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06/02/2020

Kirk Douglas, ses sentiers de la gloire

kirk douglas.jpeg"C'est avec une immense tristesse que mes frères et moi annonçons que Kirk Douglas nous a quittés aujourd'hui à l'âge de 103 ans. Aux yeux du monde, c'était une légende, un acteur de l'âge d'or du cinéma qui a vécu longuement, un humanitaire dont l'engagement envers la justice et les causes auxquelles il croyait a établi une norme à laquelle nous aspirons tous." Michaël Douglas annonce ainsi le décès de son père, survenu hier le 5 février.

kirk douglas sentiers.jpgKirk Douglas se décrivait comme un « homme en colère. La colère a été le moteur de ma vie, une colère immense contre l’injustice ».
Pour cela je m'identifiais et j'admirais cet acteur, depuis ma découverte vers 12 ans des Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick. Ce chef-d’œuvre me donne une énorme claque et demeure parmi mes films préférés (j'ai lu le livre dont il est adapté dans la foulée). L'histoire aborde des faits réels et peu glorieux de la France : les fusillés pour l’exemple de la première guerre mondiale, ceux qui ont refusé d'obéir à des ordres barbares, comme ici, tirer sur ses propres troupes. Un épisode honteux qui a renforcé mon anti-militarisme déjà bien présent (j'écoutais Renaud quand j'étais petite...) 2500 hommes ont été condamnés à mort et 600 fusillés. L'armée poussait le cynisme jusqu’à faire payer les frais de l’exécution par la famille des suppliciés : 12,50 francs. Les condamnés et leur proches étaient déshonorés. Ce film essentiel a bien évidemment dérangé et été interdit en France jusqu'en 1975, 18 ans après sa sortie.

kirk spartacus.jpgKirk Douglas, éternel rebelle défenseur de la justice, a produit lui-même Les sentiers de la gloire en 1953. De même, déçu de ne pas obtenir le rôle de Ben-Hur attribué à Charlton Heston, il finance un scénario à la hauteur de son charisme, sa mégalomanie et soif d'équité: Spartacus, l’histoire vraie de ce gladiateur qui a mené une révolte d'esclaves contre les Romains. Ce film est encore un grand classique qui a enthousiasmé mon adolescence rebelle. (pendant que les pouffes de ma classe regardaient Hélène et les garçons et autres conneries dans le genre, je veillais tard le dimanche soir pour voir le cinéma de minuit et ses films en noir et blanc). En pleine chasse aux sorcières, Kirk Douglas pousse la provoc jusqu'à engager le scénariste anti maccarthyste Dalton Trumbo (dont un très bon film lui est consacré avec l'acteur de Breaking bad dans le rôle titre. ) "J’étais très fier que « Spartacus » brise la liste noire, parce que c’était vraiment important.  J’étais assez jeune pour être imprudent… C’était bien de faire un film qui plaise aux gens et qui signifie quelque chose." On surnomme Kirk Douglas « l’emmerdeur ». « A cause de mon franc-parler, j’ai longtemps été l’acteur le plus détesté d’Hollywood ».

En effet en 1950, le cinéma glorifie plutôt des John Wayne buteurs d'Indiens. Mais Kirk déboule et joue dans de nombreux westerns éclairés et polémiques qui dénoncent le racisme anti amérindien, comme La captive aux yeux clairs ou Le dernier train de Gun Hill.

D'où vient la colère et la soif de reconnaissance de Kirk Douglas ? Certainement d'une enfance misérable, au côté d'un père alcoolique, violent et analphabète. « Et pourtant parfois je me dis que c’est un avantage d’être né dans la misère : vous ne pouvez pas aller plus bas, vous ne pouvez que vous élever ». Moqué à l'école pour ses origines modestes, Kirk impose le respect en pratiquant la lutte, puis découvre sa vocation d'acteur très tôt, après avoir récité un poème qui lui vaut des applaudissements (moi quand la maîtresse sadique me faisait monter sur l'estrade pour m'humilier en récitant Prévert, elle me reprochait de ne pas parler assez fort et de bégayer). Pour payer ses études, le futur acteur travaille d'abord comme lutteur de foire, puis serveur, avant de s'engager dans la marine pendant la seconde guerre mondiale.

Sa carrure et son charisme lui permettent d'endosser des rôles physiques et de meneur : Les vikings, où il effectue lui-même les cascades, Règlements de compte à OK Corral, 20 000 lieues sous les mers... En tout, en 50 ans de carrière, il joue dans plus de 90 films,  pour les plus grands réalisateurs : Kubrick, Tourneur, Mankiewitcz, Cukor, Billy Wilder... Pourtant, Kirk Douglas n'obtient qu'un seul oscar, d'honneur, à la fin de sa carrière. Ce qui est un grand regret pour lui. Il finance et joue le rôle titre de Vol au-dessus d’un nid de coucou au théâtre, mais au cinéma, « C’est Nicholson qui l’a eu et il a eu un Oscar. Et moi je n’en ai pas… C’est une tragédie pour moi. »

kirk et michael.jpgNiveau vie privée, ado naïve, j'étais épatée par le fait que l'acteur soit resté en couple jusqu'à sa mort avec la même femme depuis 1954, la Belge Anne Buydens (elle est toujours en vie, à 100 ans). Je trouvais cette idée très romantique. C'était sans savoir à l'époque que l'acteur était considéré comme « le plus grand Casanova d’Hollywood » : « Je n’ai jamais compté les femmes que j’ai eues. Je les aime bien trop pour ça » s'est-il défendu par une pirouette. Les plus belles actrices de l'époque, Gene Tierney, Rita Hayworth, Marlene Dietrich, Joan Crawford, Ava Gardner etc; sont passées dans ses bras, même contre leur gré. On a appris presque 50 ans après les faits qu'il aurait violé Natalie Wood, traumatisée à vie, qui se serait tue par peur de ne pas être crue et de ruiner sa carrière face à un géant comme lui... Sa vie tragique s'est éteinte prématurément de façon énigmatique à l'âge de 43 ans, dans des circonstances étranges, après une violente dispute lors d'une sortie en bateau avec son mari Robert Wagner (Pour l'amour du risque) et son amant Christopher Walken (Voyage au bout de l'enfer, Dead zone : que de titres éloquents)  (un documentaire saisissant relate l'affaire).
Les chiens ne font pas des chats car je me souviens que le fils de Kirk, Michael (qui a 75 ans désormais !) a dû faire une cure de désintox contre son addiction sexuelle, et que sa femme Catherine Zeta-Jones aurait exigée dans leur contrat de mariage qu'un million de dollars lui soit versé à chaque infidélité de son mari (elle doit être riche depuis 20 ans que leur couple perdure !)

En hommage à Kirk Douglas, les chaînes de télé modifient leurs programmes. Ne ratez pas ce soir Les sentiers de la gloire sur Paris première. TCM diffuse quant à elle Spartacus, puis Les vikings et La griffe du passé. Arte proposera dimanche soir Règlements de comptes à O.K Corral. Canal + met en lien également une douzaine de films.

Filmographie sélective de Kirk Douglas  :
1946 : L'Emprise du crime de Lewis Milestone (A l'ouest rien de nouveau)
1947 : La Griffe du passé (Out of the Past) de Jacques Tourneur (rdv avec la peur)
1949 : Chaînes conjugales de Joseph L. Mankiewicz (Cléopâtre)
1952 : La Captive aux yeux clairs de Howard Hawks (Les hommes préfèrent les blondes)
1952 : Les Ensorcelés de Vincente Minnelli (Un Américain à Paris)
1954 : Vingt Mille Lieues sous les mers de Richard Fleischer (Soleil vert)
1954 : Ulysse de Mario Camerini

1956 : La Vie passionnée de Vincent Van Gogh de Vincente Minnelli et George Cukor (My fair lady)
1957 : Règlements de comptes à OK Corral de John Sturges (La grande évasion)
1957 : Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick
1958 : Les Vikings de Richard Fleischer
1960 : Spartacus de Stanley Kubrick
1966 : Paris brûle-t-il ? de René Clément
1978 : Furie de Brian De Palma (Scarface)
1982 : L'Homme de la rivière d'argent de George Miller (Mad Max)
1991 : L'embrouille est dans le sac de John Landis (Le Loup-garou de Londres)