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09/07/2019

Parasite

Bong Joon Ho, parasite, cinéma, palme d'or, cannes 2019Ma critique pourrait se résumer en une courte phrase : "c'est génial, courez-y." Allez voir ce chef-d'oeuvre comme je l'ai fait, sans savoir de quoi il parlait : le nom de Bong Joon Ho, l'un de mes réalisateurs préférés, me suffit. Sinon, vous pouvez lire la suite :
Dans Parasite, toute une famille est au chômage. Elle habite un quartier insalubre envahi de cafards, et vivote comme elle le peut de petits boulots. Le fils réussit à donner des cours particuliers chez des gens richissimes. En découvrant leur train de vie et la paie qu'il reçoit, il décide de faire recruter sa famille pour qu'elle en profite aussi... Voir la bande annonce en lien.

Bong Joon Ho, parasite, cinéma, palme d'or, cannes 2019La première partie du film, un sourire béat illuminait mon visage, au point que j'en avais mal aux zygomatiques. Ce début en comédie sociale pleine de rebondissements est totalement jouissif. La suite tourne à la comédie noire, au thriller, voire au gore. Parasite est si riche qu'il en est inclassable.

Sous son apparence de comédie parfois grand guignol, Parasite est d'une grande profondeur et n'interroge pas seulement la société coréenne actuelle : le chômage touche le monde entier, et l'argent domine le monde. Qui sont les parasites au final ? Les pauvres qui veulent bosser à tout prix, ou les riches qui leur demandent de faire des choses qu'ils réprouvent ou jugent humiliantes (se déguiser lors d'une fête pour enfants) :  "je vous paie pour ça".

Bong Joon Ho, parasite, cinéma, palme d'or, cannes 2019Les personnages, pauvres ou riches, sont cupides, stupides et condescendants : les pauvres bernent les riches trop crédules, les riches estiment qu'ils sont supérieurs (les dessins du gamin sont forcément géniaux) que les pauvres sentent mauvais... Même s'ils se côtoient quotidiennement, ils ne comprennent pas ce que vivent les autres : lors d'un déluge qui ravage les habitations insalubres des bas quartiers, les riches de la colline se réjouissent de la fraîcheur apportée par l'averse... Tous vivent pour l'argent, mais aussi pour leur famille.
A l'image de la filmographie du réalisateur, Parasite traite de l'importance des liens familiaux. Le père de Bong est décédé lors de l'écriture du scénario, et le film semble un hommage au dévouement de cet homme. 

Bong Joon Ho, parasite, cinéma, palme d'or, cannes 2019Bong Joon ho apprécie Claude Chabrol, son film préféré de ce cinéaste, qu'il a visionné des dizaines de fois, est le même que moi, l’excellent Que la bête meure. Gros choc de mon adolescence, avec l'inénarrable Jean Yanne en brute perverse : "eh bien ce ragoût est tout simplement dégueulasse" demeure une de mes boutades fétiches pour casser l’ambiance des dîners de famille, comme dans cette scène en lien. Comme chez Chabrol, on retrouve la satire grinçante des bourgeois dans Parasite. Les pauvres "affreux sales et méchants" ne sont pas en reste. Par son côté thriller et suspense, le Coréen revendique également les inspirations de Clouzot (Les diaboliques) et d'Hitchcock. Il s'est également inspiré du classique La servante de Kim Ki young, ou dans un registre plus européen, the servant de Joseph Losey. 

Bong Joon Ho, parasite, cinéma, palme d'or, cannes 2019Si je devais émettre des bémols, j'ai trouvé le film un poil long, et je n'imaginais pas la fin ainsi, mais justement, le réalisateur nous surprend jusqu'au dénouement.
La palme d'or met enfin en lumière un cinéaste qui le mérite. Comme souvent, le festival de Cannes se réveille des années après, et ne récompense pas selon moi le meilleur film du nouveau palmé. Parasite est peut-être plus accessible que le reste de la filmographie de Joon Ho. Lors d'une rencontre avec le distributeur, il avouait avoir été scotché par Memories of murder en 2003, mais ne pas l'avoir acheté car "le public français n'était pas prêt". L'erreur est réparée 15 ans après, en le ressortant en salles, et en obtenant les droits de Parasite.

 

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