portrait robot de Fantômas !  L'acteur a beau se maquiller, se rajouter des moustaches, il ne peut masquer qu'il fait 1m90 et 100 kilos ! Les flics sont de gros baltringues, ils ne soupçonnent pas l'évidence, qu'Assane est le voleur. 

La série comporte ainsi de nombreuses incohérences et facilités
Par exemple, comment la journaliste a-t-elle découvert l'adresse d'Assane alors qu'elle est top secrète et qu'il fait tout pour se cacher, que toute sa technique repose sur son invisibilité ? L'adepte d'Arsène Lupin devrait s'alarmer d'être suivi et repéré si facilement, mais quand il demande à la journaliste comment elle a eu son adresse, elle se contente de répondre "une bonne journaliste ne dévoile jamais ses sources" et il ne pousse pas l'investigation plus loin. Comme c'est pratique.

Il est aussi invraisemblable que tout se déroule comme il l'avait prévu, qu'il prévoit la réaction des gens et les événements au millimètre et à la minute près (pour le vol du bijou et quand il est en prison par ex) mais on se laisse aller aux facilités scénaristiques, elles participent au merveilleux, au magique, au côté jouissif  : "haha, vous le prenez pour un con, mais il vous a bien eu !" Un peu comme les braquages des films des Ocean 's 11.

La seule faiblesse d'Oussane reste sa famille, avec le personnage de son ex compagne Ludivine Sagnier, pas assez développé selon moi. Les personnages secondaires le sont un peu trop justement, et trop caricaturaux (le méchant est très méchant, les flics sont très cons, la femme fatale très belle et raffinée).
Malgré tout, la série se regarde vraiment avec plaisir. J'apprécie qu'elle ait relancé le goût de la lecture des Arsène lupin, fait enfin reconnaître le talent de Cascadeur avec sa chanson Meaning de Cascadeur utilisée dans le film (déjà dans Le sens de la fête). Lupin rencontre du succès chez les ricains, pour une fois qu'une série française s'exporte bien, cocorico. J'espère juste que ça ne va pas leur donner l'idée d'appeler leur gamin Raoul comme dans la série !