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24/06/2012

Le grand soir

grand soir.jpgBenoît Poelvoorde♥♥ incarne « un punk à chien », «Not», du nom gravé sur son front. Il vient traîner dans la zone commerciale où ses parents (la mère Brigitte Fontaine, toujours aussi chtarbée) tiennent une « pataterie » et son frère (Albert Dupontel ♥♥) est vendeur dans un magasin de literie. Ce dernier, qui veut mener une existence classique (il est marié et a un bébé) ne jure que par le confort matériel. Il ne voit pas d’un bon œil la venue du marginal. Pourtant, suite à son licenciement, Dupontel quitte le rang pour suivre la punk-attitude de son frère : rejeter la société de consommation et vivre sa vie comme il l’entend… (voir bande annonce en lien ci-dessous)

Le grand soir est signé par le duo de Groland, Gustave Kerven et Benoît Délépine. Ils ont réalisé ensemble quatre films, et je trouve que ce dernier est le meilleur. Pour Aaltra et Avida, je n’étais pas habituée à cet univers particulier, cet humour noir et absurde, ces personnages pitoyables. J’ai plus apprécié Louise Michel, avec Yolande Moreau (ex Deschiens) : son patron délocalisant l’usine, elle paie un tueur à gages ridicule (Bouli lanners) pour le faire assassiner. J’ai aussi aimé Mammuth, où Depardieu part à la recherche de ses points de retraite manquants.

grand soir feu.jpgLe grand soir, qui fait référence à la notion révolutionnaire prônant une société nouvelle, commence par la longue errance de Poelvoorde/Not dans les rues de sa ville jusqu’au centre commercial, à la recherche de bières et de quelqu’un avec qui les partager. Comme souvent chez les réalisateurs, le début est  lent et contemplatif, pour signifier le vide et la dure vie du punk, et j’ai craint de m’ennuyer, à tort. On voit ensuite toute la famille réunie autour d’un repas surréaliste. Les deux fils parlent en même temps de choses totalement différentes : le punk de son mode d’existence et de l’accueil que lui font les habitants, le fils rangé du dernier appareil high tech à la mode et de l’achat à crédit.  Toute la salle de cinéma explosait de rire, ce qui était le but, mais je ressentais d’abord le malaise que crée ce décalage. J’ai eu la même sensation lorsque Dupontel, licencié, le compte en banque vidé par sa femme qui l’a foutu dehors, tente de s’immoler en plein supermarché, devant tous les clients poussant leur chariot, sans que personne ne réagisse. Le film illustre l’individualisme de la société et le repli sur soi en temps de crise. S’il crée un goût de révolte à travers les actes des personnages pour s’en sortir et réveiller les consciences, il ne donne pas vraiment d’espoir.

grand soir not dead.jpgLes réalisateurs utilisent souvent des plans larges afin de montrer l’absence de communication entre les personnages, comme pour la scène dans le supermarché. J’ai éclaté de rire lorsque Poelvoorde tente lamentablement de vanter les mérites de son frère licencié en tendant un C.V trempé à une hôtesse, tandis qu’à l’arrière plan on voit Dupontel  crever des ballons un par un (voir l'extrait en lien). Plus tard, avec un magnifique plan séquence dans un vaste champ, Dupontel/Don Quichotte se battra contre un pauvre arbuste.
J’ai vraiment estimé que le film démarrait et devenait drôle lorsque Dupontel se met à péter les plombs. Comme les autres spectateurs, j’ai pu rire de bon cœur à de maintes reprises face aux situations absurdes. Certaines idées scénaristiques sont même poétiques : les personnages décident d’aller littéralement « droit devant eux » sans dévier de leur chemin pour prendre la route balisée. Ainsi ils traversent un lotissement en escaladant les barrières, rentrant chez les habitants, ressortant par la porte du jardin, tout simplement parce qu’ils vont « tout droit ». L’utilisation des lettres des enseignes publicitaires est également une belle idée poétique.

L’humour noir est toujours de mise, par exemple lorsque les deux frères surprennent un homme la corde au cou et tentent de le dissuader de se suicider : « mais ce n’est pas original comme façon de faire ! » « Tu vois, je suis psychologue, j’ai senti qu’il n’allait pas bien ». L’homme suivra le conseil : il mettra finalement fin à ses jours de manière beaucoup plus spectaculaire.

Comme pour Aaltra, la B.O est signée par Les wampas, qui ont d’ailleurs enflammé la croisette au dernier festival. On voit un concert du groupe lors du film. Poelvoorde slame au-dessus du public, pensant communier avec lui, mais les spectateurs le portent jusqu’à une poubelle… Comme beaucoup je pense, j’ai découvert les Wampas avec leur fameuse chanson polémique, qui comme toute œuvre censurée provoque inéluctablement l’effet inverse escompté : le public curieux se presse de découvrir l’objet de la discorde. Je parle de la chanson Chirac en prison (« j’attends 2007, c’est mon seul espoir de sortir du brouillard, c’est ma dernière chance, faut que j’aie confiance en la justice française ».) Lors du passage de la pub, le nom du président était barré par un rectangle noir et un « bip » pour ne pas le reconnaître ! La télé refusant d’en faire un clip,  les Guignols s’en chargeront. Les Wampas ont ensuite connu le succès avec leur hit Manu Chao. Dans Le grand soir, on entend leur chanson Comme un punk en hiver.
grand soir chien.jpgOn peut écouter aussi des refrains de Noir Désir ou Brigitte Fontaine : je suis in- inadaptée. La chanteuse a d’abord refusé d'apparaître dans le film, expliquant qu’elle ne voulait jouer qu’une « sorcière dans la forêt ». Les réalisateurs ont alors réécrit le scénario en remplaçant le terme « la mère » par « la sorcière dans la forêt » et Brigitte Fontaine a accepté le rôle…
Autre star du film, le chien bien évidemment ! La même race que celui de The artist, mais pas du tout le même caractère : il a mordu toute l’équipe durant le tournage, envoyant même le premier assistant à l’hôpital. Un vrai rebelle, un punk quoi.

17/05/2012

Les Gérard du cinéma 2012

guerre des boutons.jpgHier commençait le festival de Cannes, présidé par Nanni Moretti ♥♥.
En même temps que j’écris ceci, je regarde la cérémonie en parallèle sur Canal+, la commente sur Twitter et réponds à mes « follower » (mémé nulle en nouvelle technologie essaie de faire croire qu’elle est trop hype, mais ne trompe personne hein ?) Ah oui, et je mange aussi. Je fais 4 choses en même temps, ma concentration est donc au top.
Vous attendez la liste des films en compétition ?  Mémé toujours en retard de deux trains vous la donnera dans six mois comme d’habitude, quand la cérémonie sera finie. Non, je préfère vous dévoiler le palmarès d’un évènement tout aussi glamour, sérieux et essentiel… Les Gérard du cinéma. Les intitulés ne jouent pas dans la finesse, ni dans le politiquement correct. Cette année ils sont moins drôles, moins humour potache et bon enfant, et certains sont vraiment limites, mais d’autres font sourire et jettent un (petit) pavé ou plutôt parpaing dans la mare.

Anna-Mouglalis.jpgGérard de l'acteur qui ferait bien d'arrêter de se la jouer et d'apprendre à jouer tout court :
Tomer Sisley dans Largo Winch 2 de Jérôme Salle
Jean-Paul Rouve dans Low Cost de Maurice Barthélémy (ex Robin des bois)
Anna Mouglalis dans Chez Gino de Samuel Benchetrit
Eric Cantona dans De force de Franck Henry
Louis Garrel dans Les Bien-aimés de Christophe Honoré

Je suis d’accord avec cette sélection, sauf pour Jean-Paul Rouve qui me semble au contraire plutôt humble. Anna Mouglalis est très belle, mais sa voix éraillée et son attitude un peu snob me congèlent.

Gérard du film avec des malades, des handicapés, des béquilles, des brancards, des fauteuils roulants, de l'Actifed, du Voltarène, du Primpéran, des bilans sanguins, des feuilles de remboursement, des courbes de température et des plateaux repas avec de la macédoine tiède. Et un petit suisse.
La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli, avec Jérémie Elkaïm
Intouchables d'Eric Toledano et Olivier Nakache, avec François Cluzet et Omar Sy
Lourdes de Jessica Hausner, avec Sylvie Testud
Je n'ai rien oublié de Bruno Chiche, avec Gérard Depardieu
Ma compagne de nuit d'Isabelle Brancard Brocard, avec Emmanuelle Béart

C’était à prévoir, mais pour une fois que le cinéma français parvient à sortir du mélo et faire rire d’un évènement tragique, il faut se réjouir.

Gérard du membre de duo qui l'a dans le cul :
Olivier Baroux, comparse de Kad Merad
Yvan Le Bolloch’, comparse de Bruno Solo dans Caméra café
Fred Testot, comparse d’omar Sy dans le S.A.V
Alexandra Lamy, compagne de Jean Dujardin
Kool Shen, comparse de Joey Starr dans le groupe N.T.M

Quel titre délicat. Fred Testot ne rencontre pas autant de succès avec ses films que son ami du S.AV. Son rôle dramatique dans Gardiens de l’ordre cassait son image de comique, mais le film n’était pas transcendant et est passé inaperçu. Testot apparaît dans trois films cette année, dont Le marsupilami, carton au box office. Dépressions et des potes et le dernier Sea no sex and sun sont mal notés par les critiques. Le césar ne reviendra pas tout de suite à Fred, mais il peut se consoler avec son parpaing.

monsieur papa.jpgGérard du film tellement riche en sucre, en miel et en guimauve que si t'as le malheur d'avoir pris du pop-corn, t'es sûr de dégueuler dans le seau :
La Délicatesse de David Foenkinos, avec Audrey Tautou
Ma part du gâteau de Cédric Klapisch, avec Karine Viard
Le Fils à Jo de Philippe Guillard, avec Gérard Lanvin
Mon père est femme de ménage de Saphia Azzeddine, avec François Cluzet
Monsieur papa de et avec Kad Merad

Encore un intitulé raffiné. Je n’ai vu que Mon père est femme de ménage, effectivement assez gnangnan et plein de bons sentiments, et Ma part du gâteau, je me suis endormie devant. Si quelqu’un peut me raconter la fin, j’en étais au moment où ils arrivent à Londres puis me suis retrouvée subitement au générique…

Gérard du film qui n'existe pas. Encore.
Le Vélo rouillé des frères Dardenne, avec Emilie Dequesne et Olivier Gourmet
Pa ni pwoblem de Lucien Jean-Baptiste, avec Firmine Richard et Edouard Montoute
La Famille Rossignol de Christophe Baratier, avec Gérard Jugnot, Kad Mérad, Gérard Jugnot et Mathilde Seigner. Et Gérard Jugnot.
Bisexuality Tokyo 2 AM de Christophe Honoré, avec Louis Garrel et Chiara Mastroiani
Yakuza Furious Game d'Olivier Mégaton et Luc Besson, avec Jason Statham, Jet Li et Louise Bourgoin
Tous coupables de Mathieu Kassovitz, avec Mathieu Kassovitz
Moi de Frédéric Beigbeder, avec Gaspard Ulliel et Pauline Lefèvre

Mon Gérard préféré ! Les intitulés pour Christophe Honoré, Beigbeder et les frères Dardenne sont particulièrement bien pensés ! En revanche le deuxième est vraiment lourd. Kassovitz ne pouvait que gagner avec sa polémique sur les césars, comme je l’ai déjà mentionné ici « Une seule nomination aux César. J’enc.. le cinéma français. Allez vous faire bais... avec vos films de m.. » (J’ai censuré).

podium jp rouve.jpgGérard de l'ancien Robins des bois qui devrait arrêter, maintenant. Ou à la limite reformer les Robins des bois. Mais loin. A Sherwood, par exemple.
Jean-Paul Rouve dans Légitime défense de Pierre Lacan
Jean-Paul Rouve dans Low Cost de Maurice Barthélémy
Jean-Paul Rouve dans Les Tuche d'Olivier Barroux
Jean-Paul Rouve dans Poupoupidou de Gérarld Hustache-Mathieu

Le comique était un peu mon chouchou, à cause de sa dégaine de Gaston sans doute (je me retrouvais en lui). Il faisait un sosie parfait de Polnareff dans Podium, il était drôle dans les Robins…N'est-ce pas une erreur de se lancer dans les rôles dramatiques… Je l’ai vu dans Poupoupidou, j’ai apprécié le film et sa prestation ne m’a pas trop gênée. Mais Légitime défense… je sais pas, peut-être que je reste sceptique parce que j’imagine toujours Jean Paul Rouve avec une perruque blonde et des lunettes noires ? L’erreur vient peut-être de la direction d’acteur et des dialogues calamiteux ?
J’avoue avoir éclaté de rire quand il téléphone à son père : « Papa t’es où ? Ils ont tué Filou ! » et pourtant, on parlait bien de son chat tué par les méchants (j’ai hurlé lors de cette scène, tuer un CHAT QUOI).
Quant à Tuche diffusé en ce moment sur Canal+, vu la bande annonce qui passe en boucle, je ne me sens pas le courage. Et pourtant je regarde quasiment tous les films de la chaîne (j’ai l’impression de rentabiliser mon abonnement)

Gérard de l'actrice qui bénéficie le mieux des réseaux de son mari :
Arielle Dombasle dans Crédit pour tous de Jean-Pierre Mocky
Comme chaque année.

Girard di film halal :
Beur sur la ville avec Booder
Omar m'a tuer avec Sami Bouajila
Halal police d'état avec Eric Judor et Ramzy Bedia
La Source des femmes avec Leïla Bekhti
Or noir avec Tahar Rahim
Décidément les gérard ont décidé de taper dans ce genre d’humour limite… Et là je me rends compte que j’ai raté tous ces films !

bacri.jpgGérard de l'acteur culte qui tournait dans des bons films. Et puis, un jour visiblement, ça l'a fait chier.
Jean-Pierre Bacri dans Avant l'aube de Raphaël Jacoulot
Valérie Lemercier dans Bienvenue à bord d'Eric Lavaine
Clovis Cornillac dans Une folle envie de Bernard Jeanjean
Jean Reno dans Comme un chef de Daniel Cohen
Christian Clavier dans On ne choisit pas sa famille de Christian Clavier

Je ne suis pas d’accord. J’ai aimé ce film et  la prestation de Bacri, toute en retenue. Je n’ai pas vu les autres nommés.

Gérard de l'acteur, on espère que tu l'aimes bien, parce que t'es parti pour voir sa gueule partout pendant les trente prochaines années :
François Cluzet dans Intouchables
Omar Sy dans Intouchables
Joey Starr dans Polisse
Gilles Lellouche dans Les Infidèles
Jean Dujardin dans The Artist

Evidemment ! Gilles Lellouche joue aussi dans de nombreux films, et comme il est ami avec Dujardin il va certainement encore plus profiter de son réseau.

Hollywoo-Affiche-France.jpgJérar du film tro golri : ))) ROTFLOL ! ! ! ! ! ! XDDDD ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! fo tro k jaille le voir av les soss, pke jkiff tro c jore de film c tro bi1 ! ! ! MDRRRRR ma louloutte jte kiff kissoukissou ! ! !
Sur la piste du Marsupilami avec Jamel Debbouze et Alain Chabat
Halal police d'état avec Eric Judor et Ramzy Bedia
Les Mythos avec Stéphanie Crayencour
Hollywoo… avec Florence Foresti et Jamel Debbouze
Case départ avec Thomas Ngijol et Fabrice Eboué

Pitié pour mémé, on pourrait avoir une traduction de cet intitulé ? Merci d’avance. (je suis sûre qu’un jeune de moins de 20 ans me lit et comprend ce langage)

Gérard du film en costumes qui s'est pris une veste :
Henri IV de Jo Baier, avec Julien Boisselier
Jeanne Captive de Philippe Ramos, avec Clémence Poésy
La Fille du puisatier de et avec Daniel Auteuil
Or noir de Jean-Jacques Annaud, avec Tahar Rahim
Le Moine de Dominik Moll, avec Vincent Cassel

Ils se sont tellement tapés des vestes que je ne les ai même pas vus, et pour certains, n’en avais même pas entendus parler…

pierre-arditi-lcl.jpgGérard du rôle de sa vie :
Jean Rochefort dans Amaguiz
Alain Delon dans Krys
Pierre Arditi dans LCL
Charlotte Rampling dans Allianz
Robert Hossein dans Audika

J’aurais voté pour Delon, puis Rampling. Rochefort♥♥♥ me déçoit de jouer dans une pub, mais que voulez-vous, il reste mon chouchou.

Gérard du désespoir masculin :
Louis Garrel dans Les Bien-aimés de Christophe Honoré
Franck Dubosc dans Bienvenue à bord d'Eric Lavaine
Jérémie Elkaïm dans La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli
Jean Reno dans Comme un chef de Daniel Cohen
Elie Semoun dans L'Elève Ducobu de Philippe de Chauveron

judith-godreche.jpgGérard du désespoir féminin :
Mathilde Seigner dans La Guerre des boutons de Yann Samuell
Monica Bellucci dans Un été brûlant de Philippe Garrel
Pauline Lefèvre dans Voir la mer de Patrice Leconte
Judith Godrèche dans Low Cost de Maurice Barthélémy
Audrey Tautou dans La Délicatesse de David Foenkinos

Mais pourquoi ne pas récompenser Mathilde qui s’est si formidablement distinguée aux César ? Même si la voix et l'attitude nunuche de Godiche Godrèche m'insupportent.

Gérard du film :
Les Bien-aimés de Christophe Honoré, avec Louis Garrel
Comme un chef de Daniel Cohen, avec Jean Reno et Michael Youn
La Croisière de Pascale Pouzadoux, avec Charlotte de Turkheim
Hollywoo… de Frédéric Berthe, avec Florence Foresti et Jamel Debbouze
La Guerre des boutons et La Nouvelle guerre des boutons de Yann Samuell et de Christophe Barratier avec Eric Elmosnino et Matilde Seigner et avec Laetitia Casta et Guillaume Canet

Les Gérard ont mis les deux films rivaux dans le même sac de billes.

Et vous, que pensez-vous de cette sélection ?

08/04/2012

La rubrique nécrologique de la semaine : Claude Miller

claude-miller.jpgLa mort nous fascine… Dans ma cambrousse, un vieux rend visite à ma mère uniquement lorsque une personne de leur connaissance est décédée. Comme ils habitent un village où tout le monde se connaît, le vieux vient donc souvent. Lui et ma mère discutent gravement : « Mais il n’était pas si âgé ! C’est terrible tous ces cancers… Et sa femme qu’est ce qu’elle va faire, etc… » Une petite vieille se rend systématiquement à toutes les messes d’enterrements, même des personnes qu’elle ne côtoyait pas. C’est sa sortie du week-end, comme les autres vont se promener au parc. 

Je ne connais personne dans notre village, et quand ma mère me dit :
 « Le Jacquot est mort…
-Qui don’?
–Mais te sais ben, le Jacquot, on allait chercher le lait à la ferme…
- J’étais pas née je pense à l’époque… » (Quand je suis à la cambrousse je reprends l’accent et les mots patois)

Avec mon frère on a le même intérêt pour les morts, mais pour les célèbres. Je me souviens quand il m’a annoncé le décès de Gainsbourg (on était sur le pont à côté de chez nous et on a regardé longuement l’eau couler, j’en ai déjà parlé) Il avait aussi ouvert la porte de notre chambre brusquement et m’avait réveillée en sursaut pour me dire « Lady Di est morte ! » On  laissait de longues et tristes plages de silence pour la mort de Serrault♥♥♥ et Noiret♥♥♥…
Quand l’un de nous apprend le décès d’un artiste, il téléphone à l’autre pour lui faire deviner le nom… Je sais, c’est un jeu morbide, mais vous savez que j’adore les quiz…

Ca n’a donc pas loupé jeudi. Mon frère me téléphone :
"- T’as vu qui est mort ?
A son ton chagriné je comprends que c’est un artiste qu’on appréciait. (J’ai employé le même récemment pour Davy Jones des Monkees, et lui pour m’apprendre le décès de Gérard Rinaldi.)
- Non ! Un Français ?
-Oui.
- Un acteur ?
-Non. (ouf, Jean Rochefort♥♥♥ y a échappé)
- Un réalisateur ?
-Oui.
- Encore un ! Alain Resnais ? (Il a 89 ans…)
-Non, plus jeune… 70 ans
-Oh non, pas Claude Miller quand même ?!
-Si… »

Dans ses films, Claude Miller dévoilait à merveille la complexité des sentiments et rapports humains. Il excellait dans les duels psychologiques, comme avec La meilleure façon de marcher ou Garde à vue. Il s’est aussi attaché à démontrer les affres de l’enfance tourmentée et solitaire, à travers des films comme L’effrontée ou La classe de neige. A part le dernier, je les ai tous vus, et je les appréciais tous :

1976 : La Meilleure Façon de marcher
1977 : Dites-lui que je l'aime
1981 : Garde à vue
1983 : Mortelle randonnée
1985 : L'Effrontée
1988 : La Petite Voleuse
1992 : L'Accompagnatrice
1994 : Le Sourire
1998 : La Classe de neige
2001 : Betty Fisher et autres histoires
2003 : La Petite Lili
2007 : Un secret
2009 : Je suis heureux que ma mère soit vivante
2011 : Voyez comme ils dansent
2012 : Thérèse D

la_meilleure_facon_de_marcher.jpgSon premier long métrage est un de mes préférés, une vraie claque quand je l’ai découvert. Dans une colonie de vacances des années 60, un moniteur, Patrick Dewaere♥♥♥, surprend un collègue (Patrick Bouchitey) déguisé en femme. Dès lors, détenteur du secret qui lui accorde un moyen de pression et de supériorité, mais également troublé, il n’a de cesse de provoquer et d’humilier son collègue. Ce dernier est fiancé à la délicate Christine Pascal (qui comme Dewaere s’est suicidée). Un film perturbant, la scène du bal est d’anthologie. La meilleure façon de marcher est programmé ce soir à 20h30 sur France 2, ne le ratez pas.

J’apprécie beaucoup le deuxième film du cinéaste, qui n’a cependant pas trouvé le succès.  Il est adapté de Patricia Highsmith (L’inconnu du Nord Express, Plein soleil). Gérard Depardieu y incarne un homme qui sombre par dépit amoureux dans la folie meurtrière. J’ai découvert Dites-lui que je l’aime alors que j’étudiais les chapitres de la passion et du désir en philosophie, et je trouve que le film en est une bonne illustration.

garde-a-vue.jpgAvec Garde à vue, Miller  reçoit à la fois un succès critique et public, et une foule de récompenses (césar du meilleur scénario, meilleur acteur pour Serrault). Deux grands du cinéma s’affrontent en huis clos le soir du 31 décembre : Lino Ventura le commissaire, tentant de faire avouer Michel Serrault le supposé meurtrier, pendant que la femme de ce dernier, Romy Schneider, l’attend… Arte le diffuse ce soir.

Dans Mortelle randonnée, Michel Serrault interprète un détective qui a perdu la trace de sa fille (emmenée par son épouse). Il se prend d’affection pour une meurtrière (Isabelle Adjani) qu’il suit dans son périple et protège, comme si elle était sa propre fille… A noter que Serrault et Audiard le scénariste ont tous deux perdu un enfant dans des accidents de voiture avant le tournage (la fille de Serrault, à 19 ans, en 1977, et le fils d’Audiard en 75 –son deuxième fils n’est autre que le réalisateur d’Un prophète.) Paris première diffuse Mortelle randonnée à 22h40.

effrontée.jpgMiller poursuit son exploration des tourments de l’âme avec ce magnifique portrait d’adolescente, qui a marqué nombre d’entre nous : L’effrontée, lançant la carrière de Charlotte Gainsbourg. Une fille un peu sauvage, à part, s’ennuie dans sa campagne. Elle découvre un monde de rêve avec une belle pianiste de son âge en vacances dans la région. Elle imagine que sa nouvelle « meilleure amie » va la sauver de sa condition et l’emporter loin…

Avec La petite voleuse, on retrouve Charlotte Gainsbourg dans un personnage de campagnarde tout aussi effronté et voulant s’émanciper. Cette fois-ci, l’adolescente rebelle devient femme.

Romane Bohringer remplace Charlotte Gainsbourg dans le rôle de la fille idéalisant une amie, et confrontée à un monde différent. Dans L’accompagnatrice, pendant la seconde guerre mondiale, une pianiste timide suit une célèbre cantatrice dans son exil londonien.

Le sourire est un film mineur dans la carrière de Claude Miller, mais les éternels rapports ambigus s’y retrouvent, entre Richard Bohringer et Jean-Pierre Marielle♥♥♥ attiré par la troublante Emmanuelle Seigner.

Avec La classe de neige, adapté du roman d’Emmanuel Carrère (D’autres vies que la mienne, L'adversaire) le réalisateur dépeint encore un jeune tourmenté qui se plaît à raconter ses pensées sombres à son meilleur ami...
Dans Betty Fisher, cette fois-ci trois femmes adultes s’affrontent : une modeste serveuse (Mathilde Seigner), une écrivain talentueuse (Sandrine Kiberlain). La mère de cette dernière va provoquer la rencontre de ces univers différents, à travers le destin tragique de leurs enfants… TV5 monde le programme lundi.

petite_lili.jpgDans La petite Lili, librement inspirée de La mouette de Tchekhov, un jeune homme naïf qui rêve de devenir cinéaste (Robinson Stevenin) s’éprend d’une belle jeune fille de son âge, (Ludivine Sagnier). Mais l’ambitieuse prend à la place dans ses filets un cinéaste reconnu et plus âgé, Bernard Giraudeau♥♥♥. 5 ans plus tard, devenue célèbre, la jeune femme apprend que son ancien amoureux transi est enfin réalisateur et tourne un film inspiré de leur histoire, où il révèle la vraie personnalité de l’actrice… Un drame sentimental sur l’ambition, les rêves et illusions perdues…

un secret.jpgClaude Miller livre encore un film bouleversant avec Un secret, tiré du livre autobiographique de Philippe Grimbert (qui est devenu psychanalyste, on comprend pourquoi il a eu besoin d’explorer l’âme humaine, après le terrible secret de famille qu’il a découvert). Si vous ne connaissez pas l’histoire, je ne veux rien vous en révéler pour ne pas gâcher l’émotion qui ne manquera pas de vous submerger. 

Je suis heureux que ma mère soit vivante met encore en scène un adolescent mal dans sa peau. Il part à la recherche de sa mère qui l’a abandonné. Le film est adapté d’un faits-divers relaté par Emmanuel Carrère. Nouvelle révélation, Vincent Rottiers et son regard bleu acier, nommé mais qui ne remportera pas comme Charlotte Gainsbourg le césar du meilleur espoir. France 3 le programme ce soir à 22h45.

Je n’ai pas vu encore Voyez comme ils dansent, et le dernier film de Claude Miller sortira en octobre, il s’inspire du célèbre roman de François Mauriac, Thérèse Desqueyroux, avec Audrey Tautou dans le rôle titre.


Encore une grande figure du cinéma français qui s’en va…

Et vous, quel est le film de Claude Miller que vous préférez ?

28/02/2012

A la télé ce soir : OSS 117, Rio ne répond plus (et mon collègue non plus)

oss_rio.jpgJe n’ai toujours pas déchiffré mes notes prises en regardant le tapis rouge des Oscar (à 3 heures du matin, mes idées et mon écriture ne semblaient pas très claires). Didier Allouch et Laurent Weil m’ont bien fait rire comme d’habitude, j’essaie de vous raconter ça ce week-end (quand l’actualité sera bien périmée).
En attendant, ce soir, pour ceux qui ne sont pas lassés de voir Jean Dujardin en boucle à la télé, M6 rediffuse le deuxième OSS, Rio ne répond plus de Michel Hazanavicius, suivi d’un documentaire sur le parcours de l’acteur.

La semaine dernière je me suis encore fait avoir « non, tu ne vas pas le regarder, tu le connais par cœur… » mais les dialogues hilarants qui fusent en permanence m’ont une nouvelle fois scotchée à mon écran devant OSS117, le Caire nid d’espions. Mon neveu connaît toutes les répliques par cœur et les sort à tout bout de champ.
Parfois moi aussi, mais comme je ne suis pas entourée de jeunes de 20 ans comme lui mais de vieux croûtons au boulot, je fais chaque fois un flop. Par exemple pas plus tard qu’hier matin en arrivant au bureau, mon collègue m’a demandé « Ca va ? » et je lui ai répondu en singeant les mimiques de Dujardin : « Ma foi, comme un lundi ! ».
Il m’a regardé avec son regard vide et inexpressif habituel qui signifie « j’ai pas compris ». J’ai tenté comme chaque matin d’entamer un dialogue impossible, enthousiaste : « t’as vu, The artist a raflé 5 oscar !
-Di quoi ? !
avec une petite voix : - Mais tu sais le film français qui concourait aux oscar, le film muet avec Dujardin…
-Ah oui je vois ce que tu veux dire… je savais pas je regarde pas les journaux »
J’essaie vainement de trouver des points communs avec mon collègue depuis plus d’un mois. Peine perdue.

J’ai aussi fait un flop à la salle de pause, où je tentais vainement de réchauffer mon plat au micro ondes pendant qu’une autre employée s’impatientait derrière moi. Pour la dérider j’ai parodié : « mais pourquoi ça cuit pas ? » mais elle n’a pas compris la référence. (rassurez-vous je ne tentais pas comme Dujardin de faire rôtir à la broche un crocodile)

Ce soir, Hazanavicius (ou plutôt Hazavanicius comme disait Julie Depardieu en lui remettant le césar du meilleur réalisateur) va encore plus loin dans l’humour parodique et irrévérencieux. On sent qu’il était l’un des auteurs des Nuls, et bien sûr le réalisateur de l’un des films les plus cultes pour les cinéphiles,  La classe américaine.

Quelques citations :

Dolores : Ils font ça en signe de protestation. Ils veulent changer le monde.
Hubert : Changer le monde ! Quelle drôle d'idée ! Il est très bien comme ça, le monde, pourquoi le changer.
Dolorès  : En gros, pour faire simple, ils veulent faire l'amour, pas la guerre.
Hubert : Oh, mais l'un n'empêche pas l'autre. J'ai toujours fait les deux et jusqu'à présent, je n'ai jamais reçu aucune plainte !


Hubert [à un groupe de hippies] : Changer le monde, changer le monde, vous êtes bien sympathiques mais faudrait déjà vous lever le matin. Parce que je ne sais pas si vous êtes au courant, mais le monde, il ne vous attend pas, le monde. Il bouge et il bouge vite. Vous n’allez pas tarder à rester sur le carreau, j'vous le dis, hein. Parce que là vous êtes en vacances, très bien. Mais à la rentrée...
Un hippie : On n'est pas en vacances.
Hubert : OK, admettons. Vous avez pris une année sabbatique, très bien. Mais l'année prochaine, vous y avez pensé à ça, l'année prochaine ? C'est pas le monde qui va se plier à vos désirs, les enfants. C'est pas 68 année de la jeunesse. C'est pas comme ça que ça se passe. C'est le vrai monde dehors. Et le vrai monde, il va chez le coiffeur, déjà. Alors gna gna gna la guitare, les troubadours, tout ça c'est fini. (Un hippie lui tend un joint) Non merci j'ai les miennes. (l sort son paquet de cigarettes)


-Finalement, cette bande de hippies est plutôt sympathique, une fois passée la barrière de l'hygiène s'entend. Enfin, que voulez-vous, c'est la jeunesse. Tôt ou tard, la vie se chargera de leur couper les cheveux.

Carlotta (réveillant volontairement Hubert avec de l'eau au bord de la piscine) : Oh pardon, je suis affreusement maladroite. Apparemment je vous ai éclaboussé.
Hubert : Mais je vous en prie. D'ailleurs ne dit-on pas qu'une femme qui éclabousse un homme, c'est un peu comme la rosée d'une matinée de printemps ? C'est la promesse d'une belle journée et la perspective d'une soirée enflammée.
Carlotta : Quel réveil !
Hubert : Ah, je n'y suis pour rien. C'est l'inexpugnable arrogance de votre beauté qui m'asperge.

Si vous voulez en découvrir plus, regardez le film ce soir…