26/09/2014

Les vacances du petit Nicolas

petit nicolas.jpgMémé-toujours-un-train-de-retard se rend compte qu’elle a oublié de publier plusieurs billets, dont celui-ci ! Mais contrairement à Albert à l’ouest, le film est encore diffusé !

Je n’ai pas vu le premier Petit Nicolas, pour moi l’adaptation des livres de mon enfance déflore l’idée que je me faisais des personnages. Surtout quand le père est joué par l’insupportable et omniprésent Kad Merad. Ce chauve lippu est le seul comédien français existant ou quoi ! J’ai du mal aussi avec la gueule et surtout la voix horripilante de Valérie Lemercier (je l’imagine toujours dire comme dans la pub « c’est moi qui l’ai fait ! » 

Je n’aurais pas eu l’idée de voir le film si je n’étais pas payée pour le faire en accompagnant des gamines ravies, dans une salle remplie de gones braillards. Dure épreuve pour mémé qui supporte mal le bruit et l’agitation. En tout cas eux, ils ont « a-do-ré » le film qui « est trop bien » 

J’aurais sans doute aimé autant que les gamins si mémé avait toujours leur âge. La comédie n’est pas mauvaise, mais avec ses farces potaches, est surtout destinée aux enfants.  Les gags sont parfois de mauvais goût et à la limite de la cruauté et de la méchanceté (échanger le tuyau de la douche avec celui des égouts, mettre un serpent dans le lit des parents, voler un portefeuille, mentir : c’est du joli, bel exemple) Les gamins en groupe sont souvent bêtes et méchants… J’ai surtout apprécié la reconstitution minutieuse, acidulée et carte postale de la France des années 60. Un film à voir quand on a 10 ans. Mais j'ai plus 10 ans, si tu me crois pas, t'ar ta gueule à la récré.

 

22/09/2014

Near Death Experience : une expérience (ciné !) à tenter

cinéma français« Obsolète. J’ai 56 ans et je suis obsolète.
56 ans. L’âge de mon grand-père quand j’avais 7 ans. Avant on était un vieux, un pépé. On attendait tranquillement la retraite. On ne vous demandait pas d’atteindre des objectifs. De les dépasser. On ne vous demandait pas d’être toujours séduisant. D’être habillé en jeune. D’être un homme viril, de baiser encore. De faire du sport. De manger équilibré. D’aimer sa femme comme au premier jour, d’être le meilleur copain de ses enfants… On ne vous demandait pas d’être créatifs. D’avoir de l’humour. Et des passions !
T’as eu de la chance pépé. T’as eu le droit de n’être qu’un pépé. Moi, tu vois, en étant comme t’étais, je suis devenu un pauvre gars. Obsolète. » (voir bande annonce en lien)

Near Death Experience annonce sa radicalité et son originalité dès le générique : pas de musique, sur fond d’orage, les noms du casting entier apparaissent. Puis il s’ouvre sur un long plan, mal cadré, image sale, comme une caméra cachée. On voit un homme accoudé à un comptoir, en train de boire avec d’autres types. On n’aperçoit que le buste de ces derniers, car eux se tiennent droit. Le premier essaie de capter leur attention, en leur offrant un verre, mais le contact n’a pas vraiment lieu.
Rentré chez lui, l’homme reprend à boire, se pose devant le journal télé, qui traite des superstitions qui ont lieu en ce vendredi 13. Sa femme et ses enfants rentrent des courses, les jeunes se chamaillent, la mère les recadre, le banal quotidien. L’homme ne participe pas à la conversation,  concentré sur le J.T : le vendredi 13, c’est un signe. Il annonce qu’il va faire un tour en vélo et qu’il revient dans une heure. Arrivé à mi- montagne, il abandonne son VTT, erre dans la nature dans l’idée de passer enfin à l’acte : mettre fin à une vie qu’il juge dénuée de sens. Mais plusieurs personnages et événements l’empêchent de concrétiser son geste…

cinéma françaisNear death experience. Ne vous attendez donc pas à une adaptation du troublant livre de témoignages de Raymond Moody, La vie après la vie. N’espérez pas un film hollywoodien paranormal, plein d’action et d’effets spéciaux, sur des corps flottants en l’air, qui passent un tunnel de lumière puis reviennent réintégrer leur enveloppe terrestre. Pas de Au-delà comme Clint Eastwood, pas de Prophétie des ombres, pas d’effondrement d’un pont et la mort de centaines de personnes évitée, mais un homme le plus souvent seul qui marche dans la montagne en soliloquant. Pas de séduisant Richard Gere, mais un Michel Houellebecq qui paraît 20 ans de plus, frêle, sans dents (!) qui ressemble à s’y méprendre à Louis Ferdinand Céline !

Le tableau ne paraît peut-être pas attrayant, et pourtant, ça fonctionne ! N.D.E est tellement inclassable et original qu’il exerce une sorte de fascination. Il fallait oser faire un film sur un sujet pareil, avec aussi peu de personnages et d’action (il ne dure qu’1h30,heureusement !) Pour cela, il fallait bien les deux compères Benoît Delépine, ancien auteur des Guignols, et Gustave Kervern (qu’on a vu récemment dans le très bon Dans la cour-voir ma critique- où il incarne aussi un dépressif). J’ai vu tous les films de ces auteurs rebelles et provocateurs. J’ai beaucoup aimé Le grand soir (voir mon billet en lien) et j’ai un grand faible pour Louise Michel (où des ouvrières engagent un tueur à gages bidon pour tuer leur patron qui délocalise leur usine !)

Dans NDE, les réflexions de Michel Houellebecq peuvent résonner en nous, comme l’extrait cité en ouverture. Pourquoi veut-il mettre fin à ces jours, alors qu’il a une femme, des enfants, un travail ? Sans doute parce qu’il s’ennuie dans cette vie tranquille : « quand je me suis marié avec toi, j’étais fier. Je ne te l’ai jamais vraiment dit mais les femmes que j’ai connues se comptaient sur les doigts d’une moufle (…) Avec toi je savais que la vie serait douce. Je ne t’ai jamais trompé. J’ai perdu ma liberté mais j’ai gagné la paix. »
Il manque de réel contact humain. Le personnage exerce un métier stressant sur une une plate-forme téléphonique : il communique avec les gens sans les voir, et ceux-ci sont souvent agressifs, il a obligation de rentabilité... 

L’écrivain apporte son humour plein d’autodérision, qu’on a pu voir récemment sur Arte dans L’enlèvement de Michel Houellebecq. J’ai lu également tous les livres de l’auteur, mais je garde ma préférence pour son premier, Extension du domaine de la lutte, car je l’ai lu à l’époque de sa sortie, où je l’ai trouvé très novateur. 

Tentez vous aussi cette expérience hors du commun : non n’essayez pas de vous suicider, allez simplement voir ce film qui mérite le coup d’œil ! Pour le plaisir de voir Michel Houellebecq danser sur du Black Sabbath... et que la montagne est belle, comment peut-on s'imaginer en voyant Houellebecq se suicider un vol d'hirondelles que l'automne vient d'arriver ?

 

09/09/2014

Mademoiselle Julie, une femme étonnante

mlle julie.jpgEn 1890, en Irlande, le soir de la saint Jean. Mademoiselle Julie (Jessica Chastain) jeune aristocrate, est seule chez elle avec son valet John (Colin Farrell). Ce dernier doit se marier avec la cuisinière, mais il est attiré par Mlle Julie, sa beauté et son statut social... (voir bande annonce en lien)

Dans la première scène, l’héroïne se promène dans la forêt, sa belle robe et ses cheveux flottants au vent. Les images sont splendides et m’ont rappelé Bright star, où la jeune fille s’assied dans les fleurs pour faire un bouquet et rêver de son prince charmant, le poète John Keats. Je m’attendais à une histoire romantique et littéraire du même genre, le film étant une adaptation d’une pièce de théâtre d’August Strindberg, et se déroulant également au XIXème siècle.
Que nenni. Après cette jolie introduction dans la nature verdoyante, le film se situe principalement dans le décor rudimentaire de la cuisine. Les personnages s’y enferment pour échapper aux « vulgaires » paysans qui fêtent la Saint Jean, la nuit la plus longue et chaude de l’année, où l’on danse autour du feu. La nuit est longue et chaude aussi pour les personnages et un feu brûle en eux : le valet est irrésistiblement attiré par la flamboyante Mlle Julie. Celle-ci en joue, flattée et curieuse des choses de l’amour qu’elle ne connaît pas encore. Elle somme la cuisinière, sa rivale jalouse, de s’enfermer dans sa chambre. Pendant ce temps elle reste seule avec John. Un jeu de charme et de manipulation s’installe entre eux. 

Le début est plaisant. Les répliques et situations font mouche. Sauf que le film tourne à l’hystérie et au sordide, et ne fait plus du tout rêver. Mlle Julie agit de façon inconséquente et ridicule (elle demande à son valet de baiser son soulier, puis elle se jette à ses pieds pour faire de même, et là je ne vous raconte que le moins étrange…) J’espérais des répliques et des retournements de situation plus fins, qui ne venaient pas. La mécanique finit par tourner à vide et à être répétitive, je cite : « je vous hais » la scène suivante « je vous aime » puis « je vous déteste » etc… On décroche devant tant d’hystérie et de manque de discernement.

cinémaSeule la cuisinière, incarnée par Samantha Morton, est réaliste, en ne se faisant aucune illusion contrairement aux deux autres : elle ne sortira jamais de sa condition médiocre, les classes sociales ne se mélangent pas. Elle préfère se résigner et mener une petite vie rangée mais intègre sans remettre en cause l’ordre établi, en allant bien fidèlement  à la messe et  en servant ses maîtres et son mari sans être dupe.  Elle n’a pas de revendication égalitaire, sociale comme John, ou féministe comme Julie
Les acteurs sont comme toujours plein de sensibilité. Colin Farrell se lance dans une déclaration d’amour qui m’a rappelé son rôle dans Le nouveau Monde (où il est amoureux de Pocahontas). Mais il devient vite le contraire, cynique et intéressé. Selon la réalisatrice Liv Ullmann, « Colin Farrell a joué comme quelqu’un qui refuse sa condition de domestique mais ne peut y échapper, dans sa manière de marcher, de parler ou de se tenir. » Il dit à Julie : « vous êtes tout ce que je n’aurai jamais »
La rousse incendiaire Jessica Chastain est parfaite pour ce rôle de passionnée insatisfaite, qui rêve d’être libre d’aimer qui elle veut et d’égalité entre hommes et femmes.  Elle révèle : « je suis toujours en quête d’un ailleurs. »

La pièce a été interdite dans toute l’Europe à la fin du XIXème siècle, jugée moralement et socialement subversive, et trop moderne. La réalisatrice l’a adaptée car elle évoque des sujets  qui la concernent : « Etre vue ou demeurer invisible, donner une image de soi qui ne correspond pas à ce que l’on est vraiment, être aimé pour soi-même et non pour ce que les autres voient en vous, les rapports de sexe, les crises qui en découlent (…) Comme dans la vie, les gens ont beau parler, leurs interlocuteurs n’entendent que ce qu’ils veulent entendre. (…) Les personnages ne demandent qu’à se confier, mais ils ne sont pas entendus et restent seuls… comme nous avec nos téléphones ! »

J’ai apprécié les thèmes de cette pièce, le jeu parfait des acteurs, mais pourquoi tant de rebondissements délirants qui gâchent tout ? L’histoire se veut certainement subtile et profonde, mais au contraire, elle manque d’acuité… La nuit de la Saint Jean est chaude et longue pour les personnages, elle est longue aussi pour nous (2h15 !) et réfrigérante.

J’ai apprécié la musique, de Schubert, Tchaïkovski, Chopin, mais pourquoi reprendre, plusieurs fois en plus, le trio pour piano de Schubert indissociable de Barry Lindon, le chef d’œuvre de Stanley Kubrick…

 

06/09/2014

Gemma Bovery : places de ciné à gagner

cinéma, places de cinéma à gagner, Fabrice LuchiniMartin (Fabrice Luchini) licencié de son travail d’éditeur parisien, a repris la boulangerie paternelle, dans un village normand, afin de retrouver « l’équilibre et la tranquillité ». C’est raté : il s’ennuie, jusqu’à l’arrivée d’un couple d’Anglais, Charles et Gemma Bovery. Le littéraire trouve alors matière à nourrir son esprit romanesque : il piste la jeune femme en s’imaginant qu’elle est la réincarnation de son héroïne favorite : Emma Bovary… (voir bande annonce en lien)

Ce film possède un charme fou. J’ai gardé un sourire béat pendant toute la séance : haaa, le charme de la campagne normande, cette verdure qui me rappelle ma région, ces maisons en pierre avec les rhododendrons devant la porte… Le charme d’un scénario, surtout d’un héros (Luchini) romanesque, passionné, littéraire, imaginatif… Le charme pédant de Niels Schneider, aussi vénéneux que dans les Amours imaginaires de Xavier Dolan. Le charme de l’actrice Gemma Arterton, sa fraîcheur, son naturel désarmant. Elle faisait déjà succomber un village entier dans Tamara Drewe de Stephen Frears. Ce film était l’adaptation d’une bande dessinée de Posy Simmonds, tout comme l’est Gemma Bovery. 

cinéma, places de cinéma à gagner, Fabrice LuchiniLuchini fait son Luchini, en citant des bons mots littéraires et en pontifiant : « Les gens pensent que la vie à la campagne est merveilleuse, mais il y a énormément d’anti dépresseurs. Ou alors y a le calva. » Si vous faites partie de ceux que l’exubérance du comédien exaspère, vous serez content d’apprendre que les propos de Martin/Luchini sont constamment rabroués par sa femme devant tout le monde, sans qu’il ne bronche. Vous pourrez voir ce film, car le comédien y est assagi, pépère qui aime promener son chien et faire son pain. Il reste observateur et vit sa vie par procuration. Non pas en mettant du vieux pain sur son balcon pour attirer les moineaux les pigeons, mais en offrant du pain maison à sa voisine Gemma, qu’il épie depuis sa fenêtre. Son personnage un peu pathétique est attachant. Personne ne le comprend, sa femme, qui se moque de son imagination fertile, son fils qu’il appelle « le couillon » et qui préfère Call of Duty à Emma Bovary, ce à quoi Luchini répond : « J’aimerais mieux que tu te drogues plutôt que d’entendre des conneries pareilles » 

cinéma, places de cinéma à gagner, Fabrice LuchiniSi vous n’aimez ou ne connaissez pas le roman de Flaubert, sachez aussi que ce n’est pas essentiel, le film n’étant pas une adaptation. Il est plutôt un hommage et une toile de fond, comme l’est Alceste à bicyclette au Misanthrope de Molière, dans lequel Luchini a aussi joué. J’admets avoir lu Emma Bovary adolescente, et comme l’héroïne du film, en avoir pensé « il ne se passe pas grand-chose ». Comme l'exprime Luchini : « C’est quoi Madame Bovary aujourd’hui ? Une prise de tête pour les étudiants qui sont obligés de le lire pour les épreuves du bac ! Grâce à Gemma Bovery, ils vont découvrir une puissance libidinale folle qui se confronte au réel. Et peut-être réviser leur position sur l’auteur. » J’avais pourtant aimé l’adaptation de Claude Chabrol. Même si pour moi Isabelle Huppert est froide et hautaine, tout le contraire de Gemma Arterton, qui correspond mieux à ce personnage sensuel et passionné. 
Comme elle, tous les acteurs sont parfaits, avec une mention spéciale à Elsa Zylberstein, hilarante et insupportable en caricature de grande bourgeoise obsessionnelle et condescendante.

cinéma, places de cinéma à gagner, Fabrice LuchiniJ’ai beaucoup apprécié l’originalité de ce film réalisé par Anne Fontaine. On retrouve la rencontre improbable entre personnages opposés et comiques de Mon pire cauchemar, mais aussi la sensualité de l’excellent et troublant Perfect Mothers.

J’ai le plaisir de pouvoir vous faire gagner 5x2 places pour Gemma Bovery. Pour ceci, il suffit de répondre au quiz papillotien traditionnel :
- Quiz "On connaît le film" : Dans quel film (que j’adore) Fabrice Luchini incarne-t-il un écrivain qui, pour pouvoir publier un livre sur les rapports amoureux,  accepte de séduire une fille choisie par son éditeur, alors qu’il pense qu’elle est « immmoooonde ! » ?
- Quiz "On connaît le livre" : Dans Alceste à bicyclette,  les personnages incarnés par Fabrice Luchini et Lambert Wilson souhaitent adapter une pièce de théâtre. Quel est son titre et qui en est l’auteur ?
- Quiz "On connaît la chanson" : quelle est la chanson citée dans mon texte et qui en est l’auteur ?
Envoyez vos réponses avant ce mardi 9 septembre à midi, par mail (« me contacter » en haut à gauche sous la photo). Les gagnants seront prévenus mardi après-midi. Les places sont valables uniquement en France métropolitaine. Le film sort en salles mercredi.

A vous de jouer et bonne chance !

 

05/09/2014

La planète des singes : l’affrontement

planete singes affrontement.jpgLa planète des singes fait partie de mes films cultes, comme vous pouvez le voir dans la colonne de gauche. Je cite l’original de Schaffner de 1968, pas l’ignoble remake de Tim Burton (il est pourtant bon réalisateur, qu’est ce qui lui est arrivé ?)
J’ai apprécié le préquel de 2011, Les origines. On y apprend comment les singes sont devenus plus intelligents que les hommes : à notre époque, un scientifique (James Franco♥) cherche un remède à la maladie d’Alzheimer. Il le teste sur le chimpanzé César, qui développe de fortes capacités intellectuelles. A l’inverse, le traitement semble néfaste aux humains. A la fin du film, César s’enfuit avec des doses du vaccin, libère ses semblables, leur injecte le traitement, et part dans la forêt en sachant prononcer quelques mots. Puis on voit juste un type contaminé avoir des saignements de nez et prendre l’avion. On comprend qu’il va diffuser le virus à l’échelle mondiale.

Je pensais que le deuxième film allait reprendre l’histoire où elle s’était terminée, mais non. On se retrouve 10 ans plus tard, la quasi-totalité de l’humanité n’existe plus. On passe directement d’un mec qui saigne du nez à l’humanité exterminée !
Les villes sont détruites à cause d’une guerre (quelle guerre, pourquoi ?) Jamesounet Francounet n’est plus là, remplacé par un acteur falot, Jason Clarke. Les singes, avec toujours à leur tête César, vivent dans la forêt et savent parler et écrire. Des hommes doivent traverser leur territoire pour réparer un barrage électrique. César leur accorde son aide, tandis que son second, Koba, veut déclarer la guerre aux humains.
Donc pendant la moitié du film, le sujet est de savoir si les humains vont avoir le droit de pénétrer dans la forêt. Quel enjeu palpitant ! Puis le but est d’éviter la guerre, sauf que le titre, « l’affrontement » le révèle. On sait donc à l’avance tout ce qui va se passer. On devine même ce que vont dire les personnages, car ils ont la manie de parler très lentement, en mettant un espace entre chaque mot pour faire plus solennel : « Il faut (2 secondes d’attente) tuer (3 minutes) les (on va se chercher un café) hommes » - Non (endormissement) ils sont (ronflement) gentils »

planete singes bataille.jpgIl y avait pourtant matière à faire un bon scénario. Surtout que la nouvelle politique des studios est d’exploiter toutes les idées jusqu'à la moëlle pour faire le plus de films possible. Alors pourquoi ne pas avoir fait ce deuxième opus sur la propagation du virus ? Sur la guerre entre les hommes ? Et pourquoi la guerre au fait, pourquoi les humains ne se sont-ils pas entraidés ? (« les gars, on va tous crever à cause du virus, j’ai une super idée, au lieu de conjuguer notre savoir pour trouver un vaccin, si on accélérait le mouvement en s'entre-tuant et en détruisant notre habitat ? ») J’ai peut-être loupé une explication, assoupie par l'ennui.
Au début j’ai sérieusement cru avoir raté un épisode : « c’est le troisième film en fait ? Il est où Jamesounet ? C’est qui ce con ? »

Alors, oui, c’est intéressant de voir comment une guerre se déclare : par peur et par ignorance. Mais pourquoi faire comme si la guerre était inéluctable, ce qui la justifie ? Tout le long du film, César et son pote humain se démènent et risquent leurs vies pour empêcher la guerre. Quand enfin, après avoir sué sang et eau, le mec parvient à sauver la peau de César, le seul qui peut ramener les singes à la raison, César répond, toujours calmement en mettant trois plombes pour sortir sa phrase « C’était sympa de ta part, mais c’est trop tard, les hommes vont quand même vouloir nous tuer, alors faut qu’on se batte » et il se casse tranquillement. Le brave gars qui a risqué sa vie pour le singe, encore tout transpirant, ne proteste pas « D’accord, salut, à la prochaine, on se fait une bouffe ! ah ben non puisqu’on va s’entretuer maintenant, dommage ! » ce revirement final me paraît ridicule.

Bref, j’ai été déçue par ce deuxième film. Il est quand même pas mal, les effets spéciaux sont époustouflants, le suspense pourtant éventé tient la route, mais j’en attendais tellement...

 

04/09/2014

Boys like us (enfin presque)

boys like us.jpgRudolf, la trentaine, se fait plaquer par son petit copain. Il décide alors de quitter Paris et de retourner dans son village natal autrichien, au pied des montagnes. Ses deux meilleurs amis, boulets immatures, s’incrustent dans le voyage… (voir bande annonce en lien)

En recevant le pitch, qui commence par « trois amis gays » comme si c’était primordial, j’ai pensé « ok, mais c'est un film uniquement pour les gays ou pas ? » Parce que justement, comme mon nom féminin l’indique, je ne suis pas vraiment Boys like us… Je craignais le film communautaire, qui s’adresse en priorité aux homos, avec des private joke incompréhensibles pour moi, dont je me sentirais exclue. Mais curieuse comme un chat toujours, j’ai voulu vérifier avant de juger.
Ok, l’avant-première avait lieu dans un cinéma du marais… Ok, la salle était majoritairement remplie de gays… Et la fête, dont je pensais qu’elle se déroulerait dans une salle appartenant au cinéma (j’avais adoré la soirée de Dans la cour, avec Catherine Deneuve, Pio Marmaï et plein d’autres acteurs) avait lieu dans un bar. Arrivée parmi les premières, je me suis retrouvée avec les habituées. J’ai vite remarqué que le pub était essentiellement fréquenté par des femmes, certaines cheveux très courts, recouvertes de tatouages, forte carrure et air sévère, qui m’ont tout de suite fait penser à Josiane Balasko dans Gazon maudit…  J’admets qu’au début je n’en menais pas large, toute seule dans mon coin avec ma bière, en regardant mon téléphone pour me donner une contenance (« j’attends mes 45 amis, non non, je ne suis pas du tout seule et perdue dans un monde inconnu… qu’est-ce que je suis venue foutre ici… et si Josiane me drague ? »)
Dans les cocktails ou les projections presse, je ne me sens parfois pas à ma place, les journalistes parlent entre eux, je ne connais personne et reste isolée. Dans le bar, celle qui distribuait les sésames pour obtenir des boissons en a donné à tout le monde autour de moi en m’ignorant, il a fallu l’intervention de la distributrice du film : « Elle est invitée ! » Je n’ai pas su si, comme d’habitude, la serveuse pensait de prime abord que je n’avais pas l’air de travailler dans le milieu du cinéma (ce qui est vrai d’ailleurs, malgré moi), ou si elle m’a prise pour une habituée des lieux ! Rentrée chez moi, j’ai pu vérifier sur le site du bar qu’il est « par et pour les meufs, gouines, bies, trans’, queers » mais le site ajoute « participatif et ouvert à toutEs ». Dont les Boys like us.

Le film est également ouvert à tous, l’homosexualité des personnages n’entre pas vraiment dans les ressorts du scénario. Leurs situations peuvent être partagées par chacun : la recherche de l’amour, l’amitié, le travail… L’un, très anxieux, pense toujours à son ex 6 ans après leur rupture, et croit même le voir à plus de 1000 km de chez lui. L’autre, très cool, préfère enchaîner les conquêtes sans s’attacher. L’un est au chômage et préfère se la couler douce, tandis que l’autre se démène pour trouver un travail.  

J’ai apprécié l’humour un peu décalé et plutôt bon enfant. Le réalisateur se moque gentiment de ses personnages inadaptés à leur environnement : parisiens branchés perdus dans la campagne, décalage culturel entre la France et l’Autriche, gay coincé par une dame qui tente de lui marier sa fille, héros qui retourne après 17 ans dans son village natal resté identique, alors que lui a beaucoup changé…
Lorsqu’un personnage garde des enfants, il est accompagné d’un homme d’apparence inquiétante, couvert de tatouages et carrure d’armoire à glace. Mais lorsque ce dernier parle, on se rend compte qu’il possède une petite voix aiguë et qu’il semble doux comme un agneau. Les mioches ne sont pas du tout effrayés et jouent avec lui à « 1-2-3 soleil », dans un cimetière, comme si c’était un terrain de jeu habituel…

Le film montre ainsi qu’il ne faut pas se fier aux apparences, accepter les différences ; oser aller à contre-courant, et garder l’esprit ouvert et bienveillant. Pourtant les deux boulets n'adoptent pas cette attitude, ils sont peu sympathiques : méprisants ou grossiers avec les gens qui tentent de les aider (serveurs, hôtesse d'accueil etc). Je trouve aussi que le jeu des acteurs sonne assez faux. La comédie est agréable, mais assez anodine et parfois caricaturale. J’ai apprécié les paysages sublimes de la montagne autrichienne, ainsi que la musique d’Haussmann, qui était aux platines lors de la soirée (voir en lien).

 

02/09/2014

Les combattants : engageons-nous avec eux !

combattants.jpgLa presse est unanime comme dirait Ruquier, et je suis d’accord : ce film est un des meilleurs, si ce n’est le meilleur film français de l’année. Les combattants pourrait d’abord paraître comme une simple comédie romantique estivale : on suit une bande de jeunes, l’été sur la plage. Arnaud (Kévin Azaïs) tombe amoureux de Madeleine (Adèle Haenel). Elle est son contraire : aussi déterminée et dure qu’Arnaud est conciliant et doux. Mais Les combattants n’est pas une bluette pour ados et nous emmène vite vers des contrées inattendues : la jeune fille se prépare à l’imminence d’une catastrophe (à cause du réchauffement climatique, des virus, des guerres etc… ) et pour ça, elle veut suivre un stage de survie de l’armée. Amoureux, Arnaud la suit… (voir bande annonce en lien).

combattants bois.jpgÀ une comédie désopilante et rafraîchissante s’ajoute des thèmes plus profonds et graves :
- la destruction inéluctable de notre environnement. Discours qui reste discret au début (par exemple lorsque l’un des jeunes remarque que les poissons-chats ont supplanté les autres espèces du lac) pour prendre toute la place à la fin. Une conclusion étonnante qui m’a rappelé le très beau et étrange Take Shelter de Jeff Nichols, l’humour et l’ironie en plus.
- L’individualisme forcené, l’absence d’entraide comme le déplore le lieutenant recruteur de l’armée.
- La désillusion des jeunes d’aujourd’hui frappés par la crise et le chômage. L’un d’eux sort d’ailleurs la phrase bateau « moi je reste pas en France, je moisis pas ici c’est mort » comme si l’herbe était plus verte ailleurs. Arnaud doit reprendre l’entreprise familiale, suite au décès de son père, et son stage à l’armée risque de couler les finances de la boîte. Son destin semble tracé par sa famille, mais il se rebelle.

cinéma, les combattants

Le film est découpé en trois parties distinctes qui peuvent presque être vues indépendamment (la comédie romantique sur la plage, le stage à l’armée puis la survie dans les bois.)
Les combattants montre des paysages splendides, avec une  lumière et des couleurs magnifiées. Même la musique électro est originale, dont un titre de Vitalic, je l’ai vu en concert l’année dernière à Rock en Seine. La B.O est vivifiante, elle correspond parfaitement aux personnages. Les acteurs sont parfaits. On a beaucoup parlé de la prestation d’Adèle Haenel. Au début du film, je trouvais que sa moue boudeuse et monolithique était facile et qu’elle parlait trop vite. Mais j’ai vite reconnu sa performance, surtout physique. Son camarade Kévin Azaïs n’est autre que le frère de Vincent Rottiers (je suis heureux que ma mère soit vivante) ! Il est diplômé d’un CAP de plombier et se destinait d’abord à cette carrière… Il a bien fait de changer !

 

29/08/2014

New-York melody, on connaît la chanson

cinémaGretta (Keira Knightley) et son petit ami Dave (Adam Levine) sont Anglais. Ils viennent à New-York pour vivre de leur passion : la musique. Ils composent ensemble, mais Dave connaît le succès seul, prend la grosse tête et trompe sa copine avec son attachée de presse. Le couple se sépare, Gretta veut rentrer au pays natal et déprimer dans son coin. Mais la veille de son départ, alors qu’elle est dans un bar, son meilleur ami (un petit gros jovial comme le veut la caricature) la persuade de jouer sur scène. Gros coup de bol, un producteur de disques (Mark Ruffalo) se trouve dans la salle. Ce dernier est alcoolo et dépressif depuis que sa femme l’a plaqué, il ne comprend pas sa fille ado. Sa boîte de production, aux goûts consensuels et qui ne pense qu’au profit, le vire. Avec Gretta, ils décident de faire un album auto produit. Comme ils n’ont pas les moyens financiers, sans studio ni musiciens pros, ils enregistrent en live dans les rues de New-York, avec des amateurs de leur connaissance (voire des gamins trouvés dans la rue). Ensemble, ils reprennent goût à la vie. (voir bande annonce en lien ci-dessous)

 De New-York melody, j’ai surtout aimé la critique de l’industrie musicale. J’ai beaucoup apprécié la mise en valeur de la débrouille, de l’indépendance (envers les producteurs) et de l’entraide (entre musiciens). Une fraîcheur bienvenue se dégage du film. La réalisation est originale, en montrant parfois la même scène différemment selon le point de vue des personnages. J’ai apprécié que les deux héros ne vivent pas d’histoire d’amour, je n’avais aucune envie de voir Mark Ruffalo gras, barbu et crado se jeter sur la pauvre Keira Knightley qui pourrait être sa fille.

cinémaLe film plaît aussi car il montre New-York sous toutes les coutures. Or, je n’ai jamais compris l’intérêt que suscite cette ville : je trouve les hauts buildings oppressants, les rues grises, les trottoirs envahis par une foule dense et angoissante. J’aime la nature et les grands espaces moi ! Ok, Central Park apporte un peu de verdure, mais tout ce qu’on trouve autour, au secours ! Et dans les films, on voit souvent le métro new yorkais : il est aussi glauque, sale et déglingué que ça ? Ou bien les graffitis et la tôle, c’est pour donner un genre ?  Non non vraiment, le rêve de beaucoup est de visiter New York, moi, cette ville ne me fait pas du tout envie, et le film censé la magnifier ne m’a toujours pas convaincue. Le dossier de presse révèle « John (Carey, le réalisateur) a vécu toutes les expériences requises pour devenir un vrai New-Yorkais : il a eu un accident de vélo, et hier, s’est fait « baptiser » par un pigeon ! » Mark Ruffalo ajoute : « Une ville imprévisible et grouillante de vie. Si on essaye d’aller à contre-courant, on peut y laisser sa peau » Youpi, ça donne envie ! Enfin, une amie qui a visité New-York a justement eu envie d'y retourner après avoir vu le film, donc suivez plutôt son avis.

J’ai trouvé les personnages peu attachants. On découvre celui de Mark Ruffalo avec une scène archi classique, que j’ai déjà décrite par exemple dans Zulu : dans son lit au réveil, l’air hagard, avec un gros plan sur une bouteille d’alcool vide… Ensuite, il écoute des démos dans sa voiture (il prend son travail avec sérieux donc). Des pauvres gars plein d’espoir lui ont confié leurs œuvres, et ce malotru écoute les CD deux secondes, avant de dire que c’est de la merde et de les balancer par la vitre ! M’enfin quel gros porc !
Quant à Gretta-Keira, elle est mollassonne, et elle a bien de la chance de tomber sur quelqu’un qui croit en elle et lui trouve un boulot (moi j’attends toujours qu’on me découvre). Elle s’habille souvent comme un sac ou avec des robes que ma grand-mère paysanne née en 1914 aurait adorées, mais au moins ses vêtements trop larges cachent les os saillants de l’anorexique actrice.

cinémaQuand Mark Ruffalo découvre Gretta jouant dans le bar…  il est subjugué. Gros blanc de ma part : euh, c’est ça qu’il appelle de la musique qui sort des sentiers battus ? Cette banale guimauve ?
Je trouve que l’actrice s’en sort bien au chant, elle possède un beau timbre de voix. Le personnage du petit ami est joué par Adam Levine, le leader du groupe Maroon 5 et coach de l’émission The voice (hum, du lourd donc). Alors comme beaucoup, et comme visiblement  le public béat sortant de la salle (« j’espère que la b.o est disponible »), vous aimez peut-être ses chansons, mais moi, pas du tout... Ne vous fiez peut-être pas à mon jugement sur ce coup.

Puis enregistrer des chansons dans la rue ou sur un quai de métro « pour l’ambiance et le son naturel » me paraît très incongru, normalement on traque plutôt les bruits parasites…  Et comme le précise le dossier de presse : « Bien que cela puisse paraître étrange, John Carney a écrit les chansons au dernier moment(…)L’équipe du film s’est donc vu remettre un scénario où étaient indiqués l’emplacement des chansons et leur fonction dans l’histoire, mais sans aucune parole ni mélodie. » Pratique, logique.

James Corden (qui incarne l’ami) fait un commentaire qui me parle beaucoup plus : « Lorsqu’on a le cœur brisé ou qu’on est perdu et qu’on a l’impression que personne ne peut comprendre ce que l’on ressent, la musique est là pour nous rappeler que quelqu’un que l’on n’a jamais rencontré ressent exactement la même chose quelque part sur Terre. »
Pour Adam Levine, « le film pose la question suivante : la musique a-t-elle le pouvoir de sauver des vies

Bref, un petit film indépendant sympathique et léger. Vous pouvez voir en lien la bande annonce comique détournée par Tutotal.

 

28/08/2014

Albert à l'ouest, ya du nouveau

 

albert a louest.jpgOui, mémé a encore et toujours un train de retard, mais j’ai vérifié, le film passe encore ! Dans un seul cinéma. En banlieue parisienne. Ben quoi ? Mieux vaut tard que jamais. Ma critique servira pour la sortie DVD (qui ne devrait plus tarder, à ce rythme). Note pour  moi-même, bonne résolution de la rentrée : publier mes avis dès la sortie des films…

Le titre original est « un million de façon de mourir au Far West ». Ces suppositions originales et à l’humour noir sont très drôles, surtout pour une hypocondriaque parano comme moi : « le Far West, c’est un endroit et une époque horribles. À tous les coins de rue, tout ce qui bouge veut ta peau ! Les ivrognes, les chacals, les hors-la loi, les médecins : « vous ne pouviez rien faire docteur, elle avait une écharde ». Voir la bande-annonce en lien.
A l’Ouest ya du nouveau, l’idée de démystifier l’époque des cow-boys est intéressante : les héros étaient surtout des soiffards rendus intrépides par l’alcool, ou l’appât du gain.
Comme tous les cinéphiles, je me suis régalée des parodies et des références aux westerns classiques : la mise en scène, les panoramiques sur les paysages splendides, la lenteur, les lieux et personnages caractéristiques.

Le personnage du réalisateur-acteur Seth MacFarlane est attachant, avec sa bouille ronde de gamin trop sensible inadapté à ce monde de brutes. Il doit malgré lui affronter un dangereux bandit (Liam Neeson) et le nouveau petit ami riche et arrogant (Neil Patrick Harris, Barney dans How I met your Mother) de "l’amour de sa vie" (Amanda Seyfried) alors qu’il a une fille géniale sous son nez (Charlize Theron).

De bonnes réparties, un scénario classique et simple mais qui tient la route, qui est même émouvant, si si, lorsque Charlize Theron encourage Albert à développer ses capacités et sa confiance en lui. Mais pourquoi tout gâcher avec un humour pipi caca absolument dégueulasse ? La salle entière a poussé un « baaaah » de dégoût pendant la scène la plus crade. Le scénariste pense qu’être sale, c’est être rebelle ? Quel dommage.
On retrouve dans Albert à l'ouest l’humour en dessous de la ceinture de Ted, le précédent film du réalisateur, avec un ours en peluche libidineux et un homme (Mark Wahlberg) qui ne veut pas grandir. Comme Seth MacFarlane ?

 

23/08/2014

Des lendemains qui chantent (et on chante avec eux)

lendemains casta.jpg21 avril 2002 : Léon (Pio Marmaï) hésite dans l’isoloir : pour qui voter ? Il se remémore les 20 dernières années, là où tout a commencé : l’élection de François Mitterrand, le 10 mai 1981. A cette époque, Léon et son frère Olivier (Gaspard Proust) sont étudiants à Saint-Etienne et pleins d'idéaux. Ils croient au changement. Ils rencontrent Noémie (Laetitia Casta) pour laquelle Léon a un coup de foudre. Mais la belle part sur Paris suivre une brillante carrière, et Léon n’ose pas la retenir.
Quelques années plus tard, la vie est moins rose (socialiste) : Léon, journaliste, a gardé ses principes, mais ses rédacteurs en chef ne veulent pas de ses articles polémiques (sur Bernard Tapie) et lui proposent des sujets consensuels (« Tu t’y connais en littérature ? Tu dois faire le portrait de BHL. – C’est quoi le rapport entre les deux ? ») Olivier est devenu un communicant cynique, qui pense d’abord à l’argent. Leur ami Sylvain (hilarant Ramzy) a fait fortune dans le minitel rose. Noémie, devenue conseillère présidentielle, hésite entre les deux frères… Leur père (André Dussolier) ancien syndicaliste d’une usine qui a fermé, ne croit plus en rien, et suit avec inquiétude le parcours de ses deux fils. (voir bande annonce ci-dessous)

lendemains, elections.jpgJ’ai eu un gros coup de cœur pour Des lendemains qui chantent. J’adore les films qui suivent le destin de personnages sur une longue période, qui résument une époque, ancrés dans la réalité. Il est rare qu’en France, un film traite des années 80-90, en parlant de politique, et associant la grande Histoire à la petite. Le film m’a rappelé Né en 68 dans lequel joue déjà Laetitia Casta, mais aussi Nos meilleures années de Marco Tullio Giordana, film que j’adore. On sent vraiment l’influence des comédies italiennes, avec cette volonté de montrer le destin de personnages, leurs espoirs et désillusions

En regardant le film, je me suis souvenue avec émotion des moments phares de la France de cette période : l’annonce à la TV des résultats des élections de 2002, la victoire à la coupe du monde de 1998, mais aussi certaines publicités emblématiques, la déco et les vêtements de l’époque, les tics de langage, le Minitel… Le côté Madeleine de (Gaspard) Proust m’a beaucoup plu.

Les journalistes sont moins enthousiastes que moi. Evidemment le film ne va pas au fond des sujets politiques, il est d’abord une comédie, très pertinente. Peut-être aussi que ces reporters n’ont pas apprécié la critique hilarante de certains journaux, qui sont carrément nommés. Les scènes où Léon passe des entretiens d'embauches avec différents rédacteurs en chef sont tordantes, avec un illuminé qui trouve des sujets d’articles partout, ou une Anne Brochet excellente en directrice superficielle qui parle anglais parce que c’est « branché ». (regardez l’extrait en lien). Ils peuvent paraître caricaturaux, mais j’en ai connu des comme ça, et des pires, la réalité dépasse toujours la fiction…

Des lendemains qui chantent utilisent des images d’archives qui donnent les meilleurs moments du film, preuves implacables, en montrant ce que l’époque était réellement. Si vous étiez trop jeunes pour connaître ces années-là, ou si le côté politique vous rebute, sachez qu’ils ne forment qu’une toile de fond : le film traite avant tout de thèmes généraux qui parlent à tout le monde : s’engager ou non, en amour comme au travail, la vie qui défile et nous change… Comme l’explique le réalisateur Nicolas Castro : « Qui a raison, celui qui choisit de rester fidèle à ses idéaux au risque de stagner, ou celui qui accepte de faire des concessions ? »
Certains changements apportés par la politique Mitterrand dans ses deux premières années au pouvoir, « les lendemains qui chantent » selon les personnages, ne sont d’ailleurs évoqués que dans une seule phrase de dialogue, oui, une seule  (qui cite la cinquième semaine de congés payés, la retraite à 60 ans et la création de l’impôt sur la fortune.) Donc le film de Fidel Nicolas Castro n’est pas vraiment politique. 

Des lendemains qui chantent est également touchant, avec des scènes justes et pudiques, d’occasions manquées, d’amour non exprimé  : entre un père et son fils, entre un homme et une femme, entre deux frères rivaux… scène très belle avec Laetitia Casta invitée malgré elle à manger avec le père, (« dès que Dussollier apparaît à l’écran, résonne une note d’émotion pudique, de poésie » comme l’exprime le réalisateur) scène des « non adieux » sur le quai de la gare… mais aussi scène du comique Ramzy qui pleure…  Les acteurs sont parfaits.

Étonnamment, Gaspard Proust révèle dans le dossier de presse que « Nicolas castro m’avait d’abord approché pour le rôle de Léon, mais ça ne marchait pas très bien » Tu m’étonnes !!! 
« C’est un personnage très cynique
- Vous trouvez ? je ne le trouve au contraire ni très méchant ni très froid (…) Je suis toujours étonné par la douceur que je dégage à l’écran. »
On reconnaît bien là Gaspard Proust ! Et ses réflexions très noires qu’ils déclament dans Salut les Terriens, l’émission de Thierry Ardisson (dont les interviews parlant de vie privée et sexuelle sont critiquées dans le film, voir en lien).
L’humoriste voit son personnage ainsi : « Olivier est un type qui souffre d’un défaut très commun : il est égoïste et pense que la réussite passe par le statut social, l’élévation professionnelle et l’abondance matérielle. Il y a une certaine lucidité à s’avouer qu’on n’est peut-être pas capable de réussir dans un domaine plus intime »
lendemains qui chantent.jpgQuant au personnage de Ramzy, Nicolas Castro « trouvait amusant de montrer comment l’industrie du sexe s’est à chaque fois emparée des innovations technologiques. Elle est la 1ère à avoir gagné de l’argent avec les VHS, la 1ère à s’installer sur le créneau du minitel, la 1ère sur internet. Cela dit des choses sur l’époque. » (voir en lien)

Petit bémol : pour moi l’affiche du film est ratée et le dessert : elle fait niaise et sonne faux. J’ai peur que le public se fie à cette première impression et n’aille pas voir le film, qui pourtant mérite vraiment d’être vu. J’espère au moins qu’il est bien distribué dans les salles de cinémas… Pas comme Libre et assoupi. Plusieurs lecteurs m’ont rapporté que, encouragés par ma critique enthousiaste, ils ont voulu voir le film, mais qu’il n’est resté qu’une semaine à l’affiche à Lyon, capitale du cinéma, ou n’a même pas été diffusé dans certaines régions ! Quel dommage !

Alors, allez vite voir Des lendemains qui chantent avant qu'il ne soit plus sur vos écrans...