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19/08/2020

Travail à la chaîne, fin

gaston bureau dort.jpgRelire le début ici.
Plus que la tâche à accomplir, la coordination avec mes collègues reste la plus difficile. En effet je ne suis pas seule à préparer les colis. Pour emballer ces milliers de cadeaux, je suis accompagnée d'une femme et trois hommes. Ma collègue est timide, un peu enrobée, elle s'essouffle vite, et se noie dans un verre d'eau à défaut de champagne. Elle s'inquiète de ne pas réussir à empiler les cartons correctement pour qu'ils ne tombent pas et prennent moins de place sur le chariot, et surtout peine à les porter. Les hommes en profitent pour se moquer de sa faible condition physique et de ses formes. Moi, ils ne peuvent pas, car je suis svelte et active, mais ils n'hésitent pas à nous fustiger : "vous les femmes". Pour eux, une femme ne peut pas faire ce travail.

travail chaine.jpgPourtant, ma collègue et moi sommes de loin celles qui triment le plus. Les hommes parlent, mais n'agissent pas. Le boulot n'avance guère. Je propose qu'on se répartisse les tâches. Puisqu'ils sont si forts, ils portent les cartons et poussent les chariots. Puisqu'on est si faibles, qu'on est des femmes au foyer habituées à manipuler la nourriture, ma collègue assemble les colis, et je les remplis. Chacun à une étape de production, chacun son travail, et les vaches et le foie gras seront bien gardés.
Mais les hommes ne peuvent pas s'empêcher de fourrer leur nez partout, critiquer notre travail, mettre leur grain de sel. Ils se mêlent de mes colis : "tu devrais plutôt mettre la bouteille dans ce sens, tiens regarde" et se trompent en installant un deuxième bloc de foie gras là où j'en avais déjà mis un, ce qui fausse les comptes. Ils nous regardent faire, commentent, voire matent (propos déplacés sur mon physique) mais pendant ce temps, les cartons s'entassent et ne sont pas évacués au sous-sol. On perd du temps. Agacée de les avoir dans les pattes, je descends moi-même les colis pour m'évader un peu. Même si je me retrouve dans un entrepôt grisâtre sans fenêtres, je respire mieux loin des propos nauséabonds.

Notre responsable se rend bien compte que les hommes paressent, mais elle n'ose pas leur reprocher. Elle n'est qu'une femme après tout, elle n'a pas à parler, encore moins commander. Que le travail soit effectué par deux personnes ou 5 comme il devait l'être au préalable, tant qu'il est fait et dans les délais, ça ne la dérange pas.

Je descends enfin les derniers cartons (les hommes pendant ce temps sont carrément sortis "faire une pause" depuis une bonne heure) et je me dirige fièrement dans le bureau de la responsable pour annoncer la nouvelle, qu'on débouche le champagne, que je me gave de chocolats et que je reparte avec mon colis de cadeaux. Mais au lieu de la fête escomptée, la responsable vient vérifier (si jamais on avait menti en balançant les produits par la fenêtre ou retapissé la pièce de chocolat fondu et bris de verre : "ras le bol d'emballer des cartons depuis 3 jours, tiens voilà ce que j'en fais de ton foie gras !")
Je lui montre avec fierté la netteté des lieux, en prenant soin de préciser :
- Il reste des produits en trop qu'on n'a pas pu emballer.
- Oui, c'était prévu, la casse, la perte...
- Je vous propose de vous en débarrasser alors, je veux bien les prendre !"

Elle me regarde étonnée, voire choquée : "Mais ! non !"
- On ne peut pas repartir avec les restes au moins ? (mes collègues ne boivent pas d'alcool, je veux bien prendre les bouteilles de champagne !)
- Non, ce n'est pas pour vous, c'est pour les prestataires !
- Mais les produits en trop ?
- On trouvera à qui les donner !"

Mais pas à nous. Pendant 3 jours, je me suis cassée le dos à manipuler des milliers de foie gras, de chocolat, de champagne, j'ai sué sang et eau, j'ai supporté des mâles exécrables, et je n'ai même pas le droit à une pauvre boîte de chocolat qui reste en trop.
J'aurais mieux fait de les planquer et de les bouffer en douce.

 

12/08/2020

Travail à la chaîne, suite

travail chaine.jpgLire le début ici.
La personne la plus haut placée que je verrai est une sous-fifre du service marketing, qui m'annonce en quoi va consister le boulot.
Je serai bien dans les locaux prestigieux de la chaîne, je vais bien contacter des journalistes... mais pas directement. 
Non, je vais leur adresser... des colis.

Je remplis juste des cartons de cadeaux, à l'approche de noël, pour les principaux annonceurs et partenaires de la chaîne. Je dois installer dans chaque colis une bouteille de champagne, un bloc de foie gras et un ballotin de chocolat.
Des milliers de mets appétissants qui me mettent l'eau à la bouche, que je manipule du matin au soir, sans pouvoir les goûter. A force de les toucher, je connais en détail leur composition. Les différents parfums de chocolat. J'ai hâte de déguster celui fourré au caramel, qui promet d'être fondant à souhait. Celui avec une pointe de poivre noir m'intrigue aussi, quel mélange étonnant, qu'est-ce qu'il peut bien donner ? Quant au foie gras, j'adore ça, je pourrais en manger des kilos. Puis ce plat est forcément associé à la fête, à noël, aux cadeaux, aux moments joyeux de partage. Je sais que le champagne est des plus réputés, même si je ne l'ai jamais goûté, bien trop cher pour ma bourse. Je m'imagine déjà ouvrir une bouteille le dernier jour pour fêter la fin de la mission. Je me vois faire sauter le bouchon avec le petit "pop" caractéristique, verser le précieux liquide sans déborder dans les verres, à part égale, goûter les bulles piquantes, grisantes...  J'en ai l'eau à la bouche. Une torture.

Je me console en pensant qu'à la fin de ces 3 jours de labeur, j'aurais ma récompense : on va forcément m'offrir un carton à moi aussi pour me remercier, comme on l'a fait avec un parfum lors d'un précédent travail pour une marque de cosmétiques (un parfum au flacon rose bonbon, qui puait atrocement, d'une valeur de 120 euros ! J'ai essayé de le revendre, en vain : personne n'a envie de sentir le désodorisant pour WC).
J'emballe des milliers de présents, la direction n'est pas à un carton près, elle peut bien m'en offrir un. Avec le fric qu'elle engendre. Au pire, au moins, elle peut me céder un des objets du colis. Une erreur va bien survenir à un maillon de la chaîne, sur des milliers de produits, c'est inévitable : à la commande, un foie gras de trop... au transport, un carton qui s'égare... à la mise en boîte, une bouteille qui se casse, l'oubli d'installer l'un des cadeaux dans le colis...

Je mérite bien cette récompense. Si le travail paraît des plus simples, il est néanmoins fastidieux et physique. Je dois aller chercher les cartons au sous-sol, alors que je travaille en tour, avec un chariot difficile à manipuler. J'assemble les colis, qui se présentent  sous la forme de plaque de carton au début, puis j'installe les produits dedans. Une fois les colis emballés, je les empile dans une pièce plus loin, puis les redescends en chariot au sous-sol. Je m'égratigne ou me coupe avec le cutter pour ouvrir et assembler les cartons. Je me fais mal au dos, aux mains, aux articulations et aux genoux en portant des charges lourdes et difficilement maniables (les cartons n'ont pas d'anses, ils glissent entre mes bras, je les retiens comme je peux avec mes genoux). J'ai mal aux poignets à force d'exécuter des gestes répétitifs.

Mais plus que la tâche à accomplir, c'est la coordination avec mes collègues qui reste la plus difficile...
A suivre...

 

09/08/2020

Travail à la chaîne

travail,pôle emploi,chômageAvant de trouver mon job actuel, j'ai beaucoup galéré, avec plusieurs longues périodes de chômage décrites ici ou , et des lettres de motivation à des annonces farfelues qui restaient sans réponse. Une agence d'intérim finit par me proposer de travailler au sein d'une grande chaîne de télévision française.

Enfin ! Je retrouve un boulot de journaliste ! Je vais pouvoir écrire, analyser, parcourir le monde...
J'ai déjà plein d'idées de sujets d'actualité brûlants :
"Flash spécial. Papillote est en train de cuire, thermostat 8, chaleur tournante. En attente de vos dons pour financer sa retraite anticipée en Bretagne"
Des enquêtes choc :
"Dans l'enfer du confinement. Papillote en expédition chez le voisin du dessus pour stopper le massacre des Rollings Stones à la guitare"
Des révélations :
"Mon chat me suit partout et ramène sa baballe. En réalité, c'est un chien".

Subjugué par mon charme et ma vivacité, on me proposera directement la présentation du JT de 20 heures, ou de partir en reportage au bout du monde pour animer une émission de découverte des plats du pays ("l'estomac sur pattes a testé pour vous") 

Mais lors de ce travail, je ne verrai que le hall du bâtiment, une salle vide et un sous-sol.
Des employés de la chaîne, je ne verrai que le personnel de sécurité, d’accueil et de ménage. Je doute qu'ils aient accès à quelqu'un pouvant me refiler un travail intéressant. Peut-être si je retrouve la personne qui nettoie les bureaux des responsables, et lui demande de me laisser vérifier le contenu de leurs poubelles, avec des papiers confidentiels ? "Donnez-moi un bon poste ou je révèle à tout le monde le salaire de votre animateur vedette, que votre reportage est bidonné avec un faux témoin et que vous harcelez sexuellement votre assistante !"

La personne la plus haut placée que je verrai est une sous-fifre du service marketing, qui m'annonce en quoi va consister mon travail.
Je serai bien dans les locaux prestigieux, je vais bien contacter des journalistes... mais pas directement. 
à suivre...

 

02/08/2020

Embauchez-moi, vous ne le regretterez pas : Lagaffe à la photocopieuse

travail,gaston lagaffe,pole emploiSuite de mes exploits dans le monde merveilleux du travail.
J'ai exercé beaucoup d'emplois à titre énigmatique et fourre-tout, comme "chargée de mission".
Terme pompeux qui m'évoquais le prophète qui part prêcher la bonne parole, main sur le cœur, prêt à illuminer les foules, changer les mentalités, la face du monde... Mais qui consistait en réalité à... faire des photocopies. Or, les machines et mémé nulle en nouvelles technologies ne sont pas amies. Je vous rappelle que dès que je touche l'imprimante au boulot, elle tombe en panne, et qu'un témoin de l'incident m'a annoncé : "je suis magnétiseur. Vous avez un fluide qui perturbe les machines". Et pour couronner le tout, je suis daltonienne.

gaston avions.jpgColler Gastonne Lagaffe à la photocopieuse était donc un pari risqué. J'étais une vraie calamité. A imprimer à l'envers,  sur une feuille rose quand on me demandait jaune, en 3 exemplaires quand on m'en demandait 2 et inversement. Je devais faire des tonnes de photocopies et à moi seule j'étais responsable de la déforestation de Fontainebleau. Pour m'y retrouver, J'étalais mes tas de papiers autour de la photocopieuse, donc dans le couloir, et les passants faisaient voler mes feuillets dans tous les sens. 
Le bourrage papier était mon ennemi juré, je déboulonnais la machine en pestant, couverte d'encre, à plat ventre par terre : "mais il est où ce fichu tiroir A4?!"
Alors plutôt que de gaspiller honteusement des milliers de feuilles et d'arbres pour rien, j'ai proposé d'envoyer les formulaires par mail. (Version officielle : pour l'environnement. Version officieuse : je ne sais pas faire fonctionner une photocopieuse).

Puis j'ai découvert qu'au même étage se trouvait le responsable du magazine interne de l'entreprise. Comme j'avais bossé comme journaliste, j'ai proposé mes services. Bref, de simple boulot de photocopie, je me suis retrouvée relectrice, correctrice puis rédactrice. Le collègue était content, il pouvait glander pendant que je faisais son taf, et moi j'étais contente de faire un travail qui m'intéressait plus que celui pour lequel j'étais embauchée au départ, et pour lequel j'étais bien plus compétente.

Après je vous rassure, je reste une Gastonne : si j'ai la chance d'occuper un bureau privé avec accès à internet, je passe du temps à dormir surfer, mais pour les boulots en open space et sans ordi, je suis bien obligée de bosser, alors tant qu'à faire, autant faire un job qui m'intéresse. Pour ne pas devenir zinzin ou aigrie, j'ai besoin de faire un travail qui a du sens pour moi.
A suivre...

04/07/2020

Embauchez-moi, vous ne le regretterez pas

gaston indispensable.jpgAvant de trouver ma planque mon job actuel qui me convient bien (faudrait juste supprimer les collègues. Et les clients. Juste me payer pour ma présence quoi) j'ai non seulement été affectée à des postes sans intérêt pour moi (aucune créativité), mais souvent aussi, parfaitement inutiles. La plupart du temps, je jouais le rôle d’intermédiaire entre deux personnes qui auraient pu communiquer directement. Ou je recopiais sur ordinateur des textes techniques incompréhensibles, écrits à la main par des types qui avaient la flemme d’allumer leur PC ou d’apprendre à s’en servir. Ou j’accueillais des gens dans un lieu où personne ne se présentait.

Plus précisément, pour un de ces jobs, je vérifiais des données, et ma vérification était ensuite revérifiée au grade supérieur. 
"j'ai vérifié ce qu'il a fait, c'est bon"
"j'ai vérifié ce qu'elle a vérifié, c'est bon."
Je ne parle pas d'informations d'importances capitales, d'erreur de calcul qui provoquerait une explosion nucléaire et imposerait une double vérification. Non, je vérifiais bien des calculs, mais de notes de frais. Pas les notes de frais du grand président de l'entreprise, celles-ci restaient hautement confidentielles, interdiction formelle de regarder pour les subalternes. (Evidemment, quand j'étais tombée dessus, j'avais bravé l'interdit, fait des clichés comme preuve et tout envoyé au Canard Enchaîné pour dénoncer le scandale. Non je rigole. Je n'avais pas encore d'appareil photo sur le téléphone à l'époque, j'avais "juste" recopié les sommes honteusement exorbitantes à la main et en avait parlé à tout mon entourage).

Je m'occupais simplement du gars en déplacement qui voulait se faire rembourser son pauvre sandwich sncf aussi épais que moi ou Renaud. Effectivement, il faut bien une note comme preuve pour justifier les 6 euros pour un bout de pain de mie industriel agrémenté d'une rondelle de tomate et d'un lardon. Mais deux personnes pour valider un sandwich, c'est inutile. J'ai mis les pieds dans le sandwich le plat d'entrée :
"à quoi on sert si quelqu'un vérifie encore au-dessus de nous ? Ils nous pensent assez cons pour ne pas savoir lire un chiffre ? Faut un référendum auprès de tous les Français pour valider une note à 6 euros ?"

gaston montagne papier.jpgMon collègue qui me présentait fièrement son travail s'est ratatiné. Il m'apprend alors qu'il fait ce job depuis...25 ans et il a l'air de découvrir son inutilité. 25 ans dans le déni à s'imaginer en indispensable maillon de la chaîne, puis une gamine qui n'était même pas née quand il a débuté lui enlève ses illusions, sa joie de vivre dès sa première heure de travail. Il a passé les 6 mois suivants (avant que je parte à la fin de mon contrat en ayant refusé le CDI qu'on me proposait) caché derrière un véritable mur de notes de frais, qu'il ne s'embêtait même plus à vérifier, démoralisé.

Si vous voulez motiver vos troupes, embauchez-moi !
à suivre...

 

 

30/06/2020

Le cactus, suite

gaston cactus 2.jpgJe réponds en tout point à la description du cactus donné par Corinne Maier. Une collègue correspond elle à la définition du pleutre hypocrite, qui refuse de prendre position, de dénoncer les abus pour améliorer les choses, et qui n'hésite pas à copiner avec des collègues toxiques qui peuvent apporter des faveurs. Elle me conseillait de faire semblant de m'intéresser aux décérébrés, mais ensuite, se plaignait d'avoir "l'impression de ne plus faire travailler son cerveau et de stagner". Oui, à force d'écouter en boucle les récits de pouffiasses en virée à Zara et des gastros du merdeux de sa cheffe, on perd ses neurones. Je préfère passer mes pauses avec mon bouquin.
Après deux années de lutte, j'ai finalement réussi à faire sanctionner le monstre qui empoisonnait le service. Je pensais fêter cette victoire avec les autres collègues harcelés en sabotant le pot de départ du démon, mais le confinement en a décidé autrement. Je n'ai même pas pu lui dire adieu en versant du laxatif dans son mousseux et en lui préparant un beau discours ("Chère grognasse. Tes insultes et cris quotidiens vont tellement nous manquer...")

J'ai également enfilé ma cape de justicière lors d'une énième formation à la con, en disant au formateur tout haut ce que nous les "formatés" ressassions tout bas : "Pourquoi on doit se taper des formations inutiles comme ça ? Je suis ici depuis 3 ans, à part (truc et muche) vous nous avez rien appris. On a passé 2 jours à vous écouter alors que ça aurait pu durer 2 heures ! La première matinée entière à nous demander de nous présenter ? On ne se connait pas, on ne se reverra pas, quel intérêt à part perdre du temps et justifier la durée et le coût exorbitant de votre formation ?"

gaston balançoire.jpgEncouragés par ma diatribe, les formatés ont surenchéri et le formateur à la con a passé un sale quart d'heure. A la fin, une femme m'a prise à part. Elle m'apprend qu'elle est l'une des dirigeantes de l'entreprise, responsable des missions de formation. Vous pensez peut-être qu'elle m'a reproché ma virulence ? Absolument pas. A mon grand étonnement, elle était... admirative ! Pourtant, c'est elle qui avait contribué à employer ce formateur sans intérêt. Je pense que cadre sup, elle s'ennuyait dans son boulot vide de sens, à organiser des réunions et des formations inutiles, à pratiquer la langue de bois en permanence. Et quelqu'un qui osait dénoncer ce système lui apportait une bouffée d'air frais. Elle m'a cependant conseillé d'y rentrer à pieds joints : "mais pourquoi vous restez à ce statut si peu élevé avec vos capacités, les études que vous avez faites ? Vous pourriez passer des concours catégories A !"

Déjà, 10 postes dans toute la France pour 10 000 postulants, c'est beaucoup de boulot, de mémo à apprendre par coeur comme un chien savant, pour peu de chance de réussite. J'ai essayé de passer un concours à mes débuts encore optimistes dans l'entreprise : on m'a carrément dit pendant l'oral que j'étais "trop diplômée pour le poste, que j'allais m'ennuyer et partir 6 mois après !"  Même si je valide le concours, je devrais quitter ma boîte, dont le principal intérêt est d'être à 5 minutes à pied de chez moi. (Inconvénient : je ne peux pas prétexter des problèmes de transports pour mes retards).

travail,comment s'amuser au travail,comment supporter ses collèguesEnsuite, je ne veux justement pas faire partie du système ! J'ai la chance de ne pas être intégrée à une équipe, de ne pas avoir de compte à rendre, de ne pas avoir de chef sur le dos qui m'infantilise, me compare à mes collègues pour augmenter les cadences et créer des conflits et jalousies. Personne ne sait exactement ce que je fais ni même où je suis (on se déplace beaucoup dans les locaux). Et là, on me conseille de monter en grade, pour avoir un bureau fixe en open space, être surveillée en permanence ? Non merci. Je préfère nettement travailler moins pour gagner moins, et en réalité gagner plus : du temps pour moi et les vraies choses importantes de la vie (manger, dormir...). Evidemment si mon boulot consistait à trouver un vaccin contre le cancer de la connerie, j'y consacrerais 70 heures par semaine, mais un "bullshit job" qui peut être effectué par n'importe quel abruti... Non, le boulot, y en a pas beaucoup, faut le laisser à ceux qui aiment ça.

 

27/06/2020

Le cactus

travail,chômage,comment supporter ses collèguesLe monde entier est un cactus
il est impossible de s'asseoir
Dans la vie, il y a que des cactus
Moi je me pique de le savoir

J'ai commencé jeune ma vocation de glandeuse mauvais esprit en prenant comme modèle Gaston Lagaffe, puis ado en lisant le cultissime Le droit à la paresse de Paul Lafargue. J'engloutis les récits et documentaires sur le travail (Libre et assoupi, ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés, L'open space m'a tuer, Malaise au travail, le harcèlement moral). Je savais que j'allais subir ce qui étaient décrits dans ces oeuvres sans même avoir encore commencé à trimer.

Je relis pour la troisième fois Bonjour paresse après l'avoir prêté à une personne indigne de le lire et comprendre. Pourtant, Corinne Maier (dont j'ai lu quasiment tous les livres, comme le génial No kid) me prévient dès l'introduction :
"Avertissement : ami individualiste, passe ton chemin
Toi l'individualiste, mon frère d'armes et de coeur, ce livre ne t'est pas destiné, car l'entreprise n'est pas pour toi. Le travail dans les grandes sociétés ne sert qu'à menotter l'individu qui, laissé à lui-même, se servant de son libre entendement, pourrait se mettre à réfléchir, à douter, voire, qui sait, à contester l'ordre ! Et cela, ça n'est pas possible. Si l'individu se trouve parfois porteur d'idées nouvelles, il ne faut à aucun prix que celles-ci dérangent le groupe. Il est clair que dans un monde où il est conseillé d'être souple, bien vu de changer son fusil d'épaule toutes les cinq minutes et en rythme avec les autres, l'individualiste est brandon de discorde. Aussi, on lui préfère le pleutre, le mièvre, l'obéissant, qui courbe le dos, joue le jeu, se coule dans le moule et, finalement, réussit à faire son trou sans faire de vagues.

travail,chômage,comment supporter ses collèguesOr non seulement notre sauvageon individualiste est incapable de faire comme les autres, mais quand en plus il a des idées arrêtées, il renâcle au compromis : il inspire donc légitimement la méfiance. Les DRH le voient venir de loin: raideur, obstination, entêtement, sont les qualificatifs qui fleurissent dans son dossier à la rubrique graphologie. Et cela, ne pas savoir se plier, c'est moche; moche de sortir du travail dès sa tâche de la journée accomplie; moche de ne pas participer au pot de fin d'année, à la galette des rois, de ne pas donner pour l'enveloppe du départ en retraite de Mme Michu; moche de rentrer à l'hôtel en trombe dès la réunion terminée avec les partenaires; moche de repousser le café proposé pendant la pause-café, d'apporter sa gamelle alors que tout le monde déjeune à la cantine.

Ceux qui se comportent ainsi sont considérés par leurs collègues comme des cactus de bureau car la convivialité est exigée, sous forme de pots, de blagues convenues, de tutoiements et de bises hypocrites (toutes choses à simuler sous peine d'exclusion).
Mais peut-être nos plantes rugueuses ont parfaitement compris quelle était la limite à ne pas franchir entre le travail et la vie personnelle. Peut-être ont-elles réalisé qu'être tout le temps disponible pour une succession invraisemblable de projets, dont la moitié sont complètement idiots et l'autre moitié mal emmanchés, c'est à peu près comme changer de partenaire sexuel 2 fois par an : quand on a 20 ans, la chose peut avoir son charme mais, au fil des années, cela finit par devenir franchement une corvée."

Je réponds en tout point à la description du cactus donné par l'autrice.
Suite demain

 

 

 

 

24/06/2020

Mauvais esprit

mai 68 matraque.jpgJe modifie un billet de 2009, car l'histoire pourrait encore m'arriver. Je n'ai pas changé, je prends toujours le chemin qui me plaît.

Au boulot, dans l'open space m'a tuer, le big boss ouvre soudainement la porte. Quand le chat est là, les souris ne dansent pas. Les employés se pétrifient, interrompant leur sieste activité pour regarder l'étonnante arrivée du roi descendu inhabituellement de son trône et se mêler à la populace. Le sire traverse solennellement l'immense salle, sans dire un mot (il ne va tout de même pas s'abaisser à un "bonjour"), l'air grave. Il arrive tout au fond de la pièce, c'est-à-dire à la place des cancres qui peuvent glander en douce, c'est-à-dire la mienne :
« Suivez-moi, j’ai à vous parler. »

mai pourquoi.jpgComme un seul homme, tous les employés se retournent vers moi, l'air interrogatif qui signifie "mais qu'est-ce que t'as fait ?!"
Je leur réponds avec la mimique qui veut dire "Bah j'en sais rien ! (rien, justement ?) : je hausse les sourcils et les épaules, paumes vers le ciel, joues remplies d'air que je vide d'un coup. (Il paraît que la moue dite "de la bouche qui pète" pour symboliser l'ignorance ou le désintérêt est typiquement française !) Une porte se trouve à côté de moi pour fuir en douce, mais emprunter une voie de garage pour se retrouver dans le couloir désert, ça ne fait pas partie de la mise en scène de terreur du souverain. Il préfère retraverser toute la salle en prenant l'allée centrale, sous les regards de l'assistance. J'ai l'impression d'être un condamné qui suit son bourreau jusqu'à l'échafaud en place publique.

Arrivé à la guillotine, dans le bureau du directeur, ce dernier me révèle enfin la raison de son show :
Boss : « Tout d’abord, votre travail est excellent. Vous êtes vraiment très efficace. Là-dessus il n’y a aucun problème.
Ah s'il savait... Je suis tellement rapide que je finis mon boulot de la journée à midi et je passe le reste du temps à surfer sur internet...

Le boss poursuit : En revanche, je trouve que vous faites du mauvais esprit. J’ai peur que vous influenciez les autres. Quand vous êtes venue demander pour…enfin… »

mai 68 fleur.jpgIl s’interrompt car il n’ose pas me révéler la vraie raison qui lui pose problème :
J’ai été la seule à oser demander pourquoi notre salaire sur la fiche de paie était inférieur de 100 euros au chiffre annoncé dans l'offre d'emploi. Certains ne l'avaient même pas remarqué !
Le dirlo ne peut pas m'en blâmer. Alors il me reproche ce que j’estime être des détails :
Lors d’une réunion de bilan, une responsable nous a dit :
« vous avez fait le double de travail demandé ! C’est génial ! »
J'ai répliqué sur le ton de la plaisanterie : « On a le droit à une prime ? »
La femme a éclaté de rire : « Je voudrais bien mais ce n’est pas de mon ressort ! »

Sauf que le patron n’a pas trouvé ça drôle du tout. Il me blâme donc aujourd’hui :
« JAMAIS vous n’aurez de primes, c’est bien clair ? »
Moi : - Je le sais bien, c’était une plaisanterie…
Boss :- Ici, on ne plaisante pas. Votre humour est très malvenu
J'ai de la peine à réprimer un sourire. Sérieusement ? C'est le bagne ici ?

Il me regarde au fond des yeux, sans sourciller, pendant tout l’entretien. Il tente de déceler le trublion qui sommeille en moi.
Il s’attend peut-être à ce que je me lève et fasse le salut militaire: « Sir, yes sir ! »
Ou il pense que je vais chanter, la main sur le cœur : « C’est la lutte finale, groupons-nous et demain… »

dewaere chaussettes.jpgMe reprocher d’influencer les autres par mon humour, au lieu de me faire peur, je trouve ça plutôt flatteur. Lorsque je reviens dans l'open space, je reprends l'allée centrale et parade avec le sourire triomphant, en repensant à Patrick Dewaere dans Coup de tête. Il  se fait virer de son entreprise, fait un coup d'éclat dans le bureau du directeur et revient acclamé par les collègues (voir scène en lien).
« Monsieur le président, j’aimerais vous dire deux mots. On m’a viré du foot il y a trois semaines, aujourd’hui on me vire de l’usine… Je suppose que vous allez me reprendre mon logement… Je vous dois tout monsieur le président, alors je vous rends TOUT ! (Il se déshabille, puis voit le regard narquois de la présidente)  Je vous enverrai mon slip par la poste ! (Il salue) et mes chaussettes !»

Je ne pousse pas le bouchon jusqu'à me désaper comme mon acteur fétiche: "vous nous refusez les 100 euros ? Très bien, alors la somme représentant les vêtements que je porte, je vais donc les retirer..."

emeute.jpgJe me contente de raconter l’anecdote à mes collègues, en mimant la scène et la tête du dirlo. Mes camarades sont morts de rire :
"Ouais, demain t’amènes ta banderole !"
"C’est pour quelle heure la manif ? "
Au lieu de me faire taire, en agissant ainsi, le boss a au contraire renforcé mon esprit narquois et la cohésion du groupe contre lui.

Siffler en travaillant
C'est un bon stimulant
Qui vous rend le coeur plus vaillant

C’était un communiqué du SCME, Syndicat des Chats au Mauvais Esprit.

 

09/12/2019

J'ai dans la tête un transistor qui fredonne

chanson française, travail, comment supporter ses collèguesLa dernière manifestation de ma maladie incurable au travail (relire ici) me fait penser à ce billet initialement publié en 2012, concernant un autre job, mais toujours d'actualité :
"Dans mon boulot inintéressant, je dois enregistrer à la chaîne des données, et le nom des gens auxquels elles sont rattachées. (actualisation 2019 : contrairement à l'ancien taf où je trimais sans interruption, dans ce dernier je suis relativement libre. Le boulot en lui-même n'est pas passionnant mais il a l'immense mérite de me laisser du temps pour des activités intéressantes : lire, écrire, dormir). 
Dans l’open space (m’a tuer), le bruit des ordinateurs est parfois interrompu par des soupirs de collègues désabusés, comptant les minutes passer. (2019 : certains collègues soufflent toujours d'ennui : ils ne profitent pas des temps morts, ils attendent les bras ballants qu'une mission leur tombe dessus.)

Très vite, ma maladie incurable se manifeste.
Atteinte au plus haut degré, je ne m’en rends pas compte immédiatement. Je ne comprends pas d’où proviennent les symptômes, pourquoi ils persistent au fil des heures.
Les signes empirent les jours suivants. Cette fois, ils sont visibles pour mes collègues. Ou plutôt audibles.
Mes compagnons de misère commencent à me jeter des regards fugaces et étonnés. Une fille pouffe.
Et je saisis enfin.
Il vaut mieux parler ouvertement de ses problèmes. Alors, comme aux alcooliques anonymes, je fais mon mea culpa. Ma collègue m’explique que ce n’est pas une tare, au contraire. (Actualisation 2019 : mes nouveaux collègues, esprits chagrins, n'apprécient pas.)
Me voyant encouragée, je ne cherche plus à cacher mon infirmité, je la laisse se développer, au plus grand plaisir de ma collègue compréhensive et bon public. (En 2019, mise au rebut par ma maladie, je m'isole.)

Tout a commencé par une pensée persistante : « oh, fini, fini pour moi ».
Ce boulot me déprime t-il tant ? Ou alors j’espère simplement la fin de la journée ?
Les symptômes se poursuivent avec : « Moi j’attendais la récré pour aller au café boire un chocolat »
Oui ça doit être ça, j’ai besoin d’une pause dans ce travail répétitif.
« Je voudrais partir avec vous tout au bout du ciel, sur vos ailes »
La récré est vraiment nécessaire, je ne vais pas bien.
« De vague à l’âme en terrain vague, tu divagues ! »
Oui, je divague complètement. Mais que m’arrive-t-il ?

Je laisse s’échapper des sons bizarres, incompréhensibles. Des marmonnements, des plaintes, des murmures de souffrance face à ce travail ingrat ? 
Non : ma chansonnite aiguë atteint son apogée. Tous ces prénoms inscrits sur les dossiers me rappellent des mélodies, qui me restent en tête et que je sifflote pendant des heures. Une maladie incurable, mais pas bien grave. « Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine, ça vaut mieux que d’avaler de la mort aux rats. »

Actualisation 2019 : Une cliente régulière répond au doux nom de Lisa, et chaque fois que je l'entends j'ai envie de chanter "saute moi au cou ! Cherche moi des poux !" Pire, un collègue se prénomme Étienne et j'ai toujours envie de lui gueuler "oh tiens le bien !"

Ma collègue se prend au jeu et tente de deviner les airs que je fredonne :
« Dis-moi, Bidule, les années ont passé, pourquoi n’as-tu jamais songé à te marier ? »
« La place rouge était vide, devant moi marchait bip-bip ! Elle avait des cheveux blonds mon guide, Bip-bip !! »
 « machineuh, ma filleuuuuh »
 « C’était bien, chez Machin chouette, quand on faisait la fête, elle venait vers nous, Machin-chouette ! »
« Ya qu'un cheveu sur la tête à neuneu, il n'y a qu'une dent, il n'y a qu'une dent ! »
« Mais Tartempion, il veut pas qu’on l’embête, tout ce qu’il a dans la tête, c’est qu’il veut rentrer chez lui… J’veux pas rester ici » 

Ma collègue me pose des colles :
« Je te donne des noms et tu dois chercher des chansons !
- « Chercher le garçon ? Trouver son nom ? »
- Mais j’ai pas encore commencé !
- « Je cherchais des prénoms : « Matthieu, Cécile ? » en regardant courir vers 10 heures dans l’école des filles et des garçons »
-Tu me fais trop rire !
Rire et… chan-sons !!! »
- T’es vraiment dingue !
- Je suis MA LA DEUHHHHH, complètement MA LA DEUHHHHHHH ! »

-« Tu as une chanson avec le prénom Lucile ?
« Partout, au soleil, sous la pluie, quand ils voient s’avancer les grands yeux de Lucile, partout les garçons se bousculent et la rue un instant prend un air de folie ! »
- Sarah ?
- Princesse ! Princesse ! Tu es bien jolie !
-Ah là tu ne vas pas trouver ! Gilbert ! Pas un prénom pour une chanson !
- Gigi ! O Gigi, personne ne sait d’où tu viens, tu nous crées un monde angélique, où tout devient féerique…
-Tu ne vas pas nous sortir que des chansons de dessins animés !
-A-rri-va… Gigi l’amoroso !
Un collègue nous interrompt :
- Oh c’est fini Dalida !
-Laissez-moi chanter ! Laissez-moi… Laissez-moi danser, chanter en liberté… »

Je conclurai par :
« Ris-en si tu veux, il faudra bien y croire !
C’est comme dans un vieux rock n’roll
J’ai dans la tête un transistor qui fredonne
Comme dans un très vieux rock n’roll
Serre la main d’un fou, que rien ne raisonne ! »

Quiz On connaît la chanson : quelles sont  les chansons citées et leurs interprètes ? Les prénoms cachés débutent avec « oh, fini, fini pour moi ». Il y a 22 chansons en tout… Vous pouvez m'envoyer vos réponses par mail, et un gagnant recevra le cadeau inestimable avant noël : un paquet de papillotes !

A vous de jouer ! 

06/12/2019

Merci patron, quel plaisir de travailler pour vous

merci patron film.jpgOn est heureux comme des fous !
Une chanson d'actualité en ces temps de révolution grève générale.
Vous savez que je suis atteinte d'une maladie incurable, la chansonnite aiguë. Elle fait des ravages sur mon lieu de travail.
Chaque jour au boulot, les locaux gris de l'entreprise, cette immense étendue de cases de béton, ces bureaux gris qui se succèdent, me rappellent les images du ministère de l'information du film Brazil. Le héros travaille dans un environnement semblable au mien : froid, immense, gris, bétonné et sans lumière. Alors, comme lui, je m'échappe de mon quotidien terne en fredonnant Brazil; comme lui, je m'imagine réparer les injustices en luttant contre le système bureaucratique.
Comme les gueux de Métropolis ou du Roi et l'oiseau, je suis reléguée dans les bas-fonds, les sous-sols sans fenêtres. Parfois je parviens à m'échapper dans les étages. Officiellement pour pouvoir bénéficier du soleil et ne pas me transformer en Nosferatu le vampire. Officieusement, pour pouvoir être tranquille. Et ne plus être obligée de fredonner ou siffloter entre mes dents pour ne pas déranger les autres, et pouvoir enfin danser chanter en liberté, aller jusqu'au bout du rêve.

brazil bureau.jpgMalheureusement, souvent, je suis contrainte de devoir côtoyer des gens, les collègues et les clients. (et je fais des rimes en "an"). Mais moi je vis d'amour et de danse, je vis comme si j'étais en vacances. Alors je continue de siffloter Brazil, car moi, je vis d'amour et de risque, quand ça ne va pas, je tourne le disque.
Jusqu'au jour où un collègue m'a demandé :
"Mais c'est quoi ce truc que tu siffles ?" (Depuis 5 ans tout de même, il était temps de s'en rendre compte. Ou alors il restait très patient.)
- Ben la musique de Brazil, tu ne trouves pas qu'on se croirait dedans ?
- Connais pas.
- Dans ce film de Terry Gilliam, le héros travaille dans des locaux aussi moches que les nôtres et...
Collègue, impatient, m’interrompt en ronchonnant : - Ouais en tout cas c'est chiant que tu chantes tout le temps."

brazil collegues.jpgMoi, je vis d'amour et de rire, je vis comme si y avait rien à dire. Un jour j'aurai la chance d'être entourée de collègues un minimum sympas et culturés, avec lesquels je pourrais échanger plus de 2 phrases, je ne désespère pas. 
Et encore, il ne m'a pas reproché de faire de la batterie. Car lorsque je m'efforce de ne pas chanter, la mélodie reste en tête, et je la tape avec les index sur le bureau.
Il tape sur les bambous et c'est numéro un
Dans son île on est fou quand on est musicien
Tu le verras toujours bien dans sa peau quand il prend ce tempo.

Les collègues ne sont pas les seuls rabat-joie, les clients aussi :
"- Ça fait plus d'une heure que j'attends ! Appelez-moi le directeur !
Celui-ci est justement là. Je lui présente le problème (le client).
Dirlo, sérieux, note scrupuleusement, longuement, avec calme, les réclamations du client qui le houspille :
- Très bien je vais faire remonter l'information. Votre nom, c'est Jérôme, c'est ça ?
- OUI, JÉRÔME C'EST MOI, non je n'ai pas changé... "

Evidemment, ce n'est pas le client mécontent qui a répondu, c'est moi. Admettez que j'étais obligée, ça sortait tout seul, même sans être atteint de chansonnite aiguë incurable.
Vu l'air consterné du dirlo et du client, j'en conclus qu'eux non plus n'apprécient pas mes talents de chanteuse.

C'était un message de Papillote, actuellement en pleine reconversion, à la recherche d'un emploi (à radio nostalgie, ce serait bien). 
A suivre : quiz On connaît la chanson

Brazil, tomorrow was another day
The morning found us miles away
With still a million things to say