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14/09/2019

Bilan culture : les films d'horreur

cinéma, cinéma fantastique, films d'horreurCoup de cœur :
- Les bonnes manières Juliana Rojas et Marco Dutra
Une infirmière solitaire est embauchée par une jeune femme riche et exubérante, pour l'aider avant son accouchement. Alors que les deux femmes apprennent à se connaître et s'apprécier, la future maman est prise de crises de somnambulisme...
Un film étrange et fantastique dans les deux sens du terme. Prix du jury et prix de la critique amplement mérités au festival de Gérardmer. Voir ici la bande annonce.

- Mr Babadook de Jennifer Kent
Le mari d’Amélia est mort alors qu'elle était enceinte de leur enfant. Depuis, elle ne parvient pas à aimer ce fils qui lui rappelle le défunt. Le petit, sentant le rejet et l'angoisse de sa mère, est très perturbé. Alors qu'il a 6 ans, il se persuade que le monstre de son livre de contes, monsieur Babadook, hante leur maison. Sa mère rentre dans son délire.
Un film d'horreur psychologique original et émouvant, à l'esthétique soignée. Par certaines de ces attitudes, le gamin m'en a rappelé d'autres que j'ai connus, dans la lune, agressifs, "TDAH hyperactifs" (le terme à la mode)... Et chaque fois, comme dans le film, c'était les parents (surtout la mère !) qui étaient plus névrosés que le gosse. Ces enfants éponges hypersensibles aspirent le mal-être de leurs parents, et c'est d'abord eux qu'il faudrait traiter. Au lieu de développer l'originalité de ce sujet, le film se perd dans une classique histoire de possession et de maison hantée, qui ne fait pas vraiment peur. Dommage.

- Dans la brume de Daniel Roby 
cinéma, cinéma fantastique, films d'horreurAprès un séisme, un gaz toxique mortel est libéré des entrailles de la terre et envahi la capitale. Un couple a juste le temps de se réfugier en hauteur dans l'appartement des voisins. Leur fille, une enfant-bulle, est restée prisonnière deux étages plus bas. Comment survivre sans contact avec l’extérieur, sans électricité ?
Un scénario original, et surtout, des dialogues bien écrits, presque littéraires, qui font plaisir à entendre. Dommage que les enjeux de l'histoire ne soient pas plus poussés, mais une bonne surprise, qui montre qu'en France aussi, on peut faire de la SF. Après ça reste un film français, donc assez mal joué, avec le sourire de demeuré de Romain Duris, mais le personnage du vieillard philosophe est joué par Michel Robin, éternel second rôle qui aurait mérité un jour une tête d'affiche...

- Conjuring de James Wan
- Insidious 1 et 2 de James Wan
Le réalisateur de Saw livre encore des films d'horreurs classiques mais diablement efficaces. Grace à la mise en scène parfaitement maîtrisée, on se laisse avoir par les pourtant attendues portes qui claquent, bruits hors champs, apparitions soudaines... La fin de Conjuring vire à une surenchère un peu grand guignol, avec de l'humour (les inévitables seconds rôles poltrons et maladroits) mais l'angoisse ne faiblit pas. La fin de Insidious, très inventive, presque psychédélique, vire au cauchemar éveillé. Avec James Wan, l'angoisse est au rendez-vous.

- Ça de Andy Muschietti 
Déception ! Alors que le téléfilm a traumatisé mon adolescence, le film décide de couper tout l’intérêt de l'histoire : alterner l'enfance des personnages puis l'âge adulte, pour voir leur évolution. Dans le premier volet, on ne les voit qu'enfants, et on a le fin mot de l'histoire (qui est "ça") très vite. Puis le film ne fait même pas peur, le clown est moins effrayant que celui du téléfilm de 1990, qui était pourtant kitsch !Je n'irai pas au ciné voir le chapitre 2, quand les personnages sont adultes, j'attendrai que le film passe sur Canal.

- La maison du diable de Robert Wise 
Un film culte qui m'avait terrorisée ado lorsque je l'avais vu au cinéma de minuit, mais il a bien vieilli depuis... Je préfère son adaptation dans la série the haunting of hill house (à lire en lien). La saison 2 va exploiter un autre film et roman que j'avais adorés, Le tour d'écrou d'Henry James, adapté au cinéma par Jack Clayton et son superbe film Les innocents.

08/01/2019

Border, aux frontières de l'étrange

border.jpgTina est une douanière au physique aussi particulier que son talent. Les passagers défilent devant son poste, et elle sent ceux qu'elle doit arrêter, qui transportent de la contrebande ou de l'alcool. Elle sent, justement, littéralement. Avec son curieux nez qui ressemble plus à un groin, elle flaire les individus et sent leur culpabilité et leur honte. Un jour, elle voit arriver un homme au physique aussi étrange que le sien, qui va perturber son univers et ses certitudes...Voir la bande annonce en lien. 

Border a fait sensation au dernier festival de Cannes, où il a remporté le prix Un certain regard et a été encensé par la critique. J'ai vu le film il y a plus d'un mois, et je m'en souviens encore, moi mémé Alzheimer qui oublie ce qu'elle a vu la veille ("c'était sympa. Ça parlait de quoi déjà ?") Surtout, j'y repense encore souvent, tant Border est un ovni qui ne ressemble à aucun autre film et laisse une impression bizarre.

border persos.jpgIl est tiré d'un roman de John Ajvide Lindqvist, qui a déjà été adapté au cinéma à travers le film Morse, que j'avais adoré. Vous pouvez relire ma critique ici, je l'avais à l'époque classé deuxième meilleur film de l'année 2009.
On retrouve dans Border la même atmosphère étrange. Comme dans Morse, le réalisme bascule peu à peu dans le fantastique. Comme dans Morse, deux exclus vont s'assembler. Dans Morse, un collégien souffre-douleur se lie d'amitié avec une nouvelle élève, qui se révèle être un vampire. Dans Border, Tina est rejetée en raison de son physique, elle ne bronche pas pour se faire accepter. Elle vit en couple avec un homme qui profite simplement de sa gentillesse pour être nourri et logé gratuitement. Mais l'arrivée de Vore, cet être qui lui ressemble, va la faire changer. Lui n'hésite pas à affirmer ses différences et à s'opposer aux hommes qui le rejettent. Il va inciter Tina à vivre comme elle le souhaite et à ne plus refréner ses instincts.

border bois.jpgBorder, c'est la frontière entre normalité et étrangeté, réalisme et fantastique, entre animalité et humanité. Qu'est-ce qui définit être humain ? Agir avec bonté ? Alors pourquoi certains hommes sont "des animaux sans cœur", ne respectant rien, ni les humains, ni la nature ?
J'ai beaucoup aimé ce dernier point sur l'écologie. La grande sensibilité de Tina lui permet d'être proche de la nature et des animaux. Elle se ressource à leur contact, en marchant pieds nus dans la mousse, les renards et les cerfs viennent la voir spontanément... Lorsqu'elle emmène aux urgences sa voisine sur le point d'accoucher, elle s'arrête car elle a senti qu'une famille de chevreuils allait traverser la route. Comme j'aimerais être comme elle ! Enfin, avoir ce don, mais avec le physique de Blanche-neige qui gambade avec les animaux de la forêt en chantant "un jour mon prince viendra", pas avec la tête de Tina qui attire un monstre comme Vore !

Pour son rôle, l'actrice Eva Melander (vue dans les séries The bridge et Real humans) n'a pas hésité à subir 4 heures de maquillage par jour et à prendre 20 kilos (moi qui crise dès que j'en prends deux...) Elle est excellente, comme son acolyte.
Border est un film qui ne laisse pas indifférent, si l'on ne reste pas sur le port et se laisse embarquer dans cette histoire bizarre, qui prend des virages imprévus. Le film est parfois à la frontière du grand guignol, comme lorsque les deux héros aux physiques grotesques courent nus dans les bois et se laissent aller à leurs élans les plus bestiaux. On est sans cesse étonné, choqué, amusé, et parfois si désorienté qu'on peut décrocher. J'ai trouvé que le film aurait mérité d'être plus court et j'ai préféré Morse, plus délicat. Mais les amateurs de film de genre comme moi ou ceux qui veulent de l'originalité seront comblés !

Border, un film de Ali Abbasi, en salles demain.