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30/09/2015

Tatie Danielle, suite

tatie danielle grimace.jpgComme tous les enfants, ma nièce pose beaucoup de questions auxquelles je n’ai pas les réponses, mais mon neveu qui sait tout peut les lui donner. (voir en lien le billet sur lui)
Nièce : «  C’est quoi ça ?
Moi : - Ben, une bestiole.
Neveu : - Non, c’est un gastéruption à javelot. Je l’ai lu dans mon livre sur les insectes.
Nièce : - C’est quoi ça ?
Moi : - Demande à ton frère… »

Celui-ci s’est empressé de lui raconter les « choses de la vie ».
J’emmène ma nièce avec moi au marché. Chaque semaine, on achète des légumes bio chez la marchande, qui se penche toujours vers ma nièce pour lui faire des « gouzi-gouzi » :
« Alors ma petite, qu’est-ce que tu racontes de beau aujourd’hui ?
Nièce, d’un ton assuré :
- Eh ben moi, j’ai une zézette !! Et elle soulève fièrement sa robe pour le prouver.
Regard consterné de la vendeuse. Et des 12 000 passants qui s’arrêtent pour observer le spectacle.
- C’est mon frère qui me l’a dit ! »

Une semaine plus tard, rebelote.
« Alors ma petite, qu’est-ce que tu racontes de beau aujourd’hui ?
- Eh ben moi, je dis des gros mots !
Fermière, rigolant : - Oh oh, et tu dis quoi alors ? (elle doit s’attendre à des expressions gentillettes, ou à un classique « merde » qui aurait été prononcé malencontreusement devant l’enfant.)
Ma nièce, toujours très fière, et très fort, avec sa voix enfantine, regardant droit dans les yeux la vendeuse :
- Sale pétasse !!!

Le monde s’arrête de tourner un instant, le temps qu’un ange passe et que la marchande, moi, et les 12 000 clients restent pétrifiés sur place. J'imite Jacques Martin pour dégeler l’atmosphère :
« Les enfants sont formidables ! Ah là là! Je me demande où elle a appris ça…
- C’est mon frère qui me l’a dit ! »

La fermière et les 12 000 autres ne sourient pas du tout, eux, et me regardent d’un air désapprobateur (quelle mal élevée ! c’est un scandale ! ah les jeunes, aucun respect !) J’ai songé à abandonner ma nièce sur place :
« Cet enfant ? Non, connais pas, jamais vu. Je l’ai trouvé qui errait toute seule, alors je l’ai gardée avec moi pour qu’il ne lui arrive rien, je me suis dévouée… mais attendez je vous la laisse, je vais chercher plus loin les parents… non je vous assure, c’est pas la mienne ! On n’a pas le même sang ! La preuve, elle est blonde aux yeux bleus, vous voyez bien, rien à voir ! (et là je plante l’enfant et elle hurle comme dans le film « j’ai perdu ma tatie !!! » voir extrait en lien)

Intérieurement, j’avais envie de rire et même de féliciter ma nièce :
«  T’as bien raison, 2,5 euros le kilo de carottes, nan mais pour qui elle se prend ! »

Suite et fin demain

 

 

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28/09/2015

Tatie Danielle

tatie danielle.jpgQuand elle était bébé, je ne vous cache pas que garder ma nièce relevait plutôt de la corvée :
« Quel est ce délicat parfum qui envahit mes narines ? oh justement j’adore changer les couches, surtout après le repas, quel plaisir ! »

L’interaction et les échanges avec un bébé ne sont pas très stimulants intellectuellement :
Tu me tends ta peluche. Je te la rends. Tu me la redonnes. Je te la rends. 25 fois. Tu t'acharnes à vouloir mettre en tapant dessus le cube dans le trou pour le triangle. Tu appuies comme une malade sur ton téléphone Minnie, le ventre de ton poupon qui pleure, le jeu d’éveil avec environ 12 millions de sonneries et bruits insupportables (mais quel sadique a inventé ça ?!!!) Tu me montres ton livre d’animaux : « là, c’est le chat. Le chat fait maow. Oui je sais, je « fais super bien le chat ».
Un enfant ne comprend même pas les références cinéphiliques.

Les conversations avec un bébé sont toujours pleines d’échanges fructueux :
« Pourquoi tu pleures ? t’as faim ? t’as sommeil ? tu t’ennuies ? M’enfin pourquoi tu t’échines à me vriller les tympans ? réponds quoi ! » « Le dosage pour ton biberon, c’est combien déjà ? tu sais pas ? si je fais au pif, ça donne quoi, je t’empoisonne ? Pire, tu me vomis dessus ? »

Je m’échine à lui apprendre à parler :
«  Je suis qui moi ?
Silence.
- Rien c’est ça ?! Je ne suis rien pour toi ! Vas-y, dis-le !

Répète après moi : pa-pi-llo-te.
- Papa.
- ok laisse tomber. »

Avant mon nom, ma nièce a d’abord prononcé un mot bien plus important et pourtant difficile à dire : « chat ». Elle le hurlait en courant avec enthousiasme après les pauvres bestioles pour leur tirer la queue. Elle a retenu sans problème le nom des 3 matous. Mais pour le mien, je pouvais me gratter.

Maintenant qu’elle a deux ans et demi, elle épelle enfin mon prénom sans trop de problème et parle enfin. Ce qui est beaucoup plus intéressant. Et elle parle beaucoup. Parfois même un peu trop... ( je me demande de qui elle tient…)

Suite demain

 

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25/09/2015

First light, pilou pilou

asterix barde.jpgJe range tranquillement des bouquins lorsque mon collègue surgit en trombe :
- Je vais t’étrangler !
- Qu’est-ce que j’ai fait encore ?
- Toute la journée, tu n’arrêtes jamais, jamais…
- Mais quoi ?!!!
- Je disais rien, c’était discret, on est habitué depuis le temps…

Un autre collègue se joint à la conversation en s’esclaffant : - Ah oui je vois très bien de quoi tu veux parler, haha !
- M'enfin ?!
- Mais tu t’en rends pas compte ? C’est pas possible là : tu chantes tout le temps !!!!

L’autre fayot en rajoute une couche : - ça c’est sûr, on l’entend arriver avant de la voir, on sait tout de suite qu’elle est là.
- Je chante, je chante soir et matin… C’est même pas vrai ! Je chante pas !!
- Non, c’est pire : tu fredonnes ! « mmumhhhummhmmuh » ou tu sifflotes entre tes dents « tchitchiii chuchouchuchou» toute la sainte journée !
- Car j’étais sur la route toute la sainte journée, je n’ai pas vu le doute en toi s’immiscer
- Ça ne dérange pas mais…
Fayot-perroquet : - Ah non, ça ne dérange pas, ça met de l’ambiance.
- Mais là c’est plus possible, t’es sur le même air depuis des jours, tu le fredonnes tu le siffles tu le chantes, mais sans connaître les paroles ! Par pitié apprends-les au moins ! Hier soir à cause de toi j’ai chanté : « first light, pilou, pilou, palou, pala, papaïou papala ! » Tu me rends timbré !

- C’est pas de ma faute on comprend rien à que cqui dit le chanteur et il chante même pas la France ! Puis t'as qu'à venir au concert avec moi ! Bien fait !
- Apprends les paroles ou tais-toi !! Ou repasse à Polnareff je préfère encore, au moins tu les connais par cœur !
- C’est vrai j’ai l’autorisation ?! (J’associe le geste à la parole en tapant des mains et du pied sur les syllabes) : « Femme que j’aime c’est Ta-ta-ta-Ta, femme que j’aime, mais
- Ce n’est pas toi, ça c’est sûr !!!! »
Et il s'en va, avant de voir la fin de ma superbe chorégraphie, la même depuis mes 8 ans lorsque je chantais Polnareff devant le miroir, avec ma corde à sauter en guise de micro.

asterix barde 2.jpgUne heure plus tard, je vais voir le collègue des chansons :
- Bon j’ai essayé, mais c’est bien pour te faire plaisir !
- Pour me faire plaisir, qu’est-ce qu’il faut pas attendre…
Je sors une feuille de derrière mon dos.
- Qu’est-ce que c’est que ça ?!
- Ben j’ai imprimé les paroles ! Attends ya au moins 200 mots, la dernière fois que mémé Alzheimer a appris un truc par cœur j’étais en 6ème, vive les pompes !
Je prends mon inspiration et je chante consciencieusement comme une élève disciplinée :
- « Sending out a signal from the city we went, Towards a future that is greener than the money we spend… Tu vois, ya trop de mots ! Puis je les prononce mal ! Alors que Pilou Pilou, c’est plus rythmé ! C'est bon, j'ai fait un effort pour toi, maintenant à ton tour : tu viens au concert de Django Django avec moi ce soir alors ?

Collègue s’écroule sur son bureau, abattu.
J'ai attendu, attendu, il n'est jamais venu, zaï zaï zaï zaï.

Le collègue des chansons quitte définitivement le travail dans une semaine, je vais lui manquer, c’est sûr. Ironie du sort, lui qui ose se moquer de mes supers chansons, vient de découvrir son nouveau boulot : vérifier l'état de conservation, donc écouter... des vieux 78 tours de la chanson française. Ça ne s'invente pas. Demis Roussos et Guy Béart sont vengés. J'en rigole encore.

Je chante soir et matin
Je chante sur mon chemin

 

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20/09/2015

Guy Béart, il n'y a plus d'après

Guy-Beart-et-sa-fille-Emmanuelle.jpgGuy Béart est décédé mercredi 16 septembre, à 85 ans, d’une crise cardiaque en pleine rue, alors qu’il se rendait chez le coiffeur.
Je l’ai toujours dit : ces individus sont dangereusement stressants. Ma question existentielle du jour était justement « vais-je chez le coiffeur ou pas ?  Il va encore me mettre le moral à zéro : « han ! Mais que vos cheveux sont fins !  j’ai jamais vu ça, de vrais cheveux de bébés ! (donc très doux pourtant !)
Je suis sûre que le coiffeur de Guy Béart était aussi peu diplomate et que le chanteur angoissait avant de le voir. Oui, le coiffeur l’a tué.
Ma chanson a dit la vérité, vous allez m’exécuter.

J’aimais bien la tendresse des chansons de Guy Béart et sa bonne bouille de père tranquille. Ma mère chante souvent en cuisinant, et ça m’a rappelé quand elle préparait son fameux gâteau au chocolat en chantant « Je voudrais changer les couleurs du temps, changer les couleurs du monde… » Attirée par le bruit du fouet (à gâteaux hein, je suis pas maso) je me tenais tapie dans l’ombre, attendant qu'elle aille chercher son plat pour plonger une grosse cuillère dans la pâte, avant que ma mère se retourne en rouspétant (pourtant le mélange œufs-sucre cru est bien meilleur que le gâteau en lui-même, non ?)

manon des sources.jpgDe Guy Béart, ma chanson préférée reste l’eau vive. Elle m’évoque le Manon des sources de Claude Berri, gros choc de ma jeunesse, avec Emmanuelle Béart, la fille du chanteur. Comme un présage, le musicien a composé L’eau vive en 1958, cinq ans avant la naissance de son enfant, et 18 ans avant le film emblématique qui a popularisé Emmanuelle Béart. Comme dans Manon des sources, la chanson parle d’une fille très belle et sauvage, qui mène son troupeau de chèvres et les hommes à la baguette : ils en tombent amoureux mais elle garde sa liberté. 
Quand j’ai vu Emmanuelle Béart pour la première fois, j'ai pensé comme Ugolin (Daniel Auteuil) : voici la plus belle femme du monde ! (Avant qu’elle ne décide de se massacrer en transformant ses lèvres délicates en bec de canard w.c.) Et si libre, si gaie ! Pauvre Ugolin, gentil, simple, éperdument amoureux de la femme inaccessible ! Comme je compatissais ! Il ne faisait pas le poids face au jeune et bel instituteur Hyppolyte Girardot, sûr de lui et de son intelligence. Mais je me consolais en apprenant que dans la vie réelle, le vilain canard avait triomphé : Daniel Auteuil a épousé Emmanuelle Béart.

Ma petite est comme l’eau, elle est comme l’eau vive
Elle court comme un ruisseau, que les enfants poursuivent
Courez, courez, vite si vous le pouvez
Jamais, jamais, vous ne la rattraperez.

Guy Béart a repris de vieilles chansons françaises, qui plaisent aux vieux comme ma mère :
« Mon amant me délaisse, o gué vive la rose ! Je ne sais pas pourquoi, vive la rose et le lilas, il va en voir une autre, o gué, vive la rose ! Ne sais s’il reviendra, vive la rose et le lilas. »
« Sur le pont de Nantes, un bal y est donné, la belle Hélène voudrait bien y aller, ma mère, m’y laisserez-vous y aller ? Non non ma fille, vous n’irez point danser »

Les enfants apprécient aussi les chansons de Guy Béart pour leur aspect conte d’apprentissage. On leur apprend souvent à l’école, ou en colo, au coin du feu. Comme par exemple : les souliers que j’aimais bien chanter :
« Dans la neige, il y avait deux souliers, deux souliers, dans la neige, qui étaient oubliés. Passe un homme, qui marche à grands pas, à grands pas, passe un homme qui ne les voit pas. Une femme qui regarde mieux, une femme n’en croit pas ses yeux. Combien d’hommes qui passent sans voir ? Combien d’hommes qui n’ont pas d’espoir ? Quelle chance, je suis arrivé ! Quelle chance, je les ai trouvés ! J’ai couru nu-pieds tant de chemins, j’ai couru, je les prends dans ma main. Je les chauffe, ils sont encore froids, je les chauffe, je les garde sur moi. Ô miracle, les petits souliers, ô miracle, sont juste à mon pied ! Dans la neige, ils m’étaient promis, dans la neige, je cherche une amie. »

En apprenant le décès de Guy Béart, j’ai envoyé le traditionnel sms à mon frère :
« T’as vu qui est mort ?
- Oui, je ne passerai pas voir la mère aujourd’hui, elle va me chanter tout le répertoire… »

Ce que je me suis empressée de faire jeudi à mon collègue des chansons :
«  Viens ! C’est la fête en semaine, viens ! Je t’attends tu ne sais plus rien ! Plus rien ne nous sépare, viens !
- Justement je suis bien content de quitter ce boulot ! Plus de chansons à subir ! Oh oui « c’est l’espérance folle ! »
- Maintenant que tu vis, à l’autre bout de Paris, quand tu veux changer d’âge, tu t’offres un long voyage, tu viens me dire bonjour au coin de la rue du four, tu viens me visiter, à saint Germain des prés
- Ah mais Il n'y a plus d'après !! Je suis pas maso !!!
- Petit à petit tout s’effiloche, tout finit, je ne reçois plus que des taloches de la vie
- oui, c’est ça !
- Mais demain je recommence ! mais demain je vais retrouver ma chance, c’est certain, j’ai gardé comme une flamme, qui éclaire un peu mon âme, j’ai craqué une allumette dans ma tête !
- C’est sûr t’es bien cramée !! »

Il rouspète mais je sais très bien que mes chansons vont lui manquer. Comme manquera Guy Béart à la chanson française :
La mort c’est une blague
La même vague nous baigne toujours
Et cet oiseau qui passe porte la trace d’étranges amours.

Quiz On connaît la chanson, retrouvez 9 titres dans le texte.

 

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