14/10/2010
Se foutre de la gueule du monde, ça n'a pas de prix (suite)

Suite des offres d’emploi les plus délirantes :
J’ai répondu à une annonce où il fallait : maîtriser 3 langues, avoir une parfaite culture générale et une orthographe irréprochable, être très rapide pour faire des traductions en un temps limité, tout ça à six heures du matin, à temps partiel et pour deux mois seulement... Et quel salaire pour un boulot difficile et stressant qui exige un bac +4 (selon l’annonce) ? 10 euros de l’heure, sans frais de transport remboursé ni tickets restaurants. Ce que je gagnais en faisant du baby-sitting occasionnel à côté de chez moi, c’est à dire en mangeant gratos des plats commandés au jap avec les gosses, en jouant à wi-sport et en étant payée pour regarder un film sur un écran plasma pendant que les enfants dorment. A ce prix là, autant continuer le baby-sitting : ça fait con sur un CV mais au moins je m’amuse.
Je pensais être la seule couillonne à répondre à une annonce aussi exigeante pour des clopinettes. Eh bien lors de l’entretien, la DRH m’a affirmé qu’elle avait reçu «énormément de demandes » et son collègue a ajouté : «qu’est ce que vous voulez c’est la crise ma pauvre dame ».
Le pire, c’est de constater que les meilleurs annonces sont essentiellement des… stages. Nan mais vous comprenez, faut être « reconnaissant » de pouvoir faire un boulot intéressant, on va pas demander à être payé en plus, faut pas rêver.
Avant, les qualités indispensables au poste étaient énoncées en premier dans les annonces (par exemple maîtriser parfaitement l’anglais pour travailler dans une société anglaise). Aujourd’hui, j’ai constaté que toutes les annonces réclament en priorité:
« Aisance relationnelles », « esprit d’équipe exigé » (pour la société anglaise, parler la langue était le dernier critère sur l'annonce !)
Corine Maier l’exprime très bien dans son cultissime essai que je vous recommande chaudement : Bonjour paresse :
« Dès lors que tout le monde est interchangeable, le cadre moyen s’efforce de se démarquer par rapport aux autres. Comment ? Eh bien, sa personnalité. La règle d’or du recrutement des cadres tient en une phrase : aujourd’hui on recrute les gens sur ce qu’ils sont, et non sur ce qu’ils savent faire. « Compétences relationnelles » et « aptitude à la communication » sont décisives, le savoir-faire et les diplômes sont accessoires. Bientôt on apprendra exclusivement à séduire le recruteur.
Travailleur sans qualités, bienvenue à toi. Vous voilà obligé d’être le commercial de vous-même. Il faut savoir se vendre comme si votre personnalité était un produit auquel on pouvait assigner une valeur marchande. » (c'était ma "citation du jeudi" , jeu lancé par Chiffonnette)
Aujourd'hui c'est le jour du "j'aime ma boîte" allez voir le site Internet, c'est tordant : "vous êtes 80 % à estimer que le travail est un facteur d'épanouissement personnel" (merci à Minos pour l'info !)
Je vous rappelle que lors de mon premier rendez-vous ubuesque à l’ANPE (que j’ai raconté ici), le conseiller pôle emploi nous a dit : « ce n’est pas la peine de répondre aux annonces de l’ANPE. On reçoit 950 candidatures pour chaque poste, alors vous comprenez…» Je vous invite d’ailleurs si vous l’avez raté à regarder sur M6 replay le dernier zone interdite sur les lacunes du pôle emploi. 500 000 (!) chômeurs sont radiés chaque année pour des motifs débiles : ne pas se rendre à une convocation alors qu’on a jamais reçu le courrier, qu’on a déménagé à 200km ou qu’on est cloué à l’hôpital… ah c’est facile de dire après que le chômage baisse…
Je continue mon tour des offres d’emploi les plus délirantes et je vous en fait part. Vous avez été nombreux à apporter vos témoignages : Me myself and I et son boulot de « trieur d’endives », la femme des steppes et son entretien collectif de 200 personnes, Bulles d’infos, Electra et Nafeuse pour leur journaliste et secrétaire multi tâches, Natacha et Enna pour le chinois ou le "yiddish exigé"…
Continuer à me donner des exemples, on pourra bientôt en faire un livre !
Dessin de Deligne
16:05 Publié dans Toujours, je suis au chômedu | Lien permanent | Commentaires (28) | Tags : pôle emploi, travail, chômage |
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