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13/02/2019

Les films de genre de janvier

cinéma- Veronica de Paco Plaza, 2017
       Je voulais voir ce film car son auteur a aussi réalisé Rec, qui m'avait terrifiée, et parce qu'il est tiré d'une histoire vraie : le seul témoignage surnaturel relaté dans un rapport de police en Espagne, le dossier Vallecas. Grosse déception : moi qui avais longtemps cherché sur le net le procès verbal et les documentaires, et les avait traduit laborieusement, le film s'en éloigne beaucoup. Comme dans la vraie histoire, il débute avec un groupe de lycéennes qui s'essaie au spiritisme, casse par inadvertance la planche et le verre de oui-ja, dont une fumée noire s'échappe et est inhalée par Véronica (Estefania de son vrai prénom). Mais le film bifurque ensuite de l'histoire telle qu'elle a été rapportée par les témoins.
Dans le film, c'est Veronica qui subit les phénomène étranges dans le logement familial. Dans la réelle histoire, ce sont les parents qui vivent l'expérience surnaturelle après le décès inexpliqué de leur fille : Estefania a entendu des bruits effrayants et vu des ombres inquiétantes qui la poursuivaient, mais prise de convulsions très fortes, elle a été internée pendant plus d'un an, jusqu'à sa mort d'origine inconnue. C'est seulement après sa mort que les phénomènes surnaturels sont apparus dans l'appartement, et ce sont les parents qui ont appelé la police en pleine nuit, permettant les photos de l'habitation saccagée et le procès verbal.
Concentré sur un seul personnage et un lieu quasi unique, sans grand enjeu, le film met du temps à démarrer et n'effraie pas autant qu'il pourrait le faire.

- 300 de Zack Snyder, 2006
       Pas fana des purs films d'action, j'étais passée à côté de ce film devenu culte (je connaissais néanmoins le meme "this is Sparta !") J'ai été agréablement surprise par l'esthétisme ultra soigné, les couleurs sombres et saturées qui montrent bien que le film est tiré d'une BD (de Franck Miller, auteur de l'aussi sombre Sin city). J'ai été aussi amusée par tous ses hommes en slip et sandales (spartiates quoi) ultra musclés, la peau huilée et parfois maquillés, qui adorent le corps à corps, se parler à 3 cm du visage comme s'ils allaient se rouler des pelles. Une seule femme dans ce film : l'horrible Lena Headey, la terrible Cersei de Game of thrones, déjà reine impitoyable avec sa tête de méchante (son regard inquisiteur, ses yeux enfoncés, ses gros sourcils et son rictus insupportable.)

- La compagnie des loups de Neil jordan, 1985
       En plusieurs scénettes, une grand-mère raconte à sa petite fille des histoires de loups hantant un village médiéval. Un bon film mais que j'aurais dû voir à l'âge de l'héroïne, car il m'aurait subjuguée, comme les films d'heroïc fantasy de l'époque, avec les mêmes effets spéciaux et univers : Labyrinthe, L'histoire sans fin, Dark Crystal...

11/02/2019

Les thrillers de janvier

gran torino.jpg

La mule de Clint Eastwood
Voir ma critique ici.

- Gran Torino de Clint Eastwood, 2008

Gros choc à la sortie ciné, au point que je n'osais plus le revoir : traumatisée par l'histoire et aussi par peur de ne plus l'apprécier autant, comme il m'arrive souvent à la deuxième vision. Ce n'est pas le cas ici, Gran Torino est toujours un chef d’œuvre, et sa musique mélancolique si prenante accompagne mes pensées quasi quotidiennement depuis une décennie.

- La fille du train de Tate Taylor, 2016

J'avais hâte de découvrir ce thriller car j'en avais lu beaucoup de bien sur les réseaux sociaux. J'en attendais peut-être trop, car même si le film est agréable à regarder, si on réfléchit un peu, on devine vite qui est le coupable vu le peu de personnages (une chance sur 5...). Le livre dont il est tiré est certainement plus complexe. En revanche, totale compassion pour l'héroïne interprétée par Emily blunt, qui s'est fait plaquer et virer de chez elle car incapable de tomber enceinte, et remplacée par une jeunette qui occupe maintenant sa maison. De quoi devenir alcoolo effectivement.

- Prête à tout de Gus Van Sant, 1995
Film déjà vu plusieurs fois, mais comme mémé a Alzheimer, je ne m'en souvenais pas. Nicole Kidman obtient son premier grand rôle avec ce personnage de femme machiavélique prête à tout pour être célèbre. Le tout jeune Joaquin Phoenix est également épatant dans son rôle d'ado demeuré manipulé. Une bonne satire de la société du paraître et des médias.

A suivre : les films SF

08/02/2019

Les comédies vues en janvier

cinéma, cinéma français, alexandre astier,kaamelott, palmashow, comédies françaises- Astérix et le secret de la potion magique d'Alexandre Astier et Louis Clichy (en salles)
Après Le domaine des dieux, nouvelle réalisation de l'auteur de Kaamelott. Le premier film, déjà fort sympathique, était une adaptation d'une BD existante, tandis que le deuxième est une création d'Astier, ce qui lui donne une plus grande liberté et meilleure cohérence je trouve. A travers cette histoire de casting du parfait druide, Astier peut développer à loisirs son art de la répartie et du portrait de gars à la ramasse qu'il affectionne tant. Et au final, le seul personnage "normal", donc le moins drôle et moins intéressant, apparaît secondaire : le héros de la série, Astérix!  On le voit très peu et on ne s'en plaint pas ! J'ai adoré le générique du début où les personnages travaillent au rythme de la chanson You spin me round. Depuis je danse régulièrement dessus et j'ai la patate direct, testez et vous approuverez !
- Papa ou maman 2 de Martin Bourboulon (Canal+)
Aussi sympathique que le premier volet (voir ma critique ici). Mention spéciale pour le repas de présentation du nouveau petit copain. Ce dernier semble un génie, riche, altruiste, qui a tout fait dans sa vie. La scène est d'autant plus drôle que le mec est joué par Serge le mytho (Jonathan Cohen). On compatit à fond avec le père, qui paraît insignifiant à côté de son rival.
- Santa & cie d’Alain Chabat (Canal+)
Un film de noël bien sympathique qui évite l'écueil cucuterie des films de ce genre, grâce à l'humour de Chabat. Il s’est entouré d'une brochette d'acteurs comiques qu'on a plaisir à voir : une apparition de Bacri en père noël (qu'il a déjà fait jouer dans son film Didier). Les auteurs du Palmashow, Bruno Sanchès de Catherine et Liliane, Thomas VDB et Patrick Timsit complètent le casting. Dans le rôle de l'avocat au grand cœur, Pio Marmaï (je n'ai toujours pas reçu sa demande en mariage d'ailleurs, étonnant).
- La folle histoire de Max et Léon du Palmashow (Canal+)
Comme pour le film précédent, une flopée d'acteurs comiques défilent : Florence Foresti, Kyan Kojhandi, Baptiste Lecaplain, Kad Merad, Simon Astier... Une comédie agréable qui lorgne du côté de La grande vadrouille, sans égaler le film culte (ni par le nombre d'entrées en salles, 17 contre 1,2 millions).

cinéma, cinéma français, alexandre astier,kaamelott, palmashow, comédies françaises- Maggie a un plan de Rebecca Miller 
Une petite comédie romantique avec un charme indéniable, prioritairement grâce à Ethan Hawke (déjà parfait dans Les "before"). Selon l'humeur du moment, on s'irrite ou s'extasie devant la vie de rêve où tout semble facile. L'héroïne veut un gosse mais n'est pas en couple ? Pas de problème, elle demande à un vague pote de servir de donneur (le roi Ragnar de la série Vikings), avec un échantillon qu'elle va s'enfourner elle-même dans sa baignoire, hop c'est réglé en 3 minutes. Elle a fait des études d'art, un domaine qui ne mène à rien ? Pas de problème, elle gagne bien sa vie (vu son appart en plein New York, l'une des villes les plus chères au monde). Elle a un job improbable : aider des étudiants à rencontrer des entreprises qui commercialiseraient leurs inventions. Ses potes écrivent des livres ? Bien sûr, plusieurs éditeurs se battent pour avoir l'exclusivité du futur best-seller ! Le film fait penser à Woody Allen mais surtout à Noah BaumbachL'héroïne est incarnée par la copine de ce dernier, Greta Gerwig. Elle est aussi paumée et délurée que dans son rôle de Frances Ha.
- Comment l'esprit vient aux femmes de George Cukor, 1951
Les 4 filles du docteur March, Autant en emporte le vent, Le magicien d'oz, Une étoile est née, Madame porte la culotte... Le réalisateur aime donner les premiers rôles aux femmes fortes. Comme dans My fair lady (j'admets ne pas l'apprécier) l'héroïne de Comment l'esprit vient aux femmes est une cruche superficielle. Elle rencontre un homme mentor qui va lui apprendre à se servir de son cerveau. Cette comédie culte est présentée comme un appel à l'émancipation des femmes, mais le fait que cette libération ne semble pouvoir advenir que grâce à l'aide d'un homme me chiffonne un peu.
- La petite sirène de Ron Clements et Jon Musker, 1990
Je n'avais jamais vu ce Disney mais je connaissais la chanson Sous l'océan. On est loin du conte cruel d'Andersen (on se doutait que tout finirait bien dans un Disney) mais le film est très plaisant à voir.
à suivre : les thriller

 

29/01/2019

La mule de Clint Eastwood

cinéma,clint eastwoodEarl Stone ne vit que pour son travail d'horticulteur, au détriment de sa famille. Il a préféré participer à un concours de fleurs plutôt que d'assister au mariage de sa propre enfant, qui refuse de lui adresser la parole depuis. 15 ans plus tard, c'est sa petite fille qui se fait passer la bague au doigt. Earl a l'occasion de se rattraper en payant une partie des frais de la noce. Mais il n'a plus d'argent, son entreprise fait faillite. Comme il a l'habitude de voyager pour son métier, on lui propose alors un moyen facile de se remplumer : transporter dans sa voiture des sacs de drogue, faire la mule. Il est d'autant plus insoupçonnable qu'il n'a jamais commis d'infractions routières, est d'un tempérament chaleureux et insouciant, et surtout, il a plus de 80 ans...
Le film est tiré d'une histoire vraie, ce qui en fait toute sa force, car comme je dis toujours, la réalité dépasse la fiction. La vraie mule se nommait Leo Sharp et a agi jusqu'à ses 87 ans.

cinéma,clint eastwoodLe film garde des zones d'ombre : les trafiquants précisent bien que Earl ne doit pas regarder le contenu des sacs qu'il fait traverser la frontière. Mais les types sont des caricatures de gangsters, avec leurs grosses chaînes en or, leurs tatouages et leurs flingues : pépé est-il assez sénile et naïf pour ne pas comprendre qu'il transporte de la drogue pour un cartel mexicain, ou c'est le réalisateur qui essaie de nous le rendre sympathique en éludant la question ?
De même, Earl a délaissé sa famille, préférant s'amuser avec ses copains et des filles de passage lors de ses concours de fleurs. Mais Eastwood le présente plutôt comme un joyeux hurluberlu profitant de la vie et de sa liberté. Il est aussi montré comme ayant le sens du partage et du sacrifice. S'il travaille autant, c'est pour nourrir sa famille, s'il devient passeur de drogues, c'est pour aider ses proches et sa communauté (empêcher la fermeture de son bar favori, rénover la patinoire). Au contraire il a l'air de penser que les femmes de sa famille sont des grincheuses hystériques jamais contentes.

On retrouve dans La mule les thèmes chers à Eastwood : la valeur du travail, le courage, le sens du sacrifice, les regrets, la famille, le goût de la liberté et de l'indépendance (illustrées par les grands espaces traversés et l'esprit libre penseur de ses héros). Le cinéaste considère qu'un homme, un vrai, travaille comme un bœuf, en étant son propre patron (pas une feignasse de fonctionnaire !) Il ne remet pas en question qu'à presque 90 balais, le dos plié en deux, Earl bosse toujours : la retraite, c'est pour les chochottes ! Le vieux avait l'occasion d'arrêter de trimer puisqu'il a fait faillite, mais non. Expulsé de chez lui comme d'autres habitants (la raison économique n'est pas évoquée, crise des subprimes ?) le personnage veut s'en sortir par ses propres moyens, même illégaux. Je me souviens d'avoir lu qu'Eastwood dénonçait les aides sociales, juste bonnes selon lui pour les feignants. Easwood ne cache pas ses valeurs politiques républicaines. Il a soutenu Trump, Reagan -un acteur héros de western comme lui- et a même été maire de sa ville. Earl s'en sort seul et doit se comporter en héros sacrificiel, car la famille, c'est sacré.
Il n'est pas anodin que le rôle de l'enfant qui reproche au père ses absences soit joué par la véritable fille d'Eastwood : en 88, il a renoncé à sa carrière de maire pour être plus proche de ses gamins...

En dépit de son rôle crapuleux, Earl stone nous est éminemment sympathique, aussi par son côté vieux dépassé par la modernité. Comme mémé nulle en nouvelles technologies, il ne sait pas se servir d'un portable (scène très drôle où il découvre le texto). Il se moque des jeunes qui ne peuvent plus rien faire sans téléphone ni google. Il est aussi touchant par sa façon de parler à tous, avec une naïveté et sincérité désarmante, sans calcul : "je crois que je n'ai jamais eu de filtre".
Par exemple lorsqu'il change la roue d'un couple de Noirs en panne :
"Ça me fait plaisir d'aider un copain négro
- Mais monsieur, c'est un terme offensant !
- Ah bon ?
- Oui il faut dire "black" (le mot nègre est utilisé jusque dans les années 60 sans être considéré péjoratif, comme "black" sera certainement jugé offensant dans 50 ans et remplacé par un autre terme.)

cinéma,clint eastwoodPar son attitude et son langage décalés, et l'humour que cela produit, Earl fait penser à un autre vieux dépassé par le monde moderne, celui de Gran Torino. Les deux films sont écrits par le même scénariste, Nick Schenk, on retrouve clairement sa patte. Les deux personnages sont des vétérans de guerre marqués par ce qu'ils ont vécu, et ils en sont revenus endurcis (Earl transporte 300 kg de drogue en chantant et n'a pas peur des plus grands barrons: "fiston, j'ai fait la guerre moi, c'est pas un gamin qui va m'impressionner"). Earl a dépassé le traumatisme d'avoir menacé (tué?) des gens en devenant altruiste (j'ai fait du mal, maintenant je le répare) et optimiste (je ne pourrais jamais rien vivre de pire, autant profiter de la vie, à quoi bon se tracasser). Le vieux de Gran Torino est à l'inverse ressorti de la guerre misanthrope (les hommes sont des ordures meurtrières et méritent de crever). Si le héros de Gran Torino est un vieux ronchon raciste qui s'ouvre peu à peu à autrui, celui de La mule est présenté comme un brave gars sociable aimé de tous. Comme il est vieux et fragile, il est touchant, on lui pardonne tout.
Entre les deux films, j'ai néanmoins préféré Gran torino, qui comporte plus d’enjeux, plus de rebondissements. car finalement, que voit-on le plus souvent dans La mule ? Surtout un vieux qui fait des aller-retour en voiture. Eastwood réussit néanmoins à nous passionner pour cet homme si étonnant et ambigu.

Le réalisateur paraît très affaibli dans ce dernier rôle, et je me suis inquiétée de devoir écrire bientôt sa rubrique nécrologique. Pépé a tout de même 88 ans ! Mais Bradley Cooper, son partenaire à l'écran, précise : "Ce qui est génial chez Clint, c’est qu’il a dû jouer le fait d’être vieux tellement il est en forme, il saute de sa chaise comme un kangourou."

Eastwood a le chic pour dénicher des histoires incroyables : L'échange et cet enfant disparu que la police remplace par un autre, Sully qui évite de justesse l'écrasement d'un avion, American sniper, Million dollar baby... Et désormais, ce passeur de drogues improbable. Si vous avez apprécié Gran Torino, vous aimerez La mule.

08/01/2019

Border, aux frontières de l'étrange

border.jpgTina est une douanière au physique aussi particulier que son talent. Les passagers défilent devant son poste, et elle sent ceux qu'elle doit arrêter, qui transportent de la contrebande ou de l'alcool. Elle sent, justement, littéralement. Avec son curieux nez qui ressemble plus à un groin, elle flaire les individus et sent leur culpabilité et leur honte. Un jour, elle voit arriver un homme au physique aussi étrange que le sien, qui va perturber son univers et ses certitudes...Voir la bande annonce en lien. 

Border a fait sensation au dernier festival de Cannes, où il a remporté le prix Un certain regard et a été encensé par la critique. J'ai vu le film il y a plus d'un mois, et je m'en souviens encore, moi mémé Alzheimer qui oublie ce qu'elle a vu la veille ("c'était sympa. Ça parlait de quoi déjà ?") Surtout, j'y repense encore souvent, tant Border est un ovni qui ne ressemble à aucun autre film et laisse une impression bizarre.

border persos.jpgIl est tiré d'un roman de John Ajvide Lindqvist, qui a déjà été adapté au cinéma à travers le film Morse, que j'avais adoré. Vous pouvez relire ma critique ici, je l'avais à l'époque classé deuxième meilleur film de l'année 2009.
On retrouve dans Border la même atmosphère étrange. Comme dans Morse, le réalisme bascule peu à peu dans le fantastique. Comme dans Morse, deux exclus vont s'assembler. Dans Morse, un collégien souffre-douleur se lie d'amitié avec une nouvelle élève, qui se révèle être un vampire. Dans Border, Tina est rejetée en raison de son physique, elle ne bronche pas pour se faire accepter. Elle vit en couple avec un homme qui profite simplement de sa gentillesse pour être nourri et logé gratuitement. Mais l'arrivée de Vore, cet être qui lui ressemble, va la faire changer. Lui n'hésite pas à affirmer ses différences et à s'opposer aux hommes qui le rejettent. Il va inciter Tina à vivre comme elle le souhaite et à ne plus refréner ses instincts.

border bois.jpgBorder, c'est la frontière entre normalité et étrangeté, réalisme et fantastique, entre animalité et humanité. Qu'est-ce qui définit être humain ? Agir avec bonté ? Alors pourquoi certains hommes sont "des animaux sans cœur", ne respectant rien, ni les humains, ni la nature ?
J'ai beaucoup aimé ce dernier point sur l'écologie. La grande sensibilité de Tina lui permet d'être proche de la nature et des animaux. Elle se ressource à leur contact, en marchant pieds nus dans la mousse, les renards et les cerfs viennent la voir spontanément... Lorsqu'elle emmène aux urgences sa voisine sur le point d'accoucher, elle s'arrête car elle a senti qu'une famille de chevreuils allait traverser la route. Comme j'aimerais être comme elle ! Enfin, avoir ce don, mais avec le physique de Blanche-neige qui gambade avec les animaux de la forêt en chantant "un jour mon prince viendra", pas avec la tête de Tina qui attire un monstre comme Vore !

Pour son rôle, l'actrice Eva Melander (vue dans les séries The bridge et Real humans) n'a pas hésité à subir 4 heures de maquillage par jour et à prendre 20 kilos (moi qui crise dès que j'en prends deux...) Elle est excellente, comme son acolyte.
Border est un film qui ne laisse pas indifférent, si l'on ne reste pas sur le port et se laisse embarquer dans cette histoire bizarre, qui prend des virages imprévus. Le film est parfois à la frontière du grand guignol, comme lorsque les deux héros aux physiques grotesques courent nus dans les bois et se laissent aller à leurs élans les plus bestiaux. On est sans cesse étonné, choqué, amusé, et parfois si désorienté qu'on peut décrocher. J'ai trouvé que le film aurait mérité d'être plus court et j'ai préféré Morse, plus délicat. Mais les amateurs de film de genre comme moi ou ceux qui veulent de l'originalité seront comblés !

Border, un film de Ali Abbasi, en salles demain.

 

07/01/2019

Les animaux fantastiques 2

cinéma, harry potter, les animaux fantastiquesEmprisonné à la fin de l'épisode 1, Grindelwald s'évade dans ce second volet. Il veut combattre les moldus, les non sorciers, et pour cela veut utiliser Croyance et ses pouvoirs particuliers. Les héros partent à leur recherche...
Mémé Alzheimer ayant subi un sortilège d'oubliette, j'ai pris soin de revoir l'épisode 1 avant de découvrir la suite. Bien m'en a pris, j'aurais été complètement larguée sans ça. Je n'ai pas trouvé l'histoire si complexe, mais les difficultés viennent du fait que l'on suivent beaucoup de personnages et leurs parcours dans des lieux différents, et que l'on alterne les scènes de l'un à l'autre : on est au ministère de la magie qui cherche Grindelwald, puis on se retrouve à Paris avec Grindelwald qui cherche Croyance, puis dans un cirque avec Croyance qui cherche sa mère, puis à Londres avec Dumbledore qui demande à Norbert de chercher Grindelwald et Croyance, puis Norbert va à Paris pour chercher Grindelwald, Croyance mais aussi sa copine Tina (qui cherche Croyance), puis Queenie cherche sa soeur Tina, puis Jacob cherche sa fiancée Tina, qui s'est perdue. Un peu comme le spectateur : mais où on est ? Qui suis-je où vais-je dans état gère ? qui c'est celui-là déjà ? Mais ils sont tous frères ?
On se perd car les personnages sont nombreux et tous liés : Leta Lestrange était la fiancée de Norbert mais va se marier avec le frère de celui-ci, Thésée (mais pourquoi changer de fiancé ?! rien n'est expliqué). Croyance est peut-être le frère de Truc, et Truc la demi-sœur de Bidule, mais peut-être plutôt de Machin en fait...

Cet imbroglio est le reflet des luttes fratricides entre sorciers, et on arrive à l'aspect le plus intéressant du film : le parallèle sombre entre la politique de 1930 et notre époque. Ce second volet montre comment l'on peut arriver à la guerre en se laissant berner par une propagande démagogue. Grindelwald séduit ses troupes en leur expliquant que le ministère de la magie est trop liberticide, que ses lois sont trop contraignantes : pourquoi les sorciers ne peuvent pas épouser qui ils veulent, pourquoi doivent-ils se cacher, et surtout pourquoi protéger les moldus, alors que ces hommes pratiquaient la chasse aux sorciers et vont provoquer la seconde guerre mondiale ? 

cinéma,harry potter,les animaux fantastiquesLes personnages sont déchirés et doivent prendre parti, pour ou contre Grindelwald, pour ou contre la guerre contre les moldus et le ministère. Le grand méchant est incarné par un Johnny Depp albinos plutôt convaincant. Son alter ego, Dumbledore, est représenté par Jude Law, assez étonnant dans ce rôle (j'imaginais le grand sorcier vieux depuis toujours, avec son immense barbe blanche et son peignoir débraillé, et pas en hipster  à veston).
Les plus intéressants selon moi sont le couple formé par la belle et naïve Queenie et le pataud sympatoche Jacob, seul moldu de la série et qui symbolise le spectateur découvrant l'univers des sorciers. Le héros, Norbert Dragonneau, refuse au début de s'engager comme Auror au service du ministère (son épouvantard -ce qui lui fait le plus peur- est de travailler dans un bureau, comme je comprends ce Gaston Lagaffe).
Il est à l'opposé de la fille dont il s'amourache, Tina, aussi rigide et stricte que les lois qu'elle fait respecter. Mais vraiment, que lui trouve t-il a cette porte de prison austère qui ne sourit jamais et qui se tient droite comme un i avec son balai dans le cul? Leur histoire d'amour ne fait pas rêver. L'ex de Norbert est beaucoup plus intéressante, la très belle Leta Lestrange (Zoé Kravitz, fille de), rejetée pour sa singularité, comme Norbert l'était. Dans ce volet celui-ci apparaît d'ailleurs franchement autiste, avec son refus de s'engager (une guerre ? je m'en fiche, laissez-moi avec mes animaux) ses regards de biais et son obsession pour les animaux ("tu es trop belle, tu as les yeux d'une salamandre")

Les animaux justement. Où sont-ils ? Ils devraient former le principal sujet, puisque la saga porte leur nom. Dans le premier film, les bestioles avaient leur importance, avec une intrigue qui tournait autour d'eux. Le héros cherchait (déjà) des animaux évadés et des scènes entières leur étaient consacrées (la magnifique séquence où Norbert présente à Jacob son zoo havre de paix pour les espèces menacées. Dans ce deuxième film, les animaux sont très secondaires : Norbert ne les cherche plus, il cherche Grindelwald et Croyance. Les bébêtes n'ont même plus d'utilité, à part crocheter une serrure qui pourrait s'ouvrir facilement avec un sortilège allohomora. Pourquoi Norbert ne se sert-il pas par exemple de la puissance du dragon qu'il a libéré pour neutraliser Grindelwald ?

En résumé un film plus sombre et complexe que le premier, qui m'a plu, avec de magnifiques décors et un Paris des années 30 très bien rendu. Mais un film à voir uniquement si l'on a vu récemment le premier volet et si l'on est familier de l'univers de Harry Potter. Moldus, passez votre chemin, apprentis sorciers, courez en salle !

 

29/10/2018

Soupçons, the staircase : l'incroyable série documentaire criminel qui a lancé le genre

soupcons.jpgJe m'en souviens comme si c'était hier, et pourtant, l'histoire remonte 15 ans en arrière… La découverte de cette série sur Canal +  m'avait laissée sous le choc. Elle était restée jusqu'à présent comme ma référence absolue en documentaire criminel. Soupçons est réalisé par le Français Jean-Xavier Lestrade, oscarisé pour Un coupable idéal

soupcons famille.jpgCette année, la suite est enfin sortie, sur Canal +, et désormais sur Netflix. Dès les premières notes de la sublime musique du générique (à écouter ici) mes poils se sont hérissés, je me suis immédiatement sentie replongée 15 ans dans le passé. J'étais très émue, surtout de revoir tous les protagonistes longtemps après, comme des membres de ma famille perdus de vue : les filles adolescentes devenues mères de famille, l'accusé transformé en vieillard par le poids de tout ce qu'il a vécu…

soupcons couple.jpgSoupçons suit le procès de l'écrivain Michael Peterson suspecté d'avoir tué sa femme. Après une soirée arrosée, il la trouve agonisante en bas des escaliers. Il appelle paniqué les secours, en pleurant, les suppliant de venir le plus vite possible (on entend à de nombreuses reprises l'appel, on voit les réactions des proches en l'écoutant, c'est très émouvant). Trop tard, la femme décède. Sûrement un simple accident, elle avait trop bu, consommé des somnifères, l’escalier est étroit et en colimaçon. Son époux n'a aucun mobile pour le meurtre et tout le monde peut témoigner que le couple s'adorait.

soupçons avocat.jpgLe réalisateur filme l'accusé, sa famille et son avocat, pendant deux ans, dès les prémices de l'affaire, et on peut voir que personne ne croit que l'histoire ira jusque devant les tribunaux, puisqu'elle ne tient pas la route. L'homme plein d'esprit et d'auto dérision ne cesse de prendre l'affaire à la légère, elle est si risible. Mais il oublie qu'il habite l'Amérique profonde, en Caroline du sud. C'est sans compter sur l'acharnement des policiers de la ville de Durham.
Peterson, rare progressiste dans cette commune, avait osé dénoncer dans le journal local la corruption de la police et les injustices qu'elle commettait. Ah on est injustes ? Eh bien il va en avoir pour son argent ! Eh oui, l'écrivain aisé, jalousé, se retrouve ruiné par un procès coûteux et fortement médiatisé. Il perd ses amis et toute vie sociale. Sa vie et celle de ses proches sont disséquées et détruites. Ses filles ne perdent pas seulement leur mère, mais risquent de perdre leur père que l'on veut emprisonner jusqu'à sa mort. Cet homme est jeté en pâture aux médias américains, vampires avides de sang.

Soupçons enchaîne les rebondissements qui paraîtraient grossiers dans un film. Mais comme toujours, la réalité dépasse la fiction, c'est pour cela que je préfère les documentaires et les biographies aux romans. Les policiers exhument des détails sordides : par exemple, en fouillant dans son ordinateur, ils découvrent que l'homme avait des penchants bisexuels. Sa femme et son entourage étaient parfaitement au courant, mais Oh mon dieu, quelle horreur pour cette Amérique puritaine ! C’est forcément le mobile du crime : la brave épouse a découvert le pot aux roses, et menacé de divorcer, c'est sûr !

soupcons peterson.jpgJe vous passe les autres péripéties, incroyables, pour maintenir le suspense. Soupçons n'est pas seulement une enquête, l'enjeu n'est pas simplement de savoir si l'accusé est coupable ou innocent.
Le documentaire montre les coulisses fascinantes d'un procès, comment on choisit les témoins, comment on présente les indices pour tourner les choses en sa faveur. Les manipulations et plaidoyers des avocats des deux parties sont des joutes verbales absolument passionnantes, comme dans le film La vérité de Clouzot (qui s’inspirait également d’une réelle affaire, celle de Pauline Dubuisson, décrite par Philippe Jaenada dans La petite femelle, devenu depuis mon livre de chevet.)
Soupçons ne retrace pas seulement une simple affaire criminelle et ses conséquences sur les proches de la victime et de l'accusé, c'est l'état de l'Amérique toute entière qui est décrit, où des populations fort dissemblables se côtoient sans se connaître et comprendre.
Je pourrais résumer grossièrement l'effet que me donne cette affaire comme : les gentils intelligents cultivés mesurés contre les méchantes brutes incultes hystériques : la tête du procureur et de son adjointe vociférants, le regard plein de haine, le sourire sadique, se délectant de la souffrance d'autrui en énumérant avec délice les soi-disant sévices subis par l'épouse, et le prétendu horrible pervers qu'est le sensible accusé, ce n'est pas possible, faites les taire, qu'ils fassent un autre métier où ils ne pourront plus nuire, je sais pas, trier des endives dans une pièce obscure sans contact avec personne, ce serait bien par exemple ?

L'affaire est davantage filmée du point de vue de l'écrivain. Même si le réalisateur se défend de tout commentaire et donne également la parole à l'accusation, on sent évidemment son empathie pour l'écrivain et ses proches. D'ailleurs, pour prouver cette compassion, sa monteuse a fini en couple avec l'accusé !
L'affaire l'a tellement marquée que depuis, Jean-Xavier de Lestrade ne souhaite plus réaliser de documentaires. Décision navrante, mais il a ouvert une porte : grâce au succès de Soupçons, les fabuleux The keepers et Making a murderer ont pu exister. Je vous en parle prochainement…

 

22/10/2018

A la télé ce soir : Toy story

toy story.jpgC'est les vacances ! Et on le remarque avec le programme télé, rempli de films d'animation cette semaine.
Ce soir, C8 programme Toy story. Il est le premier long métrage entièrement réalisé en images de synthèse, en 1995. Un prof nous l'avait fait étudier à la fac de ciné, non seulement pour la révolution esthétique que ce film a créée, mais surtout pour son scénario.
Les jouets du petit Andy prennent vie lorsqu’il a le dos tourné. Quand j'étais petite, je possédais le livre La nuit où tous les jouets s'animèrent qui me terrifiait, car j'avais surpris mon grand frère en train de regarder Chucky et j'imaginais que ma poupée allait venir me découper dans la nuit pour se venger du 4/10 que je lui avais mis à sa dictée en jouant à la maîtresse.

Rien de cauchemardesque dans Toy story, les jouets sont gentils. A chaque anniversaire, ils craignent d'être remplacés par un nouveau venu plus performant ou original, comme le cinéma d'animation classique de l'époque pouvait le craindre des films de synthèse comme Toy story. La peur des jouets est fondée : pour ces 6 ans, Andy reçoit le tout nouveau robot gadget et délaisse son vieux cowboy Woody.

A son âge je possédais peu de jouets (« On n'a pas la place ! T'as qu'à prendre les vieux jouets de tes frères ! ») (génial, justement j’adore les voitures et les G.I Joe…) Le père noël ne m'amenait pas les derniers jeux à la mode qui permettaient aux élèves de crâner à la rentrée (« un ordinateur ? Mais pour quoi faire ? » J'ai obtenu mon premier PC en 2007...), mais je me souviens avoir quand même reçu des petits malins, Gaby l'ami des touts petits, un Bisounours (le pourtant petit « grostaquin » (ma copine avait eu le plus grand « gros câlin » qui pouvait articuler ses pattes, je l'enviais) et un Popple que j'adorais (j'avais décrété que c'était un rebelle qui jouait de la guitare électrique). Ils n'ont pourtant jamais supplanté dans mon cœur Lapinou, ma première peluche reçue à ma naissance, que je garde toujours (dans mon ancienne chambre d'enfant hein, pas dans mon lit d'adulte).

Toy story traite de la nostalgie de l'enfance, mais aussi de constance et fidélité, à nos idéaux et rêves, à nos jouets ou proches… Le film pointe également une critique de la société de la consommation, où tout ce qui est nouveau fait envie, discours auquel mémé reste hermétique.

Je me souviens qu'un lundi au collège, plusieurs élèves sont arrivés avec le même sac à dos, des Eastpak. J'étais persuadée qu'ils étaient des objets publicitaires distribués gratuitement par les camions qui s'installaient souvent sur la grande place : pourquoi tout le monde porterait le même sac sinon ? Quand mes camarades m'ont avoué avoir payé dix fois le prix habituel pour un simple cartable, tout simplement parce qu'il était à la mode, je suis tombée des nues. J'avais 11 ans et c'était ma première grande découverte de l'abrutissement des masses par la publicité. Les élèves, puis des années après, les enfants que je gardais en baby sitting, déploraient le manque de tenue de leurs eastpak qui se déchiraient rapidement. Eh bien figurez-vous que je possède toujours mon sac à dos du collège que j'avais acheté à l'époque 20 francs. Indémodable, indestructible.
A la même période, j'ai découvert le scandale des enfants Chinois qui fabriquaient des Nike pour quelques centimes. Le jour-même, j'ai décrété que jamais plus je ne porterai cette marque, ni aucune autre. Je n'ai pas dérogé à cette règle. Cet été, des dizaines d'années plus tard, j'ai dû changer mes baskets, les miennes rendant l'âme. Faire les magasins et particulièrement acheter des chaussures est pour moi une torture. Impossible de trouver une paire sans marque, ou sans fioritures inutiles : je veux du sobre, du noir que je pourrais porter des années jusqu'à déchirure de la semelle. Une paire de nique correspondait à mes critères, ma mère a proposé de me les offrir vu le prix exorbitant, j'ai évidemment refusé :
« Je refuse de porter des marques
- Quelle idée : tu es bien bizarre !»

Il y a que les cons qui ne changent pas d’avis, mais pour les valeurs essentielles, pourquoi aurai-je sacrifié mes idéaux ?
J'ai passé l'été à me tordre la cheville, jusqu'à voir ma nièce : en pleine croissance, l'ado avait porté une seule fois une paire de baskets noires. Exactement ce qu'il me fallait. Je n'ai même pas eu besoin d'acheter des chaussures.
On m'a ensuite félicité :
« elles sont classes ! C'est quelle marque ?
- Aucune. Et elles coûtent 12 euros.
- Oui mais elle vont pas tenir longtemps. Une marque, c'est plus solide.
- C'est tout le contraire, tu paies juste le nom célèbre. et comme les gens qui achètent des marques sont justement accros à la nouveauté et vont bientôt changer de chaussures pour un nouveau modèle, les baskets de marque ne sont pas faites pour durer. Mon ancienne paire à 12 euros a tenu 6 ans en les portant quotidiennement…»

Bref, tout ça pour dire que Toy story recèle plusieurs messages, pour petits et grands, et que je suis particulièrement sensible à celui sur la fidélité à nos objets. Je n'ai toujours pas trouvé le courage de jeter mes baskets déchirées, elles m'ont accompagnée dans tant de promenades... On ne sait jamais, elle pourraient me dépanner encore...

06/04/2018

Takahata a rejoint le tombeau des lucioles

tombeau lucioles.jpgMais il restera une lumière allumée dans la nuit, car les étoiles ne meurent pas !

Jeudi 5 avril, 23 heures, je rentre de dîner, guillerette. J'allume l'ordi pour regarder la série Mindhunter (sur l'invention du profilage des serialkiller) et je tombe sur l'actualité qui plombe ma soirée : le réalisateur de film d'animation Isao Takahata est décédé, à l'âge de 82 ans.
Pour ne pas m'achever, je n'ai pas le courage de regarder Le tombeau des lucioles. J'envoie à la place le traditionnel sms à mon frère :
"Devine qui est mort ? Un cinéaste. Tu n'as peut-être pas retenu son nom mais tu n'as pas pu oublier son oeuvre, même 30 ans après sa sortie, le film d'animation le plus triste au monde.
Réponse immédiate : -  le tombeau des lucioles !!"

Dans ce film, deux orphelins tentent de survivre dans le Japon d'après guerre en ruine. Un temps recueillis par leur tante, les enfants sont vus comme des bouches de trop à nourrir. Rejetés, ils décident de vivre seuls dans la nature, éclairés la nuit par les lucioles. Mais la petite fille souffre de malnutrition et son grand frère fait tout pour la guérir.
Si vous voulez reconnaître un sociopathe, pas la peine de lui soumettre toute une batterie de tests psy : si le gars ne chiale pas devant Le tombeau des lucioles, fuyez, appelez les flics, vous avez trouvé le nouveau Charles Manson. Je ne connais pas une seule personne qui n'ait pas été émue par ce film. Et le pire qui finit de nous traumatiser : il est inspiré d'une histoire vraie. 

kaguya.jpgL'autre film aussi triste et magnifique de Takahata, c'est le sublime Conte de la princesse Kaguya. Il est l’adaptation d’un conte japonais du Xe siècle. Un modeste paysan trouve une enfant et un trésor dans un bambou. Il se persuade que le bébé est une princesse qu’il faut élever comme telle. La famille quitte alors la montagne et les amis avec lesquels la petite a grandi, pour rejoindre la ville et les codes très rigides de l’éducation d’une princesse. Mais Kaguya reste nostalgique de son enfance, de la nature, de la simplicité de son ancien mode de vie et de son amour perdu… (voir la bande annonce en lien)
le sujet touche à l’universel : est-ce la peine de sacrifier ses rêves et désirs profonds pour se conformer à ce que les autres et la société attendent de nous ? Peut-on passer à côté de sa vie ?
Le dessin est d’une beauté époustouflante. Il varie d’une scène à l’autre, rappelle les estampes japonaises, l’aquarelle, le pastel… L’histoire qui frôle avec le fantastique est magique, belle et terriblement émouvante. J’ai vu le film pendant un match de la France au mondial. On était qu’une vingtaine dans la salle, majoritairement des femmes (et quelques rares hommes qui les accompagnaient). On est TOUS restés jusqu’à la fin du générique, complètement sonnés. J’entendais renifler et j’ai vu plusieurs personnes les larmes aux yeux.

pompoko.jpgMais Takahata ne proposait pas que des films tristes. Son style était très changeant, de dessins et d’histoires, passant du mélo au film d'aventures (Horus prince du soleil), de l'aquarelle sophistiquée au griffonné. Il a aussi réalisé des comédies loufoques, comme Mes voisins les Yamada, Kié la petite peste, ou bien encore Pompoko. J'ai un faible pour celui-ci, grâce à son message écolo et positif : les animaux se révoltent contre l'accroissement urbain qui détruit leur forêt.
L'ode à la beauté de la nature se retrouve dans toute l'œuvre de Takahata, comme celle de son acolyte Miyazaki. Ce dernier qui avait annoncé sa retraite, reprendrait du service pour un dernier film en...2022. Il aura alors 81 ans. Espérons qu'il ne fasse pas comme les vieux couples inséparables : ne pas survivre à son compagnon...

 

03/04/2018

Ready player one

ready player one.png2047, la société va mal. La population vit dans des bidonvilles. Pour oublier leur condition, les hommes se réfugient dans un monde virtuel, l'oasis, où ils peuvent être enfin ce qu'ils souhaitent grâce à leur avatar : beaux, forts, courageux, et riches.
Ce dernier rêve pourrait se réaliser dans la vraie vie : à sa mort, le créateur du jeu, Halliday, a caché dans l'oasis un easter egg, un œuf de pâques. Celui qui le trouvera héritera de toute sa fortune, 500 milliards de dollars. Tous les joueurs du monde se lance à la poursuite du butin. Parmi eux, James et son ami Aech, qui ne se connaissent pas dans le monde réel, et Artémis, une rebelle motarde qui veut à tout prix empêcher une multinationale de contrôler le monde virtuel, et ainsi, les humains qui le peuplent.

Halliday qui nous fait une farce en organisant une chasse au trésor pour trouver son héritage : sacré Johnny, c'est donc pour ça que Laura et David n'ont rien eu, ils n'ont pas su décoder tes indices ! Chercher les œufs de pâques, ça tombe bien, c'est ma spécialité comme dirait Yves de Koh lanta. Ma mère sadique les planque toujours sous les plantes qui piquent du jardin, les chardons ou les rosiers, et même si mémé Alzheimer oublie chaque année où elle les a mis (« mais, il manque un poisson ? Et une poule ? ») on finit toujours par les trouver. À minuit sous la pluie à la lampe torche, ou six mois après, moisi et détrempé, par hasard en bêchant le jardin (en jardinant, on déterre aussi des hérissons et des crapauds accoucheurs).

game and watch.jpgUn truc qui est moins ma spécialité, c'est les jeux vidéos. Mémé pétait les scores à la Game and watch de Donkey kong, le comptage n'allait que jusqu'à 999 et je retournais à 0 jusqu'à 4 fois tellement j'étais forte. Mais cette console date des années 80 et je n'ai plus touché à un jeu vidéo depuis, pas le droit d'en avoir, et après, j'étais trop vieille pour m'y remettre. J'ai réessayé hier avec Heroes of the storm, je n’arrivais même pas à repérer qui était mon personnage, il s'est pris une flèche en moins de 10 secondes, j'ai pas su d'où elle venait.

Les jeux vidéos ne semblent pas non plus être la spécialité de pépé Spielberg, 71 ans. Il fait surtout référence à des jeux des années 80, et pour les jeux actuels, se contente de montrer les personnages célèbres sans exploiter leurs capacités. Enfin c'est ce qu'on m'a dit, car bien sûr mémé n'a pas reconnu les jeux vidéos cités.
En revanche, j'ai bien saisi les références cinématographiques. Le rubik's cube de Zemeckis qui permet de remonter dans le temps, la Delorean de Retour vers le futur...
Pépé Spielberg est aussi beaucoup plus à l'aise avec les références cinéphiles. La meilleure scène du film est celle de l'indice caché dans Shining. On s'y croirait, tout y est, reproduit à la perfection : l'escalier principal, l'ascenseur et son flot de sang, le labyrinthe, la room 237…
Si le réalisateur avait choisi d'envoyer ses personnages dans des films plutôt que des jeux vidéos, Ready player one aurait été parfait, et je rêve d'une suite exploitant cette idée. Je me retrouverais projeter dans l'univers des Miyazaki, je rencontrerais le dieu cerf dans la forêt de princesse Mononoké, je me baladerais dans le château ambulant ou dans le ciel, ou en prenant le chatbus...

Dès les premières images de Ready player one, où le héros traverse la tour de Babel improbable de son bidonville, j'ai été subjuguée par la prouesse hallucinante de la mise en scène virevoltante, et j'ai regretté de ne pas avoir choisi la version 3 D. L'immersion dans ce monde étrange est totale. Autre scène à couper le souffle, celle de la course de voitures pour récupérer le premier indice. Mémé nulle en nouvelles technologies a déjà du mal à jouer à Mario kart, je fonce dans le mur ou le cratère du volcan dès le premier virage, je suis incapable de saisir les objets ou d'éviter les peaux de banane, alors affronter Godzilla et King Kong qui détruisent la route, vous imaginez le carnage.

On peut apprécier Ready player one sans être adepte des jeux vidéos (mes voisins de ciné étaient septuagénaires). Le film plaira surtout si on a gardé son âme d'enfant, ou si l'on a vécu les années 80, décidément à la mode ces temps-ci après Stranger things. J'ai aimé entendre les musiques de l'époque comme le Blue monday de New order, Bruce SpringsteenTears for tears... J'ai adoré tenter de résoudre les énigmes comme une apprentie détective, et je ne soupçonnais pas les réponses, qui m'ont épatée.

Mais Ready player one reste assez convenu. Les personnages sont caricaturaux : Le héros est un jeune orphelin (classique), un peu réservé, accompagné de son meilleur ami rigolo et culotté (rôle traditionnellement donné aux Noirs dans les films américains). Le jeune homme tombe immanquablement amoureux de la fille, farouche, belle et intrépide. Ils se font aider dans leur quête par deux asiatiques gentils et serviables : les éternels clichés et la famille Benetton déjà à l’œuvre dans le dernier Star wars sont là. Les méchants sont très méchants, égoïstes et ne pensent qu'au pouvoir et à amasser de l'argent (un peu comme les joueurs de l'oasis en fait...) L'inévitable bataille finale m'a semblé longue et classique (tous ensemble contre les méchants) la fin et l'histoire d'amour sont encore plus convenues.

ready bidonville.jpgJe regrette surtout les imprécisions sur la société de 2047. Pourquoi le monde s'est t-il transformé en bidonville ? Guerre, crise financière, désastre écologique ? Tout le monde semble jouer, partout, en permanence, dans les rues, chez soi : plus personne ne travaille ? Il aurait été pertinent de développer le monde réel également. Dans une suite peut-être ?

Le message du film est simpliste : le monde virtuel, c'est bien, mais la réalité, c'est encore mieux, alors parlez-vous dans la vraie vie plutôt, aidez-vous et aimez-vous les uns les autres au lieu de vous renfermer sur vous-mêmes. Le film ne remet pas en cause le monde virtuel et ne propose pas vraiment de changer la société dans le monde réel. Non, il propose juste une pause : deux jours de relâche où le jeu vidéo n'est plus accessible.

olivia-cooke.jpgrose byrne.jpgJ'ai grandement apprécié de retrouver Simon Pegg, auteur et acteur de l'une de mes comédies cultes, Shaun of the dead. Je trouve que Olivia Cooke, la jeune actrice qui joue Artemis est le sosie de Rose Byrne en plus jeune. Je rêvais que son avatar dont le héros est amoureux soit en réalité un mec de 80 balais, mais bien sûr, on est dans un film : la vraie fille est encore plus jolie que son personnage. Seule une anodine tache de naissance sur la joue la complexe, et elle demande à James lorsqu'elle le rencontre : « ça ne te dérange pas ? » Euh, et elle, ça ne l'ennuie pas que la gueule du mec ressemble à une patate et qu'il soit dix fois plus laid que son avatar ? (Tye Sheridan, qui a plus le physique d'un boxeur écrasé par les coups que d'un jeune premier aux traits délicats). La fille doit être jolie, mais l'homme, c'est secondaire…

Malgré ses clichés, Ready player one est un très bon divertissement que je vous conseille.