12/11/2014

A la télé ce soir : Les garçons et Guillaume, à table !

garcons et guillaume affiche.jpgTout est dans le titre. Guillaume Gallienne raconte sa jeunesse, où il se sentait, plutôt on le percevait, différent. Sa mère l’estime plus fragile que ses frères. Pendant que ces derniers partent en voyage sportif et viril, Guillaume est envoyé en Espagne pour apprendre la danse parmi les femmes... Adolescent, sa tante fantasque l’encourage même à sortir avec des hommes pour « tester ». Mais en fait, le veut-il, qui est-il vraiment ? (voir bande annonce en lien)
Comme l’explique le réalisateur, ce film délirant est en fait « un véritable coming out inversé ». Il raconte sa quête d’identité, et comment elle lui a permis de devenir acteur. « Quand j’étais enfant, ma mère disait : « Les garçons et Guillaume ». Ce « et » m’a fait croire que pour rester unique aux yeux de cette maman sans tendresse mais extraordinaire, pour me distinguer de cette masse anonyme qu’étaient les garçons, il ne fallait surtout pas que j’en sois un. J’ai tout fait pour être une fille, donc, et quel meilleur modèle que ma mère ? C’est ainsi que j’ai commencé à jouer, dès que je me suis mis à l’imiter. Comment je suis devenu un acteur en devenant ma mère pour réussir à devenir moi. » Le jeune homme imite parfaitement sa mère, et dans le film, il interprète les deux rôles !

Cette comédie est un Ovni, objet visuel non identifié, grâce à la personnalité hors norme de Guillaume Gallienne. Le film oscille en permanence entre fou rire, absurdité, poésie et drame. Un univers décalé (quand il s’imagine tomber dans la piscine au son de Don’t leave me now de Supertramp), hilarant (quand il refait une scène de Sissi l’impératrice) tragi-comique (quand sa grand-mère confond des mots) et même angoissant (le pensionnat de garçons).
Avec un sujet aussi délicat (la quête d’identité sexuelle), on pourrait basculer dans le vulgaire, mais le film évite cet écueil (à part la scène lourdingue avec Diane Kruger). Malgré le sujet très personnel, Gallienne parvient à rester pudique. Le mélange des genres (au sens propre comme au figuré) est un exercice difficile, mais on passe avec facilité du rire aux larmes, de l’émotion à la réflexion, dans un parfait dosage. 
L’acteur devenu adulte a atteint le recul nécessaire pour faire rire de ses tracas, percevoir avec lucidité son histoire, ou au contraire la réinventer. 

garcons et guillaume, danse.jpgGallienne parvient à nous émouvoir, avec grâce. Même si évidemment on n’a pas vécu la même expérience improbable, Gallienne nous permet de nous identifier à ses doutes existentiels : on a tous eu un jour, à moins d’être sociopathe, l’impression d’être parfois différent, décalé, incompris, mais aussi timide, maladroit et naïf. De rester passif et d’angoisser, mais de s’en sortir grâce à l’humour. Le film est en somme une formidable histoire de résilience.

Pour un premier film, la mise en scène est maîtrisée. Pas de baisse de rythme, les réparties fusent. Gallienne joue un grand dadais qui se pose des questions existentielles, à la Woody Allen, avec un humour qui rappelle Certains l’aiment chaud… On trouve même des références à l’univers d’Almodovar, avec des personnages féminins hauts en couleur. 

Le film est aussi une belle rencontre : à l’issue de la séance, Guillaume Gallienne est venu nous parler. Tandis que les autres interlocuteurs restent en moyenne une demi-heure, l’acteur a bavardé trois fois plus longtemps, et si on ne l'avait pas arrêté, je suis sûre qu’il nous aurait raconté ses anecdotes passionnantes pendant encore des heures… 
En arrivant, certainement pour marquer la différence avec son « personnage » et montrer que le film est aussi une fiction, Gallienne parle d’une voix grave et mesurée, avec des gestes retenus. Il nous informe tout de suite, d’un air sérieux et blasé : « Je passe mes journées en promo à parler de ma mère, j’en ai un peu marre de la psychanalyse à la Mireille Dumas… »  mais immédiatement, l’acteur se met à imiter la présentatrice « parlez-moi de votre mère », les rires jaillissent et Gallienne joue son éternel rôle de comique. Très volubile, il répond de bonne grâce aux questions, et finit par se rendre compte « en fait, je fais ma Mireille Dumas ! » On voit bien que même s’il tente de s’en défendre au début, il adore parler de lui et de sa mère.
Au fil de l’entretien, il reprend d’ailleurs les mêmes mimiques, la voix plus aiguë et les gestes plus doux de sa génitrice… troublant. Mais rassurez-vous, Guillaume Gallienne ne sort pas son couteau comme Norman Bates se prenant pour sa mère dans Psychose… Non, l’arme de Gallienne, c’est le rire.

garcons et guillaume, mère.jpgJe ne suis pas la seule à être surprise par ce mimétisme : sa propre famille le confondait avec sa mère. Dans le film, Gallienne interprète les deux personnes. Comme des heures de maquillage étaient nécessaires, il jouait son personnage féminin le matin (avec 4 heures de préparation) et l’après midi le personnage masculin (3h de maquillage) et il restait dans ses rôles : « le matin, l’équipe avait l’impression d’être dirigée par une femme autoritaire de 45 ans, et le soir par un ado de 15 ans abruti et niais ». 

Je ne peux m’empêcher de me dire que, sans doute déçue d’avoir déjà deux garçons, sa mère espérait une fille, et qu’elle traite Guillaume (comme) Tell. Est-elle vraiment comme ça ? Tout est vrai ? Comment a-t-elle réagi ? L’acteur répond, d’un air détaché : 
« oh très simplement, elle a eu envie de se défenestrer… » La dame a de l’humour et a accueilli le film comme l’hommage qu’il est à sa personne. Le réalisateur précise : « Ce film ne dit évidemment pas « La » vérité mais la mienne. L’histoire subjective d’un acteur. A la recherche des émotions qui l’ont façonné. Peut-on être plus sincère qu’un acteur qui raconte intimement comment il l’est devenu ? »

Comme Guillaume Gallienne, j’étais entourée de frères, mais j’ai vite vu que pour être mieux considérée dans la société, il fallait leur ressembler (mais ça ne me disait rien, c’est tellement mieux d’être une fille). Pour me convoquer aux repas, ma mère ne criait pas mon prénom, mais m’appelait par celui de mes frères, neveux, et même des chats… Elle citait quatre ou cinq noms avant de trouver le bon (j’ai pris l’habitude du nom à rallonge, et quand on donne mon prénom du premier coup, je suis toujours étonnée « moi ? T’es sûre ? Mais tu veux pas parler au chat plutôt ? »)

Je connaissais Guillaume Gallienne grâce à ses  hilarants « bonus de Guillaume » où il imagine des scènes coupées et les castings de films célèbres. Il est aussi pour moi le personnage le plus intéressant du film Astérix au service de sa majesté.


Vous l'aurez compris, ne ratez pas le film ce soir sur Canal+...

17/10/2014

Samba, entrez dans la danse

samba rahim.jpgSamba (Omar Sy) est un Sénégalais installé depuis 10 ans en France. Il travaille dans un restaurant. Il est menacé d’expulsion car sans papiers. Alice (Charlotte Gainsbourg), cadre supérieure, a fait un burn out et quitté son travail. Elle devient bénévole dans une association et tente d’aider Samba. Selon les conseils de sa collègue (Izïa Higelin) elle devrait « garder ses distances, parce qu’après ça peut vraiment faire mal s’ils sont renvoyés ». Pourtant, Alice ne peut s’empêcher d’être attirée par Samba, cet homme qui lui ressemble si peu, fort, confiant et doux malgré son histoire… (voir bande annonce en lien).

Avec Samba, les réalisateurs d’Intouchables nous livrent comme à leur habitude un film touchant et positif, plein de bons sentiments. Ils traitent encore de l’alliance des contraires (dans Intouchables : l’homme riche cultivé et le pauvre de banlieue inculte ; Tellement proches ou Nos jours heureux : des titres ironiques pour une famille ou colonie de vacances aux membres très dissemblables, etc.)

Les metteurs en scène développent encore des thèmes sociaux et d’actualité. Ils utilisent les ressorts de la comédie pour traiter de sujets graves ou sensibles. Après les handicapés dans Intouchables, ici les sans-papiers et le stress au travail.

samba gainsbourg.jpgL’humour populaire, qui rassemble, est le meilleur moyen de faire passer un message (de tolérance) en douceur. Peut-être trop justement : les problèmes que le film dénoncent sont parfois survolés.
Par exemple, Alice tente de se remettre de son burn-out en devenant bénévole pour une association d’aide aux sans-papiers. Elle est censée se reposer et rester au calme, je ne vois pas trop comment écouter les récits dramatiques de réfugiés peut l’aider… Ou bien ils lui permettent de relativiser ses problèmes de Parisienne privilégiée. Mais alors pourquoi retourne-t-elle dans son boulot ? Pourquoi ne s’engage-t-elle pas totalement dans cette cause humanitaire, plus juste et plus utile que son ancien travail ? C’est comme si le problème venait d’elle, et pas de son emploi stressant. Les réalisateurs parlent d’un problème de société actuel, le burn-out, mais ne remettent pas en cause le monde du travail tel qu’il est actuellement.

Pourtant selon Eric Tolédano, le film traite « un seul et même thème : le rapport au travail, du plus bas au plus haut de l’échelle. D’un côté, Samba, un travailleur clandestin qui a quitté son pays et cherche à régulariser sa situation pour honorer la promesse d’emploi qu’il a décrochée ; de l’autre, Alice, cadre supérieure qui a tout pour être heureuse, mais souffre de surmenage qui a débouché sur un pétage de plomb. Ils considèrent tous les deux le travail comme la valeur suprême mais, en se rencontrant, ils vont découvrir de nouveaux horizons, et tenter de se frayer un autre chemin vers le bonheur que celui imposé par le monde du travail et la réussite sociale. Le travail est-il le sens ultime de l’existence ? L’idée de poser la question ouvertement nous emballait beaucoup. »

samba affiche.jpgLe film est avant tout une comédie, il ne veut pas être pesant. Il souhaite sans doute ne pas porter de jugement ni créer de polémique. C’est tout à son honneur. C’est au spectateur de se poser les questions et réfléchir à ce qu’il a vu.
Eric Tolédano l’explique : « nous avons mis des visages sur des statistiques. Aborder le côté politique du sujet, ce n’est pas notre rôle, pas plus que de faire passer un message. (ah ?) En revanche, le cinéma permet au spectateur de découvrir, par des personnages et leur quotidien, un monde que souvent il ne connaît pas autrement que par le débat public et les médias. Et à partir de là, cela peut lui donner matière à réfléchir différemment.»
Il ajoute : « Lorsqu’une scène est chargée dans sa dramaturgie, nous n’hésitons pas à tenter d’y glisser de l’humour derrière : C’est l’arme la plus efficace. Encore une fois, nous n’avons pas vocation à passer un message. (re-ah ?)

Malgré ses déboires, Samba reste digne, volontaire, optimiste, il ne se laisse pas abattre. Une magnifique leçon de vie. Le film est porté par son interprète principal, Omar Sy,classé parmi les personnalités préférées des Français. Sans cet acteur charismatique et solaire, Samba serait beaucoup plus bancal. Quant à Charlotte Gainsbourg, elle est toujours parfaite, dans son éternel rôle de petite fleur délicate et sensible. Tahar Rahim est étonnant dans un rôle comique inhabituel, qui pourtant correspond mieux à sa nature.

Les personnages peuvent paraître assez lisses et candides. Pourtant le héros effectue un geste regrettable qui aura des conséquences désastreuses (mais pas pour lui ! au contraire, elles lui sont très favorables…) Seul le personnage d’Izia Higelin est cynique au début, pour mieux se jeter dans le sentimentalisme ensuite… On peut juger le film un peu niais, idéaliste.

Samba joue plus sur les émotions qu’Intouchables et les autres films des réalisateurs. Notamment en développant (un peu trop longuement) une histoire d’amour entre les deux personnages principaux. Par son sujet grave, traité avec plus de sérieux et de sensiblerie, Samba est moins drôle que les précédents films des cinéastes (et les gags tombent parfois à plat).

Chansonnite aigue oblige, j’ai Samba Mambo de France Gall dans la tête. Le film n’utilise pas cette chanson, mais d’autres qui promettent de plaire au plus grand nombre : du Bob Marley, du Steevie Wonder…  Puis des musiques qui fleurent bon le Brésil, comme Take it easy my brother Charlie, en hommage au titre et parce que le personnage de Tahar Rahim vient de ce pays. La b.o soignée choisit aussi les mélodies au piano émouvantes de Ludovico Einaudi ou la chanson romantique de Tom Odell, Another love.

 Je laisse le mot de la fin à Omar Sy :
« Je fais des films pour divertir. Mais si je donne l’occasion aux gens de découvrir deux ou trois réalités de la vie, j’en suis fier. Je crois en l’espoir, au côté positif de l’existence, j’essaie de faire partager cette foi le plus largement possible parce que je trouve que cela manque dans notre environnement. Tant pis si je parais neuneu ou un peu fleur bleue. »

 

13/10/2014

Le labyrinthe, courez dedans !

labyrinthe.jpgUn jeune homme se réveille dans une cage d’ascenseur. Il atterrit dans une vaste plaine, des adolescents le sortent de son piège. Qui sont-ils ? Que font-ils là ? Comme lui, chaque mois depuis trois ans, un nouveau arrive dans cet endroit étrange, ayant tout oublié de son passé. Le lieu est entouré de murs gigantesques, infranchissables. Une faille s’ouvre chaque jour au milieu, sur un labyrinthe, et se referme à la tombée de la nuit. Une sortie est donc possible, mais ceux qui s’y risquent se perdent ou ne courent pas assez vite pour ressortir…  Vaut-il mieux se résigner à son sort et rester sur place, ou prendre le risque de rentrer dans le monde inconnu du labyrinthe ? (voir bande annonce en lien)

J’ai vu le film sans rien connaître de l’histoire et j’ai été agréablement surprise par l’originalité du scénario. J’ai vraiment adoré ce principe : enfermer des ados malgré eux, le spectateur observe comment ils se débrouillent. Le principe peut s’apparenter à une étude sociologique sur la vie en communauté : des clans, une hiérarchie se créent automatiquement. Un chef dirige, un groupe forme l’élite : les battants admirés et courageux (les coureurs qui explorent le labyrinthe). Chacun travaille en fonction de ses capacités et est intégré à un groupe bien précis.  L’union fait la force, mais chacun reste à sa place… Cette épreuve d’enfermement permet aux adolescents de découvrir en eux un potentiel insoupçonné, ou au contraire les laisse s’effondrer : seuls les plus forts survivent...

labyrintheL’idée de cette brèche dans le mur qui s’ouvre sur un labyrinthe dangereux et mystérieux m’a également beaucoup plu. Elle m’a rappelé les contes pour enfants et leur symbolique, métaphore du monde réel : la plaine entourée de hauts murs où vivent les adolescents est comme le cocon rassurant de l’enfance : rien ne leur arrive tant qu’ils ne sortent pas de cette enceinte. Mais pour devenir adulte, il faut partir dans l’inconnu, affronter le monde réel et ses difficultés : oser rentrer dans le labyrinthe.

J’ai cogité tout le long pour essayer de comprendre ce que les ados faisaient là et ce qui allaient leur arriver. Mais rassurez-vous, on est d’abord dans un film de divertissement et d’action, pas un documentaire anthropologique… j’ai quand même deviné quelques rebondissements. J’ai trouvé que les dialogues n’étaient pas toujours à la hauteur, un peu plats, et se traînant en longueur (faut-il rentrer dans le labyrinthe ou pas ? suivre le rebelle aventurier ou le conformiste attaché à sa sécurité ?) C’est sans doute parce que j’attendais le dénouement avec impatience : «  il y a quoi là-derrière, on veut savoir ! » La  tension était palpable dans la salle pendant les scènes d’action, mais mémé ne comprenait pas toujours ce qui se passait, car les plans étaient trop nombreux et rapides, et souvent sombres, filmés de nuit.

labyrintheCertains reprocheront peut-être les caractères stéréotypés ou trop lisses, mais c’est un aspect volontaire qui ne m’a pas du tout dérangée.,Je trouve que l’héroïne interprétée par Kaya Rose Scoledario ressemble à Kristen Stewart, la star de Twilight. Cette dernière étant sans doute trop chère, ils ont dû penser « prenons son sosie à la place ! En plus, elle a un petit air d’Eva Green, deux pour le prix d’une, ça pourra pas faire de mal ! »

Les personnages sont tous adolescents, pourtant vous pouvez voir le film sans problème si vous avez dépassé la vingtaine. Bon, je ne suis certainement pas une référence en matière de maturité… Si vous avez aimé Hunger games ou encore mieux l’excellent Battle royale, où des jeunes luttent aussi pour leur survie, vous apprécierez certainement Labyrinthe de Wes Ball.

 

 

11/10/2014

Gone Girl de David Fincher

gone girl missing.jpgEn rentrant chez lui le matin de son cinquième anniversaire de mariage, Nick (Ben Affleck) constate que sa femme Amy (Rosamund Pike) a disparu. Les dégâts et traces de sang dans la maison ne présagent rien de bon. Pour les médias qui s’emparent de l’affaire, c’est évident : l’époux qui ne semble pas assez éploré a tué sa femme. Pour prouver son innocence, Nick mène sa propre enquête. Il s’aperçoit que la belle épouse modèle n’est pas aussi lisse qu’il le pensait…  (voir bande annonce en lien)

Gone Girl est un film sur les apparences trompeuses. Il débute par une scène énigmatique, sur le visage en gros plan d’Amy. Elle est sublimée par une douce lumière matinale. Elle regarde et sourit à son mari, qui tient en fait la place de la caméra. On est au plus près de l’intimité d’un couple, une scène belle et romantique. Pourtant, les pensées de Nick contredisent les images et font froid dans le dos : il a envie de fracasser le crâne de sa femme pour voir ce qu’il cache. Lorsqu’Amy disparaît, hébété, il ne montre pas sa tristesse. Il est incapable de renseigner la police sur les habitudes de son épouse, ne sait pas si elle a des amis… Il ne semble pas vraiment la connaître.

Nick apparaît comme le suspect idéal pour les médias. Ceux-ci sont montrés dans leur aspect le plus négatif : faire de l’audimat avec du sang, du sordide, de l’émotion. Traquer honteusement des gens qui n’ont rien demandé, sûrement innocents et étrangers à l’affaire (la sœur de Nick, les voisins). Fouiller dans leur vie pour révéler leurs secrets honteux. Faire des suppositions hasardeuses et les afficher comme vérité. Manipuler les foules en jouant sur leurs émotions :  une affiche avec la plus belle photo d’Amy, filmer une déclaration du mari en espérant qu’il va pleurer, et comme il ne le fait pas, prétendre qu’il a tué sa femme, lui demander de prendre la pose et de sourire, pour ainsi dire qu’il reste insensible…

Nick semble coupable. Pour le public averti, il paraît plutôt comme un brave gars un peu nigaud qui se fait avoir. On mène l’enquête avec lui, le héros du film. Mais pourquoi cette première scène alors, où on surprend ses pensées de meurtres ? Ne serait-ce pas plutôt le spectateur qui se laisse manipuler ?

gone girl rosamund pike.jpgEt qui est Amy ? Une femme magnifique : Rosamund Pike, dans son éternel rôle de la fille toujours très classe et distinguée, mais qui reste simple, inconsciente de sa beauté et de ses talents, comme dans Orgueil et préjugés par exemple. Ses parents ont fait d’elle une célèbre héroïne de livres pour enfants : amazing Amy, c’est-à dire elle en mieux, à qui tout réussit. Dans la réalité, les époux ont perdu leurs emplois et quitté New York pour s’installer dans la province natale de Nick, où Amy s’ennuie et gâche ses talents. Elle semble très amoureuse de son mari, pour lequel elle organise des chasses au trésor à chacun de leur anniversaire de mariage.

Et justement, contrairement à celle de Nick, la personnalité d’Amy et ce lui est arrivé m’ont semblé évidents depuis le début. Je pense que cet effet est volontaire. David Fincher, le maître du retournement de situation et du suspense, ne peut pas prendre ses spectateurs pour des cons. Je reste néanmoins un peu perplexe : pourquoi attendre aussi longtemps alors pour le dénouement ? Il veut jouer avec nos nerfs, nous faire douter ? Quand j’ai eu confirmation de mes suppositions, j’admets avoir été un peu déçue. J’aime être surprise au cinéma, je déteste deviner les rebondissements. Dans Seven, je ne m’attendais pas du tout à cette fin, avec la boîte… Je revois encore très précisément mon amie choquée sur le chemin de l’école, me disant : « j’ai vu un film horrible hier… » et moi qui la tannais pour qu’elle me raconte l’histoire. Dans le même genre, je n’ai pas été voir Avant d’aller dormir sorti récemment, car j’ai lu le livre avant, et j’ai deviné tous les rebondissements au bout de 50 pages (sur 500)…

Sur la critique des médias traquant le spectaculaire et le sordide, je vous conseille également Night call, qui sortira le 26 novembre. Sur l’enquête à propos d'une femme disparue et la manipulation du spectateur, je vous conseille également White Bird de Gregg Araki, en salles mercredi.

David Fincher sait à merveille raconter des histoires, surtout lorsqu’elles sont vraies. On le voit surtout dans son meilleur film selon moi, Zodiac (on était trois dans la salle à l’époque…) et le meilleur film de l’année 2010, The social network sur Mark Zuckerberg. Le cinéaste est un pro de la manipulation, comme on le constate ici, mais également dans l’incroyable et sous-estimé The game avec Michael Douglas. Je ne parviens pas à établir de top ten pour David Fincher (il a réalisé dix films) mais Gone girl, s’il ne détrône pas Zodiac, ne fait certainement pas partie des derniers (L’étrange histoire de Benjamin Button est raté pour moi, et Panic Room n’est pas très intéressant.)

Et vous, comment classeriez-vous Gone Girl et les films de David Fincher, par ordre de préférence ? Je rappelle sa filmographie :

1992 : Alien3
1995 : Seven
1997 : The Game
1999 : Fight Club
2002 : Panic Room
2007 : Zodiac
2008 : L'étrange histoire de Benjamin Button
2010 : The social network
2011 : Millenium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes
2014 : Gone girl

 

 

26/09/2014

Les vacances du petit Nicolas

petit nicolas.jpgMémé-toujours-un-train-de-retard se rend compte qu’elle a oublié de publier plusieurs billets, dont celui-ci ! Mais contrairement à Albert à l’ouest, le film est encore diffusé !

Je n’ai pas vu le premier Petit Nicolas, pour moi l’adaptation des livres de mon enfance déflore l’idée que je me faisais des personnages. Surtout quand le père est joué par l’insupportable et omniprésent Kad Merad. Ce chauve lippu est le seul comédien français existant ou quoi ! J’ai du mal aussi avec la gueule et surtout la voix horripilante de Valérie Lemercier (je l’imagine toujours dire comme dans la pub « c’est moi qui l’ai fait ! » 

Je n’aurais pas eu l’idée de voir le film si je n’étais pas payée pour le faire en accompagnant des gamines ravies, dans une salle remplie de gones braillards. Dure épreuve pour mémé qui supporte mal le bruit et l’agitation. En tout cas eux, ils ont « a-do-ré » le film qui « est trop bien » 

J’aurais sans doute aimé autant que les gamins si mémé avait toujours leur âge. La comédie n’est pas mauvaise, mais avec ses farces potaches, est surtout destinée aux enfants.  Les gags sont parfois de mauvais goût et à la limite de la cruauté et de la méchanceté (échanger le tuyau de la douche avec celui des égouts, mettre un serpent dans le lit des parents, voler un portefeuille, mentir : c’est du joli, bel exemple) Les gamins en groupe sont souvent bêtes et méchants… J’ai surtout apprécié la reconstitution minutieuse, acidulée et carte postale de la France des années 60. Un film à voir quand on a 10 ans. Mais j'ai plus 10 ans, si tu me crois pas, t'ar ta gueule à la récré.

 

22/09/2014

Near Death Experience : une expérience (ciné !) à tenter

cinéma français« Obsolète. J’ai 56 ans et je suis obsolète.
56 ans. L’âge de mon grand-père quand j’avais 7 ans. Avant on était un vieux, un pépé. On attendait tranquillement la retraite. On ne vous demandait pas d’atteindre des objectifs. De les dépasser. On ne vous demandait pas d’être toujours séduisant. D’être habillé en jeune. D’être un homme viril, de baiser encore. De faire du sport. De manger équilibré. D’aimer sa femme comme au premier jour, d’être le meilleur copain de ses enfants… On ne vous demandait pas d’être créatifs. D’avoir de l’humour. Et des passions !
T’as eu de la chance pépé. T’as eu le droit de n’être qu’un pépé. Moi, tu vois, en étant comme t’étais, je suis devenu un pauvre gars. Obsolète. » (voir bande annonce en lien)

Near Death Experience annonce sa radicalité et son originalité dès le générique : pas de musique, sur fond d’orage, les noms du casting entier apparaissent. Puis il s’ouvre sur un long plan, mal cadré, image sale, comme une caméra cachée. On voit un homme accoudé à un comptoir, en train de boire avec d’autres types. On n’aperçoit que le buste de ces derniers, car eux se tiennent droit. Le premier essaie de capter leur attention, en leur offrant un verre, mais le contact n’a pas vraiment lieu.
Rentré chez lui, l’homme reprend à boire, se pose devant le journal télé, qui traite des superstitions qui ont lieu en ce vendredi 13. Sa femme et ses enfants rentrent des courses, les jeunes se chamaillent, la mère les recadre, le banal quotidien. L’homme ne participe pas à la conversation,  concentré sur le J.T : le vendredi 13, c’est un signe. Il annonce qu’il va faire un tour en vélo et qu’il revient dans une heure. Arrivé à mi- montagne, il abandonne son VTT, erre dans la nature dans l’idée de passer enfin à l’acte : mettre fin à une vie qu’il juge dénuée de sens. Mais plusieurs personnages et événements l’empêchent de concrétiser son geste…

cinéma françaisNear death experience. Ne vous attendez donc pas à une adaptation du troublant livre de témoignages de Raymond Moody, La vie après la vie. N’espérez pas un film hollywoodien paranormal, plein d’action et d’effets spéciaux, sur des corps flottants en l’air, qui passent un tunnel de lumière puis reviennent réintégrer leur enveloppe terrestre. Pas de Au-delà comme Clint Eastwood, pas de Prophétie des ombres, pas d’effondrement d’un pont et la mort de centaines de personnes évitée, mais un homme le plus souvent seul qui marche dans la montagne en soliloquant. Pas de séduisant Richard Gere, mais un Michel Houellebecq qui paraît 20 ans de plus, frêle, sans dents (!) qui ressemble à s’y méprendre à Louis Ferdinand Céline !

Le tableau ne paraît peut-être pas attrayant, et pourtant, ça fonctionne ! N.D.E est tellement inclassable et original qu’il exerce une sorte de fascination. Il fallait oser faire un film sur un sujet pareil, avec aussi peu de personnages et d’action (il ne dure qu’1h30,heureusement !) Pour cela, il fallait bien les deux compères Benoît Delépine, ancien auteur des Guignols, et Gustave Kervern (qu’on a vu récemment dans le très bon Dans la cour-voir ma critique- où il incarne aussi un dépressif). J’ai vu tous les films de ces auteurs rebelles et provocateurs. J’ai beaucoup aimé Le grand soir (voir mon billet en lien) et j’ai un grand faible pour Louise Michel (où des ouvrières engagent un tueur à gages bidon pour tuer leur patron qui délocalise leur usine !)

Dans NDE, les réflexions de Michel Houellebecq peuvent résonner en nous, comme l’extrait cité en ouverture. Pourquoi veut-il mettre fin à ces jours, alors qu’il a une femme, des enfants, un travail ? Sans doute parce qu’il s’ennuie dans cette vie tranquille : « quand je me suis marié avec toi, j’étais fier. Je ne te l’ai jamais vraiment dit mais les femmes que j’ai connues se comptaient sur les doigts d’une moufle (…) Avec toi je savais que la vie serait douce. Je ne t’ai jamais trompé. J’ai perdu ma liberté mais j’ai gagné la paix. »
Il manque de réel contact humain. Le personnage exerce un métier stressant sur une une plate-forme téléphonique : il communique avec les gens sans les voir, et ceux-ci sont souvent agressifs, il a obligation de rentabilité... 

L’écrivain apporte son humour plein d’autodérision, qu’on a pu voir récemment sur Arte dans L’enlèvement de Michel Houellebecq. J’ai lu également tous les livres de l’auteur, mais je garde ma préférence pour son premier, Extension du domaine de la lutte, car je l’ai lu à l’époque de sa sortie, où je l’ai trouvé très novateur. 

Tentez vous aussi cette expérience hors du commun : non n’essayez pas de vous suicider, allez simplement voir ce film qui mérite le coup d’œil ! Pour le plaisir de voir Michel Houellebecq danser sur du Black Sabbath... et que la montagne est belle, comment peut-on s'imaginer en voyant Houellebecq se suicider un vol d'hirondelles que l'automne vient d'arriver ?

 

09/09/2014

Mademoiselle Julie, une femme étonnante

mlle julie.jpgEn 1890, en Irlande, le soir de la saint Jean. Mademoiselle Julie (Jessica Chastain) jeune aristocrate, est seule chez elle avec son valet John (Colin Farrell). Ce dernier doit se marier avec la cuisinière, mais il est attiré par Mlle Julie, sa beauté et son statut social... (voir bande annonce en lien)

Dans la première scène, l’héroïne se promène dans la forêt, sa belle robe et ses cheveux flottants au vent. Les images sont splendides et m’ont rappelé Bright star, où la jeune fille s’assied dans les fleurs pour faire un bouquet et rêver de son prince charmant, le poète John Keats. Je m’attendais à une histoire romantique et littéraire du même genre, le film étant une adaptation d’une pièce de théâtre d’August Strindberg, et se déroulant également au XIXème siècle.
Que nenni. Après cette jolie introduction dans la nature verdoyante, le film se situe principalement dans le décor rudimentaire de la cuisine. Les personnages s’y enferment pour échapper aux « vulgaires » paysans qui fêtent la Saint Jean, la nuit la plus longue et chaude de l’année, où l’on danse autour du feu. La nuit est longue et chaude aussi pour les personnages et un feu brûle en eux : le valet est irrésistiblement attiré par la flamboyante Mlle Julie. Celle-ci en joue, flattée et curieuse des choses de l’amour qu’elle ne connaît pas encore. Elle somme la cuisinière, sa rivale jalouse, de s’enfermer dans sa chambre. Pendant ce temps elle reste seule avec John. Un jeu de charme et de manipulation s’installe entre eux. 

Le début est plaisant. Les répliques et situations font mouche. Sauf que le film tourne à l’hystérie et au sordide, et ne fait plus du tout rêver. Mlle Julie agit de façon inconséquente et ridicule (elle demande à son valet de baiser son soulier, puis elle se jette à ses pieds pour faire de même, et là je ne vous raconte que le moins étrange…) J’espérais des répliques et des retournements de situation plus fins, qui ne venaient pas. La mécanique finit par tourner à vide et à être répétitive, je cite : « je vous hais » la scène suivante « je vous aime » puis « je vous déteste » etc… On décroche devant tant d’hystérie et de manque de discernement.

cinémaSeule la cuisinière, incarnée par Samantha Morton, est réaliste, en ne se faisant aucune illusion contrairement aux deux autres : elle ne sortira jamais de sa condition médiocre, les classes sociales ne se mélangent pas. Elle préfère se résigner et mener une petite vie rangée mais intègre sans remettre en cause l’ordre établi, en allant bien fidèlement  à la messe et  en servant ses maîtres et son mari sans être dupe.  Elle n’a pas de revendication égalitaire, sociale comme John, ou féministe comme Julie
Les acteurs sont comme toujours plein de sensibilité. Colin Farrell se lance dans une déclaration d’amour qui m’a rappelé son rôle dans Le nouveau Monde (où il est amoureux de Pocahontas). Mais il devient vite le contraire, cynique et intéressé. Selon la réalisatrice Liv Ullmann, « Colin Farrell a joué comme quelqu’un qui refuse sa condition de domestique mais ne peut y échapper, dans sa manière de marcher, de parler ou de se tenir. » Il dit à Julie : « vous êtes tout ce que je n’aurai jamais »
La rousse incendiaire Jessica Chastain est parfaite pour ce rôle de passionnée insatisfaite, qui rêve d’être libre d’aimer qui elle veut et d’égalité entre hommes et femmes.  Elle révèle : « je suis toujours en quête d’un ailleurs. »

La pièce a été interdite dans toute l’Europe à la fin du XIXème siècle, jugée moralement et socialement subversive, et trop moderne. La réalisatrice l’a adaptée car elle évoque des sujets  qui la concernent : « Etre vue ou demeurer invisible, donner une image de soi qui ne correspond pas à ce que l’on est vraiment, être aimé pour soi-même et non pour ce que les autres voient en vous, les rapports de sexe, les crises qui en découlent (…) Comme dans la vie, les gens ont beau parler, leurs interlocuteurs n’entendent que ce qu’ils veulent entendre. (…) Les personnages ne demandent qu’à se confier, mais ils ne sont pas entendus et restent seuls… comme nous avec nos téléphones ! »

J’ai apprécié les thèmes de cette pièce, le jeu parfait des acteurs, mais pourquoi tant de rebondissements délirants qui gâchent tout ? L’histoire se veut certainement subtile et profonde, mais au contraire, elle manque d’acuité… La nuit de la Saint Jean est chaude et longue pour les personnages, elle est longue aussi pour nous (2h15 !) et réfrigérante.

J’ai apprécié la musique, de Schubert, Tchaïkovski, Chopin, mais pourquoi reprendre, plusieurs fois en plus, le trio pour piano de Schubert indissociable de Barry Lindon, le chef d’œuvre de Stanley Kubrick…

 

06/09/2014

Gemma Bovery : places de ciné à gagner

cinéma, places de cinéma à gagner, Fabrice LuchiniMartin (Fabrice Luchini) licencié de son travail d’éditeur parisien, a repris la boulangerie paternelle, dans un village normand, afin de retrouver « l’équilibre et la tranquillité ». C’est raté : il s’ennuie, jusqu’à l’arrivée d’un couple d’Anglais, Charles et Gemma Bovery. Le littéraire trouve alors matière à nourrir son esprit romanesque : il piste la jeune femme en s’imaginant qu’elle est la réincarnation de son héroïne favorite : Emma Bovary… (voir bande annonce en lien)

Ce film possède un charme fou. J’ai gardé un sourire béat pendant toute la séance : haaa, le charme de la campagne normande, cette verdure qui me rappelle ma région, ces maisons en pierre avec les rhododendrons devant la porte… Le charme d’un scénario, surtout d’un héros (Luchini) romanesque, passionné, littéraire, imaginatif… Le charme pédant de Niels Schneider, aussi vénéneux que dans les Amours imaginaires de Xavier Dolan. Le charme de l’actrice Gemma Arterton, sa fraîcheur, son naturel désarmant. Elle faisait déjà succomber un village entier dans Tamara Drewe de Stephen Frears. Ce film était l’adaptation d’une bande dessinée de Posy Simmonds, tout comme l’est Gemma Bovery. 

cinéma, places de cinéma à gagner, Fabrice LuchiniLuchini fait son Luchini, en citant des bons mots littéraires et en pontifiant : « Les gens pensent que la vie à la campagne est merveilleuse, mais il y a énormément d’anti dépresseurs. Ou alors y a le calva. » Si vous faites partie de ceux que l’exubérance du comédien exaspère, vous serez content d’apprendre que les propos de Martin/Luchini sont constamment rabroués par sa femme devant tout le monde, sans qu’il ne bronche. Vous pourrez voir ce film, car le comédien y est assagi, pépère qui aime promener son chien et faire son pain. Il reste observateur et vit sa vie par procuration. Non pas en mettant du vieux pain sur son balcon pour attirer les moineaux les pigeons, mais en offrant du pain maison à sa voisine Gemma, qu’il épie depuis sa fenêtre. Son personnage un peu pathétique est attachant. Personne ne le comprend, sa femme, qui se moque de son imagination fertile, son fils qu’il appelle « le couillon » et qui préfère Call of Duty à Emma Bovary, ce à quoi Luchini répond : « J’aimerais mieux que tu te drogues plutôt que d’entendre des conneries pareilles » 

cinéma, places de cinéma à gagner, Fabrice LuchiniSi vous n’aimez ou ne connaissez pas le roman de Flaubert, sachez aussi que ce n’est pas essentiel, le film n’étant pas une adaptation. Il est plutôt un hommage et une toile de fond, comme l’est Alceste à bicyclette au Misanthrope de Molière, dans lequel Luchini a aussi joué. J’admets avoir lu Emma Bovary adolescente, et comme l’héroïne du film, en avoir pensé « il ne se passe pas grand-chose ». Comme l'exprime Luchini : « C’est quoi Madame Bovary aujourd’hui ? Une prise de tête pour les étudiants qui sont obligés de le lire pour les épreuves du bac ! Grâce à Gemma Bovery, ils vont découvrir une puissance libidinale folle qui se confronte au réel. Et peut-être réviser leur position sur l’auteur. » J’avais pourtant aimé l’adaptation de Claude Chabrol. Même si pour moi Isabelle Huppert est froide et hautaine, tout le contraire de Gemma Arterton, qui correspond mieux à ce personnage sensuel et passionné. 
Comme elle, tous les acteurs sont parfaits, avec une mention spéciale à Elsa Zylberstein, hilarante et insupportable en caricature de grande bourgeoise obsessionnelle et condescendante.

cinéma, places de cinéma à gagner, Fabrice LuchiniJ’ai beaucoup apprécié l’originalité de ce film réalisé par Anne Fontaine. On retrouve la rencontre improbable entre personnages opposés et comiques de Mon pire cauchemar, mais aussi la sensualité de l’excellent et troublant Perfect Mothers.

J’ai le plaisir de pouvoir vous faire gagner 5x2 places pour Gemma Bovery. Pour ceci, il suffit de répondre au quiz papillotien traditionnel :
- Quiz "On connaît le film" : Dans quel film (que j’adore) Fabrice Luchini incarne-t-il un écrivain qui, pour pouvoir publier un livre sur les rapports amoureux,  accepte de séduire une fille choisie par son éditeur, alors qu’il pense qu’elle est « immmoooonde ! » ?
- Quiz "On connaît le livre" : Dans Alceste à bicyclette,  les personnages incarnés par Fabrice Luchini et Lambert Wilson souhaitent adapter une pièce de théâtre. Quel est son titre et qui en est l’auteur ?
- Quiz "On connaît la chanson" : quelle est la chanson citée dans mon texte et qui en est l’auteur ?
Envoyez vos réponses avant ce mardi 9 septembre à midi, par mail (« me contacter » en haut à gauche sous la photo). Les gagnants seront prévenus mardi après-midi. Les places sont valables uniquement en France métropolitaine. Le film sort en salles mercredi.

A vous de jouer et bonne chance !

 

05/09/2014

La planète des singes : l’affrontement

planete singes affrontement.jpgLa planète des singes fait partie de mes films cultes, comme vous pouvez le voir dans la colonne de gauche. Je cite l’original de Schaffner de 1968, pas l’ignoble remake de Tim Burton (il est pourtant bon réalisateur, qu’est ce qui lui est arrivé ?)
J’ai apprécié le préquel de 2011, Les origines. On y apprend comment les singes sont devenus plus intelligents que les hommes : à notre époque, un scientifique (James Franco♥) cherche un remède à la maladie d’Alzheimer. Il le teste sur le chimpanzé César, qui développe de fortes capacités intellectuelles. A l’inverse, le traitement semble néfaste aux humains. A la fin du film, César s’enfuit avec des doses du vaccin, libère ses semblables, leur injecte le traitement, et part dans la forêt en sachant prononcer quelques mots. Puis on voit juste un type contaminé avoir des saignements de nez et prendre l’avion. On comprend qu’il va diffuser le virus à l’échelle mondiale.

Je pensais que le deuxième film allait reprendre l’histoire où elle s’était terminée, mais non. On se retrouve 10 ans plus tard, la quasi-totalité de l’humanité n’existe plus. On passe directement d’un mec qui saigne du nez à l’humanité exterminée !
Les villes sont détruites à cause d’une guerre (quelle guerre, pourquoi ?) Jamesounet Francounet n’est plus là, remplacé par un acteur falot, Jason Clarke. Les singes, avec toujours à leur tête César, vivent dans la forêt et savent parler et écrire. Des hommes doivent traverser leur territoire pour réparer un barrage électrique. César leur accorde son aide, tandis que son second, Koba, veut déclarer la guerre aux humains.
Donc pendant la moitié du film, le sujet est de savoir si les humains vont avoir le droit de pénétrer dans la forêt. Quel enjeu palpitant ! Puis le but est d’éviter la guerre, sauf que le titre, « l’affrontement » le révèle. On sait donc à l’avance tout ce qui va se passer. On devine même ce que vont dire les personnages, car ils ont la manie de parler très lentement, en mettant un espace entre chaque mot pour faire plus solennel : « Il faut (2 secondes d’attente) tuer (3 minutes) les (on va se chercher un café) hommes » - Non (endormissement) ils sont (ronflement) gentils »

planete singes bataille.jpgIl y avait pourtant matière à faire un bon scénario. Surtout que la nouvelle politique des studios est d’exploiter toutes les idées jusqu'à la moëlle pour faire le plus de films possible. Alors pourquoi ne pas avoir fait ce deuxième opus sur la propagation du virus ? Sur la guerre entre les hommes ? Et pourquoi la guerre au fait, pourquoi les humains ne se sont-ils pas entraidés ? (« les gars, on va tous crever à cause du virus, j’ai une super idée, au lieu de conjuguer notre savoir pour trouver un vaccin, si on accélérait le mouvement en s'entre-tuant et en détruisant notre habitat ? ») J’ai peut-être loupé une explication, assoupie par l'ennui.
Au début j’ai sérieusement cru avoir raté un épisode : « c’est le troisième film en fait ? Il est où Jamesounet ? C’est qui ce con ? »

Alors, oui, c’est intéressant de voir comment une guerre se déclare : par peur et par ignorance. Mais pourquoi faire comme si la guerre était inéluctable, ce qui la justifie ? Tout le long du film, César et son pote humain se démènent et risquent leurs vies pour empêcher la guerre. Quand enfin, après avoir sué sang et eau, le mec parvient à sauver la peau de César, le seul qui peut ramener les singes à la raison, César répond, toujours calmement en mettant trois plombes pour sortir sa phrase « C’était sympa de ta part, mais c’est trop tard, les hommes vont quand même vouloir nous tuer, alors faut qu’on se batte » et il se casse tranquillement. Le brave gars qui a risqué sa vie pour le singe, encore tout transpirant, ne proteste pas « D’accord, salut, à la prochaine, on se fait une bouffe ! ah ben non puisqu’on va s’entretuer maintenant, dommage ! » ce revirement final me paraît ridicule.

Bref, j’ai été déçue par ce deuxième film. Il est quand même pas mal, les effets spéciaux sont époustouflants, le suspense pourtant éventé tient la route, mais j’en attendais tellement...

 

04/09/2014

Boys like us (enfin presque)

boys like us.jpgRudolf, la trentaine, se fait plaquer par son petit copain. Il décide alors de quitter Paris et de retourner dans son village natal autrichien, au pied des montagnes. Ses deux meilleurs amis, boulets immatures, s’incrustent dans le voyage… (voir bande annonce en lien)

En recevant le pitch, qui commence par « trois amis gays » comme si c’était primordial, j’ai pensé « ok, mais c'est un film uniquement pour les gays ou pas ? » Parce que justement, comme mon nom féminin l’indique, je ne suis pas vraiment Boys like us… Je craignais le film communautaire, qui s’adresse en priorité aux homos, avec des private joke incompréhensibles pour moi, dont je me sentirais exclue. Mais curieuse comme un chat toujours, j’ai voulu vérifier avant de juger.
Ok, l’avant-première avait lieu dans un cinéma du marais… Ok, la salle était majoritairement remplie de gays… Et la fête, dont je pensais qu’elle se déroulerait dans une salle appartenant au cinéma (j’avais adoré la soirée de Dans la cour, avec Catherine Deneuve, Pio Marmaï et plein d’autres acteurs) avait lieu dans un bar. Arrivée parmi les premières, je me suis retrouvée avec les habituées. J’ai vite remarqué que le pub était essentiellement fréquenté par des femmes, certaines cheveux très courts, recouvertes de tatouages, forte carrure et air sévère, qui m’ont tout de suite fait penser à Josiane Balasko dans Gazon maudit…  J’admets qu’au début je n’en menais pas large, toute seule dans mon coin avec ma bière, en regardant mon téléphone pour me donner une contenance (« j’attends mes 45 amis, non non, je ne suis pas du tout seule et perdue dans un monde inconnu… qu’est-ce que je suis venue foutre ici… et si Josiane me drague ? »)
Dans les cocktails ou les projections presse, je ne me sens parfois pas à ma place, les journalistes parlent entre eux, je ne connais personne et reste isolée. Dans le bar, celle qui distribuait les sésames pour obtenir des boissons en a donné à tout le monde autour de moi en m’ignorant, il a fallu l’intervention de la distributrice du film : « Elle est invitée ! » Je n’ai pas su si, comme d’habitude, la serveuse pensait de prime abord que je n’avais pas l’air de travailler dans le milieu du cinéma (ce qui est vrai d’ailleurs, malgré moi), ou si elle m’a prise pour une habituée des lieux ! Rentrée chez moi, j’ai pu vérifier sur le site du bar qu’il est « par et pour les meufs, gouines, bies, trans’, queers » mais le site ajoute « participatif et ouvert à toutEs ». Dont les Boys like us.

Le film est également ouvert à tous, l’homosexualité des personnages n’entre pas vraiment dans les ressorts du scénario. Leurs situations peuvent être partagées par chacun : la recherche de l’amour, l’amitié, le travail… L’un, très anxieux, pense toujours à son ex 6 ans après leur rupture, et croit même le voir à plus de 1000 km de chez lui. L’autre, très cool, préfère enchaîner les conquêtes sans s’attacher. L’un est au chômage et préfère se la couler douce, tandis que l’autre se démène pour trouver un travail.  

J’ai apprécié l’humour un peu décalé et plutôt bon enfant. Le réalisateur se moque gentiment de ses personnages inadaptés à leur environnement : parisiens branchés perdus dans la campagne, décalage culturel entre la France et l’Autriche, gay coincé par une dame qui tente de lui marier sa fille, héros qui retourne après 17 ans dans son village natal resté identique, alors que lui a beaucoup changé…
Lorsqu’un personnage garde des enfants, il est accompagné d’un homme d’apparence inquiétante, couvert de tatouages et carrure d’armoire à glace. Mais lorsque ce dernier parle, on se rend compte qu’il possède une petite voix aiguë et qu’il semble doux comme un agneau. Les mioches ne sont pas du tout effrayés et jouent avec lui à « 1-2-3 soleil », dans un cimetière, comme si c’était un terrain de jeu habituel…

Le film montre ainsi qu’il ne faut pas se fier aux apparences, accepter les différences ; oser aller à contre-courant, et garder l’esprit ouvert et bienveillant. Pourtant les deux boulets n'adoptent pas cette attitude, ils sont peu sympathiques : méprisants ou grossiers avec les gens qui tentent de les aider (serveurs, hôtesse d'accueil etc). Je trouve aussi que le jeu des acteurs sonne assez faux. La comédie est agréable, mais assez anodine et parfois caricaturale. J’ai apprécié les paysages sublimes de la montagne autrichienne, ainsi que la musique d’Haussmann, qui était aux platines lors de la soirée (voir en lien).