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15/09/2020

Joe Dassin, 40 ans déjà

dassin.jpgAprès Annie Cordy la semaine dernière, on continue dans la variété française avec Joe Dassin !
Pour les 40 ans de sa mort le 20 août, France 3 a diffusé le roman de sa vie. Ce documentaire m'a replongée en enfance, lorsque j'écoutais les vinyles du chanteur. Malgré les dizaines d'années passées sans les écouter, à part quand elles sont diffusées sur radio nostalgie pour mon réveil, j'ai constaté que je connaissais toujours par cœur les chansons de Joe Dassin. Enfant, mes camarades de classe adulaient les chanteurs contemporains (je ne peux même pas les citer : Céline Dion ?) et en étaient aux walkman puis très vite aux cd. Moi, toujours à la pointe de l'actu, j'écoutais un chanteur décédé, sur la vieille platine que la famille avait acheté à ma naissance (pour se consoler et couvrir les pleurs de bébé ?) N'empêche, les 33 tours sont au sommet du hype désormais. Je compte donc remettre au goût du jour Joe Dassin !

Fils du réalisateur Jules Dassin, très estimé pour ses films noirs (du rififi chez les hommes) et pour sa lutte contre le maccarthysme, Joe réussit à tuer le père en devenant plus célèbre que lui. Pourtant, toute sa vie, il reste convaincu que son paternel ne l'apprécie pas, lui et sa carrière de chanteur populaire (50 millions d'albums vendus.)  Il ne se destinait pas à une carrière de musicien, mais de médecin (il abandonne en 3e année) puis anthropologue ! Il obtient son master, avec un mémoire sur une tribu d'indien d’Amérique, l'Amérique, je veux l'avoir et je l'aurai.

Sa compagne qui travaille dans une maison de disques décide en surprise d'en graver un, à partir d'un enregistrement qu'elle a fait en douce où il chante tranquille pépère dans son coin, afin de lui offrir pour son anniversaire. Mais ses patrons qui tombent sur l'enregistrement estiment : "tiens, pourquoi on essayerait pas plutôt de le diffuser sur  toutes les radios ?" Au début, Joe est réticent à se lancer dans une carrière qui n'a rien à voir avec ses ambitions, mais en cherchant bien, on peut dire que des chansons joyeuses guérissent l'âme et qu'il étudie ses contemporains comme un anthropologue, à travers ses textes d'amours déçues ou d'achat de pain au chocolat !

Joe garde de ses longues années d'études exigeantes, et du sentiment d'être rejeté par son père, des doutes et un perfectionnisme qui le perdront. Il s'entoure des meilleurs paroliers, comme Pierre Delanoë ou claude Lemesle. Il leur fait modifier les paroles pour un mot, une virgule, une intonation. Grâce à  leurs textes travaillés, on qualifie les chansons de Joe Dassin de "variété de qualité".

Le chanteur répète ses textes, ses chorégraphies, enchaîne les tournées jusqu'à s’écrouler sur scène comme Molière. Lorsqu'il accepte enfin d'écouter son médecin et de se reposer, il est trop tard et il meurt prématurément d'une crise cardiaque en 1980, à 41 ans, en pleine gloire.

Le stress et le chagrin l'ont aussi achevé : alors qu'il menait une vie stable avec son épouse depuis 15 ans, ils perdent leur nouveau-né. Joe selon sa femme qu'on sent un peu aigrie quand même "fait sa crise d'adolescence sur le tard" ou plutôt découvre le démon de midi qui l’entraîne jusqu’au bout de la nuit, en se perdant dans la drogue, les fêtes et les tromperies. Il divorce et quitte le cocon rassurant pour épouser une fille "complètement timbrée" (analyse de l'expert psychologue du dossier : le parolier de Joe Dassin) "instable et droguée, qui hurlait en détruisant le mobilier" (c'était le point potins).
Et au final, c'est le père qui enterrera son fils. Jules Dassin lui survivra 28 ans, jusqu’à ses 96 ans, en 2008.
Malgré cette fin tragique, le doc met de bonne humeur grâce aux chansons !
Et justement, je vous ai concocté un petit quiz, ça faisait longtemps !

Je crois que ma chanson préférée reste celle-ci. Le rythme, les paroles, l'humour, tout. J'imaginais parfaitement la scène, et moi dont le surnom reste "la sauvage", je me réjouissais de la réaction de la fille héroïne de la chanson. Des années après, je sors la phrase telle qu'elle, sans la chanter, avec l'air le plus sérieux possible, dès que je peux la placer dans une conversation, que ce soit entre amis ou au travail. Je n'ai pas encore osé la dire au dirlo pour une augmentation :
"J'ai attendu attendu, elle n'est jamais venue. Zaï zaï zaï zaï."

Quiz on connait la chanson : quel est le titre ?
A suivre...

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07/09/2020

Annie Cordy, rendez-moi mon enfance

annie cordy, chatTATA YOYO QU'EST-CE QU'IL Y A SOUS TON GRAND CHAPEAU
Désolée mais j'ai cet air qui persiste en tête depuis vendredi soir et je me devais de faire partager ce calvaire cette expérience. Niark niark.

J'envoie un sms à mon frère pour le traditionnel jeu "devine qui est mort ?" (on sait rigoler dans la famille)
- Ciné ?
- Oui mais pas que, surtout connue pour la musique. Une femme.
- Marie Laforêt ?
- Elle est déjà morte en novembre ! Non, des chansons rigolotes, pas comme "Viens, viens, sans toi l'existence n'est qu'un long silence qui n'en finit pas..."
- Françoise Hardy.
- Tu la trouves marrante ?!
"Si le dégoût de la vie vient en toi
Si la paresse de la vie s'installe en toi,
Pense à moi ?"
"On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Est morte ce matin ?"

Non, une énergique un peu fofolle.
- La foldingo du film de Kervern et Delepine, Le grand soir ?
- Brigitte fontaine, l'inadaptée? Parce qu'elle "déteste les gens qu'on recouvre de miel et qu'on attache sous le soleil à midi. Pourtant c'est bien normal, y faut bien que les fourmis bouffent, mais c'est plus fort que moi, il faut que je voie le mal partout."
Elle n'est pas morte, elle faisait même un concert samedi à l'Olympia ! Non, des chansons légères et surtout : qui restent en tête.
- Annie Cordy !!

"Les chansons qui restent en tête" : l'indice qui caractérise celles d'Annie Cordy. Je fredonne "chaud cacao, chaud chocolat" à chaque fois que je bois mon van houten, c'est-à-dire... tous les jours.
Je n'ai retenu que cette phrase. Pour les besoins de mon enquête d'investigation à haut risque dans les méandres de la chanson populaire, je vérifie les paroles :
Si tu me donnes tes noix de coco
Moi je te donne mes ananas
(...) Rikiki tes petits kiwis
T'es baba de mes baobabs

J'ai l'esprit mal tourné ou elle nous joue une variante de Annie aime les sucettes ? Je me souviens de "l'humiliation" comme elle le dit elle-même de France Gall en apprenant que Gainsbourg  le pervers a abusé de son innocence et de sa gueule d'ange. De la même manière, Chaud cacao est destiné aux enfants, mais les paroles me paraissent pour le moins tendancieuses...

On m'aurait menti ! Rendez-moi mon enfance, mon innocence ! Dois-je trouver des sous-entendus dans toutes les chansons d'Annie Cordy? Qu'y a-t-il réellement sous le chapeau de Tata yoyo ? Qui était vraiment Frida oum papa ? Son père était-il vraiment brasseur de bières ? Est-elle vraiment née en Bavière ? Jean-Marc Morandini est sur le coup.

Petite, j'étais aussi un peu choquée par les paroles de la bonne du curé :
Mais quand le diable me tire par les pieds
ça me grattouille, ça me chatouille
ça me donne des idées
Je fais des bêtises, derrière l'église
Je peux point m'en empêcher.

La chanson était passée dans un mariage un peu plouc, et les adultes avinés riaient grassement. Aujourd'hui j'apprécie la bonne qui préfère Claude François aux cantiques, mais les enfants sont facilement dégoûtés par les histoires étranges de la petite graine et des garçons qui naissent dans les choux.

La bonne du curé n'est pas en priorité une chanson destinée aux enfants, comme beaucoup du répertoire d'Annie Cordy en réalité. Par exemple, le titre éloquent : pourquoi tu me bats Léon
annie cordy, chatIl a bu mon cognac
Et calmement il m'a fichu
Une drôle de paire de claques

Quand Léon La Bagarre a tourné les talons
J'étais pas belle à voir
J'avais le nez en compote, les tibias en coton
Et de grands yeux noirs
C'est ce qui a fait rire la grande Mado
Pour la calmer, je l'ai mise K.O.

Qu'est-ce qu'on se marre oui...
Autre exemple, la chanson six roses :

Comme s'il ne m'avait même pas vue
Il a bu mon cognac
Et calmement il m'a fichu
Une drôle de paire de claques
https://lyricstranslate.com
Il a bu mon cognac
Et calmement il m'a fichu
Une drôle de paire de claques
https://lyricstranslate.comla chanson "six roses" :

On est samedi ce soir
Et moi au bout du comptoir
Du bar de Monsieur Edouard
Je pense... je pense...

Les copains m'appellent "Six roses"
Et je ne comprends pas pourquoi
Bien sûr ils savent que j'aime les fleurs
Mais pourquoi justement "Six roses"
Plutôt que une ou deux ou trois

Papa s'appelait pas "Six roses"
Puisqu'on l'appelait "Bois sans peur"
Grand-père on l'appelait "la liqueur"
Tonton, c'était "l'irrigateur"
Je vois pas le rapport avec les fleurs

Annie Cordy n'était pas seulement chanteuse, mais aussi actrice. Je me souviens de sa prestation dans le film Le chat de Pierre Granier-Deferre et la musique déprimante de Philippe Sarde, adapté de Simenon. Le film d'un grand pessimisme explore la déliquescence d'un vieux couple qui n’arrive plus à communiquer, dans un monde qui se transforme et qu'il ne reconnait plus, une banlieue en train de se construire et se déshumaniser. Jean Gabin reporte son affection sur son chat. Sa femme incarnée par Simone Signoret en est jalouse et commet l'irréparable, la faute impardonnable (comme le sort de Chaussette de Danse avec les loups).
Comme très souvent, j'ai vu ce film trop jeune et il m'a traumatisée, moi dont mon chat-adoré-de-ma-photo-de-profil était mon meilleur ami à qui je racontais tous mes malheurs d'enfant. Autre fait qui choquait mon innocence de petite fille qui lisait des contes de fées et croyait au prince charmant, non seulement Gabin délaissait et se moquait de Signoret, mais il fréquentait une prostituée, et une femme que j'identifiais dans un tout autre rôle, dans des chansons joyeuses pour bambins ! Devinez qui ? Annie Cordy !
Décidément étonnante !

 

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19/08/2020

Travail à la chaîne, fin

gaston bureau dort.jpgRelire le début ici.
Plus que la tâche à accomplir, la coordination avec mes collègues reste la plus difficile. En effet je ne suis pas seule à préparer les colis. Pour emballer ces milliers de cadeaux, je suis accompagnée d'une femme et trois hommes. Ma collègue est timide, un peu enrobée, elle s'essouffle vite, et se noie dans un verre d'eau à défaut de champagne. Elle s'inquiète de ne pas réussir à empiler les cartons correctement pour qu'ils ne tombent pas et prennent moins de place sur le chariot, et surtout peine à les porter. Les hommes en profitent pour se moquer de sa faible condition physique et de ses formes. Moi, ils ne peuvent pas, car je suis svelte et active, mais ils n'hésitent pas à nous fustiger : "vous les femmes". Pour eux, une femme ne peut pas faire ce travail.

travail chaine.jpgPourtant, ma collègue et moi sommes de loin celles qui triment le plus. Les hommes parlent, mais n'agissent pas. Le boulot n'avance guère. Je propose qu'on se répartisse les tâches. Puisqu'ils sont si forts, ils portent les cartons et poussent les chariots. Puisqu'on est si faibles, qu'on est des femmes au foyer habituées à manipuler la nourriture, ma collègue assemble les colis, et je les remplis. Chacun à une étape de production, chacun son travail, et les vaches et le foie gras seront bien gardés.
Mais les hommes ne peuvent pas s'empêcher de fourrer leur nez partout, critiquer notre travail, mettre leur grain de sel. Ils se mêlent de mes colis : "tu devrais plutôt mettre la bouteille dans ce sens, tiens regarde" et se trompent en installant un deuxième bloc de foie gras là où j'en avais déjà mis un, ce qui fausse les comptes. Ils nous regardent faire, commentent, voire matent (propos déplacés sur mon physique) mais pendant ce temps, les cartons s'entassent et ne sont pas évacués au sous-sol. On perd du temps. Agacée de les avoir dans les pattes, je descends moi-même les colis pour m'évader un peu. Même si je me retrouve dans un entrepôt grisâtre sans fenêtres, je respire mieux loin des propos nauséabonds.

Notre responsable se rend bien compte que les hommes paressent, mais elle n'ose pas leur reprocher. Elle n'est qu'une femme après tout, elle n'a pas à parler, encore moins commander. Que le travail soit effectué par deux personnes ou 5 comme il devait l'être au préalable, tant qu'il est fait et dans les délais, ça ne la dérange pas.

Je descends enfin les derniers cartons (les hommes pendant ce temps sont carrément sortis "faire une pause" depuis une bonne heure) et je me dirige fièrement dans le bureau de la responsable pour annoncer la nouvelle, qu'on débouche le champagne, que je me gave de chocolats et que je reparte avec mon colis de cadeaux. Mais au lieu de la fête escomptée, la responsable vient vérifier (si jamais on avait menti en balançant les produits par la fenêtre ou retapissé la pièce de chocolat fondu et bris de verre : "ras le bol d'emballer des cartons depuis 3 jours, tiens voilà ce que j'en fais de ton foie gras !")
Je lui montre avec fierté la netteté des lieux, en prenant soin de préciser :
- Il reste des produits en trop qu'on n'a pas pu emballer.
- Oui, c'était prévu, la casse, la perte...
- Je vous propose de vous en débarrasser alors, je veux bien les prendre !"

Elle me regarde étonnée, voire choquée : "Mais ! non !"
- On ne peut pas repartir avec les restes au moins ? (mes collègues ne boivent pas d'alcool, je veux bien prendre les bouteilles de champagne !)
- Non, ce n'est pas pour vous, c'est pour les prestataires !
- Mais les produits en trop ?
- On trouvera à qui les donner !"

Mais pas à nous. Pendant 3 jours, je me suis cassée le dos à manipuler des milliers de foie gras, de chocolat, de champagne, j'ai sué sang et eau, j'ai supporté des mâles exécrables, et je n'ai même pas le droit à une pauvre boîte de chocolat qui reste en trop.
J'aurais mieux fait de les planquer et de les bouffer en douce.

 

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12/08/2020

Travail à la chaîne, suite

travail chaine.jpgLire le début ici.
La personne la plus haut placée que je verrai est une sous-fifre du service marketing, qui m'annonce en quoi va consister le boulot.
Je serai bien dans les locaux prestigieux de la chaîne, je vais bien contacter des journalistes... mais pas directement. 
Non, je vais leur adresser... des colis.

Je remplis juste des cartons de cadeaux, à l'approche de noël, pour les principaux annonceurs et partenaires de la chaîne. Je dois installer dans chaque colis une bouteille de champagne, un bloc de foie gras et un ballotin de chocolat.
Des milliers de mets appétissants qui me mettent l'eau à la bouche, que je manipule du matin au soir, sans pouvoir les goûter. A force de les toucher, je connais en détail leur composition. Les différents parfums de chocolat. J'ai hâte de déguster celui fourré au caramel, qui promet d'être fondant à souhait. Celui avec une pointe de poivre noir m'intrigue aussi, quel mélange étonnant, qu'est-ce qu'il peut bien donner ? Quant au foie gras, j'adore ça, je pourrais en manger des kilos. Puis ce plat est forcément associé à la fête, à noël, aux cadeaux, aux moments joyeux de partage. Je sais que le champagne est des plus réputés, même si je ne l'ai jamais goûté, bien trop cher pour ma bourse. Je m'imagine déjà ouvrir une bouteille le dernier jour pour fêter la fin de la mission. Je me vois faire sauter le bouchon avec le petit "pop" caractéristique, verser le précieux liquide sans déborder dans les verres, à part égale, goûter les bulles piquantes, grisantes...  J'en ai l'eau à la bouche. Une torture.

Je me console en pensant qu'à la fin de ces 3 jours de labeur, j'aurais ma récompense : on va forcément m'offrir un carton à moi aussi pour me remercier, comme on l'a fait avec un parfum lors d'un précédent travail pour une marque de cosmétiques (un parfum au flacon rose bonbon, qui puait atrocement, d'une valeur de 120 euros ! J'ai essayé de le revendre, en vain : personne n'a envie de sentir le désodorisant pour WC).
J'emballe des milliers de présents, la direction n'est pas à un carton près, elle peut bien m'en offrir un. Avec le fric qu'elle engendre. Au pire, au moins, elle peut me céder un des objets du colis. Une erreur va bien survenir à un maillon de la chaîne, sur des milliers de produits, c'est inévitable : à la commande, un foie gras de trop... au transport, un carton qui s'égare... à la mise en boîte, une bouteille qui se casse, l'oubli d'installer l'un des cadeaux dans le colis...

Je mérite bien cette récompense. Si le travail paraît des plus simples, il est néanmoins fastidieux et physique. Je dois aller chercher les cartons au sous-sol, alors que je travaille en tour, avec un chariot difficile à manipuler. J'assemble les colis, qui se présentent  sous la forme de plaque de carton au début, puis j'installe les produits dedans. Une fois les colis emballés, je les empile dans une pièce plus loin, puis les redescends en chariot au sous-sol. Je m'égratigne ou me coupe avec le cutter pour ouvrir et assembler les cartons. Je me fais mal au dos, aux mains, aux articulations et aux genoux en portant des charges lourdes et difficilement maniables (les cartons n'ont pas d'anses, ils glissent entre mes bras, je les retiens comme je peux avec mes genoux). J'ai mal aux poignets à force d'exécuter des gestes répétitifs.

Mais plus que la tâche à accomplir, c'est la coordination avec mes collègues qui reste la plus difficile...
A suivre...

 

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