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31/03/2020

Kedi, le royaume des chats

kedi.jpgEn ces temps de confinement, je vous invite à revoir ce documentaire, ode à la liberté. On suit le parcours de 7 chats qui vont où bon leur semble dans Istanbul, font ce qu'ils veulent, et sont vénérés comme il se doit par les personnes qui les côtoient.

Grizou le gentleman tape à la vitre d'un restaurant quand il a décidé que c'était l'heure de manger. Les serveurs s'empressent de lui ramener son plat préféré. Psychopathe, la "mégère pas apprivoisée du tout" défonce la tête de son partenaire dès qu'il s'approche d'une autre chatte et terrorise même les chiens du quartier.
Le film est aussi émouvant que drôle. On est touché de voir qu'un dépressif retrouve une raison de vivre et de la tendresse en nourrissant les êtres abandonnés comme lui, ou que des gens modestes dépensent leur maigre paie dans les soins vétérinaires.

Plus qu'un simple documentaire sur les félins et Istanbul, Kedi interroge la relation quasi mystique entre chats et humains, et dévoile en filigrane un art de vivre ensemble (ce que ne connaissent pas mes voisins qui font de la corde à sauter à faire trembler les murs et le sol). On se réjouit de voir des types bourrus donner le biberon à des petits chatons abandonnés et à leur contact, devenir plus tendres, plus tolérants, en somme, plus humains.
Kedi est aussi une ode à la liberté, avec ces hommes qui admirent l'indépendance de ces chats errants. Il n'est pas anodin qu'à plusieurs reprises, les bestioles soient filmées devant des graffitis "erdo-gone".  
Le royaume des rats n'aurait pas été aussi vendeur et attendrissant, forcément : "plongeons dans les égouts d'Istanbul à travers le portrait de Raclure, qui se délecte de déchets, de Ramassis, qui transporte la rage"... 

Kedi le royaume des chats de Ceyda Torun, à voir en lien.

 

05/03/2020

Comment devenir un génie ? Suite

lagaffe génie.jpgLire le début ici.
Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est con, on est con ? Les découvertes récentes en neurosciences contredisent Brassens. Grâce à la plasticité cérébrale, le cerveau s'améliore toute la vie. S'il subit des lésions, il s'adapte et connecte de nouvelles zones. Il produit aussi de nouveaux neurones.
Comme le souligne un chercheur, "l'intelligence ce n'est pas ce que je sais, mais ce que je ne connais pas. C'est lorsque je suis confronté à quelque chose d'inconnu et que je ne peux pas appliquer mes automatismes. Je dois trouver une solution. Quand on expérimente, on devient créatif, et quand on est créatif, on est + intelligent."

Les ennemis de la créativité seraient donc les pensées automatiques, mais aussi "les codes sociaux, qui baissent les capacités du cerveau". Si c'est le cas, je peux vous dire que Lucy/Scarlett Johansson, c'est moi l'ourse misanthrope ! Au boulot, je ne fais pas semblant de m'intéresser aux problèmes gastriques du chef pour rentrer dans ses bonnes grâces. Quand je dois côtoyer des collègues qui ne comprennent pas ce que je dis par manque de second degré et culture, je ne m'abaisse pas à leur niveau : j'arrête de discuter avec eux et je sors mon bouquin.  

audiard cons.jpgComme disait Audiard :"Je parle pas aux cons, ça les instruit." Le documentaire donne au contraire des pistes pour devenir plus intelligent en améliorant sa créativité. Astuces qui peuvent sembler loufoques : se prendre virtuellement pour notre génie favori stimulerait la confiance en soi et les capacités du cerveau. (A votre avis quel poster trône dans mon salon ? Celui de Gaston !)
Les
émotions positives augmenteraient la créativité et les associations d'idées (le départ de la fouteuse de merde du boulot me remplit d'une joie immense et me donne plein d'idées pour son pot d'adieu : boisson au laxatif, space cake, discours : "je lève mon verre au tas d'ordures qui m'entoure, et ya de quoi remplir une sacrée poubelle".

Un environnement et une décoration inspirants favorisent aussi les idées originales, ce qui me paraît évident. Le vide appelle le vide, dans un bureau trop rangé, je me sens anesthésiée comme dans un hôpital. Mes photos, mes livres éparpillés partout me motivent. J'entretiens savamment ce qu'une obsessionnelle du contrôle comme Marie Kondo nommerait bordel. Einstein estimait : "Si un bureau encombré est le signe d'un esprit encombré, alors que devons-nous penser d'un bureau vide ?"

La concentration et les capacités du cerveau seraient aussi augmentées grâce à la méditation de pleine conscience, ce que démontre cet étonnant documentaire d'Arte en lien. 15 minutes par jour où l'on ferme les yeux et se focalise sur sa respiration, et où on visualise un environnement apaisant :
"Véritable gymnastique cérébrale, la méditation réduirait les effets toxiques engendrés par les hormones du stress et aurait ainsi une action bénéfique sur les inflammations chroniques, les défenses immunitaires ou la dégradation de nos cellules. Sa pratique aurait également le pouvoir de modifier l'anatomie du cerveau, qui reste plastique tout au long de la vie, et contribuerait à freiner le vieillissement cérébral. Les découvertes récentes des psychiatres, neurologues et biologistes moléculaires ont permis de faire entrer des techniques de méditation dans les hôpitaux, où elles sont utilisées en accompagnement thérapeutique, pour réduire notamment les douleurs chroniques et le stress."

Curieuse comme un chat, le doc m'a donné l'envie de tester la méditation, et justement, on m'a proposé de participer à un cours collectif...
à suivre...

03/03/2020

Comment avoir une idée de génie ?

gaston eureka.jpgC'est simple : il suffit de me demander ! Ou à mon mentor : Gaston Lagaffe.
Ce documentaire montre que les tests de Q.I, comme ceux de logique, ne sont pas vraiment efficaces pour mesurer l'intelligence, car ils n'exigent qu'une seule bonne réponse. C'est ce que l'on nomme la pensée "convergente", celle qu'on nous apprend à l'école pour être un bon mouton.

La clé du génie serait au contraire la pensée divergente, la créativité. La plupart des solutions viennent en dehors d'un bureau, quand l'esprit est reposé et peut vagabonder, en faisant des associations créatives nouvelles. Beaucoup de chercheurs et d'artistes trouvent leur éclair de génie en se promenant dans la nature, ou en prenant un bain comme Archimède. (D'après ce documentaire, 72 % de nos meilleures idées viendraient sous la douche ! C'est pour ça que je milite contre le travail de bureau ! Recevons les clients à poil sous l'eau, ils seront ravis !)
Mieux : les idées nous viennent aussi en rêve dans notre sommeil : Paul McCartney a rêvé de la mélodie de Yesterday et l'a notée à son réveil, et pour Let it be, il a rêvé de sa mère décédée qui apparaissait auprès de son lit (
Mother Mary comes to me, speaking words of wisdom :  Let it be...") Je le constate à mon maigre niveau : si je bute sur une phrase, il suffit que j'aille me promener dans le parc ou fasse du sport pour que les mots se remettent à couler tout seul. Mes meilleures blagues me viennent toujours la nuit, lorsque je suis couchée et que mon esprit s'évade. Aux débuts du blog je me relevais pour les noter et ne pas les oublier, mais après je ne pouvais plus me rendormir, alors j'ai arrêté. Désormais, il faut me croire sur paroles : je suis toujours drôle, mais la nuit sans témoin, comme c'est pratique.

documentairesInventer rime avec incuber. Perdre son temps n'est pas perdre du temps. Il faut beaucoup d'expériences inutiles pour trouver les solutions. C'est pour ça que Gaston Lagaffe a toujours été mon modèle : on a l'impression qu'il dort, qu'il glande, mais il imagine des outils pour améliorer son espace de travail ! S'il foire ses inventions, c'est pour mieux les réussir plus tard ! Eh ben c'est pareil pour moi. Je peux rester des heures à fixer la fenêtre, au boulot on me considère "dans la lune" et certains esprits limités me prennent même pour une neuneu, alors que je suis tout simplement en train de révolutionner le monde du travail par mes idées de génie ! Si si. Bon en réalité, je me pose plutôt des questions dignes d'un enfant de 5 ans ("pourquoi le ciel est-il bleu ?" "Si j'arrête de manger du chocolat, à partir de combien de minutes le manque va t-il provoquer un déficit en magnésium, sérotonine, antioxydant et donc la mort ?")

Un chercheur a suivi le parcours sur 30 ans de 650 enfants avec des QI supérieurs à 140, pour savoir combien allaient révolutionner le monde. Le type est mort avant le résultat de son étude : sur les 650 gosses, aucun génie. En revanche, sur deux enfants recalés car ne possédant pas de quotients de surdoués : 2 prix nobel. Einstein avait un cerveau + petit que la moyenne. Ce n'est pas la taille qui compte...

Une autre étude met des participants face à une bouteille en verre vide et leur demande de trouver le plus d'utilisations possibles de cet objet. Le genre de jeu qui met mon cerveau en ébullition, j'ai immédiatement lâché mes haltères pour participer (j'aime bien faire du sport en regardant des documentaires, je m'ennuie moins et je trouve que les mouvements permettent de mieux retenir ce que je vois. D'ailleurs c'est une aberration totale qu'on demande à des gosses de rester assis sans bouger à l'école : on devrait leur mettre un pédalier sous leur bureau, non seulement ça les calmerait, ils retiendraient mieux les leçons, mais en + ils produiraient de l'électricité !) En 3 minutes de test, j'ai noté une trentaine idées : se servir de la bouteille comme vase, bougeoir, rouleau à pâtisserie, loupe, support de dessin pour faire des cercles comme le spirograph, instrument de meurtre pour assommer et découper mon collègue... Bref seule sur une île déserte comme Tom Hanks, j'utilise la bouteille comme messager à la mer, puis quand les secours viennent me chercher 5 ans après : "ah déjà ? J'ai pas vu le temps passer ! Je m'amusais bien avec mon pote le ballon et..."

Juste avant de faire ce test, on a demandé aux participants : soit d'effectuer une tâche exigeante, soit de ne rien faire, soit de faire deux fois la même chose, soi de faire une tâche simple. Ce sont ces derniers qui ont obtenu les meilleurs résultats, car l'activité facile permettait au cerveau de se reposer.
C'est exactement pour ça, qu'à défaut de ne plus trouver d'emploi dans mon métier de base, journaliste cinéma, je me suis rabattue sur un boulot de rêve, très simple, qui me laisse l'esprit et le temps libre pour écrire et penser. Dans son livre "l'adulte surdoué, trop intelligent pour être heureux", Jeanne Siaud-Facchin montre que beaucoup de personnes intelligentes, si leur capacités restent mal exploitées, se retrouvent à faire des petits boulots de magasinage par exemple car ils leur permettent de reposer leur cerveau. (En revanche, un métier qui nécessite d'être au taquet comme serveur, c'est plus compliqué).

Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est con, on est con ? Les découvertes récentes en neurosciences contredisent Brassens...
à suivre

28/02/2020

Ni juge ni soumise

documentaire,cinémaJ'étais fan de Strip-tease la série doc, très drôle, qui montrait souvent des illuminés (l'épisode des elfes dans la forêt, de la soucoupe volante...) On a reproché à l'émission de se moquer de la misère sociale, mais elle dénonce plutôt les beaufs et les cons, et la connerie atteint toutes les classes sociales. Les bourgeois guindés qui croient que tout leur est dû ne sont pas en reste : "parfaites" (les riches oisives) "Évelyne, reine d'Afrique" "le beau n'est jamais cher" et la conférence de presse du magazine féminin où les femmes "journalistes" se prennent très au sérieux et conseillent à leurs lectrices de paraître gourdes pour plaire aux hommes (c'est pas du chiqué, je l'ai vécu).
Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît : ils se laissent filmer par Strip-tease.
Pour ses 25 ans, la série télé sort sur grand écran. Le film suit une juge atypique, qui ne mâche pas ses mots, dit tout ce qui lui passe par la tête et parle sur le même ton de photos de meurtres et de pâtisseries. (Voir la bande annonce en lien). Le moment où la magistrate demande avec candeur à une femme de décrire son métier de maîtresse sadomaso en est un bon exemple : ça pourrait être glauque, scabreux et ridicule, mais c'est en réalité drôle, touchant et instructif ! Quand la juge reçoit des hommes violents qui ont frappé leurs femmes (elle osait sortir de la maison seule ! elle cherchait aussi !), devant tant de bêtises, on est affligé, énervé, mais la juge réussit à recadrer et à garder son humour.
Il faut rire de tout de peur d'être obligé d'en pleurer, la devise de Beaumarchais s'applique à strip-tease et à ce film. Vivement le prochain !

20/02/2020

Ennemis intimes

ennemis intimes.jpgFilmé par le cinéaste, les rapports entre fascination/répulsion, amour et haine liant le réalisateur Werner Herzog et son acteur fétiche Klaus Kinski.
Ce dernier m'a toujours mise très mal à l'aise. Ce type me répugnait, déjà il était hideux, parfait pour le rôle de Nosferatu, mais il me dérangeait surtout par sa personnalité qui transperçait dans ses rôles. Je ne me suis pas trompée. Il était effectivement aussi agressif et mégalo que ses personnages. Il admettait sa pédophilie (enfin, il appelle ça dans son autobiographie "avoir un penchant pour les mineures".) Sa fille Pola a révélé qu'il avait abusé d'elle de ses 5 à 19 ans. Quant à l'actrice Nastassja, elle a admis des attouchements et que les colères de son père la terrifiaient. Il me semble significatif qu'elle ait entretenu une liaison à 15 ans avec Roman Polanski, lui-même accusé d'agressions sur mineures, et tourné sous son autorité Tess à 17 ans, un rôle de fille violée...

Le documentaire n'évoque pas le sujet, uniquement l'attitude de Klaus Kinski sur les tournages, et rien que ça méritait qu'on l'enferme dans un asile. L'acteur poussait d'énormes colères et était violent, comme dans cet extrait où il manque de fendre le crâne d'un figurant. Les tensions sont exacerbées par les conditions de tournage en pleine jungle pour Aguirre la colère de Dieu (ou plutôt de Kinski qui se prend pour un dieu).
Herzog explique que l'acteur ne supportait pas de ne pas être au centre de l'attention. Par exemple, alors qu'il défriche la forêt pour les besoins du tournage, un Indien se fait piquer par un serpent. ll n'a que 20 secondes pour réagir avant que le venin ne l'empoisonne. Le gars n'hésite pas, il se tronçonne le pied. L'équipe entoure le brave mutilé, et Kinski, vexé de ne plus accaparer les regards, trouve que c'est le bon moment pour taper un scandale parce que... son café est trop froid. Il réitère ses crises d'enfant-roi lorsque six personnes de l'équipe ont un accident d'avion et donc que l'intérêt est détourné de sa divine personne. On le voit insulter, menacer de tuer les techniciens, pendant que les autres restent impassibles, habitués, attendant que l'orage passe. Outrés par son comportement, les Indiens qui doivent le frapper pour une scène, le font réellement (c'est assez jouissif à voir). 
On se demande comment le réalisateur a pu poursuivre sa relation avec Kinski et en faire son acteur fétiche. Ce n'était pas un génie irremplaçable, il aurait pu s'en débarrasser facilement pendant les tournages : "Rapproche-toi du bord oui, voilà comme ça on te voit bien ! Ah flûte, il est tombé !" "On tourne ! Non Klaus, ne touche pas le serpent, ce n'est pas un jouet ! Coupez ! Mais non la caméra, pas sa main !" etc.

05/11/2018

hyperconnectés, le cerveau en surcharge

hyperconnectés.jpgCe documentaire reste disponible en replay sur Arte jusqu'au 11 décembre. Il explique que l'on fait deux choses en même temps en pensant être plus efficace, or c'est tout l'inverse, on effectue mal nos deux tâches cumulées, et surtout, on s'épuise.
Justement j'ai regardé ce documentaire en... faisant du sport. Aveu qui ne manque jamais de provoquer des airs ahuris et qui contribue encore à établir ma légende d'extra terrestre. La salle de sport était pourtant ma deuxième maison (avec le réfectoire : je suis un estomac sur pattes parce que je fais beaucoup de sport et que ça m'ouvre l'appétit, et je fais du sport pour éliminer tout ce que j'ingurgite : c'est le cycle infini). Quand on me demande pourquoi je ne fréquente plus la salle, je réponds qu'il est plus intéressant de faire de la gym chez moi devant de la bonne musique ou un documentaire, qu'en écoutant les toutouyoutou technos insupportables du nouveau prof de cardio training qui me gueule dessus comme le sergent instructeur de Full metal jacket parce que je fais mal mes pompes, et en étant collée à 20 gonzesses qui suent et puent des baskets.
Les scientifiques montrent que se mouvoir en apprenant est bénéfique : on retient mieux. C'est donc grâce aux squats et jumping jack que j'ai pu me souvenir de ce documentaire et écrire cet article. 

Chaque jour, 150 milliards d'e mails sont échangés dans le monde. Pour que l'on puisse concevoir ce que cela représente, le réalisateur prend en exemple la Bibliothèque nationale de France, l'une des plus grandes au monde, regroupant 14 millions de documents. Eh bien chaque seconde, le double d'informations, soit 28 millions (j'ai fait math sup) est envoyé. Le documentaire prouve que l’hyper connexion affecte notre mémoire et notre capacité de concentration, et en plus provoque du stress, notamment au travail. Etre sans cesse interrompu par des messages ou des appels intempestifs, ou être dans la peur de manquer un message urgent si l'on est déconnecté conduit au burn out.

Le documentaire prouve que recevoir et écrire un mail provoque un stress dont on est souvent inconscient, et que cela empêche les interactions humaines. Les employés s'envoient des mails plutôt que de se parler, alors qu'ils se trouvent dans le même bureau.
J'ai pu le constater cette semaine. J'écris heureusement très peu de courriels au travail, peut-être un ou deux par mois, mais j'ai dû en rédiger un vendredi. Je suis allée voir plusieurs collègues pour leur demander s'ils pouvaient effectuer un échange de planning horaire avec moi. La plupart m'ont demandé d'envoyer un mail impersonnel groupé à la place. Mais pourquoi ? Un courrier qui sera noyé dans le flot d'information de la messagerie professionnelle ? Même si quelqu'un peut accéder à ma requête, va t-il prendre la peine d'y répondre ? De plus je demande un service : il est moins facile de refuser lorsqu'on a la personne en face de soi que par mail. J'ai trouvé cette suggestion d'écrire un mail saugrenue, et je ne l'ai pas suivie.

Lorsque j'ai pu enfin faire l'échange, de visu, je suis allée voir le responsable pour lui indiquer, mais il m'a demandé à la place de lui « envoyer un mail ». J'ai dû m’exécuter (pan). Je me sentais mal à l'aise car je ne parvenais pas à trouver les mots adéquats : « je débute mon mail comment ? Par un « bonjour » alors que je viens de le voir, c'est ridicule ! « Salut », c'est pas mon pote non plus, « monsieur », on ne se vouvoie pas... Je vais quand même pas lui écrire : « bon vu que t'aimes te compliquer la vie en me demandant d'écrire un mail alors que tu te plains d'en recevoir une centaine par jour et que ça te prend un temps fou de les lire, et que ça te demandait juste deux secondes de répondre « ok » à l'oral, je t'envoie comme convenu ce mail qui te rappelle ce que je viens de te dire en face il y a deux minutes, au cas où tu aurais oublié avec ta cervelle de moineau, bien cordialement... »

Le documentaire s'attarde sur les conséquences de l'hyper connexion au travail, mais le problème s'applique au quotidien dans les réseaux sociaux, et le burn out frise particulièrement les blogueurs en quête de re tweets ! C'est pourquoi parfois je suis bien contente d'être mémé train de retard nulle en nouvelles technologies : je ne peux pas commenter l'actualité ciné pour augmenter mon audience, le temps que mémé se connecte, le monde est déjà passé à la diffusion télé.



29/10/2018

Soupçons, the staircase : l'incroyable série documentaire criminel qui a lancé le genre

soupcons.jpgJe m'en souviens comme si c'était hier, et pourtant, l'histoire remonte 15 ans en arrière… La découverte de cette série sur Canal +  m'avait laissée sous le choc. Elle était restée jusqu'à présent comme ma référence absolue en documentaire criminel. Soupçons est réalisé par le Français Jean-Xavier Lestrade, oscarisé pour Un coupable idéal

soupcons famille.jpgCette année, la suite est enfin sortie, sur Canal +, et désormais sur Netflix. Dès les premières notes de la sublime musique du générique (à écouter ici) mes poils se sont hérissés, je me suis immédiatement sentie replongée 15 ans dans le passé. J'étais très émue, surtout de revoir tous les protagonistes longtemps après, comme des membres de ma famille perdus de vue : les filles adolescentes devenues mères de famille, l'accusé transformé en vieillard par le poids de tout ce qu'il a vécu…

soupcons couple.jpgSoupçons suit le procès de l'écrivain Michael Peterson suspecté d'avoir tué sa femme. Après une soirée arrosée, il la trouve agonisante en bas des escaliers. Il appelle paniqué les secours, en pleurant, les suppliant de venir le plus vite possible (on entend à de nombreuses reprises l'appel, on voit les réactions des proches en l'écoutant, c'est très émouvant). Trop tard, la femme décède. Sûrement un simple accident, elle avait trop bu, consommé des somnifères, l’escalier est étroit et en colimaçon. Son époux n'a aucun mobile pour le meurtre et tout le monde peut témoigner que le couple s'adorait.

soupçons avocat.jpgLe réalisateur filme l'accusé, sa famille et son avocat, pendant deux ans, dès les prémices de l'affaire, et on peut voir que personne ne croit que l'histoire ira jusque devant les tribunaux, puisqu'elle ne tient pas la route. L'homme plein d'esprit et d'auto dérision ne cesse de prendre l'affaire à la légère, elle est si risible. Mais il oublie qu'il habite l'Amérique profonde, en Caroline du sud. C'est sans compter sur l'acharnement des policiers de la ville de Durham.
Peterson, rare progressiste dans cette commune, avait osé dénoncer dans le journal local la corruption de la police et les injustices qu'elle commettait. Ah on est injustes ? Eh bien il va en avoir pour son argent ! Eh oui, l'écrivain aisé, jalousé, se retrouve ruiné par un procès coûteux et fortement médiatisé. Il perd ses amis et toute vie sociale. Sa vie et celle de ses proches sont disséquées et détruites. Ses filles ne perdent pas seulement leur mère, mais risquent de perdre leur père que l'on veut emprisonner jusqu'à sa mort. Cet homme est jeté en pâture aux médias américains, vampires avides de sang.

Soupçons enchaîne les rebondissements qui paraîtraient grossiers dans un film. Mais comme toujours, la réalité dépasse la fiction, c'est pour cela que je préfère les documentaires et les biographies aux romans. Les policiers exhument des détails sordides : par exemple, en fouillant dans son ordinateur, ils découvrent que l'homme avait des penchants bisexuels. Sa femme et son entourage étaient parfaitement au courant, mais Oh mon dieu, quelle horreur pour cette Amérique puritaine ! C’est forcément le mobile du crime : la brave épouse a découvert le pot aux roses, et menacé de divorcer, c'est sûr !

soupcons peterson.jpgJe vous passe les autres péripéties, incroyables, pour maintenir le suspense. Soupçons n'est pas seulement une enquête, l'enjeu n'est pas simplement de savoir si l'accusé est coupable ou innocent.
Le documentaire montre les coulisses fascinantes d'un procès, comment on choisit les témoins, comment on présente les indices pour tourner les choses en sa faveur. Les manipulations et plaidoyers des avocats des deux parties sont des joutes verbales absolument passionnantes, comme dans le film La vérité de Clouzot (qui s’inspirait également d’une réelle affaire, celle de Pauline Dubuisson, décrite par Philippe Jaenada dans La petite femelle, devenu depuis mon livre de chevet.)
Soupçons ne retrace pas seulement une simple affaire criminelle et ses conséquences sur les proches de la victime et de l'accusé, c'est l'état de l'Amérique toute entière qui est décrit, où des populations fort dissemblables se côtoient sans se connaître et comprendre.
Je pourrais résumer grossièrement l'effet que me donne cette affaire comme : les gentils intelligents cultivés mesurés contre les méchantes brutes incultes hystériques : la tête du procureur et de son adjointe vociférants, le regard plein de haine, le sourire sadique, se délectant de la souffrance d'autrui en énumérant avec délice les soi-disant sévices subis par l'épouse, et le prétendu horrible pervers qu'est le sensible accusé, ce n'est pas possible, faites les taire, qu'ils fassent un autre métier où ils ne pourront plus nuire, je sais pas, trier des endives dans une pièce obscure sans contact avec personne, ce serait bien par exemple ?

L'affaire est davantage filmée du point de vue de l'écrivain. Même si le réalisateur se défend de tout commentaire et donne également la parole à l'accusation, on sent évidemment son empathie pour l'écrivain et ses proches. D'ailleurs, pour prouver cette compassion, sa monteuse a fini en couple avec l'accusé !
L'affaire l'a tellement marquée que depuis, Jean-Xavier de Lestrade ne souhaite plus réaliser de documentaires. Décision navrante, mais il a ouvert une porte : grâce au succès de Soupçons, les fabuleux The keepers et Making a murderer ont pu exister. Je vous en parle prochainement…