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06/09/2021

OSS 117, alerte rouge en Afrique noire

oss 3 affiche.jpgEn découvrant il y a quelque temps qu'un troisième OSS était en préparation, j'étais euphorique : enfin la suite des films cultes dont je connais les dialogues par coeur ! L'enthousiasme retombe comme un soufflé en apprenant que Michel Hazanavicius ne réaliserait pas OSS 3. Qui d'autre pour égaler l'esprit parodique qu'il montrait dans La classe américaine (voir film complet en lien), dans les sketchs des Nuls ou son multi-oscarisé The artist

Nicolas Bedos. Ses réflexions narcissiques et grandiloquentes m'horripilent, surtout la fameuse anti restrictions sanitaires en pleine pandémie : « Vivez à fond, tombez malades, allez au restaurant […] Nous devons vivre, quitte à mourrir ». (sic) Il ne manque pas d'r, contrairement à ceux qui agonisent dans les hôpitaux. Dans son film La belle époque (voir en lien), si j'ai apprécié le personnage de Daniel Auteuil, j'ai été atterrée par l'exhibitionnisme malsain de l'histoire glauque de Bedos avec sa compagne Doria Tillier (ce qui m'a découragée de regarder son précédent film, M. et mme Adelman, car cette "passion" tient la place centrale). En revanche, j'ai salué sa soigneuse reconstitution des années 80.

Ce talent se remarque à nouveau dans ce dernier OSS, qui se déroule en 1981, juste avant l'arrivée au pouvoir de Mitterrand et des "ses chars communistes". Dès le générique parodiant les James Bond, on est plongé dans de nombreuses références aux films d'espionnage de l'époque. 
Je m'attendais tellement à être déçue par ce dernier OSS que finalement, j'ai été agréablement surprise. J'ai souvent éclaté de rire.

oss 117 3.jpgDans ce nouveau film, OSS 117 n'est plus seul : il a un rival, le jeune 1001, bien plus au fait des moeurs de son temps.
L'ajout de Pierre Niney est judicieux : c'est un excellent acteur qui vole parfois la vedette à Dujardin (dans la série La flamme par exemple, regroupant pourtant une multitude de comédiens talentueux, il est celui qui m'a le plus marquée). Son rôle vient ringardiser et remettre en cause l'assurance machiste d'OSS. Mais il se fait au détriment des personnages féminins, qui restent très secondaires contrairement aux précédents films. Dans ceux d'Hazanavicius, OSS était remis à sa place par sa coéquipière, ou la plupart du temps se mettait dans la panade tout seul. Hazanavicius faisait confiance à l'intelligence et au second degré du spectateur pour comprendre qu'OSS est un vieux con. Dans le film de Bedos, le rôle de Pierre Niney explique un peu trop ce que OSS fait et dit de mal, et lui montre comment doit se comporter un bon espion et un homme respectueux des femmes. j'ai eu l'impression que le rôle de 1001 servait surtout à nuancer l'outrance de 117 : "attention, vous ne pouvez pas dire ça".

Hazanavicius présentait un OSS enchaînant les pires horreurs en totale liberté. J'ai pensé que Bedos s'était retenu d'être trop irrévérencieux afin de ne blesser personne, mais aussi de ne pas être confondu avec son anti-héros : par exemple, le réalisateur narcissique ne peut pas s'empêcher de faire un caméo et d'apparaître à l'écran, avec pour seule réplique se moquer d'OSS, comme s'il disait au spectateur : "c'est pas bien les enfants d'agir comme lui, et moi je suis pas comme lui hein !"

Dans les deux premiers OSS, chaque réplique est culte. Alors que dans le film de Bedos, les meilleures vannes restent dans la bande annonce. Hazanavicius a refusé de tourner ce film car il a jugé le scénario trop faible. Effectivement, non seulement les dialogues truculents ne sont pas assez nombreux, mais l'histoire aussi s'étire. Même si j'ai passé un très bon moment, j'ai trouvé le film trop long et moins drôle.

Pour conclure sur de l'humour noir, le rôle d'Armand Lesignac, le directeur de la DGSE, était tenu dans le premier film par Claude Brosset. Il est mort un an après. Il a ensuite été remplacé par Pierre Bellemare. Décédé un an avant le tournage du deuxième film. Wladimir Yordanoff lui succède. Décédé un an après. Qui pour reprendre ce rôle maudit dans un prochain volet de la saga ?

21/07/2021

Wild

wild.jpgAprès Antoinette dans les Cévennes, une autre histoire de femme qui part randonner seule. Je sors d'une semaine de marche au milieu des marmottes et je me sens comme les deux personnages, sauf que moi, pas bête, je suis partie accompagnée si jamais le dahu m'attaquait, et je rentrais chaque soir dormir dans une résidence 5 étoiles.
Wild est l'adaptation de l'histoire vraie de Cheril Strayed, qui, après l'échec de son mariage, part seule faire une randonnée de 1700 km sur la côte ouest sauvage des Etats-Unis, afin de se reconstruire.
Le rôle principal est tenu par Reese Witherspoon, qui s'est battue pour l'avoir, puisqu'il est calibré pour gagner un oscar (se transcender physiquement.) Mais elle en a bavé pour rien : elle a bien été nommée meilleure actrice dans plusieurs cérémonies, mais n'a obtenu aucune récompense. Wild est réalisé par Jean-Marc Vallée, qui donne souvent les rôles principaux à des femmes (Big little lies, Victoria, ou la troublante série Sharp objects). 
Comme son nom l'évoque, le film est une sorte de Into the wild au féminin. Je m'attendais à retrouver les sensations que j'éprouve en marchant : euphorie et fierté quand on arrive au sommet de la montagne, émerveillement et humilité devant les paysages sublimes. Mais dans le film, on voit à peine les décors, car la caméra se fixe sur l'actrice. Je veux voir des montagnes et des petits renards, pas les gros plans sur l'actrice en sueur ! Wild ne parle pas vraiment de respect de la nature, mais plutôt de l'envie de la conquérir, et de dépassement de soi. J'admets aussi que le passé destroy et les tourments du personnage m'importaient peu, ne m'identifiant pas vraiment à son parcours (le personnage de Laure Calamy m'a semblé plus sympathique).

Plutôt que de ressentir le bien-être procuré par la randonnée, j'ai au contraire revécu la peur dans mon coin perdu quand je me promenais seule loin de tout et me faisais aborder par des mecs louches, comme il arrive à l'héroïne du film. Moralité : wild ne donne absolument pas envie de suivre l'exemple de son héroïne et de randonner seule (Into the wild non plus d'ailleurs).

Marcher seule sans peur, j'y parviens difficilement, contrairement à l'héroïne du film. La B.O soignée met en valeur les errements du personnage, à travers par exemple la chanson Walk unafraid de First aid kit :
cinéma,randonnéeTout le monde marche de la même façon
Espérant que je fasse de même
Sur le passage étroit qu'ils ont mis en place
Ils prétendent marcher sans avoir peur
Mais je serais plutôt maladroite

Le film aurait pu aussi choisir un autre morceau (bien plus connu et que je préfère) du même groupe, my silver lining (ma lueur d'espoir) :
I won't take the easy road
The easy road, the easy road

Autre air parfaitement utilisé : lorsque l'héroïne parvient dans un lieu sublime, on entend juste les premières notes de El condor pasa. A chaque fois que je les entendais, je frissonnais. Lorsqu'on écoute la chanson en entier, j'ai enfin ressenti l'exaltation procurée par la splendeur de la vie sauvage. Wild reste un film plaisant à regarder, mais dommage qu'il ne soit pas toujours à la hauteur de la beauté de cette chanson et du message qu'elle délivre : ode à la nature et à la liberté, que la vie et le travail dans les villes ne nous offrent pas. Je préférerais voguer à l'horizon, mais je suis clouée au sol et je vous transmets ma chanson mélancolique :

I'd rather be a sparrow than a snail 
Je préférerais être un moineau plutôt qu'un escargot
Yes I would, if I could, I surely would
Oui j'en serais un, si je le pouvais, j'en serais un sans nul doute

Away, I'd rather sail away
A l'horizon, je préférerais sillonner les flots à l'horizon
Like a swan that's here and gone
Tel un cygne s'éclipsant 
A man gets tied up to the ground
Un homme est retenu au sol
He gives the world its saddest sound
Il transmet au monde sa mélodie la plus mélancolique
Its saddest sound
Sa mélodie la plus mélancolique

I'd rather be a hammer than a nail
Je préférerais être un marteau plutôt qu'un clou
Yes I would, if I only could, I surely would
Oui j'en serais un, si seulement je le pouvais, j'en serais un sans nul doute

I'd rather be a forest than a street
Je préférerais être une forêt plutôt qu'une rue
Yes I would, if I could, I surely would
Oui j'en serais une, si je le pouvais, j'en serais une sans nul doute
I'd rather feel the earth beneath my feet
Je préférerais sentir la terre sous mes pieds
Yes I would, if I only could, I surely would
Oui je le ferais, si je le pouvais, je le ferais sans nul doute

 

01/07/2021

Teddy

cinéma,cinéma fantastiqueDans un village des Pyrénées, Teddy vit avec son oncle adoptif. Sans diplôme, il travaille comme intérimaire dans un salon de massage. Sa petite amie Rebecca elle, passe bientôt son bac et est promise à un avenir radieux. Pour eux, c’est un été ordinaire qui s’annonce. Mais des bêtes sont tuées mystérieusement et les paysans accusent comme souvent le loup. Un soir de pleine lune, Teddy est griffé par cette créature. Les semaines qui suivent, il est pris de curieuses pulsions animales… Voir la bande annonce en lien.

Prix du jury au festival du film fantastique de Gérardmer, Teddy est encensé par la critique. Il a tout pour me plaire : mélange de film d'horreur et de comédie romantique décalée (Shaun of the dead, "une comédie romantique avec des zombies" fait partie de mes films préférés). Satire sociale, avec des ploucs inadaptés qui se vengent des mieux nantis se moquant d'eux (comme d'autres films adorés : Parasite, Coup de tête...) Chronique adolescente avec la première histoire d'amour...

cinéma,cinéma fantastiqueJe loue également l'utilisation de peu de moyens pour un maximum d'effets. Les frères Boukherma ont compris que la suggestion est bien plus efficace que de montrer des monstres de synthèse qui coûtent une blinde. Teddy m'a pris aux tripes, littéralement. J'ai senti mon ventre se serrer devant certaines scènes, comme celle où le héros se rase la langue, ou celle des yeux (je ne peux pas vous dire ce qu'il s'y passe, j'ai carrément détourné la tête !)

Les réalisateurs ont saisi l'essence du film de loup-garou, qui touche à la transformation du corps du héros, qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Utiliser un ado qui découvre la puberté et les pulsions sexuelles est ainsi une brillante idée : lorsque Teddy s'inquiète d'une pilosité inhabituelle, le médecin paternaliste le tranquillise "c'est normal, tu deviens un homme !" Quand le jeune homme se plaint d'avoir trouvé des poils sur sa langue, le docteur le blâme d'avoir pris de la drogue, bref d'avoir tenté des expériences pour tester les limites, comme beaucoup de jeunes.
Ce corps qui se transforme à l'adolescence m'a fait penser au génial Carrie (de Stephen King, adapté au ciné par De palma), Carrie est surprise et dégoûtée par la venue de ses premières règles, moquée par ses camarades, et comme Teddy, elle se découvre un pouvoir qui va lui permettre de se venger. Dans Teddy, du sang aussi, des tripes, parfois même un peu trop (la scène des toilettes bouchées était dispensable selon moi !)

Le loup est aussi la créature incomprise, hors normes et exclue. Ici, les bergers l'accusent de tuer leurs bêtes et le chassent, comme Teddy est accusé de perturber la tranquillité du village et mis à l'écart par les gens de son âge, qui ont poursuivi leurs études, eux. Comme son oncle et sa tante handicapée, il est exclu car il ne rentre pas dans la norme, il obéit à ses pulsions, comme le loup-garou qu'il devient. 

Les réalisateurs ont également compris qu'il est inutile de mettre la moitié du budget dans le salaire exorbitant des acteurs. Ici, certains villageois jouent leur propre rôle : quoi de mieux pour faire vrai ? La plupart des personnages sont interprétés par des non professionnels. Ludovic Torrent, qui joue l'oncle Pépin (car il s'appelle Le bref) est hors du commun : avec son phrasé si particulier, son air complètement déphasé, il est hilarant. Le film fait tout de même appel à une actrice comique reconnue : Noémie Lvovsky (Camille redouble, la mère intrusive des Beaux gosses...) Elle donne encore toute la mesure de son talent dans son rôle de patronne du salon de massage, qui cache sous un sourire et une voix douce une autorité abusive flippante.

J'ai néanmoins pensé contrairement à la majorité des critiques que l'interprétation de certains n'était pas toujours très juste, faire appel à des non professionnels à ses limites. J'ai aussi trouvé que la mise en scène était parfois faiblarde, me faisant penser à un film d'étudiant, encore maladroit. Mais cet effet est peut-être délibéré, pour renforcer le côté décalé, bouts de ficelle. Teddy m'a rappelé la série P'tit quinquin, si vous y avez été sensible, vous apprécierez certainement Teddy.

Teddy, de Ludovic Boukherma et Zoran Boukherma, actuellement en salles.

22/06/2021

La fille de Ryan

fille de ryan affiche.jpg1916, dans un village d'Irlande en bord de mer. Rosy est une jeune fille fantasque qui adore se promener en rêvant, ce que le curé et les habitants ne voient pas d'un bon œil. Elle s'attend à une vie aussi romanesque que les livres qu'elle dévore. Elle se marie avec le sérieux, gentil et cultivé maître d'école, de 15 ans son aîné (Robert Mitchum). Mais elle découvre vite que la vie de couple dans un village aux mentalités étriquées ne peut lui apporter ce dont elle rêve. C'est alors que des soldats anglais, les ennemis jurés de ses compatriotes Irlandais, s'établissent dans le village, avec à leur tête un beau major, traumatisé de guerre... Voir la bande-annonce en lien.

J'avais adoré La fille de Ryan à l'adolescence, et il tient toujours ses promesses aujourd'hui. Souffle épique, romanesque, comme les autres films de son réalisateur : Lawrence d’Arabie, Le pont de la rivière Kwai, Docteur Jivago... Pourtant à sa sortie, ce film sublime a été éreinté par la critique !

fille de ryan.jpgL'héroïne fait penser à Madame Bovary, femme passionnée souhaitant se libérer des carcans. Elle est sublimée par les décors absolument splendides de l'Irlande, la photo et la mise en scène. Chaque image est un tableau parfaitement agencé, une explosion de couleurs qui rappelle les impressionnistes immortalisant la côte bretonne. Rosy se promenant avec son ombrelle évoque La femme à l'ombrelle de Monet. Le décor appuie les pensées des personnages : la mer ensoleillée et infinie, les falaises qui les surplombent que l'héroïne gravit, représentent la grandeur de ses rêves. Les délicates fleurs de lys symbolisent son innocence et son amour naissant... Rosy est écrasée par la nature immense comme par le poids des traditions, menacée par la tempête comme par sa passion interdite... La mise en scène et les décors montrent à merveille les débordements de la passion. La scène d'amour cachée dans la forêt, entrecoupée de détails symboliques de la nature, est saisissante d'originalité et de naturel. Pourtant, à l'époque, ce parti-pris a été jugé ridicule ! "Le public va-t-il se laisser séduire par les orgasmes de pacotille et l'artisanat superficiel ?" ainsi a jugé Pauline Kael. J'ai pensé le contraire, la scène fait vrai : pas de hurlements simulés justement. On sent la journaliste aigrie et frustrée qui ne sait pas de quoi elle parle...

Malheureusement l'influence de Pauline Kael était grande. Ses critiques peu objectives, maniant les bons mots méchants et mesquins, détruisaient des réputations. Preuve de son manque de discernement : elle détestait Kubrik, surtout Orange mécanique et 2001 l'odyssée de l'espace, mais aussi Clint Eastwood et Meryl Streep !  A propos de la fille de Ryan, elle a écrit : "le vide apparaît à chaque image"  alors que c'est justement tout l'inverse ! On pourrait même reprocher au film le contraire : d'être lourd de symboles. Chaque image est travaillée, arrière plan, second plan, tout à un sens !

Traumatisé par cet accueil incompréhensible pour moi, David Lean ne touchera plus une caméra pendant 15 ans... Une tragédie aussi grande que ces films : combien de chef-d’œuvre avons-nous perdus ainsi ? Aujourd’hui, la fille de Ryan a enfin obtenu son statut de film culte. Bémol  pour moi : la musique de fanfare grotesque de Maurice Jarre, trop décalée et outrancière (on n'est pas dans Freaks !)
La fille de Ryan de David Lean, 1970 sur TCM cinéma

16/06/2021

Antoinette dans les Cévennes

antoinette et patrick.jpg

Antoinette devait profiter d'une semaine de vacances avec son amant (Benjamin Lavernhe, le marié du Sens de la fête, revoir sa danse en lien) mais ce dernier annule pour randonner à dos d'âne avec sa femme. Sans réfléchir, Antoinette part à ses trousses. A la place de son amoureux, elle rencontre Patrick, un âne récalcitrant... 

En voyant la bande annonce au cinéma, j'étais circonspecte : encore une comédie française banale, sans saveur et lourde. Mais quelle bonne surprise ! Le pitch d'une simplicité désarmante est en réalité malin, tout coule de source. Dès la première scène, je suis tombée sous le charme :  lors de la kermesse, l'héroïne, professeure des écoles, fait chanter une chanson un peu inappropriée à ses élèves, pour ensuite leur voler la vedette et crier à pleins poumons : amoureuse de Véronique Sanson. Elle parle en réalité d'elle et de sa situation :
antoinette et patrick 2.jpgUne nuit je m'endors avec lui
Mais je sais qu'on nous l'interdit
Et je sens la fièvre qui me mord
Sans que j'aie l'ombre d'un remords

Et l'aurore m'apporte le sommeil
Je ne veux pas qu'arrive le soleil
Quand je prends sa tête entre mes mains
Je vous jure que j'ai du chagrin
Et je me demande
Si cet amour aura un lendemain
Quand je suis loin de lui
Je n'ai plus vraiment toute ma tête
Et je ne suis plus d'ici
Je ressens la pluie d'une autre planète
 
Antoinette est d'une autre planète oui ! Dépendante de son amant, elle décide de le suivre sur le chemin de Stevenson. Elle refait ainsi le même parcours initiatique que l'écrivain, raconté dans son livre "voyage avec un âne dans les Cévennes". En 1878, Stevenson est un auteur sans reconnaissance (qui arrivera 3 ans plus tard avec l'île au trésor, livre de chevet de mes 11 ans). Il est amoureux d'une femme mariée, qui le quitte. Déprimé, Stevenson part seul randonner dans les Cévennes et y retrouve sa sérénité. Il épousera finalement sa bien-aimée deux ans plus tard, qui l'accompagnera jusqu'à sa mort, en 1894.
Comme Stevenson, Antoinette retrouve la paix intérieure en marchant seule : "l'important, ce n'est pas la destination, mais le voyage".
 
"Grâce" à la crise sanitaire qui limitait les sorties de films, celui-ci a connu un succès inattendu au cinéma à la rentrée dernière, amplement mérité. Une comédie pétillante de vie, étonnante de naturel, de bonhommie et solaire, à l'image de son actrice principale, Laure Calamy, la révélation de la série 10% Elle a obtenu le césar de la meilleure actrice pour sa prestation. Où se cachait-elle avant ? Je veux plus de Laure Calamy sur l'écran, dans ma vie, je veux Laure Calamy comme amie !
 
Autre révélation du film, le deuxième acteur principal : l'âne Patrick ! Il est inspiré d'un vrai bourricot du même nom aussi têtu, que la réalisatrice a connu lors d'une randonnée. En revanche, si le film donne envie d'adopter Laure Calamy, il ne m'a pas incité à partir à dos d'âne dans les Cévennes ! Marcher toute la journée avec une tête de mule qui ne veut pas avancer, pour au final dormir dans un dortoir avec des inconnus qui puent des pieds, beurk. Les paysages splendides et désertiques oui, la vie en communauté, non !
Un film rafraîchissant de vacances, parfait à voir en ce moment sur Mycanal.
Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal, 2020

13/05/2021

Le travail, c'est la santé

office uprising.jpgRien faire c'est la conserver
Les prisonniers du boulot
ne font pas de vieux os
En ce jour férié, ces temps de confinement et de télétravail, voici deux films qui permettent de relativiser et d'apprécier de ne plus côtoyer ses collègues. Je suis confinée depuis un an et je n'ai plus de nouvelles des collègues depuis, j'en suis ravie !

- Office uprising de Lin Oeding, 2018

Dans une entreprise américaine qui fabrique des armes, une boisson destinée aux soldats est distribuée par erreur lors d'un congrès. Elle transforme les employés en brutes sanguinaires. Seuls ceux qui allaient se faire virer et n'ont pas participé à la réunion restent indemnes : un Gaston Lagaffe rigolo et glandeur, qui arrive toujours en retard au travail et développe son propre jeu vidéo au boulot plutôt que ses dossiers, un homme âgé endetté jusqu'au cou pour sa santé et les études universitaires de ses enfants, un musulman en plein ramadan et une femme... Bref, les mis au rebut de la société.

The office version film d'horreur : jubilatoire ! Une satire au vitriol du travail et de la société américaine : système de santé et de retraite défaillants, ultra patriotisme ("nous sommes américains !" répétés à tout bout de champ en défonçant le crâne de son voisin à coups de chaise de bureau).
Le film dénonce aussi l'hypocrisie du monde de l'entreprise qui met sur la touche les gens qui ne rentrent pas dans le système, la compétition ici poussée jusqu'à la mort, les rumeurs qui détruisent les carrières...
Le scénariste exploite à fond le quotidien du travail pour le détourner de façon ultra inventive en film d'horreur. Les employés se battent à coups d'agrafeuse et de stylos, une palette de transport devient un tank... La scène des publicitaires qui inventent des slogans pour vendre leurs armes est hilarante d'humour noir. L'hésitation à tuer une vieille dame zombie aussi : "mais elle travaille encore à 80 ans ?
- ben oui elle est obligée, elle ne perçoit pas de retraite !
"
- ah non je la touche pas, vas-y toi !
- Qu'est ce que tu veux qu'elle me fasse, m'attaquer avec son dentier ?
"

Un shaun of the dead version américaine, quoique moins bien rythmé. Quel dommage que le film ne soit pas sorti en salles ! Je ne vous mets pas la bande annonce en lien car elle est catastrophique : elle fait passer le film pour un simple film d'action zombie décérébré, aucun gag subversif n'est maintenu : elle ne vise pas le bon public. Mais qui fait des bandes-annonces pareilles et massacre l'espoir d'audimat du film ? 

Comme the belko experiment, le film fait référence à de nombreux autres classiques du film d'horreur : la trilogie cornetto, battle royale, où des lycéens doivent s'entretuer, Zombieland, Idiocracy ( avec la boisson qui rend con).
Petit bémol : l'acteur principal est très mignon mais il a l'air d'avoir 12 ans et demi. 
Autre film d'horreur se déroulant au travail :

- The belko experiment  de Greg McLean, 2016

belko.jpgUn grand bâtiment de travail isolé est soudainement scellé avec ses employés enfermés à l'intérieur. Une mystérieuse voix surgit des haut-parleurs internes pour leur soumettre un dilemme : soit ils s'entretuent dans un temps imparti, soit, s'ils refusent, ils mourront chacun de manière aléatoire. Les vrais visages se révèlent et les hypocrisies propres au monde du travail tombent.

Un escape game mortel qui se déroule dans une entreprise : je ne peux qu'apprécier. Pour moi, pas de dilemme : j'élimine immédiatement les tyrans manipulateurs pervers qui détruisent la vie de leurs collègues, les poussant à la démission ou à la dépression. Hâte de lancer le remake dans ma boîte et de pouvoir défoncer la tête des harceleurs à coups d’extincteurs : "t'as vu je sais m'en servir, j'ai bien retenu la formation anti-incendie !" ou "Je vais te montrer comment utiliser le broyeur papier maintenant !
Le rôle principal est tenu par John Gallagher, mon chouchou de la série The newsroom. On retrouve aussi le docteur Perry Cox de Scrubs. Le réalisateur Greg McLean est aussi l'auteur de The darkness et de Jungle avec Daniel radcliffe, un film haletant que j'ai beaucoup apprécié, tiré d'une histoire vraie (des hommes perdus dans la jungle).

Beko est plus sombre, mais je trouve que Office uprising va plus loin dans la satire du monde de l'entreprise. Un mix entre les 2 films aurait été parfait.

22/04/2021

La llorona

llorona.jpgAu Guatemala, un général est jugé pour le génocide de la population maya, 30 ans auparavant. Lui et ses proches sont retranchés dans la maison familiale, assiégée par les médias et les victimes qui réclament justice. La nuit, le général désormais âgé, entend une femme pleurer. Pour ses proches, il est atteint de démence, mais pour ses domestiques indigènes, il entend la llorona... voir la bande annonce en lien.

Comme souvent, je ne savais pas de quoi parlait le film avant de le lancer, je ne connaissais ni l'histoire douloureuse du Guatemala, ni la légende de la llorona. J'ai donc dû décrypter au fur et à mesure, et ce côté énigmatique a renforcé le suspense.

Le général jugé dans le film s'inspire ainsi de Efraín Ríos Montt. Après un coup d'état en 1982, il a été condamné en 2013 pour génocide et crimes contre l’humanité. Les villages mayas étaient brûlés, les hommes et enfants tués, les femmes violées. Le conflit a provoqué plus de 100 000 morts, les militaires auraient participé à 626 massacres, l'armée reconnaissant la destruction de 440 villages mayas entre 1981 et 1983, durant l'apogée des événements. Le général n'a pourtant dormi qu'une seule nuit en prison, le procès se voyant annulé par le classique "vice de procédure". Le bourreau s'est éteint chez lui, à 91 ans, paisiblement. 

Paisiblement... ce n'est pas ce qu'espère le cinéaste. Si les hommes n'ont pas rendu justice, ce sont les morts qui s'en chargent dans son film, en évoquant la légende de la llorona (pleureuse en espagnol). L'âme en peine d'une femme ayant perdu ses enfants, les cherchant dans la nuit près d'un cours d'eau, effrayant ceux qui entendent ses pleurs de douleur. 

Une fois que l'on a compris l'histoire du Guatemala et de la llorona, on devine les rebondissements et le film peut sembler longuet. D'autant plus que le côté fantastique joue sur des ressorts éculés (la femme aux longs cheveux noirs qui sort lentement de l'eau, déjà vue dans Dark water, The ring etc...).
Plus que le traitement fantastique, trop classique, c'est le récit historique et politique, mêlé au drame familial en huis-clos, qui rend le film original et intense : que se passe t-il dans la tête d'un tortionnaire, et dans celle de ses proches ? Il est intéressant que le général se retrouve entouré de femmes : son épouse, sa fille, sa petite-fille, sa domestique. Ses femmes l'admirent, voient en lui le sauveur de la nation. Il leur offrait tout ce qu'elles désiraient pour éviter qu'elles se posent des questions et se rebellent. Elles vivent retranchées dans un cocon doré sans connaître la réalité du sort des indigènes (ou plutôt refusant de la voir). Le procès leur fait ouvrir les yeux et se rebeller contre ce patriarche tout puissant.

Toute l'injustice du génocide, la douleur d'un pays, de ces femmes, se retrouve dans la chanson La llorona. C'est une chanson traditionnelle mexicaine dont il existe plusieurs versions, on peut l'entendre dans le (très bon) film d'animation Coco par exemple. Le film de Jayro Bustamante en propose une version dans son générique final qui réussit son coup : la pleureuse m'a émue. Au point que j'ai eu envie de connaître les paroles. Je ne les ai pas trouvées sur internet, j'ai alors eu l'idée saugrenue de les traduire... ça m'a pris 2 heures. Une traduction devrait être une punition comme au temps de l'école, mais les contresens possibles m'ont amusée ! J'ai traduit à l'oreille, j'ai sûrement fait des fautes, je n'ai pas pratiqué l'espagnol depuis le lycée... (une éternité donc).

llorona manif.jpgTodos lloraban tu tierra, llorona
Ils pleuraient tous ta terre, pleureuse
Tu tierra ensangrentada
Ta terre ensanglantée
Sollozos de un pueblo herido, llorona
sanglots d'un peuple blessé, pleureuse
Y de su voz silenciada
et de sa voix bâillonnée
No sé que tienen las flores
j'ignore ce qu'ont les fleurs
Las flores del camposanto
les fleurs du cimetière
Que cuando las mueven viento
car quand le vent souffle sur elles
Parece que estan llorando
elles semblent pleurer
Te escondias entre las milpas
tu te cachais dans les champs de maïs
Para no ser perseguida
pour ne pas être pourchassée
llorona general.jpgLas almas perdidas vagan
les âmes perdues errent
Y sus lamentos no se olvidan
et leurs lamentations ne s'oublient pas
Los ninos se vistieron de hojas
les enfants se sont vêtus de feuillage
Las ropas quedaron en trapos
une fois leurs vêtements devenus haillons
Un grito agonico sueltas (?)
tu pousses un cri d'agonie
Te quedan (??) en mil pedazos
ils te brisent en mille morceaux
La luz que alumbraba
la lumière qui brillait
Enteniebras te lejo
t'a laissée soudain dans les ténèbres
Arrebataron tus suenos
on t'a arraché tes rêves
Pero tu fuerza quedo
mais ta force est demeurée
Teniste por los cafetales
tu as surgi dans les champs de café
llorona famille.jpgDoliente clamando justicia
affligée et clamant justice
Las balas callaron sus llantos
les balles ont tu leurs sanglots
Desde sabes no eres la misma
depuis tu n'es plus la même
Lava tus penas
lave tes peines
Con agua bendita del rio
avec l'eau bénite de la rivière
Convierte tu angustia en calma 
transforme ton angoisse en sérénité
Y la madrugada en rocio
et l'aube en rosée

09/04/2021

Les films du mois : les histoires vraies

cinéma, histoire vraie, thrillerSuite des films de mars, après les lanceurs d'alerte (Dark waters, Official secrets, L'ombre de Staline), voici d'autres histoires vraies  :

- BlacKkKlansman : j'ai infiltré le Ku Klux Klan de Spike Lee, Mycanal, 2018

Au début des années 70, un policier noir infiltre le KKK... par téléphone. Il se lie avec ses dirigeants, et un collègue blanc complice (et juif, aussi haï par le KKK) se fait passer pour lui lors des réunions du groupe... voir la bande-annonce en lien.

Traiter des faits tragiques en dévoilant l'absurdité des rites et des membres du KKK à travers une comédie, c'est le parti pris réussi du cinéaste engagé (Malcom X) . Une satire au vitriol de l'Amérique profonde de Trump, qui rappelle les reportages du regretté Effet papillon.  "Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer" comme disait Beaumarchais. La fin du film, avec des images d'archives récentes, nous ramène brutalement à la réalité : tout cela est réel.  A ce propos, je ne peux que vous encourager à regarder l'excellent documentaire d'arte sur le KKK
Spike Lee choisit l'humour et l'inventivité de la mise en scène, avec des enchaînements parfois trop rapides, sans transition. Voici un nouveau film d'espionnage qui lui souffre au contraire d'une narration trop classique :

- The spy de Jens Jonsson, Mycanal, 2019

cinéma, histoire vraie, thrillerLors de la seconde guerre mondiale, une célèbre actrice suédoise devient une espionne chargée de séduire un haut dignitaire nazi. Contrainte ainsi de passer pour une collabo et taire son implication, notamment à sa famille et à son amoureux, elle ne sera crue et réhabilitée que 20 ans après sa mort. Voir la bande annonce en lien.
Un bon film d'espionnage, mais trop classique, il s'oublie vite. Dans le genre, je préfère largement Black book de Verhoeven.

- Le coupable idéal de Mikael Hafstrom, Mycanal, 2020

cinéma, histoire vraie, thrillerAutre histoire vraie venant de Suède, celle du plus grand serial killer du pays. Il est emprisonné à vie dans un asile. Une quinzaine d'années après les faits, un journaliste ressort l'affaire : il découvre que l'homme très solitaire a tout inventé, s'est attribué des meurtres et disparitions non élucidés pour plaire à ses psychiatres et faire parler de lui...Voir la bande annonce en lien.

Cannibalisme, faux traumatismes d'enfance qui expliqueraient sa folie... L'homme a recyclé toutes les théories psys et livres policiers qu'il a pu lire.  + c'est gros, + ça passe, + ça réjouit les médias amateurs de sensationnalisme, + ça plaît aux psys qui inventent des théories ("il recrée son frère jumeau décédé en découpant d'autres corps") Incroyable mais vrai ! Une bonne histoire, mais là aussi traitée de façon trop classique et sommaire pour rester dans les annales, dommage.

08/04/2021

L'ombre de Staline

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Gareth Jones est un jeune journaliste intrépide. Il a interviewé Hitler en 1931 et prévenu le premier ministre britannique, pour lequel il travaille en tant que conseiller, du danger que représente le chancelier et de la guerre qu'il prépare. Mais personne ne veut le croire. Il part à Moscou en 1933, dans le but d'interviewer cette fois-ci Staline. Il y découvre une presse muselée et un secret maintenu autour de l'Ukraine. Il se rend alors clandestinement dans le pays et découvre l'horreur de l'holodomor : la famine généralisée qui fait entre 3 et 5 millions de victimes... Là aussi, personne ne veut l'entendre, à part George Orwell qui en tirera son livre allégorique La ferme des animaux... Voir la bande-annonce en lien.

Lanceur d'alerte contre les fake news des médias (entre un journaliste renommé qui a obtenu le prix Pulitzer et un jeune inexpérimenté : qui croire ?) Un scénario qui fait écho encore aujourd'hui... Une bonne histoire, parfois très sombre (les jeunes enfants affamés contraints de manger le cadavre de leur frère mort...) mais qui souffre d'une narration trop classique et de longueurs.

A l'inverse, voici un film basé sur des faits réels sordides mais qui lui ne manque pas de dynamisme, d'inventivité et même d'humour : BlacKkKlansman : j'ai infiltré le Ku Klux Klan de Spike Lee.
à suivre demain
L'ombre de Staline d'Agnieszka Holland, 2020, sur Mycanal.

07/04/2021

Official secrets

official secrets.jpgAprès Dark waters, suite des histoires vraies avec des lanceurs d'alerte :
2003 : les États-Unis et l’Angleterre souhaitent intervenir en Irak, invoquant les fameuses "armes de destruction massive" fictives de Saddam Hussein.
Katharine Gun (Keira Knightley), employée des renseignements britanniques, reçoit une note de la NSA : les États-Unis sollicitent l'aide de la Grande-Bretagne pour rassembler des informations compromettantes sur certains membres du Conseil de sécurité de l’ONU, et les obliger à voter en faveur de l’invasion. La jeune femme prend alors la décision de divulguer le mémo à la presse pour empêcher la guerre... Voir la bande-annonce en lien.

Encore un lanceur d'alerte, encore un procès (cette fois-ci c'est Ralph Fiennes qui défend l'héroïne). Encore une histoire vraie menée comme un thriller. On s'identifie au cas de conscience de la jeune femme et à son stress de se faire prendre par sa hiérarchie : j'angoisse déjà à l'idée de ramener de mon entreprise du papier destiné à être jeté en guise de brouillon, alors me faire pincer pour haute trahison en divulguant un secret d'état... Un film efficace, qui rappelle le Snowden d'Oliver Stone.

Official secrets de Gavin Hood (réalisateur de Mon nom est Tsotsi et Wolverine), 2019, sur Mycanal.