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10/10/2017

Jean Rochefort, le grand duc est mort

Jean Rochefort, un éléphant ça trompe énormément, cinéma, cinéma françaisJe reçois deux sms simultanément. De membres de la famille. Pour qu'ils me contactent, c'est qu'ils ont quelque chose d'important à révéler. Pour qu'ils soient deux, c'est grave. Je comprends tout de suite qu'il y a eu un décès.

Le message fatidique apparaît :
« - T'as vu qui est mort ? Le capitaine a pris la mer. »
Capitaine, mon capitaine ? Robin Williams est déjà mort (lire en lien mon hommage). Captain igloo ? Aussi. Qui a joué le rôle d'un capitaine ?
- « Vois-tu Marthe, quand le bateau de la vie est déjà loin sur la mer, le capitaine doit savoir faire le point dans la tempête. Et pour cela, il a parfois besoin de s'isoler, de prendre du recul avec l’équipage. Et quand les étoiles… »

Quoi ?! Ce capitaine là ? Celui du Crabe-tambour ? Celui de mon top dix des comédies cultes, celui d'Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis ? La plus belle moustache du cinéma français (oui, avant Patrick Dewaere) la plus belle voix de France ex-æquo avec Jean-Pierre Marielle ? Le grand duc ? Lui ?
Non, impossible, je refuse. C'est une erreur. Il est trop cool, trop jovial, un éternel adolescent, avec ses baskets et ses reprises des grands classiques à la sauce « jeune » avec les boloss des belles lettres. (voir en lien madame bovary version 2000). Il est intemporel, traverse toutes les générations, immortel, rien ne peut l'abattre. Même à 87 ans.

Quand Claude Rich est mort récemment à 88 ans, puis Mireille d'Arc à 79 ans, j'y ai tout de suite pensé : « qui sera le prochain de cette génération ? » Belmondo (84 ans), inimaginable. Jean-Pierre Marielle, (85 ans) n'en parlons pas. Rochefort ? Bien sûr que non. Don Quichotte restera là à se battre contre les moulins à vent. (si vous ne l'avez pas vu, regardez l'incroyable Lost in la mancha sur le tournage maudit de Terry Gilliam.)
Le couperet attendait depuis le décès de Philippe Noiret en 2006. Rochefort avait fait un vibrant hommage, à voir ici en lien.

Jean Rochefort, un éléphant ça trompe énormément, cinéma, cinéma français« Vous qui pénétrez dans mon cœur, ne faites pas attention au désordre. » Il faut se rendre à l'évidence. Jean Rochefort est mort. Nous irons tous au Paradis avec lui.

Comme pour tous les Français, Jean Rochefort était pour moi un monument, il faisait partie de ma vie. Enfant, j'écoutais sa belle voix grave me lire des contes sur 45 tours, et j'étais triste d'entendre la clochette pour tourner le disque ou annoncer sa fin : c'était trop court, je le remettais inlassablement. 30 ans après, je connais encore le conte par cœur, j'ai encore la voix de Rochefort dans les oreilles. Je le regardais aussi à la télé présenter les aventures de Winnie l'ourson.
Puis je l'ai vu dans les films populaires du dimanche soir sur TF1, même si enfant je ne comprenais pas tout (« mais pourquoi le monsieur il est au lit avec la dame ? Mais c'est pas sa femme ? » les enfants sont très puritains). Mais comme toute la famille riait, je riais moi aussi. Je l'adorais en fidèle lieutenant de Belmondo dans Cartouche ou Les tribulations d'un Chinois en Chine. Leur complicité transperçait l'écran.

Les deux acolytes se sont connus au conservatoire, avec Marielle, Bruno Cremer, Claude Rich, Philippe Noiret, Annie Girardot... Ils ont fait les 400 coups ensemble, faisant voler en éclat les certitudes de leurs vieux profs de théâtre bougons et ringards, anecdotes croustillantes qu'ils révèlent dans leurs autobiographies (par exemple dans celle de Belmondo ici). Une amitié indéfectible qui les unira jusqu'à ce que la mort les sépare.

Jean Rochefort, un éléphant ça trompe énormément, cinéma, cinéma françaisComme la plupart de ses compères cabotins, le jeune Rochefort faisait le désespoir de son père. Rêveur farfelu, il délaissait ses études. Son paternel le rêvait comptable et le comparait à son frère, brillant polytechnicien droit dans ses bottes, lui. Jean accepte à 16 ans un poste à la banque de France, mais s'y ennuie ferme. Il se rebelle enfin à 19 ans, se pointe devant le conservatoire, hésite encore à braver son père en attendant 4 heures avant de pousser la porte. Mais il s'est trompé : c'était le conservatoire de musique… Il prend enfin des cours de théâtre, où il rencontre ses potes fanfarons, piètres acteurs pour leurs professeurs, mais qui seront les modèles des générations futures. Rochefort rate cependant le concours d'entrée au conservatoire et songe au suicide. C'est son ami Marielle qui le convainc d'auditionner pour une compagnie, lui fait répéter son texte, l’accompagne à l’audition, où Rochefort est pris et entame sa longue carrière. Il traîne son flegme et son humour simultanément tendre et sarcastique dans plus de 120 films. "Quand on veut amuser les autres, on se doit d'être douloureux soi-même".

Le plus souvent abonné aux seconds rôles, Jean Rochefort a joué dans les comédies françaises les plus populaires, mais aussi des rôles tragiques comme L'horloger de Saint Paul de Tavernier (à voir ce soir sur C8). Avec ce dernier, il joue aussi dans Que la fête commence.
L'acteur reste fidèle aux mêmes réalisateurs. Tout particulièrement Yves Robert, pour lequel il tient un rôle dans Le grand blond avec une chaussure noire, Courage fuyons (voir extrait très drôle en lien), Le bal des casse pieds et bien sûr Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis, rediffusés à la suite ce soir sur France 2 et à ne pas rater. Vous pouvez relire ici les meilleures répliques.

Rochefort joue aussi dans de grands films de Patrice Leconte. Je l'apprécie particulièrement dans le très fin Ridicule qui rivalise de mots d'esprits, (diffusé hier) et dans l'émouvant Tandem. Dans ce film, l'acteur interprète un présentateur de jeu radiophonique un peu ringard qui sillonne les villes de France, avec son ingénieur du son timide, pour lequel il apparaît comme un mentor. Son émission va être supprimée, ses certitudes et sa vision du monde volent en éclats. (Voir son coup de gueule contre les gens en jogging... ) L'émouvante chanson il mio rifugio a été composée exprès pour le film. Du duo Rochefort/ Leconte, Le mari de la coiffeuse m'avait touchée, par sa vision poétique et passionnée de la vie conjugale (le film est diffusé jeudi sur Arte). J'ai adoré voir réuni le trio de choc Rochefort/Marielle/Noiret dans Les grands ducs.

Jean Rochefort collabore avec les réalisateurs les plus drôles : Pierre Salvadori dans le film à l'humour noir Cible émouvante (voir en lien), Bertrand Blier avec Calmos, Audiard (comment réussir quand on est con et pleurnichard) Philippe De Broca, Francis Veber (Le placard), mais aussi Etienne Chatiliez, Edouard Molinaro, Alain Chabat, Laurent Baffie, Antoine De Caunes, Edouard Baer…

Depuis hier, j'ai en tête la musique planante que Vladimir Cosma a composé pour Un éléphant ça trompe énormément. (à écouter en lien). Le bruit de la mer, des mouettes, qui incitent à la rêverie et à la nostalgie d'un paradis perdu... Tu nous manqueras Jean. 

 

09/04/2017

Belmondo l'incorrigible

belmondo livre.jpgJean-Paul Belmondo fête ses 84 ans aujourd'hui 9 avril ! Je suis justement en train de lire son autobiographie, "Mille vies valent mieux qu'une". Bébel, l'un des plus grands acteurs français, qui m'a accompagnée de ses films toute ma vie. Il égayait les soirées du dimanche et mardi soir de ma jeunesse avec ces films populaires. Les comédies : Le cerveau que je connais par cœur, Les mariés de l'an II, 100 000 dollars au soleil… Mais aussi ses rôles de baroudeur viril qui me dérangeaient un peu plus, comme Peur sur la ville, Le professionnel ou L'héritier. Adolescente, je l'ai découvert différemment, plus sérieux, plus intello dans Léon Morin prêtre (dont un remake sort en ce moment en salles) A bout de souffle ou Pierrot le fou de Godard. Il m'a fallu être adulte pour pleinement apprécier la nostalgie d'Un singe en hiver. Mais pour moi, il restera à jamais Bob Saint Clar/François Merlin, qu'il a joué dans l'une de mes comédies préférées : Le magnifique.
Son livre confirme qu'il est aussi potache et intenable que dans ma comédie culte, et que dans les films du même réalisateur Philippe de Broca : L'homme de Rio, Les tribulations d'un chinois en Chine, Cartouche ou L'incorrigible. Voici des extraits de l'autobiographie pour vous le confirmer :

Bébel tu es mon modèle, cinéma français, jean-pierre marielle la plus belle voix du monde"Pour des raisons communes, (avec Philippe de Broca) nous avions choisi de rester des enfants qui jouent, qui transgressent, qui se comportent de façon inconséquente.
Derrière nous, il y avait eu la guerre de 1939, et surtout, l'Algérie. Lui, il était au service documentation de l'armée, qui lui commandait des films pédagogiques sur le chargement des armes. Dont il s'amusait à inverser les séquences de sorte que ça ne puisse pas fonctionner. Après avoir assisté à toutes les horreurs commises là-bas par des adultes, il n'a plus jamais voulu en être un.
Ce qui m'arrangeait considérablement."

(…) Sur le tournage de Lhomme de Rio (qui a inspiré OSS 117), en 1964 au Brésil :
"Nous avons réalisé avec Philippe l'une des blagues dont je suis le plus fier : fourrer de la farine dans les climatisations des chambres de l'hôtel, de sorte qu'il suffisait que les clients les mettent en route - la première chose qu'il faisait en entrant, vu les chaleurs excessives de ce genre de pays - pour qu'ils se retrouvent entièrement blanchis.
Mais ça ne suffisait jamais, une dinguerie en entraînant une autre. En arpentant le marché amazonien de la ville, je me suis pris d'affection pour de ravissants petits crocodiles, dont je redoutais qu'ils ne terminent aux pieds ou à la taille de quelque vilain capitaliste à cigare. J'ai décidé de dévier la destinée de l'un d'eux. Je lui ai trouvé un nid parfait, au frais, un petit bassin cosy où s'ébrouer : la baignoire de Simone Renant, la compagne de Mnouchkine le producteur. Quand la dame a découvert le crocodile gentiment installé dans ses appartements, elle a poussé un cri à réveiller les morts. Après coup, elle en a ri, mais à la vue de l'animal à grande bouche, elle a frôlé la syncope."

Bébel tu es mon modèle, cinéma français, jean-pierre marielle la plus belle voix du mondeSur le tournage de Cartouche :
"Je récidive lors d'une conférence de presse. Je défais ma ceinture sous la table, et finis par me mettre debout pour discuter avec les journalistes. Peu à peu, mon pantalon glisse sur mes jambes jusqu'à mes chaussures. Bien sûr, je fais mine de n'avoir rien remarqué et continue de répondre à la curiosité des médias, en slip. Je parle ainsi depuis deux minutes, quand je vois débouler du fond de la salle mon camarade Philippe de Broca qui, expert en surenchère, s'est totalement déshabillé. C'est à poil qu'il monte sur l'estrade pour parler de Cartouche. La salle a dû apprécier notre sketch improvisé, puisque les articles furent élogieux !"

Je peux vous citer des dizaines d'extraits, Belmondo enchaîne les blagues à chaque page. Gags qu'il a souvent effectués avec son grand ami, la plus belle voix française : Jean-Pierre Marielle.
Je n'ai pas encore fini la lecture du livre et n'ai pas encore atteint le tournage du Magnifique et de L'incorrigible, ça promet !
Bébel est définitivement mon modèle (avec Pierre Richard). Demain, j'emmène les sacs de farine au boulot ! (non, je ne réitérerai pas son exploit de la conférence de presse) (et j'aurai du mal à trouver un crocodile).

 

24/03/2017

Les films vus en 2016, fin : les rencontres avec les acteurs

toutr controle.jpg- La tour 2 contrôle infernale de Eric Judor

J’admets que je me souviens mieux de la rencontre avec Eric et Ramzy que du film en lui-même. Les deux comiques ont fait leur show, en enchaînant les vannes, en se taquinant  : « va regarder le site « pas de répartie.com ! » qui est devenu une de mes répliques depuis. Toujours rebelles, ils bondissaient dans la salle, s’asseyaient à côté de nous et interpellaient les spectateurs qui voulaient rester discrets… Ils se sont pliés de bon cœur à une séance photo. J'ai de super clichés des acteurs qui m'entourent les épaules. Eric faisant des grimaces et me vannant : « alors t’es libre ce soir ? », Ramzy qui me caresse le dos de haut en bas « mmh mais oui » et moi toute rouge entre eux « mais qu’est-ce qu’ils font ? » Des deux compères, je regardais lorsque j'étais ado la série H, et plus récemment, j'ai adoré Platane de Eric, surtout la première saison.

- Un homme à la hauteur de Laurent Tirard

Une comédie avec de bons acteurs, mais un scénario pas à la hauteur justement, qui ne tient pas sur la longueur. A la fin de la séance, Jean Dujardin et Virginie Efira sont venus échanger sur le film. On pouvait faire des photos à la sortie, mais devant un décor de ciel vide, quel intérêt ? Ce n’est que le lendemain qu’on a appris qu’en fait les acteurs se laissaient photographier avec les spectateurs, on était juste partis trop tôt…

- Arrête ton cinéma ! livre de Sylvie Testud et film de Diane Kurys

arrete cinéma.jpgL’actrice voulait réaliser son premier film, mais s’est heurtée à deux productrices foldingues (ici représentées par les excellentes Balasko et Zabou). Le film livre une instructive et drolatique plongée dans l’envers du décor du cinéma. On regrette cependant la fin peu crédible et quelques scènes trop poussées. Décrire la réalité suffisait, car elle dépasse la fiction. Sylvie Testud et Diane Kurys (Diabolo menthe) nous ont parlé de leur expérience dans un lieu étonnant : une salle de projection dans le superbe palace Le royal monceau. La grande classe !

- Pattaya de Franck Gastambide

Deux amis un peu limités veulent partir en Thaïlande pour trouver des filles faciles. Pour payer le voyage, ils inscrivent à son insu un type de leur quartier au championnat de boxe des nains… Le premier quart d’heure qui résume la relation amoureuse puis la rupture du héros est excellent, très drôle et pertinent. Ensuite, l’humour est parfois trop absurde et surtout trop scato, dommage. Franck Gastambide est venu nous voir à la fin : le mec est bien plus subtil que son film !
 
- Dans les forêts de Sibérie de Safy Nebbou
Voir mes articles et mon mariage ma rencontre avec Raphaël Personnaz  en lien.

- Cigarettes et chocolat chaud de Sophie Reine

Pour une fois, je n'ai pas l'air d'une alcoolo sur ma photo avec Camille Cottin lors du cocktail de présentation du film. Mais du coup je n'étais pas assez soûle pour oser aborder Gustave Kervern et lui demander à lui aussi une photo souvenir... 


 

19/03/2017

Star Wars, épisode 172

stars wars reveil.jpg- Star wars, le réveil de la force de JJ Abrams

Ne me demandez pas le combientième c’est, quand l'histoire se déroule… Je mélange toutes les époques. J’ai cru qu’il était la suite du dernier sorti en salles (le 28 e ?) Quand ils partent à la poursuite de Luke Skywalker, j’ai cru qu’ils le cherchaient… bébé. C’est seulement après 45 minutes, quand Harrison Ford, 73 ans, apparaît tout ridé tout flapi, que j’ai pensé « mais qu’est-ce qu’il fout là ? Mais alors Luke est vieux aussi ! Mais ça se passe quand ? »

Han Solo reste mon chouchou : j’étais invitée à l’expo star wars, où on pouvait définir selon sa personnalité quel personnage nous ressemble : toutes les filles étaient princesse Leia, mais moi j’étais solitaire, battante et blagueuse comme le contrebandier. Harrison Ford a pris cher (la seule scène où il court : papi frôle la crise cardiaque). Le pire est quand même pour Carrie Fisher, devenue une baleine et... morte à noël. Quand leur fils enlève son casque et révèle sa gueule de mérou, la salle entière a éclaté de rire. Quant au scénario, il ressemble beaucoup, surtout le début trop long et prévisible, à celui de l’épisode … Euh, je ne sais plus lequel.

J’ai bossé sur une convention Star Wars et j’étais ravie de l’ambiance bon enfant, avec des pères de 45 ans qui étaient plus excités que leurs gamins et voulaient me racheter mon badge star wars comme si c’était un talisman. J’ai récupéré plein de goodies et je les ai donnés au gosse que je gardais à l’époque. Je suis sûre que j’aurais pu les revendre et m’acheter un duplex à Paris avec. Mais j’ai conservé un T shirt « convention star wars, j’y étais ! »

- Star Wars rogue one de Gareth Edwards

star wars les papis.jpgJ'étais déjà perdue avec le précédent... J'avais enfin compris où on en était, je vais voir celui-ci, mais ce n'était pas la suite de celui que je venais de voir ! M'enfin mais arrêtez de nous embrouiller ! La salle était pleine, mais on était que 3 filles, sans doute traînée de force par leurs petits copains "si tu viens pas, je te quitte". Ôtez-moi un doute : si ce film s'appelle "one" c'est parce qu'on va encore en avoir un autre après ? Mais ils s'arrêteront jamais ? C'est bien joli, les paysages incroyables, les bébêtes étranges, les grosses machines et les sabres lasers... La magie fonctionne toujours. Mais le scénario... Toujours les mêmes ficelles, le film met plus de temps à décoller que le faucon Millenium de Han Solo. On a l'impression qu'à l'avenir, pour le Star wars 219, Disney va se dire :

"Les gars, ça fonctionne toujours autant, ils achètent toujours des places et des figurines, on engrange un max de thunes, faut continuer !
- Mais là on a plus d'idées ! Qu’est ce qu'on pourrait faire ?
- Un préquel du sequel du reboot de la suite du remake !
- Attend je comprend pas, tu parles du stars wars 17 ou du 26 ?
- Non, on pourrait reprendre 2 minutes du 8ème film, tu sais à la scène 328, Harrison Ford revient à la base. Carrie Fisher lui demande si tout s'est bien passé mon canard à la praline, et il répond qu'il a dû buter 2/3 stormtroopers pendant le trajet. Eh ben j'ai une super idée : on pourrait faire un film sur ce trajet qu'on a pas vu !
- Tu crois que le public va marcher ?"

Eh oui...

 Suite des films demain

 

17/03/2017

Les films de 2016 : Carol, Ave César, Dr Strange

carol.jpg- Carol de Todd Haynes

Dans le New York des années 50, une jeune employée ingénue et modeste rencontre une femme mondaine plus âgée qu'elle et en instance de divorce. Elle est impressionnée par son charisme, l'autre apprécie sa fraîcheur et sa naïveté de fille qui n'a rien vécu. Contre toute attente, elles se lient d'amitié, et plus encore… Mais cela reste impensable à cette époque : quoi, une femme qui veut s'imposer, divorcer, et en plus en aimer une autre ?
Élégant est le mot qui caractérise ce film : les belles robes, les tenues guindées, les permanentes impeccables, pas un mot plus haut que l'autre… Mais c'est aussi son défaut : un peu académique, il manque de chaleur et de passion. Une histoire d'amour impossible et un mélo dans la lignée de Loin du paradis, du même réalisateur.

- Ave César ! des frères Coen

ave cesar.jpgPendant l'âge d'or de Hollywood, la journée chargée d'un employé de studio : il s'occupe d'une starlette dont il doit cacher la grossesse pour qu'elle continue à plaire à ses fans, d'un jeune premier du western qui veut s'imposer dans la comédie romantique, et de la star d'un péplum qui se fait enlever par des communistes en plein Maccarthysme !
Les frères Coen et l'envers du décor de Hollywood : tout pour me plaire. Pourtant, petite déception avec ce film trop fourre-tout, qui se contente d'être une succession de sketchs et de stars (Clooney, Scarlett Johansson...) Ave César n’atteint pas la profondeur de A serious man ou The barber, ni l’humour déjanté de Big Lebowski ou Burn after reading

- Docteur Strange de Scott Derickson

Un brillant chirurgien mégalo ne peut plus opérer suite à un accident. Pour retrouver ses capacités, il rejoint une obscure secte au fin fond du Népal. Mais celle-ci lui apprend que son rôle n'est pas de briller dans les revues médicales et les soirées mondaines, mais de sauver le monde, en toute simplicité.
Un film qui lorgne du côté d'Inception (les immeubles qui se tordent) pseudo mystique, beaucoup trop alambiqué et trop long. Je préfère Benedict Cumberbatch en Sherlock Holmes, avec une pipe et un chapeau plutôt qu'une cape rouge, car là il est beaucoup trop strange !

Suite des films demain avec les Star Wars

 

15/03/2017

Les films de 2016 : Money Monster, Les saisons, Midnight special...

saisons perrin.jpg- Les saisons de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud

J’aime beaucoup les films de Jacques Perrin, surtout Le peuple migrateur, gros choc. (voir chanson de Nick Cave♥  "To be by your side" en lien). Cette fois petite déception, on sent qu’il a du mal à trouver un nouveau thème : après les insectes dans Microcosmos, les oiseaux, puis les poissons dans Océans, ici, les animaux de la forêt au fil des saisons. Sauf que ces dernières ne se suivent pas : depuis quand l’hiver est juste après l’été pour revenir ensuite ? Le film explique l'impact de l'homme sur la nature au cours des derniers millénaires. Les animaux doivent se déplacer lorsqu'on modifie leur habitat (destruction des forêts pour créer des navires de guerre, ou à notre époque, les pesticides). Mais je trouve que l’apparition des humains, avec les reconstitutions, est assez malvenue et kitsch. On ne se sent plus dans un documentaire lorsqu’on voit un faux Neandertal attaquer un loup…
A l’issue de la projection presse, les réalisateurs sont venus nous parler du tournage, et c’était fascinant. Comme il est très difficile d’approcher des lynx par exemple, ils ont filmé des animaux dès leur naissance, pour les habituer à l’homme. Ils ont recrée des situations : ainsi, lorsque je détournais mon regard de l’écran quand le hibou grand duc attaque le hérisson (« oh non ! Pas kissifrott ! ») l’oiseau n’attrapait en fait qu’un leurre : « vous vous doutez bien qu’on n'allait pas sacrifier un animal que l’on connaît depuis sa naissance et qui nous prend pour ses parents ». Ceci est très rassurant : j’adore les documentaires animaliers, mais je ne supporte pas de voir les petites bêtes souffrir. Mais ça peut aussi poser un problème : tout est réaliste, mais pas vrai… A voir cependant, des images d’une grande beauté (voir bande annonce en lien). Avec toujours la musique ensorcelante de Bruno Coulais.

- Money monster de Jodie Foster

money monster.jpgLe présentateur d’une émission financière (George Clooney) est pris en otage en direct par un spectateur qui a suivi ses conseils et perdu ses économies. En cette époque de crise financière, des subprimes qui ont ruiné de modestes Américains pour en enrichir d’autres, un film parfaitement dans l’air du temps, qui dénonce les dérives de l’ultra capitalisme, de la spéculation boursière, l’impunité des grands patrons.
Money monster traite aussi de la puissance des médias (le direct à la télé donne toute l’importance à l’acte). Il montre l'invasion des nouvelles technologies et des réseaux sociaux (le présentateur lance un appel aux téléspectateurs : si chacun achète une action depuis son smartphone, le cours va rebondir et le preneur d’otages retrouvera son argent). Le film traite aussi de terrorisme, puisque le preneur d'otages porte une bombe… Une parfaite satire de notre époque désenchantée. Sur le thème de la crise des subprimes, je vous conseille aussi 99 homes, le documentaire Inside Job et le film un peu complexe Le casse du siècle.

- Midnight special de Jeff Nichols

midnight special.jpgDu même réalisateur, j'ai beaucoup aimé Mud et Take shelter. On retrouve ici l'atmosphère étrange et apocalyptique de ce dernier film, et le même acteur ambigu, Michael Shannon (déjà parfait dans Bug). Le film mêle S.f (un enfant aux pouvoirs extraordinaires, enlevé par une secte qui exploite son don) et drame intimiste (les parents récupèrent leur fils de force : doivent-ils le cloîtrer pour le protéger, ou le laisser partir loin d'eux et vivre son destin?) Le film est aussi un road movie plein de suspense (ils sont poursuivis par les fanatiques religieux et par la police). Midnight special m'évoque E.T et Rencontre du 3ème type de Spielberg, mais aussi Un monde parfait de Clint Eastwood (l'enfant élevé par une mère témoin de Jéhovah, puis enlevé par Kevin Costner et traqué par les flics). Midnight special est donc inclassable, à la fois profond et naïf. Un curieux film.

- Tony Erdmann de Maren Ade
Voir ma critique en lien

- Cigarettes et chocolat chaud de Sophie Reine
Voir ma critique en lien

Suite des films demain


 

12/03/2017

Les films de 2016 : Zootopie, The revenant, Deadpool...

zootopie.jpgZootopie par Byron Howard et Rich Moore
Dans la ville de Zootopie, les animaux cohabitent, mais dans des castes. Jusqu’à ce qu’une petite lapine frêle et naïve devienne, comme elle le souhaitait, policière malgré sa taille. Elle se heurte aux moqueries des espèces imposantes. Elle se lie à un malicieux renard pour résoudre une épineuse affaire…
Réalisons nos rêves, ne nous limitons pas aux apparences et à ce qu’on attend de nous : un renard est forcément fourbe, un mouton docile et faible… Un film plus complexe qu'il n'en a l'air, je ne m’attendais pas au rebondissement final.

- Le garçon et la bête de Mamoru Hosoda
Devenu orphelin de mère, un jeune garçon fugue et se perd dans le monde des animaux. Pour devenir le seigneur de ce royaume, il faut former un disciple. L'une des bêtes choisit le jeune humain, aussi têtu et impulsif que lui… Un film profond, sur la filiation, l'apprentissage, la maîtrise de soi, le passage à l’âge adulte. Par le réalisateur du magnifique Les enfants loups.

- The revenant de Alejandro Gonzalez Inarritu
revenant di caprio rrrahhh.jpgDi Caprio a enfin obtenu son Oscar ! Il le méritait bien car il a donné de sa personne : et que je me bats avec un ours, et que je rampe sur 300 km dans la neige par moins 40, et que je tombe dans l’eau glacée, et que j’évide un cerf pour me réchauffer à l’intérieur (je fais ça couramment) et que je bute les méchants à coups de machette… Par contre il ne méritait pas l’oscar des meilleurs dialogues, ou alors des meilleurs râles : « rraahhhh j’ai mal » « rrrrah non ! mon fils ! » « rrrah salaud j’aurai ta peau ! »

- Deadpool de Tim Miller
deadpool.jpgLes répliques délirantes fusent dans ce film de super héros, enfin plutôt de anti héros. De la parodie et des références pour geeks « de grands pouvoirs impliquent de grandes irresponsabilités ! » Des situations burlesques (j’adore quand il dessine comme un gamin de 5 ans). Un film parfois trash mais aussi fleur bleue, car le héros est amoureux !

- Les animaux fantastiques de David Yates
New York dans les années 20. Un jeune sorcier répertorie et protège les animaux fantastiques, dont certaines espèces sont menacées. Mais catastrophe : des spécimens s'échappent dans la ville et les non magiciens risquent de voir le monde des sorciers se mêler au leur…
Le film est teinté d'écologie et offre une parabole sur la tolérance (sauvons les z'animaux! Même les moches : c'est pas parce qu’ils ont de grandes dents et qu'ils bavent partout qu'ils sont méchants ! C'est juste parce qu'on les connaît pas qu'on les croit dangereux ! Comme pour les sorciers et les moldus !) Le film reprend avec bonheur l'univers de Harry Potter, tout en s'en affranchissant. Il est plein d'inventivité, d'action, d'humour. La scène du bestiaire est splendide : vraiment magique !

- Comme des bêtes de Chris Renaud
Que font nos animaux domestiques quand on a le dos tourné ? L'idée de départ est excellente et donne des scènes et gags hilarants (voir bande annonce en lien). Mais l'histoire reste convenue, longue, manque de souffle et d'émotion. Un film davantage destiné aux enfants qu'à leurs parents, même si on passe un bon moment.

Suite des films demain
 

20/12/2016

Cigarettes et chocolat chaud

CIGARETTES-ET-CHOCOLAT-320x454.jpgDenis Patar (Gustave Kervern) est un père atypique et débordé. Il se débat entre deux boulots, l'un dans une animalerie, l'autre dans un sex-shop la nuit. Depuis la mort de sa femme, il oublie son chagrin en travaillant énormément, mais il délaisse aussi ses deux filles, Janine, 13 ans, et Mercredi, 11 ans, qui s'élèvent seules. Comme il a encore oublié d'aller chercher la cadette à la sortie de l'école, un signalement est fait et une enquêtrice sociale (Camille Cottin, Connasse princesse des coeurs) passe à la loupe le quotidien de la famille. Pour garder ses filles et montrer qu'il est un bon père, Denis doit suivre un stage de parentalité et rentrer dans le rang... Voir bande annonce en lien.

 Vu le sujet, le film pourrait sombrer dans le mélo, mais il est en fait une comédie tendre et délurée dans le style de Little Miss Sunshine, avec une famille aussi farfelue. Les couleurs acidulées et l'univers fantasque et enfantin fait aussi penser à Wes Anderson, particulièrement Moonrise Kingdom où deux enfants tentent de se débrouiller seuls sur une île. Par la mélancolie des souvenirs égrenés, Cigarettes et chocolat chaud rappelle aussi Le premier jour du reste de ta vie. Et justement, la réalisatrice, Sophie Reine, dont c'est le premier film, est la monteuse du film de Rémi Bezançon.

cigarettes appart.jpgLe film est touchant car il est en partie autobiographique, comme la réalisatrice nous l'explique :
« Mon père s’est retrouvé seul à nous élever avec mon frère et ma sœur, j’ai eu envie de décrire cette vie là : un papa débordé qui cherche à protéger à tout prix ses enfants d’un monde « où les mamans et les cochons d’inde meurent sans prévenir ». J'ai un mal fou à situer la norme, peut-être parce que j’ai grandi dans un appartement à Paris avec un singe et une chèvre comme animaux de compagnie ! Chez les Patar, comme chez les Reine, on porte des chaussettes dépareillées, on va au boulot avec des fringues multicolores parce que les tutus fuchsia des unes ont déteint sur les pantalons crème des autres, on mange des chips au petit-déj... Bien loin des 5 fruits et légumes par jour et du régime sans gluten ! »

Pour sauvegarder l'innocence de ses filles et ne pas leur rappeler le décès de leur mère, le père s'évertue à cacher la mort de leur cochon d'inde, en n'hésitant pas à en teindre un nouveau pour qu'il est la même couleur que l'animal décédé. L'inverse de Jeux interdits en quelque sorte où des enfants donnent des sépultures aux animaux morts, comme pour remplacer le sort des humains tués par la guerre et qui n'ont pas de tombes.

Ces idées originales m'ont beaucoup fait rire. Comme la petite dont la tête est constamment couverte de poux, et qui les revend à ses camarades pour qu'ils puissent sécher l'école.
J'ai aussi adoré les idées poétiques, comme les fillettes qui élèvent des lucioles pour remplacer l'électricité. Mais les lucioles meurent très vite : encore une référence, cette fois à l'excellent film Le tombeau des lucioles où deux orphelins tentent de survivre pendant la guerre.

cigarettes acteurs.jpgJ'ai adoré Camille Cottin, toujours parfaite, aussi tête à claques que dans Connasse (voir mon article en lien). Son stage de récupération de points est délirant, et pourtant réel. On apprend à des parents très différents, débordés, trop laxistes ou autoritaires, à éduquer leurs enfants, en rejouant des scènes et appliquant à la lettre des principes qui ne peuvent pourtant pas être indiqués systématiquement. Ce qui donnent des scènes excellentes et très moqueuses, qui sonnent volontairement faux : l'enfant hurle, se roule par terre en cassant des objets. Je reste calme : « je me mets à la hauteur de l'enfant et je lui explique que je comprends son ressenti, qu'il a voulu exprimer sa colère, mais que mon sentiment est... »

Cependant les scènes moqueuses, les idées farfelues et poétiques font parfois place à des moments plus conventionnels et guimauves qui m'ont fait tiquer. Comme lorsque les deux filles jouent au bowling en éclatant de rire avec l’assistante sociale, ce qui fait penser à une pub pour bonbons ou jouets pour enfants « youpi, on est la famille idéale, on se marre trop ! » Ou bien lorsque le père et ses filles font une danse de la joie dans la rue. J'ai pensé : « M'enfin Gustave, toi l'auteur de Groland, de films trashs et subversifs comme Mammuth, Louise Michel ou Le grand soir (voir mon article), que viens-tu faire là-dedans ? » L'acteur nous l'explique lors d'une rencontre après la projection du film:
« Le genre de la comédie familiale est à l'opposé de mon style, et j'ai eu beaucoup de mal à faire la scène de la danse : je suis un punk rebelle moi ! »

C'est pourquoi j'ai trouvé que parfois Kervern n'était pas vraiment dans son rôle. Même si son allure de nounours planant sied parfaitement à son image de père à la ramasse, l'aspect plus gnangnan que le film prend parfois ne lui convient pas du tout. En revanche Camille Cottin est toujours excellente dans le rôle de l'emmerdeuse pète-sec. J'ai aussi trouvé que rajouter une maladie à l'une des filles était superflu et à la limite de verser dans le pathos.

Le titre du film m'a aussi chagrinée. Il est en fait tiré d'une chanson de Rufus Wainwright, Cigarettes and chocolate milk. Les personnages sont aussi fans de David Bowie, cité malicieusement par des clins d’œil (le cochon d'inde s'appelle Ziggy par exemple)
Cigarettes et chocolat chaud
Ce ne sont que quelques unes de mes dépendances
Tout ce que j'aime semble un peu plus fort
Un peu plus abondant, un peu plus nocif pour moi

Si vous avez aimé Little Miss sunshine comme beaucoup, que vous aimez l'univers extravagant de Wes Anderson, la nostalgie enfantine de Rémi Bezançon, courrez voir ce film, vous allez l'adorer !

 

 

02/10/2016

Toni Erdmann

cinémaL’affiche du film promettait « La comédie de l’été ! » Un collègue me l’a conseillé « il est génial, toute la salle était pliée. Je l’ai vu deux fois » (il dure 2h45 !) J’y vais donc dans l’intention de m’en payer une bonne tranche. Je n’ai pas fait l’école du rire, mais… en quoi ce film est-il une comédie ? Je le trouve au contraire très triste (attention spoiler):

Inès exerce le métier de « consultante » : elle aide les multinationales à virer des employés. Un job puant donc (et qu’on ne me dise pas « faut bien vivre ! Ya pas de sot métier ! » Non : elle a le choix). Comme d’énormes sommes d’argent sont en jeu, l'employée subit beaucoup de pression, fait de la lèche et est disponible 24h/24. C’est enfin le week-end, elle est avec son père qu’elle voit rarement à cause de son travail aux 4 coins du monde (dont elle n’a le temps de visiter que les buildings hideux). Elle essaie de se détendre au hammam, mais elle « doit » accompagner la femme de son patron faire les boutiques. Comme beaucoup de personnes qui subissent leurs vies, Inès se venge sur plus faible qu’elle : son masseur, ou sa stagiaire : elle tâche sa chemise de sang ? Elle pique sans vergogne celle de sa subordonnée et lui fait porter la sienne dégueulasse ! La jeune stagiaire, brave toutou, adhère à fond à ces mauvais traitements : « je voulais savoir, est-ce que vous me trouvez assez carpette compétente ? »
Inès humilie également son amant, qui est un collègue. L’homme révèle que leur boss est au courant de leur « relation » : « il m’a dit de ne pas trop te baiser pour que tu ne perdes pas ta gnaque » S’ensuit alors une scène de « non sexe » tue l’amour au possible. Mais où le scénariste est-il allé chercher une idée aussi tordue ?

cinémaLe père d’Inès semble son contraire : il privilégie les liens humains à l’argent, en divertissant les vieux dans une maison de retraite et en donnant des cours de piano à des enfants. A priori il me semble donc bien plus sympathique que sa fille. Sauf que… c’est un gros lourdaud, mais alors un de compète. Il utilise un coussin péteur et se râpe du fromage sur la tête… Dans la première scène, le facteur lui apporte un colis. Il le reçoit déguisé en lui faisant croire qu’il a commandé une poupée gonflable et en lui tenant la jambe trois plombes (je signale qu’en France en tout cas –le film est allemand mais ça doit être pareil chez eux- un facteur a exactement 14 secondes pour délivrer une lettre, le temps pris en plus n’est pas payé : je pense que le pauvre postier à autre chose à faire que de subir des blagues interminables).

A l’image de cette première scène longue et décalée, je ne sais pas trop quoi penser du film : être consternée ? Être amusée par le côté provoc et enfantin ? Mais beaucoup trop lourd, long (2h45 !) et gentillet ?

Le vieux hirsute et bedonnant ne se trouve pas assez laid visiblement, puisqu’il se rajoute de fausses dents pourries répugnantes (qui sont censées faire rire). Sa fille est aussi laide que lui, avec de tout petits yeux enfoncés et un regard inexpressif qui donne envie de lui foutre des claques pour la réveiller.
Le père est divorcé (qui pourrait supporter ses blagues débiles et son dentier dégueulasse pendant 40 ans ?) et le seul être qui le supporte (malgré lui sans doute) est son chien. Quand ce dernier meurt (sûrement une libération pour la brave bête) comme l'homme n’a plus personne à qui parler, il rend une visite surprise à sa fille, qui n’a pas de temps à lui consacrer puisqu’elle ne vit que pour son travail. Il lui pose alors la question : « es-tu heureuse ? »
Évidemment que non, t’as vu sa gueule ? La dernière fois qu’elle a souri, c'était pour ses 5 ans, quand le père noël s’est pété la gueule dans la cheminée : elle a pensé : un job de supprimé !
Pour lui faire prendre conscience que sa fille est gaie comme un croque-mort, le père et ses fausses dents s’incrustent aux soirées VIP et au taf d’Inès, en se faisant passer pour une espèce de coach, Toni Erdmann. Quelques pintades avides d’hommes influents pour booster leur carrière se laissent berner.

cinémaLe vieux décalé qui met le boxon dans les soirées mondaines rappelle Peter Sellers dans « The party » de Blake Edwards, mais en moins drôle et subversif. Car si Peter Sellers fout un bordel monstre, Tony se contente de mettre des fausses dents et d’essayer de se faire passer pour quelqu’un du même monde qu’eux.
Pourtant la scène d’anniversaire m’a fait rire. La fille invite tous ses collègues pour « ressouder l’équipe ». Elle ne sait pas quelle robe mettre, alors au dernier moment elle décide d’accueillir ses invités à poil : seuls ceux qui accepteront de faire pareil auront le droit de rentrer (bien sûr la stagiaire lobotomisée se désape sans rechigner). Cela pour dénoncer le règne de l’apparence qui règne dans ce milieu ultra compétitif. C’est tellement lourd et décalé que ça en est drôle (la fille fait donc mieux que le père).

Inès finit ainsi par comprendre la leçon de son paternel, elle se décoince et se rebelle. Elle se réconcilie avec lui et elle démissionne. Mais décide-t-elle enfin de respecter les autres ? De travailler moins, de prendre le temps de prendre son temps comme Alexandre le bienheureux ? Remet-elle en cause son job et cet univers où l’on apprend à écraser les gens ? Non, elle postule pour un travail identique. C’est vrai que si elle décidait subitement de quitter le tailleur revêche pour le pantalon pattes d’eph et les fleurs dans les cheveux, pour partir élever des chèvres, on aurait trouvé ça gros… mais ça aurait été plus jouissif.

J’ai néanmoins apprécié le film, grâce à sa description minutieuse du monde des consultants, puisque le travail est un sujet qui me passionne (un peu comme celui des serial killers : je suis fascinée par les choses qui me restent incompréhensibles : comment peut-on tuer des gens ? Se tuer au travail ?)
Malgré la lourdeur insupportable de Toni, le film est paradoxalement fin et subtil car il n’explicite pas tout. Les 2h45 me rebutaient, mais elles passent assez vite (je n’ai regardé ma montre que 2 ou 3 fois...)
Ainsi je vous encourage à voir ce film curieux qui provoque la réflexion. Mais qu’on ne me dise pas qu’il est la comédie de l’été !

 

 

15/07/2016

Demain : partout dans le monde des solutions existent

demain.jpg"Tout le monde veut sauver la planète, mais personne veut descendre les poubelles" Jean Yanne.
Comme Merci patron, ce documentaire ne se limite pas à pointer les problèmes, mais donne des solutions pratiques et conviviales. Merci patron montre que l’on peut lutter contre les misères économiques et sociales, Demain rajoute la cause écologique, à travers des solutions testées dans certaines régions et qui fonctionnent : une agriculture locale, une monnaie locale (pour éviter l’évasion fiscale qui ruine nos sociétés). L’équipe se rend à San Francisco, où 80 % des déchets sont recyclés. A Copenhague, principalement alimentée par les énergies renouvelables, quasiment gratuites, où la population roule plus à vélo qu’en auto. En Angleterre ou à Détroit, où les habitants investissent des terrains vagues pour faire pousser des légumes. Dans les écoles de Finlande, où les élèves participent, apprennent des choses concrètes et utiles, ne sont pas en compétition, afin de développer leur confiance en eux, leur inventivité, leur esprit critique et collaboratif.

Un film revigorant. J’étais néanmoins un peu attristée car il donne des solutions que je pratique ou connais déjà à travers d’autres documentaires, mais le succès de Demain laisse penser que certains semblent les découvrir, ce qui montre qu’on a encore du chemin à faire pour éveiller et faire bouger les consciences. Par exemple la permaculture est présentée dans Les moissons du futur de Marie-Monique Robin (Le monde selon Monsanto, Notre poison quotidien…)

demain,cinéma françaisDemain possède le grand mérite de condenser plusieurs sujets en un seul documentaire, pas besoin de se taper tout Arte, France 5 et Canal + comme moi. Beaucoup pensent qu'ils ne peuvent rien faire ou que leurs maigres actions n'auront pas de conséquences, mais au contraire, chaque goutte d'eau compte. Sur le site du film, vous pouvez voir des exemples de gestes simples pour améliorer le monde : l’agriculture intensive étant largement responsable des problèmes écologiques (raréfaction de l’eau, pesticides, pollutions qui entraînent des cancers…) manger bio et moins de viande, choisir dans des amap ou biocoop (peu chères, contrairement à ce que beaucoup pensent). Acheter dans des commerces locaux, qui reversent plus d’argent à la collectivité que les multinationales. Recycler, réparer ses objets ou les échanger et prêter (on a rarement besoin d’utiliser une perceuse chaque jour).
Je suis inscrite sur le site de Paris « je m’engage ». J’ai proposé des poubelles de compost, qui seraient aussi utiles je pense que celles pour le verre dans chaque immeuble (perso je ne bois pas un litre de vin par jour, mais j’épluche des légumes quotidiennement). Pour l’instant, le compost n’est disponible que dans certains parcs de Paris. Dans ma cambrousse, on met directement les déchets alimentaires et le marc de café dans le jardin. Comme il est sans pesticides, on conserve le seul endroit du quartier qui attire autant d’oiseaux, de papillons, d’abeilles, de hérissons… Pour connaître de nombreuses astuces « qui peuvent faire la différence », allez-voir le site en lien ici.

Petit bémol sur le film : j’ai du mal avec Mélanie Laurent. Elle est talentueuse, très belle, on le sait. Pas besoin de gros plans sur elle, surtout dans un documentaire où l’auteur doit s’effacer devant son sujet (non mais, la caméra collée à son pif dans la voiture ! Je m’attendais presque à voir l’intérieur de ses trous de nez !) Inutile de prendre des poses aguicheuses et lascives (je me mordille la lèvre et secoue mes cheveux parce que je suis super concernée et révoltée par les problèmes) c’est un documentaire, pas un film de promotion sur la starlette !

Demain a remporté le César 2016 du meilleur documentaire. Il est sorti en décembre mais reste toujours à l’affiche, avec un record d’un million de spectateurs. Si vous ne l’avez pas encore vu, courez voir ce film indispensable pour créer le monde de demain. Je suis le projet depuis ses débuts, il a été financé de manière participative par les internautes, à hauteur de 500 000 euros à travers la plateforme kisskissbankbank. Le film montre bien « qu’ensemble, des solutions existent »