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18/09/2013

La vie est un choix, Patrick Dewaere...

yves boisset vie est un choix.jpgJe ne sais pas si vous avez remarqué, mais mémé qui a toujours un train de retard et attend toujours que les choses soient terminées pour en parler, a ENFIN mis les colonnes du blog à jour. On pouvait lire la même bibliographie depuis… 2010. Oui, 3 ans. Ce qui ne signifie pas bien évidemment que je n’ai pas touché un livre depuis cette date…
Au lieu de noter les bouquins lus par leur ordre chronologique, cette fois-ci, j’ai tenté de faire un classement. Voici en premier celui concernant les stars du cinéma :

1- La vie est un choix, d’Yves Boisset

J’ai adoré cette autobiographie. A l’image de son œuvre, Yves Boisset est fougueux, passionné, révolté et épris de justice. Comme ses films, son écriture est brut de décoffrage et rentre-dedans. Il ne s’embarrasse pas de formules ampoulées ou de longues descriptions, il écrit dans un langage simple, parlé, mais incroyablement vivant. On rejoue avec lui sa vie passionnante, ses tournages au bout du monde, ses rencontres avec les plus grands metteurs en scène et stars, ses anecdotes les plus croustillantes…

Par exemple, quand il n’est encore que l’assistant de Jean-Pierre Melville, le réalisateur lui demande un figurant de profil Italien né dans le Bronx. Boisset trouve un jeune étudiant aux Beaux-Arts qui voudrait se lancer dans le cinéma. Il le présente à Melville, qui estime que le jeune homme n’est pas crédible et le renvoie… C’était … De Niro !
Plus tard, pour se documenter sur l’assassinat du juge Renaud, dont il tire le film « Le juge Fayard », Boisset prend rendez-vous avec l’un des deux présumés meurtriers, qui lui raconte le crime et évoque ses commanditaires. Le lendemain, l’homme est retrouvé mort…
L’Algérien accusé à tort du viol et lynché dans le film Dupont-Lajoie, sera assassiné après le tournage… (Ça donne envie de travailler avec Boisset)

juge fayard.jpgPas besoin de connaître sa filmographie ni même de l’apprécier pour lire ce livre. Un régal.
Ses films que je préfère :
- Le juge Fayard, dit le shériff (inspiré de l’assassinat du juge Renaud)
- Le pantalon, histoire d’un fusillé pour l’exemple qui m’avait bouleversée quand j’étais ado.
- L’affaire Seznec, avec Christophe Malavoy.
- Dupont-Lajoie, avec Jean Carmet, Jean Bouise et Jean-Pierre Marielle.

 


patrick dewaere, une vie.jpg2- Patrick Dewaere, une vie, de Christophe Carrière

Une biographie passionnante et documentée sur mon acteur préféré. J'en ai lu plusieurs, et je trouve qu'elle est la plus intéressante et la mieux écrite. Elle ne tombe pas dans le travers de l’hagiographie (par exemple comme le faisait, même si c’est compréhensible de la part d’une mère, le livre de Mado Maurin  Mon fils, ma vérité… qui ne la révélait pas justement).
Si on sent une admiration pour le talent si particulier de l’acteur, et pour sa grande sensibilité, Carrière ne cache pas non plus ses travers et épisodes peu glorieux (la drogue, les colères). Il fait aussi une révélation : Dewaere aurait été victime d’abus lorsqu’il était enfant.

L’acteur s’est suicidé à 35 ans, alors que le matin même, il répétait pour son prochain film Mado et Marcel. Au cours du déjeuner avec Lelouch, où il évoque avec sa passion habituelle ses futurs projets, Dewaere reçoit un appel téléphonique. Une heure plus tard, il se tire une balle dans la tête, avec le fusil offert par son meilleur ami Coluche… Le coup de fil aurait été de sa femme, partie en vacances avec l’humoriste, l’informant qu’elle quittait Dewaere pour lui et qu’il ne reverrait plus sa fille…
On éprouve de l’empathie pour l’acteur écorché vif, incompris, délaissé (Miou-Miou, la mère de sa première fille, l’a quitté pour Julien Clerc). Dewaere était peu reconnu par les critiques de l’époque (contrairement à son ami Depardieu avec lequel il était souvent nommé aux César, il n’a jamais obtenu de récompenses, alors qu’il désirait la reconnaissance de ses pairs). Le parcours de Patrick Dewaere est vraiment touchant.

La prochaine fois, plongée dans l’envers du décor de la machine à rêves, Hollywood…

06/07/2013

J’ai eu mon bac !

sousdoués bac.jpgOui, il y a quelques années déjà… Par contre, mon neveu l’a eu hier. (et vlan le coup de vieux dans la gueule). Il aurait pu imiter fièrement sa tante, modèle pour la nation, et le rater du premier coup : même pas. Pff, les jeunes de nos jours, aucune éducation, aucune valeur…
Papa blogueur lance un tag sur le bac, que je m’empresse de compléter :

1.    En quelle année as-tu eu ton BAC ?
M’enfin ! Je sais que j’attire en priorité les littéraires comme moi, mais ils pourraient tout de même calculer facilement mon âge en fonction de la date d’obtention de mon bac. A ce propos, je tiens à signaler qu’en voulant rembourser l’achat de 2 places de spectacles à 22,5 euros chacune, mamie a donc logiquement fait le calcul : 50 euros les deux. Prêtez-moi des sous, vous verrez c’est super, vous y gagnerez, je compte les intérêts sans le vouloir. (Pitié, ne me demandez pas de les calculer ici !) (Je rigole, j’ai su faire) (enfin je crois) (un banal théorème de Pythagore) (je plaisante bis).
J’ai quand même obtenu mon bac (je n’ai pas subi d’épreuve de maths, ceci explique peut-être cela) et ce n’était même pas ce millénaire en plus (re-coup de vieux).

2.    Quelle série ?
Littéraire,  au cas où vous n’auriez toujours pas compris.

3.    As-tu reçu un cadeau de ta famille pour l’occasion ?
Euh, non… Ma mère m’ayant déjà exilée de force dans un trou perdu pour me punir d’avoir raté le bac la première fois, je pense plutôt qu’elle a répondu « c’est pas trop tôt ! ». Avant de m’inscrire de force à un BTS de femme au foyer. Je n’ai pas été retenue. (mais quel dommage…)

4.    Quelles études as-tu entrepris ensuite ?
Celles que je voulais, à la consternation générale de la famille : cinéma ! Là, enfin, j’ai brillé. Ma mère me reproche encore de ne pas savoir coudre un bouton ou faire un ourlet, comme me l’aurait appris son BTS, mais je trouve que connaître par exemple la filmographie de Roman Polanski reste beaucoup plus utile (je l’ai vu hier ! Roman Polanski ! L’auteur des chefs d’œuvre que sont Rosemary’s baby, Le pianiste, Tess… Roman Polanskiiiii !) (il est tout petit). Sinon, j’ai dû acheter un pantalon, car on commençait à voir le jour à travers mon vieux futal tout déformé : j’attends donc de revoir ma mère à la saint glinglin pour qu’elle me fasse les ourlets…

5.    Quelle fut ta plus belle note ?
17 en espagnol. Pourtant, toute l’année, je demeurais bonne dernière, avec 8 de moyenne. Je dormais (au sens propre) en cours. Mais le prof était cool et m’aimait bien. Il riait de me voir dormir, s’amusait à hurler mon nom pour me réveiller en sursaut.
Je n’ai pas appris mes conjugaisons (je refuse d’apprendre par cœur depuis la 6ème) et je mettais plus de temps à les recopier sur de minuscules pompes planquées dans ma trousse qu’à retenir mes verbes… Le jour du bac, j’ai oublié d’enlever mes anti sèches. J’ai profité de l’étonnement du surveillant qui vérifiait nos affaires avant l’épreuve (« mais ! Qu’est ce que c’est que ça ?! ») pour dire, très décontractée : « oh, c’est rien ! (juste l’intégralité des verbes d’espagnol, d’anglais, d’italien, à tous les temps…) et j’ai vite jeté les pompes à la poubelle. La veille du bac espagnol, la mort dans l’âme, j’ai appris pour la première fois mes terminaisons (assez facile en fait, elles se ressemblaient).

6.    Quelle fut ta plus grosse branlée ?
Physique, 5/20. Pourtant, l’épreuve était censée être très simple, puisqu’elle s’adressait aux littéraires. On tirait au sort soit maths, soit physique, soit un autre truc. (pour vous dire à quel point je suivais les cours, je ne me souviens même pas de la 3ème matière scientifique !) Mes camarades sont sortis de la salle ravis et ont obtenu entre 15 et 20. Autre fait qui vous révélera mon niveau, ma belle sœur, ex prof de physique, m’avait donné des cours avant le bac pour tenter de m’expliquer cette matière étrange… peine perdue.

7.    A l’oral ou pas ?
Evidemment. Les sous doués passent le bac n’est pas un de mes films favoris pour rien. J’ai raté l’examen la première année sans même passer au rattrapage, et la deuxième, je l’ai arraché à l’oral.

8.    T’as fait la fête ensuite ? Si oui explique…
Non. Je rappelle que j’étais exilée dans un trou perdu…

9.    Ton avis sur le Bac aujourd’hui…
Toujours le même : un supplice inutile. Pour ceux qui veulent poursuivre leurs études, les écoles opèrent une sélection à l’entrée, sur dossier scolaire (comme le fameux BTS femme au foyer). On peut briller toute l’année, être admis au préalable dans sa future école, et ne pas pouvoir y accéder car on a échoué, par stress, au bac. J’ai suivi la fac, dont on dit qu’elle recueille les moins bons. C’est peut-être pour ça que je me montrais si douée : au royaume des aveugles, les borgnes sont rois…

10.    Un souvenir personnel nostalgique qui fait pleurer de ce BAC ?
Nostalgique de cette connerie de bac ? Sûrement pas ! Et pleurer pour ça, encore moins…

Je vous invite à lire ici les perles du bac 2013. J’apprécie particulièrement celles-ci :
« Parfois, il est vrai que l’on se sert du langage comme un outil pour arriver à ses fins : ici, j’essaie désespérément d’utiliser le langage pour vous prouver que je mérite une bonne note. »
« Le travail n’est pas toujours révélateur d’un potentiel : par exemple, certains élèves de ma classe n’ont rien fait pendant l’année et ils auront quand même leur bac. »

Et vous, quelles sont vos réponses ?

16/06/2013

Bilan des one man show : Baptiste Lecaplain, Alex Lutz et Bérengère Krief

Les blogueurs « normaux » écrivent sur les spectacles et sorties à faire quand ils sont encore d’actualité. Certains publient chaque jour (mais comment font-ils ? Même au chômage, j’ai trop de films à voir sur Canal +, trop de vidéos de chats à regarder sur le net, enfin trop de trucs importants à faire) D’autres font un bilan mensuel, voire annuel des meilleurs films, spectacles ou expos qu’ils ont vus.
Mémé Papillote qui a toujours un train de retard invente un concept plus original : faire le bilan au mois de juin, des sorties faites... depuis 2012. C’est sympa hein ? Alors l’hypnotiseur Messmer proposait le spectacle le plus fascinant que j’ai jamais vu, les expos Toutankhamon et Tim Burton étaient les plus intéressantes. Des évènements incontournables, tous les médias en parlaient… mais c’était l’année dernière.
Nan, mais mémé n’a pas un train de retard, elle en a un d’avance, car ces attractions vont revenir ! Grâce à moi, vous saurez avant tout le monde ce qu’il faut voir. Enfin, je vais quand même attendre un peu avant d’écrire, comme j’ai le temps… (rendez-vous en 2014 alors).

D’abord, le bilan catégorie one man show (cliquez sur les sketches en lien, ils valent le coup):

alex lutz.jpegAlex Lutz (sur Paris en novembre)
Alex Lutz interprète une mégère dans la revue de presse de Catherine et Liliane du Petit journal. Il a également joué le fils de nazi « qui vit dans un groupe hippie » dans l’excellent OSS 117, Rio ne répond plus. Dans son spectacle, l’humoriste incarne avec une justesse étonnante plusieurs personnages qu’il a pu croiser, comme un directeur de casting ou un technicien de cinéma. Sa facilité à transformer sa voix, à adopter les mimiques des personnages est impressionnante.

On peut le constater avec cette formidable observation d'une vendeuse de vêtements insupportable : " la voilà qui arrive avec le 44. Ah non je ne préfère pas que vous passiez le 42 au cas où. J'ai été correcte avec vous, je vous demande d'être correcte avec le produit." Le comédien est admirable également dans ses portraits d’une adolescente en crise qui veut faire de l'humanitaire à Londres et se pense autonome parce qu'elle est déléguée de classe: "j'ai fait une T.S, c'est vachement grave, j'ai avalé cul sec tous les tubes d'homéopathie de ma mère. J'ai acheté un cahier dans lequel je note toutes mes pensées, et j'ai écrit une phrase en hommage à la vie que je vais me tatouer sur le visage : la vie de l'homme est comme un ruban qui se déroule, sur lequel je cours jusqu'à perdre l'haleine, jusqu'au carrefour de mes rêves, que je verrai s'effacer au fur et à mesure où j'ouvrirai les yeux". Et plein d'autres personnages dans le même genre. A voir.


baptiste lecaplain.jpgBaptiste Lecaplain (en tournée, voir les dates sur son site)
Contrairement a Alex Lutz qui imite surtout ses contemporains, Baptiste Lecaplain pratique plutôt l'autodérision en évoquant ses propres souvenirs : "Ma copine m'a largué récemment : "- J'pense qu'il faut qu'on arrête là. Parce que honnêtement, tu mérites mieux. - Je mérite pas mieux non. Je suis qu'une merde, je mérite que toi !" En fait je fais le malin, mais je suis rentré chez moi, j'ai chialé, j'ai écouté James Blunt Goodbye my loveeer !"

Vous connaissez peut-être ce blondinet pour son rôle du colocataire dans la série Bref, ou pour ses sketches qui commencent à devenir célèbres, comme celui-ci ou celui des filles en boîte de nuit. Je l’avais vu il y a trois ans à une grande soirée spectacle organisée par Arthur, avec une trentaine de jeunes comiques encore méconnus. Lecaplain était clairement pour moi celui qui se démarquait le plus, avec Vérino. J’ai eu du flair, car le petit devient grand. J’adore sa façon de passer du coq à l’âne et de gesticuler comme un survolté sur scène. Surtout, je le trouve souvent touchant et sensible, quand il évoque sa jeunesse par exemple (moi aussi je n'aimais pas mon prénom, j’ai fait L, j’étais la dernière choisie pour les groupes de sport…) J'ai vu Baptiste Lecaplain pour sa dernière au Bataclan, et le pauvre chou était tout ému à la fin et a versé une larmichette, c’était craquant. Il s’est aussi lancé dans une dragouille maladroite et marrante de spectatrice, et ne savait plus où se mettre en apprenant que la jeune fille était venue accompagnée de sa mère…

Bérangère-Krief.jpgBérengère Krief (toujours à l’affiche !)
Encore une qui a joué dans Bref (Marla). Par sa voix et certaines attitudes, elle fait penser à Florence Foresti. Son sketch le plus connu est son cours de réparties anti-relou (à 3 min sur la vidéo), très utile pour les filles, qui ont toutes affaire un jour à ces dragueurs de rue pathétiques : « hé, on fait un tour de bagnole ?
- Il croit que je vais répondre quoi ? : «  C’est mon rêve ! De faire une balade en Opel corsa la nuit avec 5 mecs que je connais pas ! Mais non, excuse-moi Francis Heaulme, mais là on est en 2013 et j’ai vu Faites entrer l’accusé la semaine dernière… »
« - Hé mademoiselle, t’as fait tomber quelque chose… mon cœur…
- Ben écoute, il a dû tomber dans le même trou que ton charisme, ton intelligence et ta beauté. Pas de chance ! »
Ses personnages sont parfois un peu caricaturaux : les hommes, souvent infidèles, les femmes amatrices de mode (Je vous rappelle que mémé Papillote déteste le shopping et garde encore des vêtements achetés en francs.) Mais la jeune femme possède une fraîcheur revigorante. Puis comme moi elle vient de Lyon et a suivi les mêmes études (à peu de choses près, on sortait de la même promo). (Je vous ai dit aussi qu’à Lyon j’habitais l’immeuble en face de Liane Foly et à côté de l’affaire Louis Trio ? Comme quoi mon quartier pourri cachait des pépites) (il faut me compter dedans bien sûr) (bah oui, grâce à ma chansonnite).

Suite du bilan one man show bientôt, avec entre autres Chris Esquerre ou Alexandre Barbe.

Et vous, connaissez-vous ces humoristes ? Que pensez-vous de ces sketches ?

05/06/2013

Giorgio le mentaliste

giorgio mentaliste.jpgJ’ai pu voir au Théâtre de 10 heures un personnage qui me fascine depuis longtemps, moi qui adore les mystères : un mentaliste, quelqu’un qui « devine » nos pensées. Pas par magie, mais par observation, déduction et manipulation…

Giorgio le mental expert a une tchatche, un humour et un aplomb incroyables. Ses capacités permettent au public de se sentir à l’aise et en situation de réceptivité, nécessaire pour le bon déroulement du show. Pourtant le personnage me fait penser aux « beaux parleurs » et grandes gueules. Je sens les manipulateurs, et je fais bien, Giorgio en est un.
Tout le monde rigole, moi aussi car Giorgio est vraiment un phénomène, mais je reste crispée et ratatinée sur mon siège, priant pour que le mentaliste ne croise pas mon regard (et tente de deviner mes secrets).
Giorgio : - Certains vont participer au spectacle (je cherche la sortie de secours). Les rationalistes et les dubitatifs passeront en premier, oui vous qui croisez les bras, j’en vois 2 ou 3 (j’en fais partie et repose en vitesse les mains sur les accoudoirs). Je fais une exception pour les plus timides (ouf, je me redresse sur mon siège). Nan je rigole, ils y passeront aussi (si j’enjambe mes 4 voisins, je pourrais atteindre la porte en moins de 20 secondes…)

Giorgio lance une boule de papier « au hasard » dans le public, et celui qui la reçoit sera sa première victime.
La balle part, dans un grand arc de cercle, chacun, attendant son sort, est suspendu à son vol, les heures propices suspendent leurs cours et ... bien évidemment, la boule tombe devant moi.
N’écoutant que mon courage qui ne me disait rien, je lève immédiatement mes pieds et me recroqueville sur le fauteuil, comme si j’avais vu une souris ou de l’acide sulfurique sur le sol.
- Qui a la boule ?
Je contemple l’objet affreux. La pousser discrètement vers la voisine ? Trop tard, elle a vu ma manœuvre. L’amie qui m’accompagne se sacrifie bravement et prend perd la boule (elle recevra la médaille du mérite)

Giorgio l’interroge simplement : « Tu t’appelles comment ? (Jusque là, c’est facile) tu fais quoi dans la vie ?
Elle répond. Giorgio, catégorique : « Tu mens. »
Elle n’a pas menti, mais n’a pas dit toute la vérité sur son métier d’agent secret (oups).
Giorgio lui demande de penser à une envie simple, qu’elle note sur un papier, puis de renvoyer la boule au hasard. Cette dernière part droit en l’air, plus haut vers le ciel plafond et retombe… devant moi. Prenant mon courage à deux pieds, je la pousse vers la voisine…

Le mentaliste envoie mon amie wonder woman et d’autres condamnés monter à l’échafaud sur scène. Je lance des regards apitoyés (merci pour ton sacrifice), l’estomac tordu d’angoisse (quelles sont tes dernières volontés ?)
 Pour « deviner leurs pensées » le mentaliste demande aux personnes de penser très fort à leur envie, les regarde droit dans les yeux et prend leurs pouls.
Le mentaliste : - je te sens très fatiguée… (Les cernes peut-être ? t’as qu’à dire qu’elle a une sale gueule aussi, non mais)
-    Tu voudrais te reposer..
-    Oui, à peu près
-    Tu voudrais partir en vacances !
-    C’est ça !
Le mentaliste montre donc un super esprit de déduction et d’observation. Il est encore plus impressionnant avec l’autre candidate :
-    Je sens une hauteur… un grand espace… de l’air… je vois que tu descends… tu veux partir au ski !
-    C’est ça ! » et la femme sort son papier pour preuve.
M’enfin ! Comment il fait ?!

De ce que j’en sais et en conclus, un mentaliste observe les infimes changements d’expression, de posture, qui trahissent les pensées et les mensonges. Une légère crispation, une hésitation, et hop, il comprend. Chacun peut développer ses capacités de mentalisme. Giorgio demande à un couple de monter sur scène. Il bande les yeux de l'homme, qui se tient derrière sa compagne et la prend par les épaules. Le mentaliste effleure la main droite de la femme avec une plume, touche son bras gauche... et le mari ressent les mêmes sensations que son épouse !


Giorgio tend aux spectateurs un jeu de tarots, ils choisissent une carte, la repose dans le tas. Puis Giorgio leur montre les cartes, et devine en observant leur réaction qui a choisi laquelle. J’arrive à le faire aussi avec une personne qui écarquille les yeux devant le roi de pique, mais les autres me restent impénétrables.


Comme les détecteurs de mensonges, Giorgio tâte le pouls des cobayes. Il bande ses yeux, donne à quelqu’un 4 gobelets en plastique, et lui demande de cacher sous l’un d’eux une pique acérée. Giorgio écrase les gobelets qu’il juge vide. S’il ne veut pas se faire transpercer la main, il n’a pas intérêt à se tromper… Je suppose que la personne qui cache la pointe doit voir son pouls accélérer lorsque Giorgio pose la paume au-dessus du mauvais gobelet…

Le mentaliste utilise la morphopsychologie aussi. Mon amie avec la raie des cheveux sur le côté droit est une « romantique ». Sans doute influencée par Giorgio qui lui explique ce fait pendant qu’elle cherche une carte, elle choisit le 10 de cœur…
Un homme sur scène, qui possède un grand front, est jugé par le mentaliste « pas communicatif ». J’aurais plutôt pensé intello et réfléchi. En tout cas il m’inspire plus de sympathie que son voisin, auquel je trouve un air crâneur insupportable, (grand sourire, grands gestes, forte carrure). Ce dernier est estimé « communiquant et conquérant » (un coq quoi).

Je ne sais pas si Giorgio utilise la morphopsychologie pour comprendre quelle est l’actrice préférée d’un spectateur. En me basant sur son physique (que je trouve très disgracieux) j’imagine que le type doit aimer une actrice que je n’apprécie pas, mais de là à imaginer laquelle... Et Giorgio devine : « elle est vieille » (le type a la trentaine) et il découvre très vite « Jeanne Moreau » (quel gérontophile, elle a 85 ans !)

Le mentaliste use aussi de la mnémotechnique, cette méthode qui consiste à faciliter la mémorisation, comme « A dans par pour en vers » et « ou est donc or ni car »  qui aide à se souvenir de…quoi déjà ? Mémé ne parvient déjà pas à se rappeler de choses simples et évidentes comme le fait de payer son loyer tous les mois (ah tiens, on est déjà le 5 !)
Giorgio demande à des spectateurs de choisir au hasard un mot de plus de 3 syllabes dans un livre, de juste dévoiler le chapitre et… il est capable de citer les mots par cœur !

Le mentalisme est aussi du calcul. Giorgio trouve l’âge d’une personne ainsi que le jour de la semaine où elle est née. Il est capable de résoudre de grandes opérations en quelques secondes (je connais mes tables de multiplication par cœur, c’est déjà pas si mal !)

Je suppose que le mentaliste nous influence en suggérant nos réponses, laissant échapper quelques mots clés qui s’impriment inconsciemment dans notre cerveau, et que l’on ressort en pensant agir de notre propre arbitre lorsqu’il nous pose la question plus tard. Il demande par exemple à une spectatrice de choisir sa barre chocolatée préférée parmi une dizaine, et elle prend un lion. Giorgio nous explique ensuite qu’elle a été influencée par un test qu’on avait effectué auparavant et se concluant par les chiffres formant le mot lion à l’envers. Ca n’a pas fonctionné avec moi, car j’aurais choisi le mars, ma barre préférée. Peut-être que mémé est atteinte d’Alzheimer tout simplement.

Le mental expert utilise certainement aussi les moyens classiques, prêcher le faux pour savoir le vrai, et restreindre le champ des possibles. Il tente aussi certainement de faire croire qu’il comprend la personne en donnant des affirmations évidentes (« il vous arrive de douter » ben, comme tout le monde oui) (sauf Chuck Norris).

A la fin du spectacle, tout le public reste bouche bée. Giorgio a enfermé au préalable un papier dans une boîte cadenassée (un spectateur choisi comme chien de garde aboie dès qu’on s’en approche). Une femme le sort à la fin du show, et sur le papier, il est inscrit son nom, ainsi que des réponses aux questions posées à d’autres spectateurs, comme leur destination de vacances idéale ou le montant imaginaire d’une cagnotte du loto !

Vous l’aurez compris, on est scotché et fasciné par la performance de Giorgio le mental expert, mais aussi par sa personnalité. Non seulement il est doué, mais il est aussi très drôle. Même quand il se trompe, il retombe toujours sur ses pattes, avec une assurance, une répartie et un naturel époustouflants. Quand je suis prise en défaut même sur des détails ridicules, je me mets à rougir comme une pivoine et à bégayer…Son spectacle est très vivant, on ne voit pas le temps passer, il se passe plein de choses, je ne vous en ai raconté que le quart (vous constatez déjà la longueur du billet). Je n’ai qu’une hâte, c’est d’y retourner pour tenter de comprendre … mais uniquement dans l’assurance de ne pas monter sur scène ! Mon amie Wonder woman me dira plus tard : « je te voyais stresser pour moi, mais ça allait ! » (La médaille du courage lui sera délivrée le…)

J'ai assisté quelques temps plus tard à un autre spectacle de mentaliste... et cette fois-ci, j'ai été choisi comme cobaye ! (je vous raconterai peut-être un jour).


Giorgio, mental expert, joue au Théâtre de 10 heures jusqu’à fin juin. Vous pouvez réserver vos places et lire les (excellentes) critiques sur billet réduc.