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04/10/2018

Aznavour emmené au pays des merveilles

aznavour.jpgJe ne sais trop que dire, ni par où commencer
Les souvenirs foisonnent, envahissent ma tête
Et mon passé revient du fond de sa défaite
Non je n'ai rien oublié, rien oublié...

... des chansons d'Aznavour que j'aimais.
J'ai découvert le chanteur à travers mon acolyte de toujours, Radio Nostalgie, qui me réveille depuis l'enfance. Mais mon principal souvenir lié à Aznavour reste celui-ci :

Le matin du premier jour du baccalauréat. Le bac. Événement que j'appréhende depuis l'école primaire, et qui a hanté les nuits de mon année de terminale, avec mes premières insomnies complètes sans fermer l’œil une minute. Le bac, cette abomination pour les élèves timides.
Je m'étais déjà allègrement plantée en français, alors qu'en série littéraire avec 18 de moyenne. Le médecin m'avait prescrit de l'euphythose, les comprimés contre le stress qui n'ont jamais fonctionné sur moi. Je me souviens en avoir pris 36. J'angoissais tellement que mon bras inondé de sueur était resté collé à la page de mon livre de français, qui gondolait. La prof compatissante ou qui devait me prendre pour une demeurée, me posait des questions de plus en plus simples, comme "qui sont les personnages ? " Cette attitude m'avait humiliée car je connaissais les réponses, mais elles refusaient de sortir. Mon bourreau m'a mis une note au pif, 6, ce qui devait correspondre à trois points par mots prononcés.
Et ce n'était que le bac français. Dénouement pathétique pour celui de terminale : je ne suis même même pas allée au rattrapage. Pour me punir, ma mère m'a exilée un an dans le trou perdu de la cambrousse, où j'étais (mal) vue comme la citadine. Je devais prendre tous les matins un car qui ne me ramenait chez moi que 10 interminables heures plus tard. Chaque matin, j'étais en retard (comme toujours aujourd'hui) et je courais après le bus scolaire.

Le premier jour du bac, je déroge à cette règle en étant à l'heure à l’arrêt du car. Je ne veux pas risquer de manquer l'épreuve de philo, la plus importante pour un littéraire, avec le quotient le plus élevé. Je ne veux pas encore rater mon bac et passer une année supplémentaire dans ce trou. Je veux rentrer à la fac pour enfin étudier la matière qui m'intéresse : le cinéma.
Pendant le trajet, la tension monte : "Il faut absolument que je le décroche cette fois". Les autres élèves ne paient pas de mine non plus. Une ambiance pesante s'installe, un silence inhabituel pour ce bus où règne normalement un joyeux brouhaha, les éclats de voix des élèves turbulents, et les remontrances du chauffeur. Pour une fois, les ados restent sages. Je me souviens des visages crispés, des regard perdus dans le vide ou agrippés aux feuilles de révisions, des yeux fermés comme en prière silencieuse "faites qu'on tombe sur les passions ou le désir comme sujet ! Faites que je l'aie !"

Soudain, le chauffeur interrompt les méditations silencieuses et met la radio. Les studieux penchés sur leurs notes lèvent le nez, l'air choqué : "Comment ! Je ne peux pas réviser dans ces conditions moi !"
Je suis surprise que le chauffeur ose interrompre le silence religieux, mais le flot des pensées négatives et stressantes s'interrompt lui aussi. Car je me mets à écouter les paroles.
La radio commence à diffuser Aznavour, Emmenez-moi.
Vers les docks, où le poids et l'ennui me courbent le dos
Ils arrivent, le ventre alourdi de fruits, les bateaux

Je fais le parallèle avec ma situation : l'ennui m'a courbé le dos toute ma scolarité. Je n'ai pas envie d'être ici, je subis la situation, le poids des exigences de la société qui estime que le bac est indispensable. Mon ventre gargouille, le peu que j'ai réussi à avaler me pèse sur l'estomac. D'ailleurs j'entends d'autres panses se manifester aussi. Lorsque je regarde mes camarades, je les remarque attentifs, le visage enfin éclairé : eux aussi écoutent attentivement la chanson :

azna 2.jpgIls viennent du bout du monde
Apportant avec eux des idées vagabondes
Aux reflets de ciel bleu, de mirages
Traînant un parfum poivré de pays inconnus
Et d'éternels étés où l'on vit presque nu
Sur les plages

Moi qui n'ai connu, toute ma vie
Que le ciel du nord
J'aimerais débarbouiller ce gris
En virant de bord

Mais oui ! Moi aussi je veux quitter ce bled pourri où il pleut tout le temps, je veux réussir mon bac pour enfin partir d'ici et réaliser mes rêves !
Cette pensée nous traverse tous. Un lycéen se met à chanter le refrain avec Aznavour :

Emmenez-moi au bout de la terre
On le regarde, étonné, amusé. Puis le chauffeur monte le volume de la radio, et chante à son tour. Il fait le geste d'un chef d'orchestre pour nous inciter à le suivre. Ça fonctionne. Un, deux, puis trois, puis tous les élèves se mettent à chanter le refrain en chœur :
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

Au deuxième refrain, tous les lycéens, même les réfractaires qui souhaitaient réviser, chantent le plus fort possible, avec entrain, en se balançant de droite à gauche au rythme de la musique, bras-dessus bras-dessous avec son voisin. Certains se lèvent, habituellement le chauffeur s'époumone au moindre mouvement "restez tranquilles à vos places !" mais là il ne dit rien, ou plutôt il continue à chanter Emmenez-moi.
A la fin de la chanson, qui correspond à l'arrivée au lycée où l'on va passer notre bac, tout le monde applaudit. On applaudit notre performance, et la prochaine qui va arriver dans quelques instants en passant l'épreuve de philo. A ce moment-là, je sais que grâce à Charles Aznavour et sa chanson Emmenez-moi, grâce à l'énergie et l'espoir que le chanteur m'a transmis, je vais réussir mon bac.
Merci Charles, tu as atteint le pays des merveilles aujourd'hui.

 

 

18/07/2018

And I love her, suite

paul jane.jpgAprès sa séparation avec Jane Asher, Paul se justifie encore : « Pour dire la vérité, les femmes à ce moment-là ont été mises à l'écart. Nous étions comme quatre mineurs qui descendent dans la fosse. Vous n'avez pas besoin de femmes dans la fosse, n'est-ce pas ? Nous avions installé comme une sorte de barrière de sécurité, avec beaucoup de blagues, de petits signes, de références à la musique. Il  était très difficile pour un «étranger» de pénétrer dans notre univers. Ce n'était peut-être pas bon pour les relations à l'époque. »
La future femme de McCartney, Linda, trouve la solution : elle l’accompagne lors des tournées de son nouveau groupe, les Wings, en jouant du clavier et participant au chœur. Comme ça, elle comprend  la vie d’un musicien, et si jamais une fan tente de se faufiler dans la loge de son mec, elle peut l’expédier à coups de pieds au cul cette pétasse, non mais.

paul et linda.jpegPaul et Linda se marient en 1969, un an seulement après la rupture avec Jane (comme ça m’aurait tuée de rester avec un mec pendant 5 ans, qui ne veut pas s’engager et me trompe, mais épouse la prochaine en moins de deux et reste avec jusqu’à ce que la mort les sépare 30 ans après !) Jane finit par se marier elle aussi, mais en 1981. 13 ans après leur séparation ! Elle a mis tout ce temps à s’en remettre ? Elle épouse Gerald Scarfe, un dessinateur qui a notamment réalisé la pochette du disque The wall des Pink Floyd. Ils sont toujours mariés, 36 ans après, alors que Paul a connu bien des déboires amoureux après le décès de Linda en 1998.

heather mills.jpgQuatre ans après la mort de sa femme, contre l’assentiment de ses enfants (en particulier la styliste Stella) qui se méfient de la promise, il épouse l’ancien mannequin Heather Mills. Il n'écrit pas de contrat de mariage, qui devrait pourtant être la base lorsqu’on possède l’une des plus grandes fortunes d’Angleterre ! Heather Mills est nettement plus jeune que lui (26 ans de moins) et elle a un air cruel de grosse méchante. Ils ont un enfant et très vite l’union tourne mal. Ils divorcent en 2006 et sans contrat de mariage, la femme peut donc prétendre à la moitié de la fortune de Paul… Elle empoche au final 31 millions d’euros. Avec cette séparation houleuse, les révélations pleuvent : Heather Mills est une ancienne call girl croqueuse de diamants, une « meilleure amie » révèle que le mannequin cherchait un homme fortuné pour le plumer… Le couple ne peut plus se blairer et fait la une des tabloïds anglais.
All you need is hate, il ne lui chantera plus « and I love her ».

Macca se console dans les bras de Nancy Shevell, une Américaine millionnaire, qu’il épouse en 2011. Il a peut-être pensé qu’elle, au moins, n’aurait pas besoin de son fric. Ils se connaissent en fait depuis une trentaine d’années. Il risque donc moins d’être surpris par son caractère. Espérons que le mariage dure, il peut lui dédier And I love her.

Comme je l’expliquais ici, McCartney est bien meilleur compositeur que parolier. Les paroles de And I love her ressemblent à de la drague de pacotille comme « ton père est un voleur, il a pris toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux ». Ou du maître Yoda : "Éclatantes sont les étoiles qui brillent, Sombre est le ciel" :

nancy.jpgI give her all my love
Je lui donne tout mon amour
That's all I do
C'est tout ce que je fais
And if you saw my love
Et si vous voyiez mon amour
You'd love her too
Vous l'aimeriez vous aussi
And I love her
Et je l'aime

She gives me everything
Elle me donne tout
And tenderly
Et tendrement
The kiss my lover brings
Le baiser de mon amour
She brings to me
Est pour moi
And I love her
Et je l'aime

A love like ours
Un amour comme le nôtre
Could never die
Ne mourra jamais
As long as I have you near me
Aussi longtemps que je t'aurai à mes côtés

Bright are the stars that shine
Éclatantes sont les étoiles qui brillent
Dark is the sky
Sombre est le ciel
I know this love of mine
Je sais que mon amour pour elle
Will never die
Ne mourra jamais
And I love her
Et je l'aime

16/07/2018

And I love her

jane.pngAnd I love her est sortie en 1964 dans l’album A Hard Day's Night. McCartney estime qu’elle est « la première ballade où je me suis impressionné » et Lennon l'appelle « le premier Yesterday de McCartney ».
Au départ cette douce mélodie était prévue comme totalement différente : un rock ! Vous pouvez écouter l’autre version ici.

Cette belle chanson romantique a certainement été écrite par Paul en pensant à sa petite amie de l’époque, Jane Asher. Les deux tourtereaux se sont rencontrés en 1963 lors d’un spectacle, alors que Paul n’avait que 21 ans, et Jane, seulement 17 ! Ils étaient pourtant déjà célèbres : Paul en tant que Beatle depuis deux ans, et Jane comme actrice depuis ses 5 ans.
Paul vit toujours dans le minuscule logement familial, où la seule pièce pratique pour composer est… les WC ! Contrairement à lui, la comédienne est issue d’un milieu aisé, son père est médecin, elle gagne bien sa vie, et surtout, sa famille habite une grande maison.
Paul vient s’y installer, on lui laisse une pièce entière pour sa musique. Il y écrit And I love her. Il reste 3 ans chez les parents de Jane (mais quel couple de Tanguy ! comme si il ne gagnait pas assez pour payer une maison).

Je trouve And I love her romantique à souhait et j’aurais rêvé qu’on l’écrive pour moi. Paul se défend de l’avoir composé spécialement pour Jane. Et pour cause, lors de ses tournées incessantes partout dans le monde, il la trompait effrontément avec les groupies. Quoi de plus facile, les filles campaient devant la porte de l’hôtel ou de la loge… Les Beatles s’en donnaient à cœur joie, et étrangement, j’avais vu lors d’une interview que Jane croyait que Paul lui restait fidèle.
francie.jpgLe chanteur expliquera ensuite que les tournées posaient problème (tu m’étonnes) parce que le couple se voyait de plus en plus rarement, qu’ils ne menaient pas la même vie, que la vie en tournée est difficilement compréhensible par les autres, avec le stress intense, les fans qui traquent les Beatles, les interviews… Paul révèle également qu’il n’était pas vraiment prêt à s’engager avec Jane, et que sa maîtresse a permis de rompre. En effet, en 1968, 5 ans après le début de son idylle avec Jane et alors qu’ils projettent de se fiancer, Paul débute une liaison avec Francie Schwartz, une jeune scénariste américaine.

Francie s’installe chez lui pendant que Jane part en vacances. Mais la petite amie officielle revient plus tôt que prévu et surprend les amants au lit, comme dans un mauvais vaudeville. La femme trompée repart alors en trombe, demande à sa mère de venir chercher ses affaires à sa place, et quitte Paul, après 5 ans de relation. Elle ne vient pas à l’avant-première du film Yellow submarine et révèle à la presse la séparation, en espérant :
« Je sais que ça a l'air ringard, mais on se voit encore et on s'aime, même si ça n'a pas marché. Peut-être que nous resterons des amoureux d'enfance, nous nous rencontrerons à nouveau et on se mariera vers 70 ans. »
Eh bien non. Paul s’est bien marié à 70 ans. Mais avec Nancy Shevell, pas Jane…
A suivre…

 

30/06/2018

The long and winding road

beatles, musique, paul mccartneyUne chanson triste à pleurer car elle a précipité la fin des Beatles. Je suis toujours émue lorsque McCartney la joue en concert. Il y évoque sa relation devenue difficile avec Lennon, déjà relatée ici dans Let it be. Il explique qu’il  tente désespérément de faire des efforts et de  renouer le dialogue, de suivre la longue et sinueuse route qui mène à la porte de son ami, mais Lennon ne le laisse plus rentrer :

Many times I've been alone, and many times I've cried
Souvent j'ai été seul et souvent j'ai pleuré
Anyway you'll never know the many ways I've tried
Tu ne sauras jamais tous les chemins que j'ai essayés

L’enregistrement du titre se déroule au début de l’année 1969, mais Lennon n’est plus investi. Il préfère se consacrer à sa carrière solo. Il a sorti un premier album de musique expérimentale assez spécial avec sa nouvelle compagne, Yoko Ono. L’artiste perchée a une forte emprise sur son mari, elle est omniprésente lors des sessions d’enregistrements et donne son avis sur tout, ce qui agace fortement McCartney.

Lennon a bien compris le message de la chanson, et fait comprendre qu’il n’y est pas favorable en la massacrant. Paul abandonne alors à son tour (il ne va pas défoncer la porte à coups de bélier ni camper devant) et the long and winding road est barrée.
Jusqu’à ce que le producteur Phil spector force le passage. Sans que McCartney soit au courant, Spector décide de modifier la chanson :

« The Long and Winding Road était un enregistrement terriblement mauvais quand je l’ai entendu pour la première fois. John jouait de la basse avec des fausses notes partout. (…) C’était vraiment horrible. (…) John n’aimait pas cette chanson. C’est pourquoi il jouait de la basse. (NDLR : l’instrument de McCartney). C’était une véritable farce et j’ai dû faire tout ce que je pouvais pour masquer toutes ces erreurs. »

John a quitté officieusement le groupe en septembre 69. En mars 70, le nouveau manager des Beatles veut conserver sa poule aux œufs d’or et confie les bandes de long and winding road et d’autres titres à Phil Spector, pour voir ce qu’il peut en sauver. Ce qui donnera l’album Let it be, le moins abouti du groupe selon moi. Lorsque McCartney découvre ce que le producteur a fait de sa chanson, en y rajoutant des violons sirupeux alors que le compositeur la souhaitait épurée (elle est assez larmoyante comme ça !) Paul rentre dans une colère noire. Il annonce alors officiellement la séparation des Beatles, et on l’accusera à tort d’en être responsable, alors qu’au contraire il a tout fait pour maintenir le groupe et que c’est Lennon qui a claqué la porte six mois auparavant.
Ainsi en avril 1970, les Beatles se séparent. La route qui mène à la réconciliation reste encombrée d’obstacles, et se retrouve définitivement interrompue par l’assassinat de John Lennon dix ans plus tard.

The long and winding road that leads to your door
La longue et sinueuse route qui mène à ta porte
Will never disappear, I've seen that road before
Ne disparaîtra jamais, je l’ai déjà vue
It always leads me here
Elle me conduit toujours ici
Leads me to your door
Elle me conduit à ta porte

The wild and windy night the rain washed away
La nuit tumultueuse que la pluie a emportée
Has left a pool of tears crying for the day
A laissé une flaque de larmes pleurant toute la journée
Why leave me standing here
Pourquoi me laisser ici
Let me know the way
Montre-moi le chemin

Many times I've been alone and many times I've cried
Souvent j'ai été seul et souvent j'ai pleuré
Anyway you'll never know the many ways I've tried
Tu ne sauras jamais tous les chemins que j'ai essayés

But still they lead me back to the long and winding road
Mais ils me ramènent encore à la longue et sinueuse route
You left me standing here a long, long time ago
Tu m'as laissé ici il y a très, très longtemps,
Don't leave me waiting here, lead me to you door
Ne me laisse pas attendre ici, conduis-moi à ta porte.