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11/12/2014

Men, women & children... et les blogueurs !

men women.jpgPortraits croisés d’adolescents et de leurs parents. Ils passent leur temps sur leurs écrans, portables, facebook, sites de rencontre. Pourtant malgré ses réseaux sociaux, ils sont incapables de communiquer vraiment
Helen et Don (Adam Sandler) se lassent de leur vie de couple monotone. Ils expriment facilement sur Internet leur vie la plus privée et leurs frustrations à des inconnus, sans savoir en parler au premier concerné : le compagnon juste à côté. Quant à leur fils de 15 ans, il surfe sur des sites pornographiques, qui par leurs prouesses impossibles, le coupent de la réalité de la vie amoureuse. Il est alors incapable de suivre une relation normale avec une fille, Hannah. Adepte des émissions de télé-réalité, Hannah veut absolument connaître la célébrité. Pour cela, elle crée un site internet où elle expose des photos d’elle. Harcelé par sms, Tim se réfugie dans le monde imaginaire des jeux en ligne. Il rencontre une fille isolée comme lui, mais par sa mère (Jennifer Garner) qui la surprotège. Cette dernière a peur des dangers d’Internet et espionne les moindres faits et gestes de sa fille sur les réseaux sociaux.

cinéma,jason reitmanLes dangers d’Internet, le manque de communication et la société du paraître : voici les thèmes principaux abordés par le film. Adam Sandler déplore : « on trouve tout et n’importe quoi sur Internet. Il y a de quoi traumatiser un homme adulte, alors imaginez un ado de quinze ans ! (…) L’un des points forts du film est de montrer combien les gens deviennent insensibles et blasés ». Le réalisateur Jason Reitman ajoute : « Si on veut faire quelque chose de potentiellement nocif (comme un personnage qui devient anorexique) il y a toujours quelqu’un, derrière l’écran, prêt à vous dire que c’est bien. Et on se replie donc au sein de ces communautés au lieu d’être proches de nos amis et de notre famille. »
Le cinéaste explique : « Si vous abordez des thèmes difficiles avec humour, d’une certaine façon cela favorise le dialogue et permet d’aller plus en profondeur pour évoquer des sujets plus sombres qui, parfois, nous mettent mal à l’aise. C’est pour cette raison que j’ai choisi des acteurs comiques » (comme Adam Sandler, « Funny people »).

men women ordi.jpgJ’ai trouvé justement que le film se borne à un simple constat, quasi documentaire, sans développer de vraies histoires de cinéma, pleines d’émotion. Il n’est également pas assez drôle, ces sujets sont souvent tristes et glauques. Je n’ai pas senti l’ironie mordante et légère de son Thank you for smoking. On retrouve en revanche les sujets de prédilection de Reitman : l’incommunicabilité en amour (In the air, Last days in summer) et ses personnages favoris, les adolescents (Juno) et ceux qui se comportent comme tels (Charlize Theron dans le très bon Young adult).

Il est rare de voir un film traiter des réseaux sociaux (à part l’excellent The social network de David Fincher). Pourtant, on s’attend ici aux différents profils montrés, car on les connaît déjà. A moins de vivre dans un trou perdu sans Internet, comme la famille Papillote, qui ne possède ni téléphone portable ni ordinateur (ma mère se croit enfin branchée quand elle me dit « tu écris un maille ? »)

men women adam.jpgMon surnom étant pourtant mémé nulle en nouvelles technologies, je me suis tout de même un peu reconnue dans ce film. Moi aussi, je passe plus d’une heure par jour à envoyer des sms… mais uniquement à mes amis que je connais « IRL » comme on dit. Je ne dialogue pas souvent sur twitter ou facebook, et seulement avec des blogueuses que je lis depuis longtemps, que j’ai rencontré pour certaines. Elles m’ont d’ailleurs dit que je correspondais à l’image que je donne sur le blog. Certaines me croyaient même moins bien, car en général les gens se vantent sur Internet, alors que je fais plutôt preuve d’autodérision… Je me souviens du : « ah c’est toi ? Mais je croyais que t’étais grosse ? Ben oui, tu te surnommes l’estomac sur pattes ! » A l’inverse, j’ai vu des blogueuses qui se proclamaient reines de beauté et de la mode, enchaînant les conquêtes (rencontrées sur Internet !) Je pensais passer pour une plouc sortie de ma cambrousse comme d’habitude mais j’avais l’air d’une mannequin à côté… (j’ai surpris aussi la triste conversation de certains hommes sur une de ces femmes : « c’est elle ?! Mais on dirait une vache ! »)

C’est le paradoxe des nouvelles technologies, censées nous relier les uns aux autres, mais qui provoquent l’inverse : on reste fixé sur nos écrans, à dialoguer avec des inconnus sur les réseaux sociaux, ou pire à monologuer dans le vide, sans voir les gens autour de nous. Sur Internet, on peut se créer une nouvelle identité (comme une adolescente du film qui se crée un avatar) mentir pour se mettre en valeur : personne ne nous connaît pour vérifier qui l’on est vraiment.

Il est dommage que le film, malgré sa multitude d’exemples, n’aborde pas celui des blogueurs : c’est celui qui inonde Twitter de bons mots (en général moqueurs, les plus faciles, la tendance actuelle) qui sera le plus populaire. Il faut publier le plus possible, même si les propos sont ineptes, uniquement pour avoir une visibilité. « être connu » se confond avec « être reconnu »… J’ai d’ailleurs souri lorsque certains blogueurs influents, ayant totalement intégrés les nouveaux principes des réseaux sociaux, ont  critiqué le film… Il n’y a que la vérité qui fâche.

Jason Reitman espère qu’« Avec un peu de chance, (le film) poussera le spectateur à réfléchir sur son identité, sur sa place dans la société et ses rapports à son entourage ». Pari réussi pour moi.

 

 

 

06/12/2014

Quiz On connaît la chanson : La French, 5 bandes originales à gagner

french affiche 2.jpgJ’évoquais hier le film La French, attardons nous aujourd’hui sur sa formidable bande originale. Atteinte de chansonnite aigue, je suis très sensible aux musiques dans les films. Vous pouvez le constater dans mes billets, lorsque je parle d’un film, je cite souvent sa b.o… Parfois, je découvre ou redécouvre des chansons car elles ont été utilisées dans des films : J’ai découvert le punk suédois grâce à We are the Best, redécouvert des vieux tubes cool grâce aux Gardiens de la galaxie

La musique est un élément primordial dans les films pour faire passer des émotions. Si elle est ratée ou inadéquate, la scène tombe à l’eau. Dans un film d’horreur, quand le psychopathe défonce la tête d’un personnage avec une hache, on imagine mal en fond sonore : « il tape sur des bambous et ça lui fait du bien… » Je ne citerai pas d’exemple mais j’ai vu des films (souvent à petit budget) où la musique n’était pas appropriée, trop envahissante, ou en décalage avec les images.

Rien de tout cela dans La French. Les morceaux composés par Guillaume Roussel collent parfaitement avec les situations et l’époque : musique entraînante à la guitare électrique pour les scènes d’action, accents mélancoliques pour les scènes dramatiques… Le film se déroulant entre 75 et le début des années 80, on a le plaisir de réécouter des tubes de cette période, comme Le velvet underground ou Cambodia de Kim Wilde. D’ailleurs lorsqu’on entend cette dernière dans la boîte de nuit de Zampa, le truand fait arrêter le DJ en disant « qu’est-ce que c’est que cette merde ! » (M’enfin ! elle est très bien cette chanson !) Dans une scène, le compositeur utilise même avec ironie « C’est comme ça que je t’aime » de Mike Brant… Les paroles des chansons utilisées dans La French expliquent les scènes : « Toi tu joues avec le feu et tu t’amuses, mais un jour viendra où tu vas te brûler… » « Je distribue les swings et les uppercuts, ça fait vlam ! ça fait splatch et ça fait chtuck ! »

cinéma, jeux concours, musique de film, chanson françaiseLa bande originale reprend des tubes de l’époque de la french connection, à l’exception d’une chanson actuelle superbe que je ne connaissais pas : Jérôme de Lykke li (I follow river). Donc vous pouvez me croire, la bande originale de La french est excellente, je l’écoute en ce moment.

J’ai le plaisir grâce à Gaumont de vous en faire gagner cinq exemplaires : 3 en versions MP3 et deux en version CD. Pour cela, répondez à l’inévitable quiz On connaît la chanson :

- Dans mon article d’hier, j’ai cité deux chansons qui apparaissent dans la bande originale de La French. Lesquelles ?
- Qui en sont les interprètes ? Plusieurs réponses sont possibles pour la seconde chanson, qui a été chantée en anglais, italien, et dans La French en français : retrouvez au moins deux chanteuses.
- Dans l’article d’aujourd’hui, je cite les paroles de deux chansons utilisées dans La French. Quels sont leurs titres ?  Indice : pour la première, c’est encore une adaptation en français d’un célèbre titre de Nancy Sinatra…
- Question bonus pour départager : je cite dans le texte les paroles d’une autre chanson qui n’est pas dans la B.O…

Envoyez vos réponses en cliquant sur le lien « me contacter ». Précisez votre adresse mail, ou votre adresse postale si vous préférez recevoir un CD. Vous avez jusqu’au jeudi 11 décembre à minuit.

A vous de jouer !

 

 

05/12/2014

La French, franchement efficace

french affiche.jpg(je me lance dans les jeux de mots idiots). A Marseille, dans les années 70,  La French Connection exporte de l’héroïne dans le monde entier. Le juge Michel (Jean Dujardin) veut démanteler cette mafia et mettre sous les verrous son parrain intouchable, Gaëtan Zampa (Gilles Lellouche)… (voir bande annonce en lien)

Une histoire vraie, un idéaliste courageux et passionné, qui veut changer le monde, faire passer la justice et le bien-être de tous avant son propre intérêt : des ingrédients pour me plaire. Par son thème, La French peut rappeler le film de l’enragé Yves Boisset : Le Juge Fayard, dit le shériff (avec Patrick Dewaere♥♥♥) qui s’inspirait du juge Renaud. Je trouve toutefois la mise en scène de Cédric Jimenez plus élégante, moderne et rythmée.

Même si on connaît l’issue de cette quête, on est porté par un sentiment d’exaltation et on a envie de crier à l’écran « Vas-y Michou ! Rentre-leur dans le lard à ces méchants ! T’es le meilleur ! » La tension et le suspense fonctionnent grâce à un montage nerveux et une bande originale vive et excellente. La musique reprend les tubes des années 70, et vous savez qu’atteinte de chansonnite aigue et fan de radio nostalgie, les b.o sont très importantes pour moi. Ça tombe bien, je peux vous en faire gagner cinq exemplaires...

cinémaPourtant je ne vous cache pas que je partais sceptique. J’avais vu au show web de rentrée de longs extraits qui racontaient tout le film, et je pensais « ouais, c’est sûrement bien, bonne histoire, bien réalisée, mais c’est classique, avec les scènes et situations attendues : Le juge proche des mineurs qu’il défend mais qui néglige sa famille, les scènes dans les boîtes de nuit avec la musique qui ne pourra que plaire aux spectateurs (Call me, et l’inévitable reprise de Bang Bang - en italien chez Xavier Dolan, ici en français-). On retrouve également le duel au soleil entre le justicier et le méchant, et surtout les voyous clichés, bien sapés avec lunettes de soleil, coqs arrogants qui tordent la gueule comme De Niro « you’re talking to me ? » Mention spéciale à Benoît Magimel, dont le personnage s’appelle à juste titre « le fou » : son physique de beau gosse est ravagé, et pour le coup, on a bien envie de lui dire « mais arrête la drogue Ben ! Où est passé le mignon petit gars de La vie est un long fleuve tranquille ?»

cinémaJe trouve que les acteurs surjouent, avec dans les rôles titres et très flatteurs, comme par hasard les deux potes inséparables Dujardin et Lellouche, qui ont déjà fait Les infidèles ensemble (ils sont justement l’inverse puisqu’ils se refilent les bons tuyaux de films). J’adore Jean Dujardin dans les comédies cultes OSS 117, mais je suis plus dubitative dans le registre sérieux… Dans La French, il reprend les mêmes mimiques que l’agent secret crétin, et je me demandais « il le fait exprès, c’est un clin d’œil ? Ou alors, quand il fait la moue et hausse les sourcils, il est sérieux : il a juste une tête de con en fait ? » Malgré le sujet grave, Dujardin apporte sa touche d’humour en sortant plusieurs vannes. Rien à dire, il est un grand acteur… mais comique (vivement le 3ème OSS). Quant à l’actrice montante Céline Sallette, elle est toujours parfaite, intense et très juste dans le registre dramatique (ces énormes cernes bleus renforcent naturellement son air sombre).

Donc oui, on peut chipoter, certaines scènes et personnages font clichés, le réalisateur prend pour modèle Scorsese ou Michael Mann… Mais ça fonctionne ! Quels bons exemples de réalisateurs à suivre justement! Pourquoi les Français ne pourraient-ils pas rivaliser avec ces grandes fresques ? Pour seulement son deuxième film, le jeune Cédric Jimenez réussit à obtenir un film à grand budget, avec une star oscarisée. Il apporte sa fougue et sa passion. Elles transparaissent à l’écran dans une mise en scène très nerveuse et stylée, avec des mouvements de caméra à l’épaule et des gros plans qui collent au plus près des personnages, renforçant l’adhésion et l’émotion. La pellicule jaunie rappelle celle utilisée dans les années 70. La reconstitution de l’époque est parfaite, dans les décors, les vêtements, mais aussi la musique…

Vous avez l’occasion de gagner cinq exemplaires de la formidable B.O du film, tentez votre chance sur le blog demain… En attendant, allez voir La French, un polar, un film d’action et de divertissement terriblement efficace.

 

28/11/2014

Tiens-toi droite (ne plions pas !)

tiens toi droite.jpgSam (Noémie Lvovsky) est mère de famille nombreuse. Elle est débordée, entre son travail de nuit et l’éducation de ses filles, qu’elle laisse la plupart du temps se débrouiller seules. L’une d’elle, obèse, poste des vidéos sur le net dans lesquelles elle se montre sans pudeur. Cette enfant est fan de la filiforme Lili (Laura Smet) miss Nouvelle Calédonie, un peu nymphomane et cruche, qui sort avec un riche industriel qui pourrait être son père. Lili est choisie pour devenir un nouveau modèle de poupée. C’est Louise (Marina Foïs) qui dirige ce projet. Elle a obtenu ce poste pistonnée par son amant.

Ce résumé vous paraît un peu compliqué ? Il est à l’image du film, où les histoires s’entremêlent. Quand on lui pose la question « n’y a-t-il pas un risque de brouiller un peu la clarté du récit ? » la réalisatrice, Katia Lewkowicz, répond : « Non, cela permet d’avoir plusieurs niveaux de lectures. Peu importe si on ne suit pas tous les fils. Le principal est d’en tenir un ! » Point de vue original ! Sans doute faut-il voir le film plusieurs fois pour mieux saisir la narration.

La cinéaste explique que Tiens-toi droite s’appelait initialement Etats de femmes : « ce que je voulais raconter, c’est cette culpabilité spécifiquement féminine : l’oppression des femmes, par elles-mêmes (…) Chacune voulant devenir l’autre : être à la fois « la maman et la putain », la mère au foyer qui se met à travailler, la working girl qui essaie d’aimer (...) L’idée du film est venue après un dîner, où j’étais assise à côté d’une femme de mon âge qui ne faisait rien dans la vie. (…) pourquoi ai-je perçu cette inactivité comme un renoncement, alors qu’elle le vivait très bien elle-même ? »

J’ai adoré les différents teasers du film, que je trouve drôles, originaux, décalés. Le film l’est, mais la multitude de sujets et la narration complexe m’ont un peu fait décrocher. Surtout, j’ai trouvé les personnages antipathiques. Relisez le résumé pour le comprendre, ça me paraît évident :

tiens toi droite smet.jpg- Lili, nympho nunuche, qui sort avec un vieux parce qu’il est riche : beurk…
- Louise, Une arriviste qui se sert de son mec pour parvenir à ses fins. Elle est une femme d’affaires intraitable : elle décide de supprimer tous les modèles différents de poupées pour en créer un seul. Bravo, comme ça les gamines n’auront qu’un seul exemple à suivre, surtout quand on voit qu’il ressemble à un cheval Laura Smet et ses grandes dents et son absence de formes, merci d’encourager l’anorexie chez les petites filles. Louise baisse les prix des anciennes poupées et provoque volontairement une rupture de stock pour créer une attente chez le pigeon client, puis met en vente son modèle unique, qu’elle vend trois fois plus cher que les anciens…  belle mentalité. Elle a quitté l’entreprise familiale, où travaillent sa mère, ses sœurs et ses tantes, qui ont en fait toutes été engrossées sans broncher par le patron… (mais elles décident 40 ans après de porter plainte, il était temps).
- Sam, une mère qui néglige ses gosses : elle vient d’accoucher et laisse le bébé sous la surveillance de ses filles qui n’ont même pas 10 ans pendant qu’elle part bosser. Elle ne voulait pas d’autre enfant mais s’est laissée engrosser elle aussi, incapable de s’opposer à son mari...
- La fille de Sam, obèse, qui prend pour modèle une cruche anorexique. La cinéaste précise : « j’ai réfléchi à la notion d’enfant roi, aujourd’hui, c’est la femme de 13 ans qui décide. Je suis assez sidérée par ces jeunes filles qui veulent très vite devenir femmes et restent prisonnières des plus gros clichés, ne parlent que de mariage, jouent avec ça. »

tiens toi supermarché.jpgLa réalisatrice voulait dénoncer le mal que les femmes se font à elles-mêmes, mais pourquoi les rendre si peu sympathiques ? Elle révèle « j’espère un spectateur qui (…) se dira « je connais cela, ces mêmes paroles, je les ai déjà murmurées… je fais en quelque sorte le pari de l’empathie ». Pour moi, il est raté, je ne ressemble pas du tout aux personnages !

Si le film avait été fait par un homme, je pense qu’on l’aurait taxé de misogynie. Il se veut au contraire plutôt féministe, avec son excellent titre, « tiens-toi droite ! » Il résonne pour moi comme une injonction que j’ai entendue souvent : se tenir droite et raide, engoncée dans un carcan de bonnes manières, ne pas faire de vagues, obéir. (C’est pour ça que j’ai pris en rébellion comme modèle ce rêveur de Gaston Lagaffe et sa posture avachie). Pourtant le titre signifie plutôt l’inverse selon la cinéaste : « tenons-nous droit, ne lâchons rien, ne descendons pas au-dessous du seuil minimal d’estime de soi. Relevons le menton et continuons d’avancer. »

Je vous invite à regarder ici le tumblr qui dénonce les clichés que les femmes mais aussi les hommes entendent dans leurs vies, et vous en reconnaîtrez certainement quelques-uns, comme moi : « et sinon, vous pensez avoir des enfants ? (en entretien d’embauche) » « c’est pas joli dans la bouche d’une fille » « bonne à marier » … Pour les hommes : « fais pas ta chochotte » «  un homme, ça n’exprime pas ses sentiments » etc.

Et les hommes justement dans tout ça ? Heureusement, à part le directeur du pressing, ils ne sont pas montrés comme des brutes ou des minables. « Je voulais à tout prix éviter l’opposition homme-femme. (…) Je voulais que les hommes soient près des femmes, qu’ils essaient de les accompagner, qu’ils les regardent se débattre en leur disant : si tu as besoin de moi, je suis là. Mais qu’elles ne les voient plus, trop concentrées sur leur chemin. »

Tiens-toi droite est un film très original, complexe, qui soulève de nombreuses questions. Je vous conseille vivement de le voir pour vous en faire votre propre opinion.

 

 

12/11/2014

A la télé ce soir : Les garçons et Guillaume, à table !

garcons et guillaume affiche.jpgTout est dans le titre. Guillaume Gallienne raconte sa jeunesse, où il se sentait, plutôt on le percevait, différent. Sa mère l’estime plus fragile que ses frères. Pendant que ces derniers partent en voyage sportif et viril, Guillaume est envoyé en Espagne pour apprendre la danse parmi les femmes... Adolescent, sa tante fantasque l’encourage même à sortir avec des hommes pour « tester ». Mais en fait, le veut-il, qui est-il vraiment ? (voir bande annonce en lien)
Comme l’explique le réalisateur, ce film délirant est en fait « un véritable coming out inversé ». Il raconte sa quête d’identité, et comment elle lui a permis de devenir acteur. « Quand j’étais enfant, ma mère disait : « Les garçons et Guillaume ». Ce « et » m’a fait croire que pour rester unique aux yeux de cette maman sans tendresse mais extraordinaire, pour me distinguer de cette masse anonyme qu’étaient les garçons, il ne fallait surtout pas que j’en sois un. J’ai tout fait pour être une fille, donc, et quel meilleur modèle que ma mère ? C’est ainsi que j’ai commencé à jouer, dès que je me suis mis à l’imiter. Comment je suis devenu un acteur en devenant ma mère pour réussir à devenir moi. » Le jeune homme imite parfaitement sa mère, et dans le film, il interprète les deux rôles !

Cette comédie est un Ovni, objet visuel non identifié, grâce à la personnalité hors norme de Guillaume Gallienne. Le film oscille en permanence entre fou rire, absurdité, poésie et drame. Un univers décalé (quand il s’imagine tomber dans la piscine au son de Don’t leave me now de Supertramp), hilarant (quand il refait une scène de Sissi l’impératrice) tragi-comique (quand sa grand-mère confond des mots) et même angoissant (le pensionnat de garçons).
Avec un sujet aussi délicat (la quête d’identité sexuelle), on pourrait basculer dans le vulgaire, mais le film évite cet écueil (à part la scène lourdingue avec Diane Kruger). Malgré le sujet très personnel, Gallienne parvient à rester pudique. Le mélange des genres (au sens propre comme au figuré) est un exercice difficile, mais on passe avec facilité du rire aux larmes, de l’émotion à la réflexion, dans un parfait dosage. 
L’acteur devenu adulte a atteint le recul nécessaire pour faire rire de ses tracas, percevoir avec lucidité son histoire, ou au contraire la réinventer. 

garcons et guillaume, danse.jpgGallienne parvient à nous émouvoir, avec grâce. Même si évidemment on n’a pas vécu la même expérience improbable, Gallienne nous permet de nous identifier à ses doutes existentiels : on a tous eu un jour, à moins d’être sociopathe, l’impression d’être parfois différent, décalé, incompris, mais aussi timide, maladroit et naïf. De rester passif et d’angoisser, mais de s’en sortir grâce à l’humour. Le film est en somme une formidable histoire de résilience.

Pour un premier film, la mise en scène est maîtrisée. Pas de baisse de rythme, les réparties fusent. Gallienne joue un grand dadais qui se pose des questions existentielles, à la Woody Allen, avec un humour qui rappelle Certains l’aiment chaud… On trouve même des références à l’univers d’Almodovar, avec des personnages féminins hauts en couleur. 

Le film est aussi une belle rencontre : à l’issue de la séance, Guillaume Gallienne est venu nous parler. Tandis que les autres interlocuteurs restent en moyenne une demi-heure, l’acteur a bavardé trois fois plus longtemps, et si on ne l'avait pas arrêté, je suis sûre qu’il nous aurait raconté ses anecdotes passionnantes pendant encore des heures… 
En arrivant, certainement pour marquer la différence avec son « personnage » et montrer que le film est aussi une fiction, Gallienne parle d’une voix grave et mesurée, avec des gestes retenus. Il nous informe tout de suite, d’un air sérieux et blasé : « Je passe mes journées en promo à parler de ma mère, j’en ai un peu marre de la psychanalyse à la Mireille Dumas… »  mais immédiatement, l’acteur se met à imiter la présentatrice « parlez-moi de votre mère », les rires jaillissent et Gallienne joue son éternel rôle de comique. Très volubile, il répond de bonne grâce aux questions, et finit par se rendre compte « en fait, je fais ma Mireille Dumas ! » On voit bien que même s’il tente de s’en défendre au début, il adore parler de lui et de sa mère.
Au fil de l’entretien, il reprend d’ailleurs les mêmes mimiques, la voix plus aiguë et les gestes plus doux de sa génitrice… troublant. Mais rassurez-vous, Guillaume Gallienne ne sort pas son couteau comme Norman Bates se prenant pour sa mère dans Psychose… Non, l’arme de Gallienne, c’est le rire.

garcons et guillaume, mère.jpgJe ne suis pas la seule à être surprise par ce mimétisme : sa propre famille le confondait avec sa mère. Dans le film, Gallienne interprète les deux personnes. Comme des heures de maquillage étaient nécessaires, il jouait son personnage féminin le matin (avec 4 heures de préparation) et l’après midi le personnage masculin (3h de maquillage) et il restait dans ses rôles : « le matin, l’équipe avait l’impression d’être dirigée par une femme autoritaire de 45 ans, et le soir par un ado de 15 ans abruti et niais ». 

Je ne peux m’empêcher de me dire que, sans doute déçue d’avoir déjà deux garçons, sa mère espérait une fille, et qu’elle traite Guillaume (comme) Tell. Est-elle vraiment comme ça ? Tout est vrai ? Comment a-t-elle réagi ? L’acteur répond, d’un air détaché : 
« oh très simplement, elle a eu envie de se défenestrer… » La dame a de l’humour et a accueilli le film comme l’hommage qu’il est à sa personne. Le réalisateur précise : « Ce film ne dit évidemment pas « La » vérité mais la mienne. L’histoire subjective d’un acteur. A la recherche des émotions qui l’ont façonné. Peut-on être plus sincère qu’un acteur qui raconte intimement comment il l’est devenu ? »

Comme Guillaume Gallienne, j’étais entourée de frères, mais j’ai vite vu que pour être mieux considérée dans la société, il fallait leur ressembler (mais ça ne me disait rien, c’est tellement mieux d’être une fille). Pour me convoquer aux repas, ma mère ne criait pas mon prénom, mais m’appelait par celui de mes frères, neveux, et même des chats… Elle citait quatre ou cinq noms avant de trouver le bon (j’ai pris l’habitude du nom à rallonge, et quand on donne mon prénom du premier coup, je suis toujours étonnée « moi ? T’es sûre ? Mais tu veux pas parler au chat plutôt ? »)

Je connaissais Guillaume Gallienne grâce à ses  hilarants « bonus de Guillaume » où il imagine des scènes coupées et les castings de films célèbres. Il est aussi pour moi le personnage le plus intéressant du film Astérix au service de sa majesté.


Vous l'aurez compris, ne ratez pas le film ce soir sur Canal+...

17/10/2014

Samba, entrez dans la danse

samba rahim.jpgSamba (Omar Sy) est un Sénégalais installé depuis 10 ans en France. Il travaille dans un restaurant. Il est menacé d’expulsion car sans papiers. Alice (Charlotte Gainsbourg), cadre supérieure, a fait un burn out et quitté son travail. Elle devient bénévole dans une association et tente d’aider Samba. Selon les conseils de sa collègue (Izïa Higelin) elle devrait « garder ses distances, parce qu’après ça peut vraiment faire mal s’ils sont renvoyés ». Pourtant, Alice ne peut s’empêcher d’être attirée par Samba, cet homme qui lui ressemble si peu, fort, confiant et doux malgré son histoire… (voir bande annonce en lien).

Avec Samba, les réalisateurs d’Intouchables nous livrent comme à leur habitude un film touchant et positif, plein de bons sentiments. Ils traitent encore de l’alliance des contraires (dans Intouchables : l’homme riche cultivé et le pauvre de banlieue inculte ; Tellement proches ou Nos jours heureux : des titres ironiques pour une famille ou colonie de vacances aux membres très dissemblables, etc.)

Les metteurs en scène développent encore des thèmes sociaux et d’actualité. Ils utilisent les ressorts de la comédie pour traiter de sujets graves ou sensibles. Après les handicapés dans Intouchables, ici les sans-papiers et le stress au travail.

samba gainsbourg.jpgL’humour populaire, qui rassemble, est le meilleur moyen de faire passer un message (de tolérance) en douceur. Peut-être trop justement : les problèmes que le film dénoncent sont parfois survolés.
Par exemple, Alice tente de se remettre de son burn-out en devenant bénévole pour une association d’aide aux sans-papiers. Elle est censée se reposer et rester au calme, je ne vois pas trop comment écouter les récits dramatiques de réfugiés peut l’aider… Ou bien ils lui permettent de relativiser ses problèmes de Parisienne privilégiée. Mais alors pourquoi retourne-t-elle dans son boulot ? Pourquoi ne s’engage-t-elle pas totalement dans cette cause humanitaire, plus juste et plus utile que son ancien travail ? C’est comme si le problème venait d’elle, et pas de son emploi stressant. Les réalisateurs parlent d’un problème de société actuel, le burn-out, mais ne remettent pas en cause le monde du travail tel qu’il est actuellement.

Pourtant selon Eric Tolédano, le film traite « un seul et même thème : le rapport au travail, du plus bas au plus haut de l’échelle. D’un côté, Samba, un travailleur clandestin qui a quitté son pays et cherche à régulariser sa situation pour honorer la promesse d’emploi qu’il a décrochée ; de l’autre, Alice, cadre supérieure qui a tout pour être heureuse, mais souffre de surmenage qui a débouché sur un pétage de plomb. Ils considèrent tous les deux le travail comme la valeur suprême mais, en se rencontrant, ils vont découvrir de nouveaux horizons, et tenter de se frayer un autre chemin vers le bonheur que celui imposé par le monde du travail et la réussite sociale. Le travail est-il le sens ultime de l’existence ? L’idée de poser la question ouvertement nous emballait beaucoup. »

samba affiche.jpgLe film est avant tout une comédie, il ne veut pas être pesant. Il souhaite sans doute ne pas porter de jugement ni créer de polémique. C’est tout à son honneur. C’est au spectateur de se poser les questions et réfléchir à ce qu’il a vu.
Eric Tolédano l’explique : « nous avons mis des visages sur des statistiques. Aborder le côté politique du sujet, ce n’est pas notre rôle, pas plus que de faire passer un message. (ah ?) En revanche, le cinéma permet au spectateur de découvrir, par des personnages et leur quotidien, un monde que souvent il ne connaît pas autrement que par le débat public et les médias. Et à partir de là, cela peut lui donner matière à réfléchir différemment.»
Il ajoute : « Lorsqu’une scène est chargée dans sa dramaturgie, nous n’hésitons pas à tenter d’y glisser de l’humour derrière : C’est l’arme la plus efficace. Encore une fois, nous n’avons pas vocation à passer un message. (re-ah ?)

Malgré ses déboires, Samba reste digne, volontaire, optimiste, il ne se laisse pas abattre. Une magnifique leçon de vie. Le film est porté par son interprète principal, Omar Sy,classé parmi les personnalités préférées des Français. Sans cet acteur charismatique et solaire, Samba serait beaucoup plus bancal. Quant à Charlotte Gainsbourg, elle est toujours parfaite, dans son éternel rôle de petite fleur délicate et sensible. Tahar Rahim est étonnant dans un rôle comique inhabituel, qui pourtant correspond mieux à sa nature.

Les personnages peuvent paraître assez lisses et candides. Pourtant le héros effectue un geste regrettable qui aura des conséquences désastreuses (mais pas pour lui ! au contraire, elles lui sont très favorables…) Seul le personnage d’Izia Higelin est cynique au début, pour mieux se jeter dans le sentimentalisme ensuite… On peut juger le film un peu niais, idéaliste.

Samba joue plus sur les émotions qu’Intouchables et les autres films des réalisateurs. Notamment en développant (un peu trop longuement) une histoire d’amour entre les deux personnages principaux. Par son sujet grave, traité avec plus de sérieux et de sensiblerie, Samba est moins drôle que les précédents films des cinéastes (et les gags tombent parfois à plat).

Chansonnite aigue oblige, j’ai Samba Mambo de France Gall dans la tête. Le film n’utilise pas cette chanson, mais d’autres qui promettent de plaire au plus grand nombre : du Bob Marley, du Steevie Wonder…  Puis des musiques qui fleurent bon le Brésil, comme Take it easy my brother Charlie, en hommage au titre et parce que le personnage de Tahar Rahim vient de ce pays. La b.o soignée choisit aussi les mélodies au piano émouvantes de Ludovico Einaudi ou la chanson romantique de Tom Odell, Another love.

 Je laisse le mot de la fin à Omar Sy :
« Je fais des films pour divertir. Mais si je donne l’occasion aux gens de découvrir deux ou trois réalités de la vie, j’en suis fier. Je crois en l’espoir, au côté positif de l’existence, j’essaie de faire partager cette foi le plus largement possible parce que je trouve que cela manque dans notre environnement. Tant pis si je parais neuneu ou un peu fleur bleue. »

 

13/10/2014

Le labyrinthe, courez dedans !

labyrinthe.jpgUn jeune homme se réveille dans une cage d’ascenseur. Il atterrit dans une vaste plaine, des adolescents le sortent de son piège. Qui sont-ils ? Que font-ils là ? Comme lui, chaque mois depuis trois ans, un nouveau arrive dans cet endroit étrange, ayant tout oublié de son passé. Le lieu est entouré de murs gigantesques, infranchissables. Une faille s’ouvre chaque jour au milieu, sur un labyrinthe, et se referme à la tombée de la nuit. Une sortie est donc possible, mais ceux qui s’y risquent se perdent ou ne courent pas assez vite pour ressortir…  Vaut-il mieux se résigner à son sort et rester sur place, ou prendre le risque de rentrer dans le monde inconnu du labyrinthe ? (voir bande annonce en lien)

J’ai vu le film sans rien connaître de l’histoire et j’ai été agréablement surprise par l’originalité du scénario. J’ai vraiment adoré ce principe : enfermer des ados malgré eux, le spectateur observe comment ils se débrouillent. Le principe peut s’apparenter à une étude sociologique sur la vie en communauté : des clans, une hiérarchie se créent automatiquement. Un chef dirige, un groupe forme l’élite : les battants admirés et courageux (les coureurs qui explorent le labyrinthe). Chacun travaille en fonction de ses capacités et est intégré à un groupe bien précis.  L’union fait la force, mais chacun reste à sa place… Cette épreuve d’enfermement permet aux adolescents de découvrir en eux un potentiel insoupçonné, ou au contraire les laisse s’effondrer : seuls les plus forts survivent...

labyrintheL’idée de cette brèche dans le mur qui s’ouvre sur un labyrinthe dangereux et mystérieux m’a également beaucoup plu. Elle m’a rappelé les contes pour enfants et leur symbolique, métaphore du monde réel : la plaine entourée de hauts murs où vivent les adolescents est comme le cocon rassurant de l’enfance : rien ne leur arrive tant qu’ils ne sortent pas de cette enceinte. Mais pour devenir adulte, il faut partir dans l’inconnu, affronter le monde réel et ses difficultés : oser rentrer dans le labyrinthe.

J’ai cogité tout le long pour essayer de comprendre ce que les ados faisaient là et ce qui allaient leur arriver. Mais rassurez-vous, on est d’abord dans un film de divertissement et d’action, pas un documentaire anthropologique… j’ai quand même deviné quelques rebondissements. J’ai trouvé que les dialogues n’étaient pas toujours à la hauteur, un peu plats, et se traînant en longueur (faut-il rentrer dans le labyrinthe ou pas ? suivre le rebelle aventurier ou le conformiste attaché à sa sécurité ?) C’est sans doute parce que j’attendais le dénouement avec impatience : «  il y a quoi là-derrière, on veut savoir ! » La  tension était palpable dans la salle pendant les scènes d’action, mais mémé ne comprenait pas toujours ce qui se passait, car les plans étaient trop nombreux et rapides, et souvent sombres, filmés de nuit.

labyrintheCertains reprocheront peut-être les caractères stéréotypés ou trop lisses, mais c’est un aspect volontaire qui ne m’a pas du tout dérangée.,Je trouve que l’héroïne interprétée par Kaya Rose Scoledario ressemble à Kristen Stewart, la star de Twilight. Cette dernière étant sans doute trop chère, ils ont dû penser « prenons son sosie à la place ! En plus, elle a un petit air d’Eva Green, deux pour le prix d’une, ça pourra pas faire de mal ! »

Les personnages sont tous adolescents, pourtant vous pouvez voir le film sans problème si vous avez dépassé la vingtaine. Bon, je ne suis certainement pas une référence en matière de maturité… Si vous avez aimé Hunger games ou encore mieux l’excellent Battle royale, où des jeunes luttent aussi pour leur survie, vous apprécierez certainement Labyrinthe de Wes Ball.

 

 

11/10/2014

Gone Girl de David Fincher

gone girl missing.jpgEn rentrant chez lui le matin de son cinquième anniversaire de mariage, Nick (Ben Affleck) constate que sa femme Amy (Rosamund Pike) a disparu. Les dégâts et traces de sang dans la maison ne présagent rien de bon. Pour les médias qui s’emparent de l’affaire, c’est évident : l’époux qui ne semble pas assez éploré a tué sa femme. Pour prouver son innocence, Nick mène sa propre enquête. Il s’aperçoit que la belle épouse modèle n’est pas aussi lisse qu’il le pensait…  (voir bande annonce en lien)

Gone Girl est un film sur les apparences trompeuses. Il débute par une scène énigmatique, sur le visage en gros plan d’Amy. Elle est sublimée par une douce lumière matinale. Elle regarde et sourit à son mari, qui tient en fait la place de la caméra. On est au plus près de l’intimité d’un couple, une scène belle et romantique. Pourtant, les pensées de Nick contredisent les images et font froid dans le dos : il a envie de fracasser le crâne de sa femme pour voir ce qu’il cache. Lorsqu’Amy disparaît, hébété, il ne montre pas sa tristesse. Il est incapable de renseigner la police sur les habitudes de son épouse, ne sait pas si elle a des amis… Il ne semble pas vraiment la connaître.

Nick apparaît comme le suspect idéal pour les médias. Ceux-ci sont montrés dans leur aspect le plus négatif : faire de l’audimat avec du sang, du sordide, de l’émotion. Traquer honteusement des gens qui n’ont rien demandé, sûrement innocents et étrangers à l’affaire (la sœur de Nick, les voisins). Fouiller dans leur vie pour révéler leurs secrets honteux. Faire des suppositions hasardeuses et les afficher comme vérité. Manipuler les foules en jouant sur leurs émotions :  une affiche avec la plus belle photo d’Amy, filmer une déclaration du mari en espérant qu’il va pleurer, et comme il ne le fait pas, prétendre qu’il a tué sa femme, lui demander de prendre la pose et de sourire, pour ainsi dire qu’il reste insensible…

Nick semble coupable. Pour le public averti, il paraît plutôt comme un brave gars un peu nigaud qui se fait avoir. On mène l’enquête avec lui, le héros du film. Mais pourquoi cette première scène alors, où on surprend ses pensées de meurtres ? Ne serait-ce pas plutôt le spectateur qui se laisse manipuler ?

gone girl rosamund pike.jpgEt qui est Amy ? Une femme magnifique : Rosamund Pike, dans son éternel rôle de la fille toujours très classe et distinguée, mais qui reste simple, inconsciente de sa beauté et de ses talents, comme dans Orgueil et préjugés par exemple. Ses parents ont fait d’elle une célèbre héroïne de livres pour enfants : amazing Amy, c’est-à dire elle en mieux, à qui tout réussit. Dans la réalité, les époux ont perdu leurs emplois et quitté New York pour s’installer dans la province natale de Nick, où Amy s’ennuie et gâche ses talents. Elle semble très amoureuse de son mari, pour lequel elle organise des chasses au trésor à chacun de leur anniversaire de mariage.

Et justement, contrairement à celle de Nick, la personnalité d’Amy et ce lui est arrivé m’ont semblé évidents depuis le début. Je pense que cet effet est volontaire. David Fincher, le maître du retournement de situation et du suspense, ne peut pas prendre ses spectateurs pour des cons. Je reste néanmoins un peu perplexe : pourquoi attendre aussi longtemps alors pour le dénouement ? Il veut jouer avec nos nerfs, nous faire douter ? Quand j’ai eu confirmation de mes suppositions, j’admets avoir été un peu déçue. J’aime être surprise au cinéma, je déteste deviner les rebondissements. Dans Seven, je ne m’attendais pas du tout à cette fin, avec la boîte… Je revois encore très précisément mon amie choquée sur le chemin de l’école, me disant : « j’ai vu un film horrible hier… » et moi qui la tannais pour qu’elle me raconte l’histoire. Dans le même genre, je n’ai pas été voir Avant d’aller dormir sorti récemment, car j’ai lu le livre avant, et j’ai deviné tous les rebondissements au bout de 50 pages (sur 500)…

Sur la critique des médias traquant le spectaculaire et le sordide, je vous conseille également Night call, qui sortira le 26 novembre. Sur l’enquête à propos d'une femme disparue et la manipulation du spectateur, je vous conseille également White Bird de Gregg Araki, en salles mercredi.

David Fincher sait à merveille raconter des histoires, surtout lorsqu’elles sont vraies. On le voit surtout dans son meilleur film selon moi, Zodiac (on était trois dans la salle à l’époque…) et le meilleur film de l’année 2010, The social network sur Mark Zuckerberg. Le cinéaste est un pro de la manipulation, comme on le constate ici, mais également dans l’incroyable et sous-estimé The game avec Michael Douglas. Je ne parviens pas à établir de top ten pour David Fincher (il a réalisé dix films) mais Gone girl, s’il ne détrône pas Zodiac, ne fait certainement pas partie des derniers (L’étrange histoire de Benjamin Button est raté pour moi, et Panic Room n’est pas très intéressant.)

Et vous, comment classeriez-vous Gone Girl et les films de David Fincher, par ordre de préférence ? Je rappelle sa filmographie :

1992 : Alien3
1995 : Seven
1997 : The Game
1999 : Fight Club
2002 : Panic Room
2007 : Zodiac
2008 : L'étrange histoire de Benjamin Button
2010 : The social network
2011 : Millenium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes
2014 : Gone girl

 

 

26/09/2014

Les vacances du petit Nicolas

petit nicolas.jpgMémé-toujours-un-train-de-retard se rend compte qu’elle a oublié de publier plusieurs billets, dont celui-ci ! Mais contrairement à Albert à l’ouest, le film est encore diffusé !

Je n’ai pas vu le premier Petit Nicolas, pour moi l’adaptation des livres de mon enfance déflore l’idée que je me faisais des personnages. Surtout quand le père est joué par l’insupportable et omniprésent Kad Merad. Ce chauve lippu est le seul comédien français existant ou quoi ! J’ai du mal aussi avec la gueule et surtout la voix horripilante de Valérie Lemercier (je l’imagine toujours dire comme dans la pub « c’est moi qui l’ai fait ! » 

Je n’aurais pas eu l’idée de voir le film si je n’étais pas payée pour le faire en accompagnant des gamines ravies, dans une salle remplie de gones braillards. Dure épreuve pour mémé qui supporte mal le bruit et l’agitation. En tout cas eux, ils ont « a-do-ré » le film qui « est trop bien » 

J’aurais sans doute aimé autant que les gamins si mémé avait toujours leur âge. La comédie n’est pas mauvaise, mais avec ses farces potaches, est surtout destinée aux enfants.  Les gags sont parfois de mauvais goût et à la limite de la cruauté et de la méchanceté (échanger le tuyau de la douche avec celui des égouts, mettre un serpent dans le lit des parents, voler un portefeuille, mentir : c’est du joli, bel exemple) Les gamins en groupe sont souvent bêtes et méchants… J’ai surtout apprécié la reconstitution minutieuse, acidulée et carte postale de la France des années 60. Un film à voir quand on a 10 ans. Mais j'ai plus 10 ans, si tu me crois pas, t'ar ta gueule à la récré.

 

22/09/2014

Near Death Experience : une expérience (ciné !) à tenter

cinéma français« Obsolète. J’ai 56 ans et je suis obsolète.
56 ans. L’âge de mon grand-père quand j’avais 7 ans. Avant on était un vieux, un pépé. On attendait tranquillement la retraite. On ne vous demandait pas d’atteindre des objectifs. De les dépasser. On ne vous demandait pas d’être toujours séduisant. D’être habillé en jeune. D’être un homme viril, de baiser encore. De faire du sport. De manger équilibré. D’aimer sa femme comme au premier jour, d’être le meilleur copain de ses enfants… On ne vous demandait pas d’être créatifs. D’avoir de l’humour. Et des passions !
T’as eu de la chance pépé. T’as eu le droit de n’être qu’un pépé. Moi, tu vois, en étant comme t’étais, je suis devenu un pauvre gars. Obsolète. » (voir bande annonce en lien)

Near Death Experience annonce sa radicalité et son originalité dès le générique : pas de musique, sur fond d’orage, les noms du casting entier apparaissent. Puis il s’ouvre sur un long plan, mal cadré, image sale, comme une caméra cachée. On voit un homme accoudé à un comptoir, en train de boire avec d’autres types. On n’aperçoit que le buste de ces derniers, car eux se tiennent droit. Le premier essaie de capter leur attention, en leur offrant un verre, mais le contact n’a pas vraiment lieu.
Rentré chez lui, l’homme reprend à boire, se pose devant le journal télé, qui traite des superstitions qui ont lieu en ce vendredi 13. Sa femme et ses enfants rentrent des courses, les jeunes se chamaillent, la mère les recadre, le banal quotidien. L’homme ne participe pas à la conversation,  concentré sur le J.T : le vendredi 13, c’est un signe. Il annonce qu’il va faire un tour en vélo et qu’il revient dans une heure. Arrivé à mi- montagne, il abandonne son VTT, erre dans la nature dans l’idée de passer enfin à l’acte : mettre fin à une vie qu’il juge dénuée de sens. Mais plusieurs personnages et événements l’empêchent de concrétiser son geste…

cinéma françaisNear death experience. Ne vous attendez donc pas à une adaptation du troublant livre de témoignages de Raymond Moody, La vie après la vie. N’espérez pas un film hollywoodien paranormal, plein d’action et d’effets spéciaux, sur des corps flottants en l’air, qui passent un tunnel de lumière puis reviennent réintégrer leur enveloppe terrestre. Pas de Au-delà comme Clint Eastwood, pas de Prophétie des ombres, pas d’effondrement d’un pont et la mort de centaines de personnes évitée, mais un homme le plus souvent seul qui marche dans la montagne en soliloquant. Pas de séduisant Richard Gere, mais un Michel Houellebecq qui paraît 20 ans de plus, frêle, sans dents (!) qui ressemble à s’y méprendre à Louis Ferdinand Céline !

Le tableau ne paraît peut-être pas attrayant, et pourtant, ça fonctionne ! N.D.E est tellement inclassable et original qu’il exerce une sorte de fascination. Il fallait oser faire un film sur un sujet pareil, avec aussi peu de personnages et d’action (il ne dure qu’1h30,heureusement !) Pour cela, il fallait bien les deux compères Benoît Delépine, ancien auteur des Guignols, et Gustave Kervern (qu’on a vu récemment dans le très bon Dans la cour-voir ma critique- où il incarne aussi un dépressif). J’ai vu tous les films de ces auteurs rebelles et provocateurs. J’ai beaucoup aimé Le grand soir (voir mon billet en lien) et j’ai un grand faible pour Louise Michel (où des ouvrières engagent un tueur à gages bidon pour tuer leur patron qui délocalise leur usine !)

Dans NDE, les réflexions de Michel Houellebecq peuvent résonner en nous, comme l’extrait cité en ouverture. Pourquoi veut-il mettre fin à ces jours, alors qu’il a une femme, des enfants, un travail ? Sans doute parce qu’il s’ennuie dans cette vie tranquille : « quand je me suis marié avec toi, j’étais fier. Je ne te l’ai jamais vraiment dit mais les femmes que j’ai connues se comptaient sur les doigts d’une moufle (…) Avec toi je savais que la vie serait douce. Je ne t’ai jamais trompé. J’ai perdu ma liberté mais j’ai gagné la paix. »
Il manque de réel contact humain. Le personnage exerce un métier stressant sur une une plate-forme téléphonique : il communique avec les gens sans les voir, et ceux-ci sont souvent agressifs, il a obligation de rentabilité... 

L’écrivain apporte son humour plein d’autodérision, qu’on a pu voir récemment sur Arte dans L’enlèvement de Michel Houellebecq. J’ai lu également tous les livres de l’auteur, mais je garde ma préférence pour son premier, Extension du domaine de la lutte, car je l’ai lu à l’époque de sa sortie, où je l’ai trouvé très novateur. 

Tentez vous aussi cette expérience hors du commun : non n’essayez pas de vous suicider, allez simplement voir ce film qui mérite le coup d’œil ! Pour le plaisir de voir Michel Houellebecq danser sur du Black Sabbath... et que la montagne est belle, comment peut-on s'imaginer en voyant Houellebecq se suicider un vol d'hirondelles que l'automne vient d'arriver ?