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20/06/2016

Raphaël Personnaz se marie

Raphaël_Personnaz.jpgAvec moi.
Eh oui, après Ryan Gosling et Pio Marmaï, jamais deux sans trois. Que voulez-vous, je suis un véritable bourreau des cœurs.

Après la projection du film Dans les forêts de Sibérie (voir mon billet en lien), le réalisateur Safy Nebbou, le scénariste David Oelhoffen, le compositeur Ibrahim Maalouf et l’acteur principal Raphaël Personnaz viennent échanger avec nous.
Évidemment comme d’habitude je n’ose pas intervenir, ce qui me posait un tantinet problème lorsque c’était mon métier :
« Tu vas interviewer Gérard Lanvin. - Oh non, il joue toujours les rôles de rustre pas sympa, et si il était pareil en vrai ? Et qu’il me dit « casse toi tu pues et Marche à l’ombre ! » (je confirme qu’il a tiré la tronche pendant toute la conférence de presse) «  Catherine Deneuve, c’est une chance, une star pareille ! - Justement, elle m’intimide trop ! » « Miou-Miou, elle fait plus cool, puis c’était la copine de Dewaere. - Par solidarité avec Patrickou, je ne veux pas lui parler ! Elle avait qu’à pas le quitter pour Julien Clerc ! » Parfois les artistes eux-mêmes m’encouragent, comme Marc Jolivet ou Forrest Whitaker « Et vous mademoiselle, vous n’avez pas posé de questions ? - Non mais ça va, les autres journalistes ont déjà tout dit ! - Vous êtes sûre ? Ne soyez pas timide ! » Ou pire comme Kyan Khojandi qui me parle comme si j’allais faire une syncope en me mettant la main sur l’épaule « ça va, tout va bien ? »
Je suis très à l’aise en société.

raphael foret.jpgDonc ce soir-là, je n’ose pas poser de questions sur le tournage (info principale : ils ont beaucoup picolé de vodka). Je n’ose pas dire au réalisateur Safy Nebbou que j’ai apprécié son film L’autre Dumas. Et je n’ose pas dire à Raphaël Personnaz que je trouve qu’il est l’un des meilleurs acteurs français actuels. Pourtant je sais que les artistes apprécient qu’on leur dise qu’on aime leur travail, surtout quand on le connaît vraiment : « Salut ! c’était sympa ton truc, j’avais jamais entendu parler de toi avant, c’est quoi ton nom ?  - C’est mon 218ème film et ça fait 35 ans que je fais ce métier. »

J’espère rattraper ma timidité lors du cocktail. Sans micro, sans spectateurs. Avec un coup dans le nez, désinhibée, j’arriverai bien à choper Raphaël Personnaz dans un coin.
Uniquement pour parler du film et par amour du cinéma évidemment. J’ai un bac+5 en ciné , tout ce qui m’intéresse, c’est le 7ème art :

Moi, collée au buffet : - Bah dis-donc je croyais que Canal+ était au bord de la faillite avec leur nouvelle dictature présidence et 200 000 abonnés en moins depuis le début de l’année, mais ils n’ont pas lésiné sur les petits fours ! Scronch scronch Puis ya de la vodka : on est obligé de faire comme dans le film : se saouler ! Hips
BestFêtardeForever : - T'es sûre qu'on peut se resservir ?
-
Je suis abonnée à Canal depuis 18 ans, la seule irréductible qui ne télécharge aucun film, c’est moi qui finance tout ça ! Puis on accède facilement au buffet pour une fois, où sont-ils tous passés ?

On se retourne et voit juste derrière toute l’équipe du film pour la séance photo officielle, et tout le monde qui la mitraille. Je suis tellement près des artistes qu’à mon avis on m’aperçoit sur la moitié des photos en train de me goinfrer « c’est qui l’ogresse dans le coin ? »

BFF : - Raphaellou est juste là !  Faut absolument que tu lui parles !
Qu’est-ce je peux bien lui dire ?
« Bonjour, j’ai adoré votre prestation. Surtout la scène où vous êtes à poil dans la neige. Non mais il fallait oser, on sait que le froid est peu flatteur pour les hommes. Alors justement, pour ne pas rester sur cette impression, je vous propose de rejouer la scène dans des conditions optimales, grandeur nature… Mais sans l’ours. Et sans moi aussi hein, je regarde, le paysage, c’est tout. »

raphael marius.jpgHum. C’est peut-être un peu trop direct comme approche. Lui dire que j’ai vu une grande partie de ses films et même ses pièces de théâtre ? Dans Au bonheur des ogres, il est touchant en frère protecteur mais gaffeur. Dans la pièce Les cartes du pouvoir, il était totalement habité par son rôle, on ne voyait que lui. Dans Marius et Fanny de Daniel Auteuil, (voir mon article en lien) il joue un Marius très convaincant et bien plus beau que Pierre Fresnay qui a réussi à me tirer des larmes quand il annonce à Fanny « je t’aime bien, mais plutôt que de vivre notre histoire, je vais d’abord aller faire le tour du monde voir si l’herbe est pas plus verte ailleurs, et si non, je reviendrai dans un an en donnant des nouvelles tous les 36 du mois, tu m’attendras bien sagement hein ? »  Eh bien non !
Il est aussi excellent dans Trois mondes, Le temps des aveux, Quai d'orsay… Pourtant si je lui cite toute sa filmographie, Il va me prendre pour une groupie, alors que je suis juste cinéphile, je n’avais même pas repéré qu’il jouait dans tous ces films puisque dans la plupart, il interprète des seconds rôles. Mais si je dis ça, il va penser qu’il n’est pas assez charismatique pour être remarqué.

Comment l’aborder ? En jouant la carte de la connivence !
« Salut Raphi ! Comment ça va depuis la dernière fois ? Mais si tu te souviens, La faute à Fidel de Julie Gavras, en 2006 ? Oui la conférence de presse, la seule journaliste qui n’a posé aucune question cachée dans un coin, c’était moi ! Comment ça tu ne te souviens pas ? Je suis pourtant inoubliable !»

Non vraiment, que lui dire ?
Comme ça fait 10 minutes que je suis plantée devant lui, il finit par me repérer :
« Oui ?
- Euh… parle, enfin : « le personnage de Teddy m’évoque celui de Marius, ce besoin irrépressible de fuir, de vouloir échapper à son quotidien, de se sentir libre… Pourtant le quotidien n’est pas forcément routine et morosité, il n’est que ce qu’on en fait, il faut le voir avec un regard différent. Car comme disait le grand philosophe…
Mais tout ce que j’arrive à faire, c’est de le fixer avec mes grands yeux ronds sans pouvoir prononcer un mot.
- C’est pour une photo ?
- euh… vmrmpfk…»

J’ai donc un magnifique cliché avec Raphaël Personnaz, impeccable et photogénique, et moi avec un air crispé et absent (« mais pourquoi j’ai rien dit ? ») qui pourrait illustrer une campagne sur les ravages de l’alcool « tu t’es vu quand t’as bu ? »
A 20 ans, on est fraîche comme la rosée du matin, à 35, comme une bouteille de rosé.
Le réalisateur nous voit prendre des photos et plaisante à la cantonade « si vous voulez le numéro de Raphaël Personnaz, c’est le 06… »
Je rentre dans le jeu en mimant une groupie « oh oui, oh oui ! » sauf que vu l’air gêné de l’assistance, ils l’ont pris au premier degré. Je m’éclipse tête basse et rentre cuver chez moi.

reem.jpegPourtant je relativise mon cliché raté, lorsque quelques jours plus tard, pour illustrer mon article, je cherche une photo de Raphaël Personnaz sur Internet. Et là, sur quoi je tombe ?
Une image de lui avec Reem Kherici, peut-être sa compagne. Avec ses petits yeux, son air que je trouve sévère et son sourire carnassier, elle est mon opposée et me rappelle Eva Mendès, la femme de mon autre chouchou Ryan Gosling ! M’enfin, mais qu’est-ce qu’ils ont tous ?!
(Pour la situer, c’est elle qui joue la SS Frieda et Carlotta, « l’inexpugnable arrogance de votre beauté qui m’asperge » dans Oss117, Rio ne répond plus. Elle a également réalisé Paris à tout prix, sur une it girl : tout à fait moi).

 

18/06/2016

Dans les forêts de Sibérie : libre et seul au monde

foret.jpgTeddy (Raphaël Personnaz) trouve sa vie vaine et futile, envahie de choses et de gens superficiels. Il décide alors de tout plaquer, travail, famille, amis, pour partir vivre dans une cabane de 9 m carrés au bord du lac Baïkal. Là-bas, seul et loin de tout, il se sent enfin libre, libre d’être lui-même… Mais perdu dans le blizzard, il est secouru par Aleksei, un Russe en cavale qui vit comme lui isolé dans la forêt. Les deux hommes que tout oppose vont allier leur solitude… Voir bande annonce en lien.

Le retour à la nature, à un mode de vie plus respectueux de l’environnement, loin de l’agitation des villes, des technologies modernes qui nous coupent parfois de notre essence, sont des thèmes dans l’air du temps qui plaisent à mémé écolo nulle en nouvelles technologies.
Moi aussi je rêve de pouvoir hurler en pleine nature sans déranger les voisins en beuglant du Polnareff « il était une foiaaah, toi et moah aaahh, n’oublie jamais çaaa, toi et moahh ah aahh !! » Moi aussi je rêve de pouvoir faire du patin à glaces sur un lac gelé immense juste pour moi toute seule, sans Philippe Candeloro pour me dépasser et bousculer, sans règle à respecter « faut tous aller dans le même sens sinon on se rentre dedans ! Et faut tourner en rond autour de la barrière ! »
Ça doit être super de se balader dans des paysages sublimes (magnifiés par la musique d’Ibrahim Maalouf) sans touristes tous les 2 mètres « Rah ! Mais y avait un pic épeiche, il s’est barré maintenant ! »

lac.jpgMais au bout d’un moment, tout seul, on s’ennuie un peu non ? Ce que fait le personnage  après avoir relu pour la 12ème fois sa collection de poches (à la lueur d’une bougie, l’électricité, c’est tellement superflu) avoir joué seul aux échecs (perso j’ai un solitaire mais je n’y arrive pas, je laisse toujours deux billes).

Quitte à être seul, ne pas subir les horaires et les contraintes de la vie moderne, il suffisait que le héros reste au chômage chez lui. Pas besoin de partir à 10 000 km. Être sans emploi est souvent perçu comme une maladie honteuse, et il se serait vite retrouvé isolé : « Tu fais quoi dans la vie ? » « Rien. Je suis chômeur » « oh quelle horreur ! Vite écartons nous de cet individu sinistre, des fois que le chômage soit contagieux ! »
Teddy ne voulait plus subir les sollicitations incessantes du monde actuel, surtout avec son métier lié à l’internet. Il suffisait qu’il se coupe des réseaux sociaux comme moi (« tiens, Jennifer-Apolline me demande en amie sur facebouc. Mais qui c’est ? »)

Laisser sa famille et ses amis, ne plus donner de nouvelles du jour au lendemain, je trouve ça égoïste. (alors que moi j'ai pas laissé le blog sans prévenir) Ses proches comptent si peu pour lui ? Il se fiche de les inquiéter, qu’ils aient peur qu’il tombe dans le lac (il a failli) se fasse attaquer par un ours (il a failli) meurt de faim et de froid (il a failli). Si on ne répond pas à mes sms, j’imagine que la personne est morte. Alors si elle part seule en Sibérie…

Être seul pour tester sa débrouillardise, c’est une bonne idée. Mais pas pour Gastonne Lagaffe avec deux mains gauches, car la seule fois où on m’a laissée seule en plein hiver à la cambrousse, j’ai jamais réussi à allumer un feu dans le poêle (en revanche j’ai bien enfumé toute la maison) et je me suis gelée les miches pendant deux jours en attendant le retour de mes sauveurs. Puis tuer le pauvre Bambi pour le bouffer, ah non, je préfère manger mes chaussures comme Charlot. Au pire, je finirai comme dans Into the wild, autre histoire vraie (attention spoiler) : je crèverai de faim parce qu’incapable de conserver la viande.

foret persos.jpgÊtre seul pour réfléchir sur soi-même, se retrouver, savoir ce que l’on veut vraiment, apprendre de ses erreurs, c’est très bien. Mais pour vraiment se connaître, il faut surtout se confronter aux autres, et à d’autres points de vue.
Et justement, une autre personne très différente arrive. Pas une femme qui veut extirper le héros de sa routine et de sa solitude (je rêvais pourtant de me projeter dans le rôle de la sauveuse de Raphaellou). C’est un  meurtrier qui a quitté femme et enfants pour se cacher volontairement dans ce trou pendant 12 ans et échapper à la prison (perso, je préfèrerais la taule). Un personnage fort et complexe. Il a tué un homme, mais en sauve un autre, Teddy. Il veut éviter le jugement et l’emprisonnement, mais se punit bien plus en vivant seul. La pire des geôles est mentale…

Le film est tiré de l’histoire vraie de l’aventurier Sylvain Tesson, mais le personnage d’Aleksei a été rajouté ici, car tout seul à se morfondre, le héros s’ennuyait, et donc le spectateur aussi… David Oelhoffen a collaboré judicieusement au scénario, en apportant son expérience tirée de son film Loin des hommes, où deux personnages opposés et isolés (Viggo Mortensen♥ et Reda Kateb) apprennent aussi à se connaître dans un endroit désertique. Du réalisateur Safy Nebbou, j’apprécie également son film L’autre Dumas tiré de la relation ambiguë entre l’écrivain (Depardieu) et son nègre (Poelvoorde).

Quant à l’acteur principal, Raphaël Personnaz, on peut dire qu’il donne de sa personne (pas naze, oui j’ai fait l’école du rire), comme il en plaisante lui-même lors d’une rencontre à l’issue de la projection du film…
Suite demain

 

16/10/2015

Green inferno : un film qui prend aux tripes !

green inferno.jpgChaque jour, plus de 80 000 hectares de forêt sont détruits... De riches étudiants New-yorkais se rendent en Amazonie pour protéger la forêt et une tribu qui y habite, menacées de destruction par une multinationale qui cherche du gaz naturel. Les jeunes gens se filment enchaînés aux bulldozers, partagent les images sur les réseaux sociaux. Le buzz et l’indignation sont tels que les activistes réussissent leur pari : les travaux sont suspendus. Mais leur avion du retour s’écrase en pleine jungle, et la fameuse tribu les récupère. Et elle est particulièrement hostile… Voir bande annonce excellente en lien.

Green inferno prend aux tripes. C’est le cas de le dire : la tribu est cannibale… J’en suis ressortie dans le même état qu’après Space Mountain ou le manège à l’envers d’Indiana Jones : remuée mais contente d’avoir ressenti des sensations si fortes. Le coup de génie d’Eli Roth (Cabin fever, Hostel…) est de ne pas avoir choisi les habituels ados superficiels têtes à claques qui se font massacrer alors qu’ils passent un week-end à se torcher la gueule. Non, ici ce sont de braves étudiants idéalistes qui veulent changer le monde !

Au début du film, un prof parle des dégâts de l’excision, et les jeunes américains incultes découvrent cette réalité. L’héroïne s’emballe : « mon père travaille à l’ONU ! Je vais lui en parler et Zorro va combattre ce fléau ! » Quand les jeunes activistes réussissent à stopper la destruction de la forêt en 10 minutes chrono et deux vidéos sur twitter, on pense « tiens, si c’est si facile, faisons tous pareils alors ! »
Aah comme c’est mignon, comme ça paraît simple de changer le monde… Mais le film est incroyablement cynique. On comprend qu’évidemment, si on nous parle de l’excision, ce n’est pas innocent, et la menace plane sur l’héroïne tout le long du film. Si les jeunes gens ont réussi si facilement leur coup médiatique, c’est parce qu’ils ont été financés par un riche commercial qui travaille en fait pour la société de démolition concurrente : les travaux reprendront deux jours après, avec cette nouvelle entreprise.

Le réalisateur Eli Roth explique : « tandis que j’achevais le scénario, l’affaire Kony 2012 a éclaté (qui enlève des enfants Ougandais pour en faire des soldats et esclaves) : tout le monde passait son temps à tweeter des infos glanées dans des vidéos sur YouTube, puis à pousser d’autres personnes à les retweeter sous peine de salir leur réputation à eux aussi. Comme si, en ne le faisant pas, on se moquait pas mal du sort des enfants soldats d’Ouganda. J’y ai vu la volonté de certains d’apparaître comme de bons samaritains et, un mois plus tard, le leader du mouvement a été surpris en train de se masturber dans les rues de San Diego. Tout ce dispositif a été inutile. Certes, il a sensibilisé certains à cette cause, mais ce n’est pas en retweetant des liens vers des vidéos qu’on va pouvoir arrêter des criminels ».

green inferno bateau.jpgIronie du film : il dénonce les ravages du monde moderne sur la nature et les tribus amazoniennes, mais il est allé filmer en pleine jungle, auprès de villageois paisibles sans contact avec le monde extérieur, sans électricité ni eau courante, qui n’avaient jamais entendu parler de cinéma. Pour avoir l’autorisation de tourner chez eux et de les utiliser comme acteurs et méchants cannibales, Eli Roth leur a montré leur tout premier film. Et pas n’importe lequel, pas un classique, pas un dessin animé gentillet. Non… Cannibal holocaust !! Sympa comme entrée en matière ! C’est certainement pour ça qu’ils ont accepté si facilement de jouer: « ok, on y va, ça doit être normal chez les Américains d’ouvrir le bide de son voisin et lui bouffer le cœur ! »

En retour, le dossier de presse explique que « la production a collaboré avec les habitants pour leur fournir ce dont ils avaient besoin pour améliorer leurs conditions de vie ».
Le tournage a été particulièrement éprouvant : 5 h de trajet quotidien pour atteindre les lieux isolés, des inondations détruisent les décors, une scène tournée dans un champ rempli de tarentules vénéneuses… Du matériel est gardé par la douane, et les maquilleurs doivent utiliser les moyens du bord : des fruits ou des morceaux de viande !
Eli Roth précise : «  tous les acteurs se sont coupés, ont été piqués ou ont eu des hématomes. Ils se sont tous engagés pour vivre une aventure, mais ils étaient ravis de rentrer à Santiago. Je me souviens qu’en arrivant à l’aéroport de Lima, ils se sont tous précipités vers le premier Starbucks ! »
Eh oui, la mondialisation et le monde moderne gagnent toujours à la fin… 

Le film n’est pas uniquement là pour provoquer des sensations fortes : il interroge la notion d’engagement, de la solidarité (pour s’en sortir : aider ses amis, ou chacun sauve sa peau ?) et le rôle des médias. Green inferno montre que l’enfer est pavé de bonnes intentions…
Cet excellent film d’horreur ne sort malheureusement pas en salles, mais est disponible dès aujourd’hui en e-cinema sur la majorité des services de vidéo à la demande. Si vous êtes fans du genre, je vous invite vivement à voir Green inferno qui relève le niveau !

 

13/10/2015

Marguerite, l'incroyable Castafiore

marguerite.jpgDans les années 20, une aristo (Catherine Frot) se prend pour une soprano. Elle impose à son entourage ses cris de chat qui se fait marcher sur la queue, elle organise des concerts. Personne n’ose lui dire qu’elle chante comme une casserole. Les journalistes se moquent entre les lignes, d’autres peu soucieux abusent de sa crédulité et bienveillance pour lui soutirer de l’argent et la lier à la cause anarchiste. Si elle chante, c’est aussi pour attirer l’attention de son mari, qui la délaisse pour une autre.

Le film s’inspire d’une femme ayant réellement existé, Florence Foster Jenkins. La véritable histoire est plus intéressante que son adaptation : le mari de la Castafiore a deux fois son âge, il la trompe et lui refile la syphilis. Cette maladie et le traitement au mercure attaquent son système nerveux, son nerf auditif, donc son oreille, et peut expliquer pourquoi elle pense être une bonne soprano. Ou bien elle vit dans un délire imaginaire… C’est une femme exubérante, dans son comportement, ses tenues de scènes excentriques. Lors d'un accident à bord d'un taxi, elle découvre qu'elle peut chanter un « fa encore plus haut qu'avant ». Au lieu de poursuivre la compagnie de transport, elle envoie une boîte de bons cigares au conducteur… Elle ne s’aperçoit pas que son public se moque d’elle, pensant être admirée. Mais après un concert dans une vraie salle, le prestigieux Carnegie Hall, les journalistes la critiquent ouvertement. Soudainement consciente de son absence de talent, à 76 ans, elle fait une crise cardiaque et meurt peu de temps après. Je vous invite à cliquer sur le lien de Florence Foster Jenkins massacrant Mozart… Elle aurait également inspiré le personnage de la Castafiore dans Tintin.

Cette stupéfiante biographie n’est pas vraiment exploitée dans le film. Xavier Giannoli n’utilise pas l’anecdote du fa, de la maladie… Et son final est vraiment trop grandiloquent, grotesque, on n’y croit pas. S’il s’était borné à la réalité, il aurait été bien plus efficace et émouvant. Le film débute par la longue préparation d’un concert intime donné chez la soprano. Le suspense est à son comble… sa voix est-elle si nulle que ça ? L’effet d’attente fonctionne à fond, et j’ai ri aux larmes comme je n’avais jamais autant ri, littéralement pliée en deux. Mais ensuite… on a compris qu’elle chantait faux. Et on a de la peine pour elle, moquée, trompée par un journaliste et un anarchiste. Ces deux personnages semblent amoureux de la même fille, une chanteuse aguerrie, elle. Mais ce triangle amoureux passe à la trappe en cours de route, pour revenir subitement à la fin, sans résolution. Le film est assez mal construit, et trop long (plus de deux heures).

Xavier Giannoli a le don pour dégoter des sujets en or, des histoires vraies incroyables, mais il ne sait pas les traiter. Dans A l’origine, un escroc (François Cluzet) se fait passer pour un chef de chantier. Il lance la construction d’une autoroute au milieu d’un champ, employant des dizaines de personnes, mobilisant la municipalité… Un fait divers étonnant, gâché par un film ennuyeux. Marguerite n’atteint pas ce stade, mais il aurait pu être tellement mieux… J’attends avec impatience l’adaptation avec Meryl Streep et Hugh Grant, réalisée par Stephen Frears (Philomena, High Fidelity, Les liaisons dangereuses...)

 

03/09/2015

Quiz on connaît le film comique : Le cerveau, Le magnifique et L'incorrigible

cinéma, cinéma français, belmondo le cerveauRigolons un peu pour oublier la rentrée...

8 ) Associez la réplique au film correspondant, joué par Jean-Paul Belmondo :

A) « Il se passe que je vous emmerde monsieur. Vous, votre affreux boudin de femme, et votre sale chat. »
B) « Et Bob Saint Clar, pagayant comme un fauve… »
C) « Bebel : Moi aussi, j'ai longtemps été seul. J'ai eu une jeunesse atroce dont j'aime mieux pas parler. Un père alcoolique, maman usée par les lessives... Je la revois dans la forêt couverte de givre, ramassant du bois mort, moi accroché à ses haillons...
- Vous étiez combien chez vous ?
- Boh... Au moins quinze.
- Quinze ?!
- Et puis des hommes ont commencé à défiler à la maison. Des militaires, surtout. Faut dire que maman était très belle. Vous l'auriez vue sur le grand escalier du vestibule, avec son boa autour du cou, en plumes de paon...
- Un boa pour ramasser du bois, c'est pratique ça...
- Non mais alors si vous m'interrompez tout le temps, moi je perds le fil ! »

a) Le magnifique de Philippe de Broca
b) Le cerveau de Gérard Oury
c) L’incorrigible de Philippe de Broca

Réponse : A )b ; B)a ; C)c

cinéma, cinéma français, belmondo le cerveauMémé radote, mais pour ceux qui ne me lisent pas depuis le début (alors infidèles, on s’en va sans dire au revoir ?) Je suis obligée de vous présenter encore Le magnifique, qui a inspiré OSS 117 comme je l’expliquais dans mon dernier billet, par exemple avec cette scène de la piscine.
Belmondo joue un homme falot et discret, qui mène une vie solitaire et grise. Il est un petit écrivain de romans d’espionnage, tyrannisé par son éditeur et secrètement amoureux de sa voisine. Il se venge dans ses livres en transposant sa vie idéale : il s’y voit sous les traits d’un grand agent secret charismatique. Son éditeur est l’infâme Karpov et sa belle voisine est folle de lui… Gage de qualité, le scénario est signé par de Broca (L’homme de Rio) Jean-Paul Rappeneau (Le hussard sur le toit, Bon voyage) et l’inévitable Francis Veber (Le dîner de cons, La chèvre, bref toutes les bonnes comédies françaises.) 
Evidemment, je m’identifie au personnage, mais dans la version « du quotidien », François Merlin. Pas en super héros Bob Saint Clar comme le fait un certain DJ prétentieux. Comme François Merlin, j’adore réécrire ma vie, imaginer après la bataille ce que j’aurais pu répondre si j’avais osé faire preuve de répartie. Je rectifie ensuite sur le blog en détournant avec humour mes déboires. J’invente aussi des scénarios, que j’imagine en détail la nuit quand je n’arrive pas à dormir, mais que je ne prends jamais la peine de réaliser… Dommage, car je trouve parfois des situations et dialogues cocasses, et quand je vois certains films, j’interpelle le personnage « m'enfin ! pourquoi tu ne dis pas ça plutôt ? Rah si tu suivais mon scénario n°238 imaginé la nuit dernière entre 2 heures et 4 heures du matin… »

cinéma, cinéma français, belmondo le cerveauL’incorrigible, du même réalisateur, avec le même acteur, est dans le même genre que Le magnifique et réalisé deux ans plus tard (1975). Belmondo y incarne Victor, mythomane et beau parleur, qui escroque les riches. Il prévoit un nouveau coup, voler un tableau célèbre. C’est sans compter sur une éducatrice chargée de le surveiller, qui ne croit pas à ses histoires…

Les dialogues sont signés Audiard :

« Elle te siffle pas encore, mais ça viendra. Elle a capturé un lion pour en faire une descente de lit. »

Bébel/ Victor sort de prison et se fait passer pour un riche aventurier :
« Dur, très dur ! Cinq heures d'avion, six heures de chameau, huit heures de train, j'arrive d'Addis-Abeba !
- Je sais, ton avocat m'a dit. Tu as reçu mes colis ?
- Oui. Vois-tu l'homme ne vit pas seulement de conserves ! Durant ces années j'ai longuement réfléchi. Je me suis dit : Victor qu'as-tu fait de ta jeunesse ? Après quelles chimères cours-tu ? À vouloir saisir l'insaisissable, ne risques-tu pas de perdre l'essentiel ? Jetteras-tu enfin l'ancre, vieux coureur de savane ? »

« Ta vie court comme une eau vive ! Tandis que la mienne fuit comme un vieux robinet. »

« Y'a peut-être une belle affaire. Je connais un mec qui cherche un bateau. Tu pourrais peut-être lui vendre le tien.
- Mais je n'ai pas de bateau moi...
- C'est pour ça que c'est une belle affaire ! »

cinéma, cinéma français, belmondo le cerveauLe cerveau offre non seulement un festival de gags, mais aussi de superbes chansons (l’émouvante Cento Giorni, que je connais par cœur "la corsa della vita per me si è gia fermata negli occhi tuoi"). Je chante l’excellente «Who’s got a computer for a mind? The Brain ! Who’s got an IQ like an Einstein ? The brain ! » dès qu’une idée lumineuse me vient à l’esprit (c'est-à-dire pas souvent).
C’est encore un « feel good movie » comme on dit maintenant, qui enchaîne les répliques hilarantes, que je cite à tout bout de champ et dont peu de gens saisissent la référence (j’aime me prendre des flops) :
Par exemple quand on ne répond pas à un bonjour : « coucou ? coucou ! ben pourquoi il dit plus coucou ! »
Et cette scène, que j’ai parodié en répondant à une des sociétés qui harcèlent les petits vieux, plus influençables, plus faibles, ou en manque de compagnie, ravis d’avoir un interlocuteur et qui feront tout pour entretenir la conversation et faire plaisir. Certains téléphonent à ma mère pour lui vendre leurs saloperies inutiles, ou pire, l’escroquer (« on est l’entreprise arnaque qui veut se faire passer pour votre banque, on a bien votre numéro de compte qui commence par le 000, mais on a effacé malencontreusement la suite ? »)
Elle n’est pas née de la dernière pluie et ne répond jamais à un numéro inconnu, et en plus, elle est sourde comme un pot et n’entend pas le téléphone. Mais moi, il me réveille tous les matins de mes vacances. Et il ne faut jamais réveiller un chat qui dort (ici, la scène complète de "Pompon le chat et de la "sacré garce de panthère !" : 

cinéma, cinéma français, belmondo le cerveauBébel, mielleux : - Allôoô ?
Voisin : - C'est bien au monsieur Anglais du 6ème que j'ai l'honneur de parler ?
Bébel, horripilant : - Ouiii ?
Voisin : - Je suis à bout, Monsieur. Qu'est-ce qu'il se passe chez vous ?
Bébel : - Il se passe que je vous emmerde, Monsieur. Vous, votre affreux boudin de femme, et votre sale chat.
- Vous savez à qui vous parlez ?!
- Au gros tas que je croise tous les jours dans l’escalier.
- Mais je vais vous monter vous corriger, je vais monter !
- Mais bien sûr montez-donc ! Espèce de lavette, pauvre type, cornichon, dégonflé !»

Dans la réalité, je me suis arrêtée au « ouiiiii » mielleux, sans les insultes.... Mais  l’arnaqueur lui, n’a pas hésité. Il m’a fait tout son speech pourri et quand il s’est rendu compte que je me foutais de sa gueule, il m’a crié « va te faire foutre ! » et a raccroché. Il n’a plus appelé alors qu’il téléphonait trois fois par jour depuis des mois. En général, ces gens-là appellent d’une plateforme où leurs communications sont surveillées et enregistrées par leur supérieur. Ce "cornichon" s’est peut-être fait virer, il se cherchera un vrai boulot. Et qu’on ne me dise pas « ya pas de sot métier, il faut bien travailler pour vivre, c’est juste un travail ». Non, on peut choisir de rester honnête. On n’est pas obligé d’arnaquer et harceler les petits vieux sans défense ni les gens en général. 
(Moi aussi je peux me la jouer Bébel)

 

30/08/2015

Quiz on connaît le film comique : OSS 117

cinéma, OSS 117, comédies françaises7) De quel film ces répliques sont-elles extraites ?  

« Je suis ravi d’avoir une secrétaire aussi ravissante que vous !
- Je ne suis pas votre secrétaire.
- Mais vous êtes la secrétaire de qui alors ?
- Je suis colonel de l’armée israélienne, et l’idée est que nous travaillions ensemble. D’égal à égal.
- On en reparlera quand il faudra porter quelque chose de lourd. »

« Finalement, cette bande de hippies est plutôt sympathique, une fois passée la barrière de l'hygiène s'entend. Enfin, que voulez-vous, c'est la jeunesse. Tôt ou tard, la vie se chargera de leur couper les cheveux. »

cinéma, OSS 117, comédies françaises« Ça va Hubert ?!
- Ça va oui, sauf que l’avion perd de l’altitude ! On file sur les arbres et je n’aurai pas le temps de sortir les trains d’atterrissage.
- Mais y’a quoi qui va ?!
- Ce qui va, c’est que je suis là ! 
- Oh mon Dieu ! 
- Merci ! »

cinéma, OSS 117, comédies françaises« Oh pardon, je suis affreusement maladroite. Apparemment je vous ai éclaboussé.
- Mais je vous en prie. D'ailleurs ne dit-on pas qu'une femme qui éclabousse un homme, c'est un peu comme la rosée d'une matinée de printemps ? C'est la promesse d'une belle journée et la perspective d'une soirée enflammée.
- Quel réveil !
- Je n'y suis pour rien. C'est l'inexpugnable arrogance de votre beauté qui m'asperge. »

« Dolorès, je vais être un petit peu brutal mais si jamais il devait se passer quelque chose entre nous... Il m’est impossible de m’engager avec une femme. Avec moi, les histoires d’amour ne s’écrivent pas dans le temps, ce sont des histoires courtes, compactes, passionnelles. D’aucun ont des aventures... Je suis une aventure. »

Il s’agit du film OSS 117, Rio ne répond plus, de Michel Hazanavicius. Réalisateur du multi récompensé The artist, mais  surtout, auteur de sketches pour Les nuls, et du cultissime La classe américaine, le grand détournement qui reprend des scènes de films américains en changeant les dialogues. Notamment les hommes du président avec Robert Redford et Dustin Hoffman♥ 

« J’ai ma liberté d’expression capillaire, ça te défrise ? »

Comme à son habitude, dans OSS 117, le cinéaste fait l’éloge du 7ème art en parodiant cette fois-ci les films d’espions.
Mes neveux ont vu les deux OSS une vingtaine de fois et connaissent les dialogues par cœur, mais sacrilège, ils n’avaient jamais vu le film et le personnage qui a inspiré Hubert Bonisseur de la Bath’ et Jean Dujardin : j’ai nommé mon film culte, Le magnifique, avec Jean-Paul Belmondo/Bob Saint Clar. J’ai vite rectifié ce cruel manque à leur culture, que dis-je, à leur survie, et ils ont évidemment adoré Le magnifique (sinon c’est simple, je les déshéritais).

La prochaine fois, suite du quiz comédies françaises avec… Le magnifique justement.

Ah, sacré Hubert, toujours le mot pour rire, ah ah !

 

23/08/2015

Le tout nouveau testament de Jaco van Dormael

tout nouveau testament.jpgDieu existe. Il habite à Bruxelles. Il est odieux avec les humains et sa famille. On a beaucoup parlé de son fils, mais très peu de sa fille, qui a 10 ans. Cette dernière parvient à rentrer dans le bureau secret de son père et balance par SMS les dates de décès de tout le monde. Puis elle s’enfuit, à la recherche de 6 nouveaux apôtres, afin de rendre le monde meilleur… Voir bande annonce ci-dessous.

LE TOUT NOUVEAU TESTAMENT est très original, drôle, poétique, délirant, et vaut vraiment le coup d’œil. Il fallait avoir l’idée d’imaginer un Dieu… odieux. Fini le sage impressionnant à la longue barbe blanche. Ici c’est un beauf aigri qui reste devant son ordinateur toute la journée en robe de chambre. Il est interprété par Benoît Poelvoorde, dans l’un de ses meilleurs rôles. Il est aussi infect que son personnage de C’est arrivé près de chez vous. Depuis son ordinateur, il s’amuse à créer chaque jour des conflits, des dommages climatiques, et même des lois de l’emmerdement « loi 2218 : la file d’à côté avance toujours plus vite ».
tout nouveau testament femme.jpgSa femme (Yolande Moreau, aussi ahurie que son rôle chez les Deschiens) « sort pas de la cuisine, sinon il cogne dessus ». Mais sa fille se rebelle, s’échappe et trouve 6 nouveaux apôtres improbables : un clochard, une épouse délaissée (Catherine Deneuve), un employé taciturne, un assassin (François Damiens)…

L’idée de donner à chaque humain la date de son décès est géniale. On a tendance à remettre au lendemain, à se dire qu’on a le temps, à ne pas voir la fin. Mais là, ces sms remettent tout en question, comme le disent les médias dans le film : « qu’allons-nous faire du reste de notre vie ? » est la question la plus fréquente sur les réseaux sociaux. » Certains pensent : à quoi bon continuer à travailler, s’il ne me reste que si peu à vivre ? Pourquoi ne pas réaliser mes rêves ? Partir en voyage, avouer enfin mon amour à la femme que j’aime, comme le font deux personnages ? Un ado, qui ne mourra que dans 62 ans, filme ses défis improbables sur internet dans des séquences hilarantes : il se jette d’une fenêtre ou d’un pont, car il sait qu’à chaque fois une circonstance insolite le sauvera !

Le film cultive un humour noir et irrévérencieux qui m’a fait éclater de rire à de nombreuses reprises. Comme une femme qui reçoit sa date de décès imminente, fait tout pour l’empêcher et de cette façon la provoque…
Avec les dates de décès connues, La criminalité stoppe net. Il ne sert plus à rien d’essayer d’éliminer un ennemi puisque cela ne modifiera en rien la date fixée pour sa mort.
On peut voir dans le film une charge amusée contre les nouvelles technologies et les médias. Victor le clochard est le seul à rester indifférent à toute cette agitation : il n’a pas de portable et n’a donc pas reçu le texto. Un pauvre  technicien de service anonyme devient soudain une superstar adulée, car il est l’homme qui vivra le plus longtemps…

tout nouveau testament fille.jpgLe réalisateur, Jaco Van Dormael, est l’auteur de l’un de mes films favoris, Toto le héros. Il exploite ici ses thèmes de prédilection : les enfants, souvent mal aimés et incompris, ou les adultes qu’ils sont devenus, ayant abandonnés leurs rêves mais se réveillant soudain à la vie et à l’amour.
Le cinéaste explique son intérêt pour l’enfance : « Parce que c’est l’âge des premières fois, le moment de la vie où les sensations sont à leur paroxysme. On n’est pas encore policé, on n’a pas encore plié l’échine. On ne cherche pas à correspondre à ce que les autres attendent de vous. Puis on devient adulte et on transporte l’enfant qu’on a été au fond de soi. Les adultes ne sont que des enfants qui ont grandi. J’aime la vision, un peu surréaliste, qu’ils ont du monde. L’est-elle d’ailleurs plus que celle qu’on acquiert en croyant devenir raisonnable ? »

Comme toujours, Van Dormael opte pour une mise en scène très poétique (les tulipes qui dansent sur Trenet dans Toto le héros m’avait subjuguée quand j’étais ado, je n’avais encore jamais vu une telle inventivité). Le réalisateur révèle : « Les scènes de rêves des personnages, je les ai souvent rêvées. Avec l’âge, je travaille beaucoup en rêvant. Je me couche en pensant à un passage précis du film, et le matin, je me réveille avec la scène. »
Autre idée originale et poétique : chaque humain aurait une musique qui le caractérise, triste ou joyeuse. Haendel, Trenet ou même Dalida… Pour moi, je pense que ce serait Smile away de McCartney ou Dans un vieux rock n’ roll de Sheller (« j’ai dans la tête un transistor qui fredonne !») 

J’ai raconté le pitch du film et ses meilleures scènes à une connaissance très croyante. Par exemple celle où Dieu arrive dans une église qui accueille les nécessiteux. Le prêtre s’adresse à lui :
- Dieu nous dit « aime ton prochain comme toi-même »
- J’ai jamais dit ça. Mais l’autre là (montrant le Christ sur la croix) il est parti en sucette. Tout ce qu’il a réussi à faire, c’est se faire clouer sur un cintre, comme une chouette. »
Le curé ne le croit pas évidemment (encore un illuminé qui se prend pour Dieu) mais Poelvoorde lui révèle en détail ses souffrances d’adolescent (amour déçu) qui l’ont conduit à cette vie de célibat, et se moque de lui. Le prêtre saute à la gorge de Dieu et l’étrangle…
En mimant, très enthousiaste, cette scène à une personne pratiquante, elle était assez choquée « oh là là j’irai pas voir ce film alors, ça ne va pas me plaire ! » J’étais étonnée par sa réaction, car je n’y avais même pas pensé. Pour moi le film ne joue pas sur la provocation gratuite. Il est plutôt plein de bons sentiments, avec la fille de Jésus qui sauve ses apôtres, tous esseulés, en les ouvrant à l’amour…  
D’ailleurs lorsqu’on demande au réalisateur : « Avez-vous un instant craint de choquer l’Église catholique ? » il répond : «  J’y ai très peu pensé. Je n’ai aucun plaisir à chercher à choquer (…) J’ai seulement raconté un conte »
Il précise : « Je ne suis pas croyant mais j’ai reçu une éducation catholique. Je m’intéresse aux religions comme je m’intéresse aux belles histoires. Enfant, je me suis posé la question : pourquoi n’a-t-il rien fait lorsqu’on a crucifié son fils ? Pourquoi ne fait-il rien quand des enfants meurent de leucémie ? Pourquoi est-ce que Batman sauve les gens et pas Dieu ? »

J'étais pareille ! On m’avait inscrite par tradition familiale aux cours de cathé. Je n’appréciais pas vraiment l’enseignante, son sourire constamment béat, ses yeux exorbités, sa façon de nous parler en articulant, avec une voix aigüe, comme si on était neuneus. Lorsqu’on a abordé le chapitre des miracles, j’ai demandé « mais c’est pas possible de marcher sur l’eau ?  Comment il a fait ? » elle était décontenancée, bégayait, et n’avait aucune réponse tangible à me fournir « c’est comme ça, c’est un miracle ». Quand je suis rentrée chez moi, j’ai dit que je ne voulais plus y retourner et que je préférais passer mes mercredis matins à regarder le Club Dorothée! Ma famille était effarée mais je ne comprenais pas pourquoi.  La prof de cathé, énervée, a harcelé ma mère pour que je rende mon livre « car il coûtait cher ». Mais je n’ai pas voulu et je l’ai racheté, car j’adorais lire ces histoires, que je lisais comme les contes de Perrault ou de Grimm que je dévorais à l’époque ! 

Le réalisateur l’atteste : « le film a la forme d’un conte : quelqu’un qui n’aurait pas reçu d’instruction religieuse pourrait tout aussi bien apparenter LE TOUT NOUVEAU TESTAMENT  au Petit Chaperon rouge ou à Alice au pays des merveilles, tous ces récits inscrits dans la mémoire collective. Le tunnel, qui relie le lave-linge de l’appartement de Dieu au lavomatic, et qu’empruntent Éa puis son père, me parait typique du genre. »
Jaco Van Dormael explique que le film : « est une manière de dire, sur le ton de la comédie : « Le paradis, c’est ici et maintenant ; ce n’est pas après la mort. Nous n’allons pas vivre longtemps. Aime et fais ce qui te plaît. »
Il ajoute : « Et si Dieu avait été une femme, qu’est-ce que ça aurait donné ? » On a des éléments de réponses truculents dans le film, avec les actions de la fille de Dieu et surtout de sa femme…

La personne très croyante va voir le film sous mes conseils. Je pense qu’elle rira aux blagues et verra la bonté enfantine qui se dégage de ce film.
En partenariat avec LE PACTE, j’ai le plaisir de vous permettre de voir LE TOUT NOUVEAU TESTAMENT en gagnant 5X2 places. Pour cela, répondez à cette question :
- Citer un autre film du réalisateur Jaco Van Dormael.

Envoyez vos réponses par le lien « me contacter », avec vos noms et coordonnées postales. Vous avez jusqu’à lundi 31 août. Jeu qui se limite à la France métropolitaine. Le film sort en salle mercredi 2 septembre.

A vous de jouer !

 

16/08/2015

Quiz on connaît le film comique : les citations d'Audiard

cinéma, cinéma français, michel audiard, gabin, belmondo, lino ventura, les tontons flingueurs 6) Quelle réplique n’est pas signée Audiard ?

a) « Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. »
b) « Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent »
c) « Dis-toi bien que si quelque chose devait me manquer, ce ne serait plus le vin, ce serait l'ivresse »
d) « C’est cruellement fatiguant d’être intelligent. - Je sais pas. Faudra que j’essaie. »

Réponse d) Le dîner de cons de Francis Veber (pour changer)
a ) Lino Ventura dans Les Tontons flingueurs, de Georges Lautner, 1963. 
b) Belmondo dans 100 000 dollars au soleil, de Henri Verneuil, 1964.
c) Gabin dans Un singe en hiver d’Henri Verneuil, 1962. Voir les extraits en lien ci-dessus.

cinéma, cinéma français, michel audiard, gabin, belmondo, lino ventura, les tontons flingueurs Des thématiques chères à Audiard reviennent dans ces trois films : les cons, la beuverie, les vengeances entre mecs qui ne se laissent pas faire. Une source inépuisable de citations qu’on peut donc sortir tous les jours au travail, lieu de médisance où les collègues parlent surtout pour se plaindre, des autres employés (tous nuls), des clients (tous des cons) et du patron (très méchant).
Je cite toujours du Audiard avec mes collègues qui ronchonnent. Ces blagues détendent l’ambiance en mettant tout le monde d’accord, avec des répliques connues de tous (comme ça, même les plus incultes se sentent ragaillardis : « ah oui ! c’est quel film déjà ? »)

Pour l’éloge de l’alcool chez Audiard, j’espère tout de même que vous n’avez pas l’occasion de sortir ces phrases quotidiennement... Quoique cette semaine, j’ai dû passer à l’étage des chefs (comme dans Métropolis, plus on est haut gradé, plus on monte dans l’immeuble. Je bosse donc avec les gueux dans un sous-sol sans fenêtre). Je les ai surpris en train de « prendre un pot » :
- M’enfin ! Qu’est-ce que c’est que ces façons de picoler au boulot ? (je parle bien à mes supérieurs moi)
- On fête un anniversaire ! Viens prendre un verre avec nous ! (tiens, l’alcool fait tutoyer…) En fait c’était déjà hier mais on n’avait pas fini les bouteilles !
- Un non-anniversaire quoi, tout est prétexte pour s’amuser.
- Exactement, t’as tout compris ! Mais t’avais pas remarqué qu’il y avait des pots au moins 2-3 fois par semaine ? Surtout les gâteaux ! Grognasse en amène tous les matins puisque son mari travaille dans une boulangerie.
- On ne m’a jamais rien proposé. Mais ça ne fait qu’un an que je travaille ici hein…
- Il te plaît l’alcool ? C’est du Spritz
- Ah oui le truc à la mode.  « on se risque sur le bizarre…vous avez sorti le vitriol » je goûte « faut reconnaître, c’est du brutal. Je lui trouve un goût de pomme »

Quelques citations pour mettre l’ambiance au boulot, briller ou clouer le bec aux collègues :

Les tontons flingueurs et les cons :

cinéma, cinéma français, michel audiard, gabin, belmondo, lino ventura, les tontons flingueurs « Mais il connaît pas Raoul ! Il va avoir un réveil pénible. J'ai voulu être diplomate à cause de vous tous, éviter que le sang coule... Mais maintenant c'est fini, je vais le travailler en férocité, le faire marcher à coups de latte !  A ma pogne je veux le voir. Et je vous promets qu'il demandera pardon !  Et au garde-à-vous ! »

« Il est complètement fou ce mec ! Mais moi, les dingues, je les soigne. Je vais lui faire une ordonnance et une sévère... Je vais lui montrer qui c'est Raoul. Aux quatre coins de Paris qu'on va le retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle. Moi, quand on m'en fait trop, je correctionne plus : je dynamite, je disperse, je ventile ! »

« Il dort le gros con ? Bah il dormira encore mieux quand il aura pris ça dans la gueule ! Il entendra chanter les anges, le gugusse de Montauban. Je vais le renvoyer tout droit à la maison mère... Au terminus des prétentieux. »

« Patricia, mon petit... Je ne voudrais pas te paraître vieux jeu ni encore moins grossier. L'homme de la Pampa, parfois rude, reste toujours courtois, mais la vérité m'oblige à te le dire : ton Antoine commence à me les briser menues ! »

100 000 dollars au soleil et les patrons :

cinéma, cinéma français, michel audiard, gabin, belmondo, lino ventura, les tontons flingueurs Dans ce film, Belmondo, Ventura et Blier travaillent dans une entreprise de transport routier, pour un directeur aux méthodes douteuses. Un nouvel employé se voit charger de conduire un mystérieux colis de 100 000 dollars à travers le Sahara. Les collègues partent à ses trousses…

Le patron : « Veinard, tu vas connaître ce que c'est qu'une famille. Parce que chez le père Casta, y a pas de chauffeurs, y a pas de patron. Y a une grande famille. Chez nous, jamais d'histoires, jamais de grèves. Les syndicats, connais pas. Quand un chauffeur veut un congé ou de l'augmentation, il vient me trouver, je l'écoute et je le vire. » 

« Encore un mot. Sur 2 000 kilomètres de piste, on m'appelle la Betterave, à cause de mon diabète. Dans mon garage, surtout quand je suis là, on m'appelle plutôt patron. C'est même recommandé… »

Un employé : « J'ai été assez con, c'est exact, pour me faire voler mon camion. Tu me vires, c'est régulier. Mais t'aurais pu faire ça poliment grosse lope ! »

Un singe en hiver et l’ivresse :

cinéma, cinéma français, michel audiard, gabin, belmondo, lino ventura, les tontons flingueurs Gabin est un ancien alcoolique tenant un hôtel dans un coin paumé. Un soir, il voit arriver un jeune homme, Belmondo, dans un état d’ébriété avancée… Le film est tiré du roman d’Antoine Blondin, lui-même porté sur la bouteille : il faisait réellement la corrida avec les voitures comme le fait Bébel dans l’histoire, et ses amis changeaient de trottoir en le voyant, de peur qui ne les entraîne dans un bar…

« Si je buvais moins, je serais un autre homme, et j'y tiens pas ! »

« Ecoute ma bonne Suzanne t’es une épouse modèle. Mais si, t’as que des qualités, et physiquement t’es restée comme je pouvais l’espérer. C’est le bonheur rangé dans une armoire. Et tu vois, même si c’était à refaire, et ben je crois que je t’épouserais de nouveau. Mais tu m’emmerdes…
- Albert !
- Tu m’emmerdes gentiment, affectueusement, avec amour… mais TU M’EM-MER-DES ! J’ai pas encore les pieds dans le trou mais ça vient Bon Dieu, tu te rends pas compte que ça vient ?! Et plus ça vient, plus je m’aperçois que j’ai pas eu ma ration d’imprévus. Et j’en redemande, t’entends, j’en redemande !
- L’imprévu ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
- Aaah… rien, c’est des idées d’un autre monde…
- Parce que si ça te manquait tellement, si t’y pensais trop, tu pourrais reprendre un peu de vin au repas, un demi-verre ?
- Un demi-verre… dis-toi bien que si quelque chose devait me manquer, ce serait plus le vin, ce serait l’ivresse. »

Gabin : « Ah parce que tu mélanges tout ça, toi ! Mon Espagnol comme tu dis et le père Bardasse. Les Grands Ducs et les Bois-sans-soif !
Le barman : - Les grands ducs !
- Oui, monsieur ! Les princes de la cuite, les seigneurs ! Ceux avec qui tu buvais le coup dans le temps et qui ont toujours fait verre à part ! Dis-toi bien que tes clients et toi, ils vous laissent à vos putasseries, les seigneurs : ils sont à cent mille verres de vous ! Eux, ils tutoient les anges !
- Excuse-moi, mais nous-autres on est encore capable de tenir le litre sans se prendre pour Dieu le Père !
- Mais c'est bien ce que je vous reproche ! Vous avez le vin petit et la cuite mesquine. Dans le fond, vous ne méritez pas de boire ! Tu te demandes pourquoi il picole l'Espagnol ? C'est pour essayer d'oublier les pignoufs comme vous ! »

D’où vient le titre énigmatique du film ? Gabin l’explique à la fille de Belmondo dans la dernière scène : 
« En Chine, quand les grands froids arrivent, dans toutes les rues des villes, on trouve des tas de petits singes égarés sans père ni mère. On ne sait pas s'ils sont venus là par curiosité ou bien par peur de l'hiver, mais comme tous les gens là-bas croient que même les singes ont une âme, ils donnent tout ce qu'ils ont pour qu'on les ramène dans leur forêt, pour qu'ils trouvent leurs habitudes, leurs amis. C'est pour ça qu'on trouve des trains pleins de petits singes qui remontent vers la jungle. 
La petite : - Dis papa, tu crois qu'il en a vu des singes en hiver ?
Bébel : -  Je pense qu'il en a vu au moins un. »

Pour votre santé, consommez de l’alcool avec modération, mais regardez à volonté les films d’Audiard.

 

11/08/2015

Pio Marmaï se marie

cinéma,cinéma français,pio marmaïAvec moi. Après Ryan Gosling, je réitère, on sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher.
J’ai rencontré Pio Marmaï lors du cocktail d’avant-première du film Dans la cour. La meilleure sortie ciné de ma vie, super toasts à volonté, super champagne, lieu très classe et surtout, fait rare… tous les acteurs présents !!!
Je ne m’y attendais pas, pensant simplement assister à une projection de film classique. L’amie qui m’accompagne à carrément son sac de sport sur le dos. On ne dénote pas du tout au milieu des stars en robe de soirée. L’un des serveurs nous repère tout de suite, surtout qu’on arrive alors que la salle est encore vide :
« Alors les filles, on a réussi à se faufiler ?
- Euh non, j’ai rien demandé, j’ai été invitée, voici mon ticket !! »

cinéma,cinéma français,pio marmaïMon amie sportive surveille son alimentation et ne boit pas, elle est très réservée, parle peu, toujours mesurée. Exactement comme moi donc. La compagne idéale pour un cocktail, si j’avais su j’aurai proposé à une fêtarde. Je dévalise seule le buffet sous le regard amusé du serveur qui me ressert du champagne dès que mon verre est vide (heureusement que j’habite à côté et rentre à pied : trois heures et 1 hectolitre de champagne plus tard, je mets 20 minutes au lieu de 10 pour rentrer, parce que je zigzague) (et je fredonne l’incontournable « Nuit de Chine, nuit câline, nuit d’amour, nuit d’ivresse !)
Alors que je me gave élégamment de toasts « vas-y scronch goûte au moins ceux au foie gras, je t’assure tu regretteras pas ! Encore meilleurs que les toasts au saumon fumé, scronch ! » on voit Pio Marmaï arriver.

Désinhibée par mes 3 litres d'alcool en intraveineuse :
« Tain, j’y crois pas ! Ya Pio ! Viens on va lui parler !
- Oh non, qu’est-ce qu’on va lui dire ?
- Je sais pas, attends je reprends un tonneau pour me donner du courage ! »
Pio est en compagnie de Catherine Deneuve (rien que ça), Gustave Kerven, et une jolie blonde inconnue qui a l’air un peu mal à l’aise, se demandant ce qu’elle fait là. Elle ne ramène pas sa fraise (« je traîne avec des stars, yeah ! ») pudique, discrète, douce : la fille très bien. Mais lorsque je vois Pio mettre son bras autour de ses épaules…
- Nan mais c’est qui cette pétasse ?! 

cinéma,cinéma français,pio marmaïLes jugements hâtifs et les clichés abondent :
- Rah tu vois, le bras autour des épaules, comme un macho qui montre son trophée « regardez la jolie fille que j’ai décoté ! » Une blonde : forcément une écervelée ! Et elle ne dit rien : aucune personnalité !! Encore un mec qui préfère les filles douces qui se taisent, comme ça il se sent plus fort et plus intelligent ! Raah ! Pffff !!!
Même mon amie ose exprimer son avis :
« - Oui quelle déception… Il n’a rien à voir avec son rôle dans Le premier jour du reste de ta vie… »
Je rappelle que dans ce film, il interprète un jeune médecin, à priori gendre idéal : bonne situation, ambitieux, protecteur avec sa petite sœur, responsable, sérieux, casé…

cinéma,cinéma français,pio marmaïLe mec sûr de lui qui fait rêver mon amie introvertie, mais que je trouve sans humour, directif et borné (« c’est moi qui ai raison, parce que j’ai mieux « réussi » que vous ») et en somme assez ronflant : la preuve, malgré sa réussite apparente, il finit par s’ennuyer et son couple bat de l’aile.
Non au contraire, je préfère Pio Marmaï dans ses rôles de naïf innocent qui enchaîne les bourdes non non, je ne m’identifie pas. En particulier dans Des lendemains qui chantent : un journaliste passionné, intègre, idéaliste, sensible et peu sûr de lui, qui laisse filer le grand amour de sa vie. Idem dans Maestro, où il  se retrouve sur le tournage d’un film intello (de Rohmer) alors qu’il n’y connaît rien, et tombe amoureux d’une actrice dix fois plus culturée que lui. Je le préfère romantique et jeune père maladroit dans Un heureux évènement, et même dans Nos futurs, où il joue pourtant un loser qui stagne depuis son adolescence, toujours le même petit boulot dans un fast-food, le même studio crade, le même manque d’argent : au moins, il n’a pas perdu son enthousiasme. J’adooooore ses grands yeux niais et ses bégaiements quand il est décontenancé.
Alors qu’est-ce que cette blondasse a de plus que moi ? Moi aussi si je veux, je peux me décolorer les cheveux et me faire pousser les jambes d’un mètre, c’est pas bien compliqué.

cinéma,cinéma français,pio marmaïQuelques temps après, je suis invitée à l’avant-première de Toute première fois, en présence de Pio Marmaï. Je ne peux pas y aller, je vais dans ma cambrousse. Rebelote pour Nos futurs. Je reçois l’invitation alors que je suis avec mon frère :
« - C’est pas possible ! A chaque fois qu’on m’invite pour voir Pio Marmaï je ne suis pas là ! 
- Pion marmaille ? Qu’est-ce que c’est que ce nom à la con ?
- C’est très original, puis c’est mignon ! Et il est trop choupinou avec ses grands yeux ronds ! Bon il est un peu poilu comme un ours, mais c’est pas grave on a tous nos petits défauts !
- Jamais entendu parler. Fais-voir sa photo. Mouais, ça va, pas mal, je l’accepte comme beau-frère. Ben vas-y, reporte ton voyage et saute-lui dessus !
- J’ai déjà regardé, ça me coûte 30 euros de plus ! Je donne déjà plus de 1000 euros par an à la SNCF !
- Ok, tu vas rater l’homme de ta vie pour 30 euros, effectivement ça vaut le coup d’économiser.
- Nan mais je rigole, je le connais même pas ! J’ai même jamais gogolisé son nom, je m’en fous de ce mec ! Puis je ne suis même pas sûre qu’il y aura un cocktail et que je pourrai l’approcher, et qu’est-ce que tu veux que je lui dise ?
« Écoute mon gars, je t’ai vu la dernière fois avec une blonde sublime. Je suis bien mieux qu’elle, ça se voit au premier coup d’œil non ? Comment ça, non ? Mais si, j’ai une grande beauté intérieure ! Je vais te montrer ce qu’est une vraie femme, avec une personnalité, du caractère, du tempérament une chieuse quoi. »

Pour les besoins de mon billet sur Nos futurs, j’ai enfin tapé le nom de l’acteur sur internet. Uniquement par souci  professionnel donc. Et là, c’est pas moi je vous jure, gogol me propose d’entrée « Pio Marmaï et sa copine ». Excusez-moi j’ai pas pu refuser. Je vois alors une photo de Pio avec la magnifique actrice qui joue avec lui dans Toute première fois.
Dans ce film, le comédien interprète un homosexuel qui tombe sous le charme d’une fille. Mon collègue gay soutenait « c’est n’importe quoi, on ne peut pas changer comme ça » tandis que je rétorquais : « Nan mais t’as vu la nana ?! Ya carrément de quoi virer sa cuti ! »

Je me demande si ce n’est pas la jolie blonde discrète que j’ai vu lors de l’avant-première de Dans la cour
Mais ils sortaient peut-être entre collègues ! Les sites people déforment toujours la réalité ! Je ne les ai pas vus s'embrasser !  Oui c’est sans doute ça !
En tout cas, la prochaine invitation avec Pio Marmaï, cette fois, je ne la loupe pas.

 

09/08/2015

Nos futurs

cinéma, cinéma français, Pio MarmaïPour l’anniversaire de son époux Yann (Pierre Rochefort), Estelle (Mélanie Bernier) organise une fête surprise et retrace sa vie dans un diaporama photos. Sur de nombreux clichés, son mari pose avec un homme qu’elle ne connaît pas. C’est Thomas (Pio Marmaï) le meilleur ami d’enfance de Yann. Celui-ci, qui se sent à l’étroit dans sa vie rangée (il a repris malgré lui l’entreprise familiale, son couple ronronne) recontacte Thomas, qui lui n’a pas changé, éternel adolescent rebelle qui pense « no future ». Yann se laisse entraîner dans l’idée folle de son pote : refaire l’une de leurs soirées mémorables de jeunesse, en partant en road trip à la recherche du temps perdu, pour retrouver leurs anciens camarades de terminale : Mad Max le roi des platines (Kyan Khojandi, Bref ) Frago la chaudasse (Camille Cottin, Connasse) ou Virginie, l’ancien amour secret de Thomas… Voir bande annonce en lien.

Que reste-t-il de nos amours, que reste-t-il de ces beaux jours, une photo, vieille photo, de ma jeunesse… Est-ce que l’on change vraiment, ou ce sont les événements qui nous changent ? Peut-on retrouver une seconde enfance, la communion avec ses amis perdus ? Le titre du film joue sur la confusion avec la devise des punks rebelles comme Thomas : « There’s no future, no future for you, and god save the queen ! »

cinéma,cinéma français,pio marmaïComme dans Le premier jour du reste de ta vie du même réalisateur Rémi Bezançon, Nos futurs est mélancolique et tendre. Il évoque les jours heureux, le temps qui passe et ne revient plus. Il opte cependant pour un registre beaucoup plus comique. On y voit les éternels amis aux caractères opposés, et la multitude de gags et de malentendus que cela déclenche.
Si on veut chercher la petite bête, on pourrait estimer que Nos futurs fait dans le déjà-vu, mais le dénouement original et inattendu renverse la perspective. J’ai passé un bon moment, surtout avec Pio Marmaï

Quant à Pierre Rochefort, fils de Nicole Garcia et de Jean Rochefort, j’ai longtemps cherché des ressemblances avec son père (j’ai trouvé : le sourire). Surtout, j’ai été frappée dès les premières images par son aspect… insipide. Même sa voix, alors que son père possède l’une des plus belles voix françaises (avec celle de Jean-Pierre Marielle). Je ne sais pas si Pierre Rochefort joue mal, si c’est son rôle de mec banal qui veut ça, ou s’il a le charisme d’un bulot mort. Sans doute les trois. C’est d’autant plus frappant qu’il a Pio Marmaï face à lui, toujours aussi énergique, drôle, charmant… ahhhh, Pio♥♥♥

Justement, je vous raconte demain ma rencontre avec Pio Marmaï…

On s'est connu, on s'est reconnu
On s'est perdu de vue, on s'est reperdu de vue
On s'est retrouvé, on s'est réchauffé
Puis on s'est séparé
Chacun pour soi est reparti, dans le tourbillon de la vie

Petit Quiz On connaît la chanson à retrouver dans le texte